Loïc Charpentier a écrit:Dont acte, mais, en toute logique, il aurait du en être informé, étant, la veille au soir, à Berlin.
Sans vouloir chipoter, il n'était pas à son Q.G. du Felsennest? (pour ma farpaite information, je me pose vraiment la question)
Ce n'était, assurément, pas un bon point pour la communication hiérarchique de l'OKH, d'autant que ce dernier était, à coup sur, informé des intentions "voyageuses" du Führer, le lendemain. compte tenu des risques qu'impliquait un tel déplacement aérien, en temps de guerre. Une visite, même "impromptue", de Dodolf, au QG de v.Rundstedt, à Charleville, exigeait, nécessairement, de mettre de nombreuses personnes dans la confidence -en dehors de la seule Luftwaffe, chargée de son transport -. Etablissement du plan de vol, de la couverture aérienne, acheminement du Führer jusqu'à l'aérodrome de départ, accueil indispensable à l'arrivée, sécurité rapprochée, etc.... tout çà ne se prépare pas en cinq minutes, en cachette.
C'est fort possible, mais il reste à expliquer la "surprise" de Hitler devant Von Rundstedt. Laquelle, dans cette logique, n'est qu'une feinte - ce qu'admet F.D.
Maintenant que vous en parlez, je réalise une chose: si Brauchitsch (le responsable du transfert de la 4.
Armee) est informé de ce que Hitler va rendre visite à Von Rundstedt le 24, il prend tout de même un sacré risque de se faire remonter les bretelles, comme vous dites. Sauf à ce qu'il ne sache rien des intentions du
Führer.
Et, de fait, en relisant le Journal de Halder (dans différentes versions, teutonne, anglaise et française), ce qui me frappe à présent, c'est le silence de Hitler vis-à-vis de l'
O.K.H.. Sauf erreur de ma part, ni Brauchitsch, ni Halder ne font état d'un quelconque commentaire de sa part sur la campagne en cours, après les "tourments" du 22 mai.
Par contre, s'il est avéré que Dodolf était dans l'ignorance des ordres de l'OKH, à son arrivée à Charleville, c'était tout bénef pour v.Rundstedt, qui avait du, discrêtement, se marrer. La remontée de bretelles était garantie, au retour du Führer, à Berlin! Rien d'étonnant à ce que Halder, par exemple, ait eu du mal à déglutir, les jours suivants.

A dire vrai, c'est Brauchitsch, pas Halder, le responsable du transfert. Halder, lui s'oppose à une telle initiative, le 23 mai, comme il s'en explique dans son Journal (je reprends la traduction française de Georges Castellan parue dans
la Revue d'Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale en 1953:
L'idée fixe de Von Brauchitsch d'unifier la direction des opérations entre les mains du Groupe d'Armées B pour la dernière phase de la bataille d'encerclement nous vaudra de grosses difficultés venant du commandant en chef du Groupe d'Armées B et de son état-major, et des difficultés pour Von Bock a toucher tous les chefs a un moment de la bataille ou la chose aurait été délicate même avec des communications bien établies.
Cette insistance de Von Brauchitsch me semble un biais destiné a mettre à l'abri sa responsabilité. II allègue qu'il n'a pas d'autre choix que de coordonner les éléments convergents vers la poche, sous son propre commandement ou sous celui de Von Bock. La première éventualité, qu'il accepterait, je pense, virilement, ne lui parait pas probable. II serait heureux, semble-t-il, de laisser a un autre la responsabilité. Mais il se prive ainsi de l'honneur de la victoire.
L'ordre d'opération 5.852/40 GK [Geheime Kommandosache, c'est-a-dire: très secret, NDLR] est sorti sans ma signature, pour manifester ma désapprobation de sa teneur et de son opportunité.
Halder, lui, préfère agir de manière plus fourbasse pour faire reprendre l'avance des troupes blindées, non pas en amputant le Groupe d'Armées B, mais en raffermissant les liaisons avec ce dernier, comme il s'en explique auparavant dans son Journal:
L'expérience de ces derniers jours montre que le Groupe d'Armées A a vraiment les plus grandes difficultés a manoeuvrer cette masse peu maniable de 71 divisions. J'ai dans l'idée que son état-major n'a été ni assez énergique, ni assez actif. L'O. K. H. doit prendre en main l'organisation de liaisons avec les armées qu'il a sous ses ordres pour assurer l'exécution de ses décisions sur le front (officiers de liaison plus nombreux, secondés ; établissement d'un centre avancé de transmissions a Chimay).
Pas de bol, en ce cas:
1/ le 24 mai, Hitler écrase Brauchitsch en faisant annuler le transfert de la 4.
Armee et lui explose verbalement la tronche (
"nouvelle entrevue très désagréable") ;
2/ Hitler lamine Halder en confiant à Rundstedt les pleins pouvoirs pour reprendre l'avance... Mais tout en déclarant épouser totalement les vues du chef du Groupe d'Armées A, le dictateur s'est payé le luxe de révéler à Von Rundstedt d'autres motifs pour justifier une pause (de plus longue durée que celle initialement prévue), manière de faire comprendre à l'intéressé qu'il serait plus judicieux, dans ce contexte, d'en référer à la plus haute autorité avant d'entamer quoi que ce soit, sauf à subir la même humiliation que les cadres sup' de l'
O.K.H..