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Continuer la lutte?

De l'assaut sur Dakar à la bataille d'El Alamein, les combats en Méditerranée. Opération Torch et la suite logique avec le débarquement en Sicile et les affrontements dans la péninsule italienne. Anzio, Monte Cassino, le Garigliano...
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Nouveau message Post Numéro: 21  Nouveau message de hilarion  Nouveau message 12 Sep 2005, 20:53

Peux de généraux de l'armée d'active prendront leurs responsabilités Honneur patrie valeur discipline.....
Magnifique investissement Igor que l'historique des FNFL, une mine de données...les chiffres parlent d'eux même... pour les fnfl seul un vice amiral 2 capitaines de vaisseau 5 capitaines de frégate et 12 corvettards c'est vraiement peu, cela reflette aussi l'image des ralliement pour les autres armées...


 

Nouveau message Post Numéro: 22  Nouveau message de Igor  Nouveau message 13 Sep 2005, 13:32

Intéressons-nous maintenant à la Marine et à ses chefs.

Les 17 et 18 juin Darlan, ministre de la Marine et chef de la Flotte, envoie plusieurs télégrammes ordonnant qu’aucun navire ne tombe intact aux mains de l’ennemi. Il donne aussi l’ordre de poursuivre les opérations.
Toujours le 18, l’amiral Godfroy, commandant la force X à Alexandrie, fait placarder cette communication aux équipages :
Dans le malheur actuel de la France, n’oublions pas que sa flotte est intacte et peut encore, avec l’aide de nos loyaux alliés britanniques, rétablir pour l’avenir une situation meilleure.
Je ne doute pas que tous le comprennent et sont plus que jamais décidés à ne rien abandonner de leur détermination de continuer la lutte aussi longtemps qu’il le faudra, aux côtés de ces fidèles et généreux alliés dont la ténacité est maintenant notre sauvegarde.
Qu’il nous soit permis de poursuivre ce combat, et tous les yeux en France seront fixés sur la Marine, seul réconfort de ceux qui y conservent leur espoir dans les destinées de la Patrie. A cette Marine, nous autres, nous serons plus fiers que jamais d’appartenir.
Que chacun prenne conscience de la grandeur du rôle matériel et moral qu’elle doit remplir ainsi et puise dans ses méditations la résolution inébranlable de sauver sur mer la gloire et, peut-être, l’existence d’une France libre.
Les mauvais moments passeront. Nous retrouverons les nôtres tôt ou tard. Ils seront fiers de nous, marins, comme nous pourrons l’être de nous-même jusqu’à la fin de nos jours.


Voilà un discours pour le moins offensif, exprimant l’espoir d’un retournement de situation en faveur des Alliés. A noter aussi que les Britanniques sont qualifiés de "loyaux" et "fidèles et généraux alliés", ce qui est intéressant pour une Marine réputée anglophobe.

Le 22 juin, Darlan informe ses grands subordonnés des raisons de la demande d’armistice et de l’état des négociations. Deux passages à retenir selon moi :
Résistance en Afrique du Nord serait sans portée pratique et abandonnerait notre patrie à l’invasion sans défense morale du gouvernement. Peu de soutien local à attendre de Angleterre ou Etats-Unis. Hostilité probable officielle annoncée de l’Espagne si nous résistons en Afrique. Egypte très ébranlée.
Anglais se sont montrés sur terre soldats médiocres et nos revers viennent en partie de leur Armée, leur succès paraît aléatoire. Aucun secours efficace à attendre des Etats-Unis avant longtemps.
Négociations en cours comporteront vraisemblablement immobilisation Flotte française partiellement désarmée sous pavillon français dans ports français métropolitains ou coloniaux jusqu’à cessation des hostilités anglo-allemandes. Allemagne s’engage solennellement à ne jamais revendiquer notre Flotte même dans paix définitive. (…)
En attendant des jours moins sombres, le devoir est de conserver la Flotte dont la résurrection pourrait peser éventuellement sur négociations de paix ou profiter de dissensions possibles entre Allemagne et Italie. Dans ce but, il faut entretenir le matériel et garder trace du personnel pour reconstituer équipages. (…)


A noter d’abord que Darlan accable les Britanniques, qu’il rend en partie responsables de la défaite française. Il ne croit pas que la lutte puisse être poursuivie en Afrique du Nord et ne croit pas non plus en une aide britannique ou américaine. Surtout on ne peut pas dire qu’il fasse preuve de clairvoyance : la Grande-Bretagne ne va pas tenir longtemps, l’Espagne serait prête à entrer en guerre contre la France, l’Egypte n’est pas sûre, confiance dans la parole allemande. Enfin Darlan envisage le rôle futur que pourrait jouer la Marine. Il demande aussi que des équipes de sabordage restent à bord des navires, "si l’ennemi, abusant de l’Armistice, tentait contrairement à ses engagements d’utiliser pour lui un ou plusieurs navires de combat." Et il précise que "Cette considération s’applique à tout étranger". Les Britanniques sont donc implicitement visés.

Les réactions de ses subordonnés ne se font pas attendre. L’amiral de Carpentier, commandant la Division navale du Levant, répond le lendemain :
Je demande instamment :
1° Ne conclure aucun armistice car sera violé dès que intérêts allemands l’exigeront.
2° Faire maximum moyens de combattre dans territoires extérieurs.
3° Seul salut est dans union totale France-Angleterre et continuer lutte (illisible) pays empire dont aucune partie ne doit être cédée.


Autre réponse, celle de l’amiral Esteva qui se trouve en Tunisie :
En accord avec haut-commissaire général commandant en chef et Britanniques, qu’elle que soit évolution de la situation je continue la lutte.


Et le même jour l’amiral Decoux, commandant en chef des Forces navales d’Extrême-Orient, écrit :
Primo : Sentiment unanime Indochine est que empire français doit poursuivre lutte avec toutes forces terrestres, navales et aériennes retirées de France en liaison étroite avec Grande-Bretagne et l’aide intensifiée des Etats-Unis.
Secundo : Cette solution de l’avis de tous responsables est seule compatible avec honneur et intérêt de la France. Indochine tout particulièrement étant condamnée asphyxie si Angleterre retire son appui et devient hostile.


Nouveau télégramme de sa part le 24 :
1° Clause concernant immobilisation notre Flotte me paraît inexécutable incidents inévitables devant amener fatalement ennemi à reprendre parole et à réclamer livraison bâtiments. Même si on admet bonne foi ce qu’expérience condamne, conservation flotte désarmée en vue action ultérieure constitue illusion dangereuse.
2° La défaite française ne sera définitive que si Allemagne réussit à battre tous ses adversaires. Jusque-là j’estime (devoir) toutes forces françaises disponibles est de prêter appui maximum à adversaires de l’Allemagne. Il n’y a pas à mon avis d’autre solution conforme aux intérêts français. (…)


Le 23, l’amiral Esteva envoie deux nouveaux messages dans lesquels il transmet sa volonté, ainsi que celles de Noguès et Peyrouton (résident général en Tunisie), de continuer la lutte contre l’Allemagne et l’Italie. Il est probable que l’amiral Robert, chef de la flotte des Antilles, était lui aussi du même avis. En revanche l’amiral Abrial (amiral Nord) estime que "Résistance en Afrique du Nord sera un geste sans portée pratique".

Ces amiraux sont donc pour la poursuite du combat, ils comptent sur la Grande-Bretagne et les Etats-Unis et ne croient pas en la parole des Allemands.

Darlan réagit alors vigoureusement avec une série de 5 télégrammes, du 23 au 26 juin. Il y condamne le général de Gaulle, il parle de "nos anciens alliés" (les Britanniques), et affirme que ceux-ci auraient pour volonté de s’emparer de la Flotte et de l’Empire. Il demande donc la méfiance à leur égard. Le personnel de liaison britannique doit être débarqué des navires français. La rupture avec Londres est consommée.

Là aussi, malgré leurs meilleures intentions, les amiraux français n’ont pas osé désobéir à leur chef. La Marine se soumet face aux rappels à l’ordre de Darlan. On peut en conclure que l’attaque de Mers-el-Kébir, qui a lieu le 3 juillet, ne peut être invoquée pour justifier l’attitude des chefs de l’Empire. C’est fin juin qu’ils étaient rentrés dans le rang.
Finalement seuls 4 officiers généraux (dont un amiral en retraite, Muselier) ont fait le choix d’aller à l’encontre de la volonté de Pétain, Weygand et Darlan.


 

Nouveau message Post Numéro: 23  Nouveau message de 13emeDBLE  Nouveau message 13 Sep 2005, 21:51

la poursuite de la guerre en Afrique du nord... vaste sujet !

Je n'ai pas de réponse mais plusieurs remarques me paraissent intéressantes à ce niveau du débat :

1) les forces armées en AFN étaient considérées comme à peine suffisante pour tenir contre un assaut (de nombreux prélèvements pour la métropole pas compensés par les rapatriements en cours au moment de l'armistice) ;

2) la volonté politique des français est perdue après la chute de Paris, et sans volonté politique, aucune poursuite de la lutte ne peut être envisagée ;

3) l'AFN n'a quasiment aucune capacité en matière militaro-industrielle pour reconstituer une armée moderne (blindés, avions...) et les renforts américains n'auraient rien pu compenser.

Dans ce contexte, malgré le caractère difficile d'une telle conclusion, la poursuite de la guerre en AFN et dans l'Empire était très difficilement concevable au regard des critères de l'époque. Et ceci est notamment dù à l'imprévoyance des pouvoirs politiques qui n'ont jamais conçu les colonies comme un refuge possible mais seulement comme un réservoir à main d'oeuvre et à matière première.

Cependant, l'historien doit relever (avec l'aide et le recul que lui procurent 60 années d'écart) qu'à priori Hitler n'aurait pas poursuivi la lutte en Afrique du nord... Les moyens allemands pour une opération amphibie ou aéroportée n'étaient pas à l'été 40 suffisants pour envisager un assaut contre le Maroc, l'Algérie et la Tunise, même avec l'aide des italiens, et des espagnols (réduits à peu de choses car sortant d'une terrible guerre civile).

Dès cette époque, les tentatives de Raeder et de quelques autres pour amener Hitler à s'engager en méditerranée étaient des échecs, le Fuhrer se focalisant sur l'Angleterre et l'Est...

Je reste donc partagé, mais je pense qu'il faut relativiser toute condamnation trop rapide des choix qui ont été faits par les acteurs de l'époque (n'en déplaise à un certain général...). Les choses en matière de guerre moderne sont bcp plus compliquées (il faut des tanks, des avions, des bateaux, des ateliers, des camions, des munitions, des pièces de rechange...). Or, sans le Creusot, Toulouse et Saint Etienne...

Je reste cependant vivement intéresé par les opinions échangées,

Bonne soirée,

CM


 

poursuite de la guerre en AFN

Nouveau message Post Numéro: 24  Nouveau message de lebel  Nouveau message 14 Sep 2005, 23:12

13emeDBLE a écrit:la poursuite de la guerre en Afrique du nord... vaste sujet !

Je n'ai pas de réponse mais plusieurs remarques me paraissent intéressantes à ce niveau du débat :

1) les forces armées en AFN étaient considérées comme à peine suffisante pour tenir contre un assaut (de nombreux prélèvements pour la métropole pas compensés par les rapatriements en cours au moment de l'armistice) ;

2) la volonté politique des français est perdue après la chute de Paris, et sans volonté politique, aucune poursuite de la lutte ne peut être envisagée ;

3) l'AFN n'a quasiment aucune capacité en matière militaro-industrielle pour reconstituer une armée moderne (blindés, avions...) et les renforts américains n'auraient rien pu compenser.

Dans ce contexte, malgré le caractère difficile d'une telle conclusion, la poursuite de la guerre en AFN et dans l'Empire était très difficilement concevable au regard des critères de l'époque. Et ceci est notamment dù à l'imprévoyance des pouvoirs politiques qui n'ont jamais conçu les colonies comme un refuge possible mais seulement comme un réservoir à main d'oeuvre et à matière première.

Cependant, l'historien doit relever (avec l'aide et le recul que lui procurent 60 années d'écart) qu'à priori Hitler n'aurait pas poursuivi la lutte en Afrique du nord... Les moyens allemands pour une opération amphibie ou aéroportée n'étaient pas à l'été 40 suffisants pour envisager un assaut contre le Maroc, l'Algérie et la Tunise, même avec l'aide des italiens, et des espagnols (réduits à peu de choses car sortant d'une terrible guerre civile).

Dès cette époque, les tentatives de Raeder et de quelques autres pour amener Hitler à s'engager en méditerranée étaient des échecs, le Fuhrer se focalisant sur l'Angleterre et l'Est...

Je reste donc partagé, mais je pense qu'il faut relativiser toute condamnation trop rapide des choix qui ont été faits par les acteurs de l'époque (n'en déplaise à un certain général...). Les choses en matière de guerre moderne sont bcp plus compliquées (il faut des tanks, des avions, des bateaux, des ateliers, des camions, des munitions, des pièces de rechange...). Or, sans le Creusot, Toulouse et Saint Etienne...

Je reste cependant vivement intéresé par les opinions échangées,

Bonne soirée,

CM


Bonsoir
Tout a été dit, et cette vue de l'esprit ,la poursuite de la guerre en AFN ,ne resiste pas à l'analyse
Hormis les insurmontables problémes d'intendance ,le moral n'y etait plus,
a part quelques sursauts , pour continuer le combat
Pour une armée vaincue et en debandade ,une population aneantie par la defaite , l'armistice a été un divin soulagement ........Petain avait sauvé la France !

Ceux qui voulaient encore se battre avaient fait leur choix ,sans etats d'ame ,ils rejoignaient De Gaulle


 

Re: poursuite de la guerre en AFN

Nouveau message Post Numéro: 25  Nouveau message de Igor  Nouveau message 15 Sep 2005, 12:47

lebel a écrit:Petain avait sauvé la France !


Ah bon ??? :shock:


 

Nouveau message Post Numéro: 26  Nouveau message de panzer5  Nouveau message 15 Sep 2005, 14:56

Tout à fait, dans l'esprit de la plupart des français de l'époque, Pétain avait sauvé la France par l'armistice.
Voir "LA France sous Vichy" de Robert Paxton.


 

Nouveau message Post Numéro: 27  Nouveau message de Jacques Ghémard  Nouveau message 15 Sep 2005, 15:29

Oui, pour de nombreux français de 1940, Pétain avait sauvé la France

Mais les textes proposés par Igor montrent bien que de Gaulle n'était pas le seul à vouloir continuer la guerre avec les Anglais. La majorité des chefs militaires de l'Outre mer avait la même intention et ce sont Darlan et Weygand qui on cassé leur élan. Le problème c'est que l'Armée d'Afrique pensait avoir besoin de la Marine et inversement. C'était tous ou personne, ce fut presque personne à part quelques rebelles.

Amicalement
Jacques
Dernière édition par Jacques Ghémard le 15 Sep 2005, 19:41, édité 1 fois.


 

Nouveau message Post Numéro: 28  Nouveau message de Igor  Nouveau message 15 Sep 2005, 17:46

panzer5 a écrit:Tout à fait, dans l'esprit de la plupart des français de l'époque, Pétain avait sauvé la France par l'armistice.
Voir "LA France sous Vichy" de Robert Paxton.


Je suis d'accord avec toi. Mais il se trouve que l'affirmation de Lebel était assez provocante, du moins c'est comme ça que je l'ai ressentie.
Mais peut-être l'ai-je mal comprise ...


 

Nouveau message Post Numéro: 29  Nouveau message de lebel  Nouveau message 15 Sep 2005, 22:56

Igor Geiller a écrit:
panzer5 a écrit:Tout à fait, dans l'esprit de la plupart des français de l'époque, Pétain avait sauvé la France par l'armistice.
Voir "LA France sous Vichy" de Robert Paxton.


Je suis d'accord avec toi. Mais il se trouve que l'affirmation de Lebel était assez provocante, du moins c'est comme ça que je l'ai ressentie.
Mais peut-être l'ai-je mal comprise ...


Mon cher Igor
Ma conclusion "Petain avait sauvé la France ! " etait non pas une approbation mais une constatation ponctuée par un point d'ironie ,n'ayant pas trouvé de smiley adequat :wink: :(

Il est evident qu'aprés l'armistice ,la quasi totalité des français soutenait Petain ,le Sauveur providentiel !!!! et ignorait tout de De Gaulle et de son appel - Quarante millions de petainistes , selon Amouroux

J'ai pour ma part un contentieux personnel avec le Vieux bonhomme -et ses executants - ,qui ,non content de me dechoir de ma citoyenneté me promettait un avenir (si tant est qu'il y en ait eu un ) des plus sombres.
Mais ceci est une autre histoire................


 

Nouveau message Post Numéro: 30  Nouveau message de Narduccio  Nouveau message 15 Sep 2005, 22:57

Ils auraient surement pu continuer le combat. Mais ils n'en avaient pas la volonté et n'étaient pas prêts à payer le prix que cela aurait couté.
Pour de nombreux français, signer l'armistice voulait dire la fin de la guerre. Or, ce ne fut pas le cas.


 

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