alias marduk a écrit:(...)
Pour 1939, je reste ouvert à des hypothèses où Hitler aurait fait le choix d’une guerre générale avant d’attaquer la Pologne ( cf Tooze )
Par contre, je maintiens aussi que le choix du type de guerre n’est pas celui de la guerre éclair, en tout cas pas avant 1940 et même pour 1940 en conservant comme option possible/probable l’idée que l’offensive pouvait échouer et dégénérer en guerre d’usure.
Je maintiens aussi que les directives de Hitler en 1939 sont tout à fait sérieuses et symptomatiques d’une stratégie de guerre d’attrition contre la France et la Grande Bretagne
Bruno Roy-Henry a écrit: lui-même ne souhaitant que récupérer Dantzig et un accès libre au travers du corridor polonais...
Non Hitler souhaite voir la Pologne ( qui a participé au dépeçage de la Tchécoslovaquie au côté de l’Allemagne ) s’engager fermement à ses côtés en adhérant au pacte anti-komintern ce qui ( à mon sens ) est le coeur de sa proposition
La marche à la guerre de Hitler ne peut être approchée, par l'historien, que de l'extérieur, contrairement par exemple à celle de Guillaume II. Comme le personnage est à la fois secret et menteur, y compris vis-à-vis de ses collaborateurs les plus proches, aucun texte de lui, écrit ou oral, ne peut faire foi sur ses intentions réelles. Tout doit être décrypté, et finement contextualisé.
C'est bien pourquoi on en débat encore, et on est aussi peu avancé : l'historien déteste ce genre de situation, rien dans ses études ne le prépare à y faire face. Certes on lui a appris à se méfier des documents, à les recouper, à se demander ce que celui qui écrit a derrière la tête... mais pas à conclure que la vérité est régulièrement à l'opposé !
D'autre part, le cliché d'un Hitler "autodidacte dévoreur de brochures à quatre sous", bien que les plus récents biographes, dont Kershaw, lui aient taillé des croupières, continue de peser d'un grand poids. On peine à voir en lui un grand politique et un stratège révolutionnaire, servi par sa folie même qui le rend indéchiffrable aux politiciens plus normaux.
Depuis quelques années, les débats du présent forum sur Munich, sur Dunkerque, sur Hess, sur la crise polonaise et, depuis peu, sur la drôle de guerre, malgré une longueur qui peut donner une impression d'immobilisme, participent d'une démarche de pointe pour lever les blocages. De ce point de vue, il est normal que la prose de Frieser, qui bat des records de cécité devant les talents du chef, soit souvent mise en cause.
Rien n'est plus démonstratif qu'une comparaison entre Munich et la crise polonaise : dans le premier cas Hitler ne prend aucune disposition militaire et pratique une escalade verbale très contrôlée, avant de faire siffler la fin de la partie par son complice Mussolini au moyen d'une "conférence de la dernière chance". Bref, il bluffe, manifestement -beaucoup de contemporains d'ailleurs le pensent et le disent.
Mais ce faisant il prépare le coup d'après ! On va nécessairement croire qu'il bluffe, alors que cette fois il verrouille consciencieusement les issues vers un "nouveau Munich". Autre différence, très rarement relevée : en 1938 il veut vraiment les Sudètes, et pas (pas encore) le reste de la Tchécoslovaquie; en 1939 il agite frauduleusement la revendication de Dantzig, alors qu'il veut la Pologne (ou du moins la récupération de son territoire ci-devant allemand ou autrichien, en laissant provisoirement le reste à Staline)... et qu'il veut en cette Pologne entamer immédiatement une lourde chirurgie raciale.