La lecture rapide du document indiqué par Alain Adam au post n°11 (page 2 du sujet) confirme que les dispositions du transport ferroviaire de la première guerre mondiale ont été reconduites en 1939.
Avant de passer au transport automobile, voici plus d'informations sur les "transports en cours d'opération" ou TCO.
Tout d'abord, un extrait de la préface de l'ouvrage
Les chemins de fer français et la guerre par le général Gassouin (chef du 4e bureau et spécialiste des chemins de fer) :
La doctrine de guerre française fondée sur l'économie des forces et, par suite, sur l'emploi des réserves en un point donné au moment fixé par le Cornmandement, comportait naturellement des mouvements rapides de grandes unités sur toute l'étendue du front des armées.
Or, quel était ce front ? Plus de 250 kilomètres de Belfort à Hirson — front du déploiement stratégique des armées françaises — plus de 200 kilomètres, si l'on ne considère que la partie la plus sensible, de la trouée de Charmes à Hirson.
Sur ce front de 200 kilomètres, le centre de gravité de la bataille pouvait être au sud de Nancy ou à la frontière belge, car, quoi qu'on ait pu dire à ce sujet, l'hypothèse d'une violation de la neutralité belge par l'Allemagne était depuis longtemps envisagée par le commandement français. Elle répondait trop bien aux conceptions allemandes depuis Clausewitz et Moltke jusqu'à Bernhardi, comme aux travaux exécutés sur les voies ferrées de Westphalie, pour ne pas être probable. Peut-être n'allait-on pas jusqu'à supposer que l'Allemagne aurait l'audace et la maladresse de piétiner la capitale et d'attaquer les forteresses d'une puissance dont la neutralité était placée sous la sauvegarde de sa signature, mais le passage de ses corps d'armée entre Namur et Givet de manière à tourner l'obstacle de la Meuse et à trouver la route la plus courte conduisant à Paris ne faisait pas de doute pour les esprits avertis.
Il était bien certain que, sur un pareil front, le transport rapide des réserves ne pourrait s'effectuer qu'au moyen des chemins de fer, le seul moyen mécanique à une époque où les transports automobiles n'existaient pas ou n'en étaient qu'à la période de l'enfance.
Aussi, dès 1894, une Instruction sur l'emploi des voies ferrées pour les T. C. 0. avait-elle été établie. Un peu timide, un peu rigide, elle fut revisée en 1912 et appliquée dans sa nouvelle forme, pendant toute la campagne, presque sans modifications. Dans ces conditions, c'est sans hésitations que purent être exécutés dès le premiers mois de la guerre les transports qui contribuèrent à la victoire de la Marne et constituèrent la course à la mer.
Le règlement du 15 octobre 1912 prévoit deux types de TCO :
- les transports tactiques (relèves), qui restent dans la zone d'action de la régulatrice et ne présentent pas de difficulté,
- les transports stratégiques, qui consistent à déployer à grande distance des unités complètes.
Les TCO stratégiques nécessitent une préparation pour déterminer la zone d'embarquement, la répartition de l'unité sur les points d'embarquement, le tracé et la densité du courant (nombre de trains prévus par tranche de 24 heures), la zone de débarquement et de regroupement.
Il faut également prévoir le matériel nécessaire, locomotives et wagons, le faire venir aux points d'embarquement puis l'évacuer à la fin du transport, aménager les points d'embarquement et de débarquement, détourner ou supprimer le trafic perturbateur... Tout cela doit s'effectuer avec un préavis de quelques heures.
Selon le règlement, le commandant en chef prévenait de son intention le directeur de l'arrière et le directeur des chemins de fer. Ce dernier faisait faire une étude rapide et rendait compte.
Une fois la décision prise, le commandant en chef informait le directeur de l'arrière et le commandant de l'armée concernée. Il indiquait quelles unités devraient faire mouvement par voie de terre (par la route).
Pour chaque ligne de transport, une commission de ligne supervisait le transport. Elle disposait d'une commission régulatrice d'embarquement, qui faisait partir les trains, et d'une commission régulatrice de débarquement qui pouvait éventuellement varianter les trains vers une autre destination avant de procéder au débarquement des troupes. Des commissions de gare étaient installées dans les gares d'embarquement et de débarquement.
Des officiers de l'unité transportée étaient détachés dans les commissions de ligne, d'embarquement et de débarquement pour régler les problèmes de fractionnement au départ et de cantonnement à l'arrivée.
Deux modèles de train types étaient utilisés :
- type combattant, avec 1 voiture voyageur, 34 wagons couverts, 13 plats et 2 fourgons ;
- type parc, avec 1 voiture voyageur, 24 wagons couverts, 23 plats et 2 fourgons.
Fin 1916, on n'utilisa plus qu'un seul type de train, le train unifié (T.U.). Toujours à 50 véhicules il comptait 1 voiture voyageur, 30 wagons couverts, 17 plats et 2 fourgons. Quelques wagons couverts étaient munis de bancs, les autres couverts de paille, permettant de transporter des hommes ou des chevaux.
Une division nécessitait 38 à 40 rames, les E.O.C.A 26 rames, soit 111 rames pour un corps d'armée, sans les automobiles.
Pour gagner du temps, les plans d'enlèvement des unités en réserve étaient étudiés systématiquement, au cas où. Le délai de début d'exécution des TCO fur ainsi ramené à 6 heures en 1918.
Les transport ferroviaires n'était utilisés que pour un trajet de 100 km au moins pour un corps d'armée, 75 km pour une division. En cas de distance moindre, on pouvait acheminer les hommes par train mais les parcs, convois et éléments motorisés utilisaient la voie de terre.