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La percée de Sedan était-elle inévitable ?

Tout ce qui concerne la période entre le 3 septembre 1939 et le 25 juin 1940 environ, comme par exemple:
L'offensive de la Sarre, la mobilisation, le Pied de Paix Renforcé, la B.E.F., la campagne de France, l'effondrement de la République et de l'Armée Française, l'exode ...
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Re: La percée de Sedan était-elle inévitable ?

Nouveau message Post Numéro: 41  Nouveau message de CHEVALIER  Nouveau message 08 Juil 2014, 17:15

Oui mais Rethel n'est pas essentiel ici : l'objectif principal est l'ouest, les efforts doivent être concentrés dans cette direction. Le reste est un luxe qu'on se permet… ou pas.

Pour la légende elle vient plutôt des intéressés allemands, mais je crois que Liddell Hart a bien contribué à faire ancrer solidement cette version dans l'historiographie. Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de le lire, mais quand une opération ou une tactique a fonctionné il prétend en avoir eu également l'idée et bien souvent en être à l'origine (ou inversement lorsque quelque chose n'a pas fonctionné, il avait lui une meilleure idée et il va trouver un général ci ou là pour lui donner raison)… inconsciemment ou non il tort la réalité pour qu'elle corresponde à sa vision des choses. Ainsi pour ce qui nous concerne Guderian aurait puisé ses idées sur les blindés chez lui, et il aurait aussi vu que l'Ardenne était franchissable et écrit dans un article des années 30 que Manstein aurait lu… (on cherche encore ce fameux article…)

Bref Liddell Hart a tout mis sur le dos de ces gars là pour que ça retombe sur lui au final… Après la réputation de Guderian et Manstein était bien faite, mais je rappelle qu'elle n'est pas totalement usurpée non plus et s'appuie pour Guderian et Manstein sur d'autres choses que les événements de 1940. Pour celle de Rommel, son origine remonte à la guerre elle-même, et vient autant de la propagande allemande que de celle britannique.

La version française, on en avait parlé un peu sur le forum passion histoire, met généralement les causes de la défaite comme étant françaises et remontant aux années 30, pas comme un subit coup de chance. Je crois qu'on peut citer le célèbre L'étrange défaite de Marc Bloch par exemple. C'est peut-être parce que je suis Français mais c'est en tous cas la vision que je partage.

Pour les soit-disant consignes d'attendre l'infanterie, je crois que la confusion provient de la lettre de Halder envoyée (en réponse) à Sodenstern en mars peu après l'adoption du plan final. Sodenstern qui remplaçait Manstein était frileux vis-à-vis d'utiliser les blindés pour effectuer la percer, ce à quoi Halder voulait le convaincre. Mais dans cette lettre un passage est parfois cité par ceux qui disent que c'était Halder le frileux. Ce passage disait qu'une fois que les divisions blindées auraient franchi la Meuse on attendait pas d'effet opérationnel immédiat mais qu'elles devaient attaquer avec des objectifs tactiques changeants en attendant que l'infanterie arrive et alors elles se regrouperaient pour attaquer vers l'ouest. C'est sans doute de ça dont vous voulez parler.

Déjà c'est une lettre antérieure (mars) et pas un ordre sur le moment, et quand on y regarde c'est à peu près ce qu'il s'est passé. L'infanterie est arrivée rapidement (derrière Guderian il y avait Wietersheim et son infanterie motorisée, sur les cotés il y a l'infanterie à pied qui borde les flancs assez rapidement), il n'y a pas eu vraiment de « trou » entre infanterie et unités blindées, au moins pas les trois premiers jours suivant le franchissement de la Meuse. Il ne fallait pas non plus faire n'importe quoi : si on avait effectivement laissé un trou le 15 mai, la 3e DCR et la 3e DIM aurait pu s'y insérer. Mais ce n'était pas le cas (Stonne !). C'est alors Guderian qui semble le plus préoccupé par cette question, à raison donc, et Kleist le plus pressé d'aller à l'ouest, non sans raison non plus…


 

Re: La percée de Sedan était-elle inévitable ?

Nouveau message Post Numéro: 42  Nouveau message de ulysse57  Nouveau message 08 Juil 2014, 17:41

Merci beaucoup pour ces précisions CHEVALIER.

Dès que j'ai lu la présence de Basil , j'ai poussé un arf... va falloir sérieusement que je m'en décrotte !


 

Re: La percée de Sedan était-elle inévitable ?

Nouveau message Post Numéro: 43  Nouveau message de Bruno Roy-Henry  Nouveau message 08 Juil 2014, 18:31

Le débat glisse sur l'après-percée ; plus exactement sur son exploitation. Mais je n'ai pas vraiment eu de réponse à mon questionnement sur la valeur d'une position conforme aux prescriptions de 1917. Pour lancer des blindés à travers la Meuse, de quel espace minimum devaient disposer les Allemands ? Finalement, je n'ai jamais vraiment eu de réponse à cette question, que ce soit ici ou sur d'autres fora...

L'idée, je la dois à mon grand-père paternel : il en était certain. Si les positions françaises avaient été organisées derrière la Meuse, comme de "son temps" (1917/1918), les Allemands ne seraient pas passés... Et il ne parlait pas seulement de Sedan !


 

Re: La percée de Sedan était-elle inévitable ?

Nouveau message Post Numéro: 44  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 08 Juil 2014, 21:21

Bonjour Bruno, bonjour à toutes et à tous,
Voici ce j'ai pu en, lire dans l'excellent ouvrage (page 156 à 159) de Paul Berben et Bernard Iselin "Les Panzers passent la Meuse"
Les mots ou phrases mis en caractères gras sont de moi.
Force est cependant de constater que le grand père de Bruno n'avait pas tort du tout.
Amicalement
Prosper ;)

Le principe de l'inviolabilité des coupures d'eau est, avec les vertus du béton, un des dogmes intangibles de l'armée française depuis 1918.
L'Instruction sur l'emploi tactique des grandes unités, rédigée par une commission présidée par l'actuel commandant du secteur nord-est, spécifiait notamment au titre XI :
« Les cours d'eau constituent, après destruction de leurs points de passage, un des obstacles les plus importants qui puisse s'opposer à la progression d'une grande unité ou, au contraire, renforcer la valeur de sa défense. »
Cette affirmation est tirée de l'expérience de la seconde bataille de la Marne en juillet 1918. A partir du 15 juillet, les forces de Ludendorff étaient parvenues à créer une tête de pont
après de furieux combats entre Dormans et Château-Thierry.
Pourtant, en dépit des effectifs engagés et de la puissance du soutien matériel, cette « hernie » avait été réduite trois jours plus tard.
La Marne avait posé à l'assaillant de tels problèmes de franchissement pour l'envoi de renforts et de ravitaillement que les troupes engagées sur la rive gauche n'avaient pu ni
maintenir leur effort, ni même conserver leur gain de terrain.
Or la Meuse, de part et d'autre de Sedan, ressemble beau- coup à la Marne près d'Epernay.
Grossie de la Chiers, elle s'écoule, lente et régulière, au pied des collines boisées de la rive gauche, propices à l'établissement d'excellents observatoires.
De là, la vue porte à une dizaine de kilomètres à la ronde, permettant la surveillance des approches de la rive droite qui se termine par des prairies basses, sauf au nord de Sedan.
La Iargueur de la rivière atteint une soixantaine de mètres, sa profondeur variant entre deux et trois mètres.
Voilà, pense-t-on, la coupure idéale.
La position de résistance longe donc la rive gauche, à l'exception de la boucle d'Iges, véritable doigt pointé vers le nord, qu'un canal coupe à la base.
C'est le canal de l'Est; il évite aux bateliers ce long détour. La position en épouse le tracé. On la discerne au réseau de fils de fer barbelés longeant les berges, telles de petites haies séchées sur pied.
De petits blocs bétonnés parsèment les prés, ici et là, formant une ligne discontinue. Leurs embrasures sont obliques pour la plupart, dans le but d'éviter les tirs directs venant de
la rive droite. Ces blocs sont orientés de manière à défendre certaines berges par des feux flanquants en cas de tentative de franchissement par l'infanterie.
On compte au total une trentaine d'ouvrages entre le confluent de la Chiers et celui de la Bar, soit deux blocs en moyenne par kilomètre.
C'est le dixième de ce qui serait nécessaire, d'où les remarques du député Taittinger lors de son inspection.
Il y a des blocs de modèle Barbeyrac, les plus petits, qui abritent quelques hommes servant une arme automatique.
Voici ensuite les blocs « Billotte » simples, un peu plus gros, pouvant recevoir une arme automatique et un canon antichars de 25, ou les « Billotte » doubles, à plusieurs embrasures.
Il existe enfin une dizaine d'ouvrages S.T.G. (Section technique du génie), conçus pour résister au pilonnage d'artillerie, comportant deux armes antichars et plusieurs mitrailleuses.
Quelques rares casemates sont prévues pour recevoir une pièce de 75 tirant en flanquement.
L'artillerie se tient en effet à contre-pente, selon les préceptes du conflit précédent. Les batteries se trouvent donc derrière les collines du Sart, au sud de Remilly, de la Marfée, au
sud de Fresnois, et de la Croix-Piot, au sud de Donchery.
Les seules pièces avancées sont celles installées près du village de Fresnois en appui de la position de résistance.
La plupart des petits blocs ont été coulés au cours de l'automne ou de l'hiver, en dépit de conditions climatiques rigoureuses.
L'initiative de ces opérations revient dans la plupart des cas aux chefs locaux, surpris de l'inexistence d'abris lors de leur installation à l'automne précédent.
La douzaine d'ouvrages S.T.G. et les casemates d'artillerie datent de la période 1936-1938.
Mais à ce jour aucun ne possède encore de portes blindées ni de volets d'embrasure.
Le commandant du 10• C.A., inquiet de cette anomalie, a proposé au cours de l'hiver de passer des marchés avec les industries locales pour obtenir ces fournitures rapidement.
La région n'étant pas évacuée, cette mesure aurait permis de fournir du travail à la main-d'œuvre et aux petites entreprises.
L'autorisation lui a cependant été refusée, le commandement craignant que les pièces fournies ne soient pas réglementaires!
Les troupes étant cantonnées dans beaucoup de villages de la rive droite, la plupart de ces ouvrages n'ont pas été occupés en permanence.
Depuis l'alerte, des équipes s'empressent de creuser des boyaux d'accès aux alentours et de remplir des sacs de terre destinés à masquer les ouvertures béantes.
Certains abris pourtant ne sont pas achevés, tel le bloc n- 100, près de Villers-sur-Bar, encore surmonté de sa bétonnière.
Près de la route de Dom-le-Mesnil sont entassés des rails antichars qui attendent d'être plantés.
Les mines enfouies dans les prairies à proximité du réseau de fil de fer ont été retirées à partir du 1er mai pour vérification et graissage.
Plusieurs centaines d'entre elles se trouvent dans un entrepôt de Torcy. Un autre lot est rangé dans une usine de Vrigne-aux-Bois, sur la rive droite.
Quoi qu'il en soit; l'étendue de ces champs est limitée en raison de la présence de la population civile, évacuée seulement dans la journée du 11 mai.

En arrière de la position de résistance s'étire, en principe, une position d'arrêt. Son tracé s'étage parmi les vallonnements en pente douce, parsemés de bosquets, aboutissant aux hauteurs de Thelonne, de la Marfée et de la Croix-Piot.
C'est le long de ces mamelons que le général Grandsard avait envisagé d'établir à l'origine cette position.
Ce dispositif exigeait cependant beaucoup d'effectifs pour garnir le terrain en profondeur.
Aussi le commandant de la 2" armée préféra-t-il l'installation de cette ligne au pied des hauteurs, de manière à serrer de plus près la position de résistance.
La ligne choisie ne s'appuie toutefois sur aucun obstacle.
Les rares terrassements sont effectués dans un sol argileux, sec par beau temps, mais qu'il convient de redouter par période pluvieuse ou à l'époque du dégel.
Dans bien des cas, les travaux entrepris à l'automne ont dû être refaits au printemps. Il s'agit toujours d'abris de terre de petite dimension et sans étalement en profondeur.
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Re: La percée de Sedan était-elle inévitable ?

Nouveau message Post Numéro: 45  Nouveau message de Bruno Roy-Henry  Nouveau message 08 Juil 2014, 21:48

Merci Prosper pour cette description des travaux très insuffisants de la position française à Sedan et des nombreuses carences de la défense. Trois régiments enterrés à l'ancienne auraient fait aussi bien et même beaucoup mieux ! Mais la méthode était condamnée sous prétexte que les chars pouvaient facilement en venir à bout. Sauf si la position enterrée était protégée par un fleuve ou une rivière; la ligne d'eau faisant office de fossé anti-chars ! Décidément, aucune intelligence, aucune imagination au sein de nos caboches étoilées...


 

Re: La percée de Sedan était-elle inévitable ?

Nouveau message Post Numéro: 46  Nouveau message de ulysse57  Nouveau message 09 Juil 2014, 10:15

Si je peux me permettre ce genre de système défensif élaboré n'a de raison que si le secteur est considéré comme risqué. Or ce n’était pas le cas dans l'imaginarium de l'EM français.

De plus mettre en place ce système signifie forcement un retour en arrière vers un style de combat que les français ne veulent plus , et admettre d'engager la bataille sur le sol français. Alors que la manœuvre qui va s'annoncer désigne clairement la Belgique comme champ de bataille.

Dans l'ouvrage de MARY sur la Bataille des Trois Frontières , il fait mention que les commandants des secteurs fortifiés ont souvent bougés. Je trouve que cela relève de la stupidité dans le sens ou un chef de secteur en place connait parfaitement son coin , et est capable de le fortifier correctement au fur et à mesure de son apprentissage du terrain.
Qu'en etait il dans le secteur de Sedan ? Est ce que dans la même veine les commandants locaux ont été souvent mutés ailleurs ? Entrainant alors des lacunes dans la parfaite connaissance du terrain ?


EDIT : cela n'enlève en rien la pertinence de la remarque de votre grand père. J'aurai peut être même ajouté , un peu à la manière de la Ligne Maginot , des couloirs pour chars avec des PaK en embuscade.


 

Re: La percée de Sedan était-elle inévitable ?

Nouveau message Post Numéro: 47  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 09 Juil 2014, 10:41

Quant à moi, avec tout le respect que j'éprouve pour BRH et par ricochet pour ses ascendants, j'invoquerai la métaphore, bien actuelle, du football.

Pense-t-on que, si sa défense s'était mieux positionnée sur le corner de la 11ème minute, le Brésil serait en finale ?

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Re: La percée de Sedan était-elle inévitable ?

Nouveau message Post Numéro: 48  Nouveau message de Bruno Roy-Henry  Nouveau message 09 Juil 2014, 11:25

ulysse57 a écrit:Si je peux me permettre ce genre de système défensif élaboré n'a de raison que si le secteur est considéré comme risqué. Or ce n’était pas le cas dans l'imaginarium de l'EM français.


Ce système défensif n'était pas spécialement élaboré : c'était la règle sur tout le front, de 1917 (avant, même) à 1918. Puisque l'on n'avait pas été capable de réaliser les blocs nécessaires à temps et de les armer correctement, la simple logique conduisait à se contenter d'un système qui avait fait ses preuves.
De plus mettre en place ce système signifie forcement un retour en arrière vers un style de combat que les français ne veulent plus , et admettre d'engager la bataille sur le sol français. Alors que la manœuvre qui va s'annoncer désigne clairement la Belgique comme champ de bataille.


Engager la bataille en Belgique suppose que tout le front soit étanche, en particulier entre le fer de lance de nos divisions et la ligne Maginot. En admettant que l'on ne range pas la crème de nos divisions derrière la Meuse, on aurait pu songer à les protéger correctement...

Dans l'ouvrage de MARY sur la Bataille des Trois Frontières , il fait mention que les commandants des secteurs fortifiés ont souvent bougés. Je trouve que cela relève de la stupidité dans le sens ou un chef de secteur en place connait parfaitement son coin , et est capable de le fortifier correctement au fur et à mesure de son apprentissage du terrain.
Qu'en etait il dans le secteur de Sedan ? Est ce que dans la même veine les commandants locaux ont été souvent mutés ailleurs ? Entrainant alors des lacunes dans la parfaite connaissance du terrain ?


En effet, ça a énormément bougé et encore le 12 mai, moment où la 71ème DI est inserée dans le dispositif du Xème CA, ce qui bouleverse complètement l'organisation des secteurs défensifs ! C'est la seule parade à laquelle a songé Huntziger !!! Comme on le voit, il a eu tout faux, du début à la fin ! Sans nul doute aurait-il été jugé et condamné en 1945, s'il n'était pas mort auparavant en 1941...

cela n'enlève en rien la pertinence de la remarque de votre grand père. J'aurai peut être même ajouté , un peu à la manière de la Ligne Maginot , des couloirs pour chars avec des PaK en embuscade.


Certainement pas ! Agir ainsi, c'est admettre que les panzers peuvent franchir la Meuse. Or, la valeur de la position-type 1917 n'est valable que contre l'infanterie et particulièrement contre les Stosstruppen... En gros, si un détachement ennemi perce quelque part, il doit être aussitôt rejeté par une contre-attaque locale, sans même attendre un ordre d'en-haut ! L'important étant que les rives de la Meuse demeurent sous le feu des fantassins français pour empêcher que les pionniers ne parviennent à construire un pont.


 

Carte de Frieser

Nouveau message Post Numéro: 49  Nouveau message de Bruno Roy-Henry  Nouveau message 09 Juil 2014, 14:48

Image

Essai.


 

Re: La percée de Sedan était-elle inévitable ?

Nouveau message Post Numéro: 50  Nouveau message de Bruno Roy-Henry  Nouveau message 09 Juil 2014, 16:54

A comparer (ou compléter) avec le travail d'Eric Denis :


Image


 

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