Post Numéro: 5
de alain adam
27 Juil 2026, 10:44
Bonjour,
Je vais commencer par les matériels achetés par la France, pour pallier aux retards divers et autres tergiversations.
Nous retiendrons pour cette partie :
- La mitrailleuse de 20mm Oerlikon CA Mle 1939
- Le canon de 40mm Bofors CA Mle 1938/1939
- Le canon de 94mm (3.7 inch) britannique
1 – La mitrailleuse de 20mm Oerlikon
La mitrailleuse 20mm CA Oerlikon Mle 39 est un matériel commandé en Suisse qui avait pour but de renforcer la défense contre avions au sein des divisions françaises, alors dotées de mitrailleuses de 8mm Hotchkiss pour leur défense à basse altitude. Il fallait en outre pallier au retard de fabrication des canons de 25mm CA, qui allaient doter l’artillerie, pour fournir une défense immédiate à l’infanterie plus puissante.
Une première commande de 400 matériels a été faite en novembre 1938, et par la suite, plus de mille matériels supplémentaires seront commandés. La Suisse en livrera un peu de moins de 400 jusqu’à l’armistice, les livraisons débutant début 1939.
Pierre-François Aujas dénombre 397 matériels livrés entre janvier 1939 et fin mai 1940 (GBM 126/127), j’en ai 374 de mon coté jusqu’à la même date, le problème étant d’un côté ou de l’autre de savoir si on parle de livraisons totales, aux armées, uniquement en métropole etc. Comme toujours sur le sujet 1940, il y a un certain flou. Un document de l’état major indique 380 matériels disponibles début mai, Afrique comprise, je pense que nous pouvons partir sur ce chiffre. A ces chiffres il conviendra d’ajouter une dizaine de pièces ex-espagnoles qui seront attribuées à la Marine.
Cette mitrailleuse (monotube) de 20mm, pesant 380 Kg en batterie ( mise en batterie en moins d’une minute) a une portée maximale de 5000m, et en utilisation anti-aérienne une portée pratique de 1600 à 1800m pour une altitude maximale de 3500m ( vitesse initiale 830 m/s). La mitrailleuse utilise des boites chargeur de 15 cartouches avec une cadence de tir de 280 c/m (170 en pratique). Les munitions sont explosives ou de rupture (chaque section dispose d’une trentaine d’obus antichar). Manœuvrable par hommes, cette arme supporte la traction hippomobile et automobile, jusqu’à 50 km/h, ce qui est remarquable à l’époque. Les sections de 4 pièces de l’infanterie sont hippomobiles et comportent 33 hommes (et 6 chevaux). La cavalerie sera la seule à disposer de la traction automobile.
Je n’ai pour le moment pas identifié avec certitude les performances antichar, mais nous pouvons estimer par défaut que la mitrailleuse peut engager des blindés légers avec ses obus de rupture ( PzKfw I, II (si non surblindé) et automitrailleuses ) et des cibles molles avec ses obus explosifs.
La dotation prévue est de remplacer une section de mitrailleuses de 8mm au sein des compagnies d’accompagnement de bataillon de chacun des régiments d’infanterie de type Nord-Est. Au sein des régiments motorisés, on remplace de la même manière une section au sein de la compagnie régimentaire de mitrailleuses et engins. Dans la pratique, cela donne donc 12 pièces de 20mm CA par division, complétées par 24 mitrailleuses de 8mm CA, auxquelles il faut ajouter les 3 mitrailleuses de 8mm CA au GRDI.
Les dotations effectives.
En premier lieu sont équipées les divisions d’active et en priorité les divisions motorisées, chacune devant avoir 12 mitrailleuses de 20mm :
- Les 7 divisions motorisées : 1e DIM, 3e DIM, 5e DIM, 9e DIM, 12e DIM, 15e DIM ,25e DIM . Un exemplaire surnuméraire est pour moi à la 5e DIM, à la 15e DIM pour PF Aujas. Total : 84+1
- 10 divisions métropolitaines d’active : 10e DI, 11e DI , 13e DI, 14e DI, 19e DI, 21e DI, 23e DI, 36e DI, 42e DI, 43e DI . La 36e DI n’en recevra que 3, mais se verra dotée d’une batterie de 25mm CA ( 708/409 ). Mes données différent avec celles de PF Aujas qui n’en donne que 3 à la 42e DI et 12 à la 36e DI. Total : 111
Puis viennent les autres unités avec des dotations souvent partielles :
- 6 DINA recevront une dotation partielle, là nous n’avons pas du tout les même chiffres, j’ai pour ma part 3 pièces à la 1e DINA, 2 aux 2e et 3e DINA, 4 à la 4e DINA, 1 aux 5e et 6e DINA . Total : 13
- 3 DIC avec une dotation partielle (même problème) : 3 aux 1e DIC et 3e DIC, 2 à la 4e DIC . Total : 8
- 6 pièces à la 1e DM (12 pour PF Aujas) . Total : 6
- 2 à la 82e DIA, 6 à la 87e DIA . Total : 8
Soit pour les forces combatives : 85+111+13+8+6+8 = 231
Viennent ensuite diverses affectations en dehors des unités directement au front :
- Aux FTA, deux compagnies recevront chacune 4 mitrailleuses, pour la défense de Lyon et de Marseille ( 2/XIV et 2/XV ) .
- En Corse, la 373e DBIA recevra 9 mitrailleuses
- La Marine recevra une dizaine de mitrailleuses d’origine espagnole ( donc en sus des fabrications effectuées pour la France) . La 7e Bie de 90mm en recevra 2 , les 7 autres pièces à la défense de Dunkerque.
Total : 17 + 9 ex espagnoles
Outremer on trouvera 71 mitrailleuses :
- 11 pièces à la 84e DIA(Tunisie) . Renforcée avant son arrivée en France.
- 12 pièces à la 81e DIA (Tunisie)
- 10 pièces à la 83e DIA (Tunisie)
- 2 mitrailleuses au 3e RSA (6e DLC) en Tunisie - automobile
- 2 pièces au 1e REC (Tunisie) - automobile
- 4 pièces à la 4e Brigade de Cavalerie (Tunisie) - automobile
- 2 pièces au Goum Motorisé (Tunisie) - automobile
- 2 pièces au 3e RCA (Tunisie) - automobile
- Une section autonome des FTA situé à Rabat (Maroc) : 4 pièces.
- 4 pièces au 2e RTA (86e DIA) - Levant
- 6 pièces à la 85e DIA (Algérie) . Renforcée avant son arrivée en France.
- 12 pièces à la compagnie DCA du RAC CFS de Djibouti
Le total général nous donne donc 319 mitrailleuses auxquelles il faut ajouter une quarantaine de pièces livrées à l’armée de l’air (ie 359) . Pour sa part, PF Aujas arrive à 349 pièces + 40 armée de l’air ( +9 ex espagnoles ), soit 389. La réalité doit donc se situer entre les deux et je suis d’avis que les 2e, 3e et 4e DINA ont bien reçu leur dotation de 12 pièces (soit 28 de plus), ainsi que les 1e et 3e DIC (18 mitrailleuses de plus). Admettons également 12 pièces à la 1e DM comme l’indique PF Aujas.
Donc concernant les unités combattantes, nous retiendrons :
- 7 DIM , 85 mitrailleuses
- 10 DI , 111 mitrailleuses
- 6 DINA , 29 mitrailleuses
- 3 DIC , 26 mitrailleuses
- 2 DIA , 8 mitrailleuses
- 1 DM , 12 mitrailleuses
Total : 271 mitrailleuses de 20mm Oerlikon
Dans le secteur des armées nous pouvons ajouter les 9 mitrailleuses ex-espagnoles qui participeront à la défense de Dunkerque sous le commandement de la Marine.
Il faut y ajouter 2 DIA supplémentaires arrivant en juin, dont le matériel sera complété (ou tout du moins devait l’être), soit 24 mitrailleuses (84 et 85e DIA).
Retenons donc pour le comparatif avec les forces allemandes Fall Gelb : 280 .
A titre anecdotique, il est bon d’ajouter qu’un autre modèle de mitrailleuse de 20mm, la Hispano Suiza HS 404 a servi dans l’armée de l’air pour la défense des aérodromes, une quarantaine d’exemplaires.
2 – Le canon de 40mm Bofors
Ce canon suédois, déjà en service dans la BEF, fut commandé en très petit nombre par la France, sous deux appellations, Mle 1938(20) et Mle 1939(14). Je vous renvoie à GBM 125 pour de plus amples détails. A ces chiffres, il faut ajouter 9 canons Mle 38 ex-expagnols, soit au total 43 pièces.
-37 seront affectés au 401e RADCA :
Batteries 180 à 186 pour la défense de Paris : 28 canons Mle 38
Batterie 195 à Rouen : 4 canons Mle 39
Batterie 190 au Creusot : 5 canons Mle 39
-5 Mle 39 à la Marine (2 à Cherbourg, 3 pour la défense de croiseurs auxiliaires devant transporter le CEFS)
-1 Mle 38 reste au Havre pour essais munitions
Aucun canon n’est donc dans les forces combattantes et nous ne retiendrons aucune pièce dans la zone des armées.
En terme de caractéristiques, ce canon pèse 1950 Kg en batterie, a une cadence de tir de 120 c/m (obus explosif en lame chargeur) . D’une vitesse initiale de 800 m/s, les obus ont une portée pratique de 2500 à 3000m en DCA pour une altitude maximale de 3500m (2500 en pratique).
3 - le canon de 94mm CA britannique
Autre matériel dotant l’armée française en très petit nombre, le 3.7 inch britannique. C’est un canon puissant, pouvant atteindre une altitude de 9500m , avec une vitesse initiale de 810 m/s et une cadence de 10 c/m.
20 pièces réparties dans 5 batteries :
-136e et 137 Bies du 405e RADCA à Lyon
-165e Bie du 401e RADCA à Paris (Nogent)
-147e et 176e Bie du 407e RADCA à Paris ( respectivement Chatillon et Saint Cloud)
Donc aucune dans la zone des armées.
Au bilan, concernant le matériel de DCA d’origine étrangère dans la zone des armées en mai 1940, il n’y a donc que 280 mitrailleuses de 20mm Oerlikon.
Alain