ulysse57 a écrit:Dans ce cas , je suis d'accord car il n'y a pas cet aspect d’immédiateté que tu définis clairement maintenant.
cette immédiateté est quelque peu centrale et pas vraiment obscure dans tout ce que j'écris sur le sujet depuis 20 ans et notamment dans l'article qui a relancé cette discussion en juillet
http://www.delpla.org/article.php3?id_article=560 .
ulysse57 a écrit:Par contre il amène la simultanéité en mettant en avant les conditions généreuses offertes à la France en ne lui enlevant pas ses colonies , la Royale etc .. et la possibilité pour les anglais de signer la paix quand ils le voudraient. Un pays jouant le levier sur l'autre , comme ils font partie de la même alliance avec les mêmes termes : pas de reddition unilatérale.
donc nous répudions aussi Liddell Hart et ses échos sur ce point ?
ulysse57 a écrit: Mais entre nous l'arrivée de Churchill ne permettait pas cette possibilité diplomatique ( surtout avec les discours qu'il a tenu ). Si Hitler a arrêté les Pz Div dans l'espoir d'une paix avec les Anglais c'est bien dans la ligne directrice de Mein Kampf. Si c’était compter avec les apeaser , alors là Adolf descendrait dans mon estime ..
J'ose penser que Churchill ou non il l'aurait fait ( arrêter les Panzer ) : juste pour ne pas humilier les anglais comme les allemands ont été humiliés auparavant . En attendant ce ne sont que les unités de Guderian et de Reinhardt qui ont été touchées. Les autres ont été utilisées ailleurs.
Relis le document "Coulondre", qu'il vaut la peine de reproduire encore pour le confort de tous (sauf des gens crispés sur l'explication militaire qu'ils n'ont toujours pas exposée) :
Offres éventuelles de paix de l’Allemagne
M. Nordling, Consul Général de Suède à Paris, qui avait accompagné M. Coulondre et le général Mittelhauser lors de la mission accomplie en Scandinavie du 12 au 14 avril, est revenu 15 jours plus tard à Paris en traversant l’Allemagne. Il s’est joint à une mission suédoise qui comprenait M. Dahlerus, industriel connu pour ses relations avec le Maréchal Göring, le Directeur des Affaires Économiques au Ministère des Affaires étrangères suédois et le chef d’État-Major des forces navales suédoises.
Cette mission a proposé au gouvernement du Reich un projet consistant essentiellement à assurer par des forces navales suédoises la police des eaux norvégiennes et la répartition équitable du minerai de fer entre l’Allemagne et les Alliés. Ce projet a été repoussé par les Allemands.
Le Maréchal Göring a cependant tenu à voir M. Dahlerus qui, à plusieurs reprises, s’était fait l’intermédiaire d’offres de paix allemandes. Le Lieutenant du Führer a exprimé l’avis que toute paix était impossible dans les conditions qui régnaient alors. Il a ajouté cependant que si la guerre était portée en Belgique et si l’armée allemande parvenait à s’emparer de la côte belge et de Calais, le Führer ferait une proposition de paix. Il demanderait l’annexion d’Eupen, de Malmédy, du bassin de Briey, ainsi que l’attribution de colonies au Reich. Pour le reste, il se contenterait, dans l’ensemble, du maintien du statu quo avant les hostilités.
Si la France repoussait ces propositions, la guerre serait étendue aux populations civiles et le peuple français « apprendrait ce qu’il en coûte d’être mal dirigé ».
Les indications ci-dessus, dont la source est absolument sûre, prennent une importance particulière à la lumière des événements qui se sont déroulés depuis lors.
Il est permis de se demander en particulier si le Duce n’attend pas le moment où M. Hitler, s’estimant vainqueur, formulerait des conditions de paix, pour entrer lui-même en scène.
Cette annonce d'une proposition faite par le Führer n'est pas suivie d'effet (ce que m'a fait remarquer avec beaucoup de pertinence, sinon de bienveillance, un intervenant, et qui prouve à soi seul que nous ne tournons pas en rond; ce perspicace voulait que cela consolidât l'explication militaire, par l'effondrement complet de la mienne, et là il avait doublement tort : au plan de la méthode -une erreur ne démontre pas son contraire- et de la place de cette idée dans la démonstration de l'explication diplomatique proposée en 1991). Là est à mon avis l'influence du changement de gouvernement à Londres et l'explication de toutes sortes d'autres bizarreries (la brièveté de l'arrêt, le fait qu'aucune démarche ne soit entreprise pour le faire remarquer à Londres...).
Hitler n'a affronté depuis 1929 que des situations sous contrôle même s'il a parfois joué à se faire peur (défection de Strasser en novembre 29, pari rhénan en 1936, quitte ou double de Sedan...). Churchill premier ministre, c'est pour la première fois un saut dans l'inconnu, et au plus mauvais moment : Hitler vient de lancer, juste avant ses troupes, son offre généreuse, propre à séduire Chamberlain, à la criaillerie impuissante d'un Churchill resté à l'Amirauté. Patatras, désormais l'un est passé devant l'autre... mais pas de beaucoup : Chamberlain est n° 2 du cabinet, Halifax garde toute sa mainmise sur les affaires étrangères (et les affaires militaires le sont par excellence, étrangères, et elles font repasser l'influence du FO devant celle des ministères militaires s'il est question de paix). Il urge de secouer une première fois le prunier dans l'espoir de faire tomber un Churchill en cours d'installation mais si cela ne marche pas il faut passer à la suite sans griller toutes ses cartouches.
ulysse57 a écrit:
Le HbF ne concerne pas explicitement les Pz mais bien une ligne physique à ne pas dépasser.
c'est aussi ce que je m'épuise à dire, devant des murs !
ulysse57 a écrit: Eh oui , malgré cette légère prise de bec sur la genèse de l'origine je reste convaincu que le HbF peut avoir une cause purement nazie , dogmatiquement parlant. Ce qui expliquerait que malgré l'arrivée de Churchill , Hitler laisse la porte ouvert par magnanimité envers le PEUPLE anglais.
ton raisonnement, c'est "il reste magnanime malgré Churchill".
Le mien : il est coincé par sa folie. L'alliance aryenne sur le cadavre de la France (de sa puissance et de son prestige militaires), ce n'est pas négociable et la Providence a assez montré qu'elle en avait confié la mission au caporal Hitler. Cela vaut le coup de laisser du temps avant l'encerclement complet, dans l'espoir que, devant la menace de ce bouclage, la politique jusqu'auboutiste de Winston soit analysée et diagnostiquée comme une impasse par le cabinet de guerre. Mais pas beaucoup de temps, et surtout sans publier l'offre généreuse : si cela ne marche pas cette fois, l'écrasement complet de la France et la menace de son occupation non moins complète décupleront, vers la mi-juin, l'avertissement et ses effets sur le gouvernement londonien, tandis qu'on pourra espérer un rôle modérateur des Etats-Unis (je vais développer ce point dans les heures qui viennent).
ulysse57 a écrit:A part cela qui est le premier à demander un arrêt ? Rundstedt ou Hitler ?
ni l'un ni l'autre :
-ce n'est pas le même arrêt;
-Rundstedt ne demande rien, il décide, sur la prière de Kleist relayée par Kluge, d'une journée de remise en ordre le 24 afin de repartir de plus belle le 25; je propose depuis quelques semaines (et personne ne répond rien là-dessus) l'hypothèse que la victoire d'Arras balaye tout cela et fait oublier ses alarmes à Kleist, qui est le premier à vouloir foncer dans la situation entièrement nouvelle du 24 au matin. C'est cela même qui oblige Hitler à une intervention urgente pour tout bloquer.