norodom a écrit: Ce qui est curieux c'est que H. Amouroux ait pris au sérieux la littérature de Costello !
D'autant plus curieux que aujourd'hui même, F. Delpla semble être plus réservé que dans un passé récent sur le sérieux du travail de Costello.
Je n'ai pas lu Costello... seulement quelques extraits qui ne m'ont guère incité à le retenir dans mes docs de référence...
Les 18 et 19 juillet 2007 sur votre forum, vous avez fait un très long exposé au cours duquel vous avez réservé un paragraphe au travail conjoint entre Costello et Delpla... le titre de ce paragraphe :
COSTELLO, DELPLA : LES THESES RECENTES
J'ai retenu au passage la plus énorme ânerie qu'il m'ait été donné de lire !... je cite :
<< Et le pilonnage systématique de la zone par "l'artillerie aérienne" devait faire pression sur les Britanniques pour accélérer les négociations.>>
J'ignore si vous avez voulu attribuer cette citation à Costello ou à Delpla... peu importe !
En voilà, de la rigueur, à toutes les lignes !
En ce qui me concerne, je n'ai pas varié d'un iota sur Costello, depuis qu'en 1992 j'ai été l'un des premiers à saluer sa contribution. Je crains que là-dessus tu ne te sois laissé abuser.
J'écrivais alors dans le
Doumenc, p. 31 :
On ne résume pas un ouvrage aussi neuf et aussi fondamental. Tout n'y est pas, comme il est normal, parfaitement abouti. Nous verrons qu'un certain nombre de faits révélés par Doumenc rendent déjà caduques un certain nombre de ses analyses.
Dans la préface de
Churchill et les Français, en 1993, j'écrivais après avoir cité son livre parmi quelques ouvrages récents et novateurs
http://www.delpla.org/article.php3?id_article=347 :
Ces ouvrages ne fondent pas une nouvelle orthodoxie - ne serait-ce qu’en raison de leurs divergences. Mais ils ont soulevé une chape de plomb, celle de la vérité officielle sur le deuxième conflit mondial.
(...)
les novateurs des années 1990-1991 franchissent résolument les frontières, notamment John Costello. Mais son maître livre, qui mobilise les archives d’une dizaine de grandes et de moins grandes capitales, dévoile un filon bien plus qu’il ne l’épuise. Il est susceptible de multiples approfondissements, dont l’analyse des rapports entre Churchill et les Français n’est pas le moins intéressant.
Sur l'ordre d'arrêt, sa contribution est capitale, je l'ai dit et le maintiens : il trouve le pot-aux-roses avec le texte du 20 mai, et la solution avec l'idée d'une "paix sur le sable de Dunkerque". Cela dit, son livre et mon
Doumenc sont parus à quelques mois d'intervalle et j'avais largement élaboré ma thèse avant de lire la sienne. Cela (et la citation ci-dessus) pour contredire ceux qui ont écrit jadis ou naguère que je le suivais aveuglément.
Sur un plan plus général, le grand mérite de son livre, dès son titre, est d'attirer l'attention sur le réalisme de la stratégie hitlérienne et le fait qu'elle a bien failli déboucher sur un triomphe durable, empêché par Churchill d'extrême justesse. Ainsi, p. 41 :
[en 1940] l'avenir de la Grande-Bretagne et de la démocratie occidentale reposait tout entier sur les destinées et les décisions d'un seul homme.
Donc, tu peux y aller en confiance, lis-le, et pardonne si tu as un grand coeur à ceux qui t'en ont si longtemps détourné.
Personnellement, je suis devenu historien à plein temps et à haute dose quotidienne parce que je croyais que le chantier ouvert par les ouvrages novateurs de 1990-91 (outre celui-là, celui de John Lukacs intitulé
Le Duel, essentiellement) allait requérir un grand nombre de bras pendant quelques décennies. Il y eut hélas un black-out... ce qui veut dire que le chantier reste largement devant nous. Avis aux courageux !