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Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Tout ce qui concerne la période entre le 3 septembre 1939 et le 25 juin 1940 environ, comme par exemple:
L'offensive de la Sarre, la mobilisation, le Pied de Paix Renforcé, la B.E.F., la campagne de France, l'effondrement de la République et de l'Armée Française, l'exode ...
MODÉRATEUR: Equipe Admins/Modos

Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 61  Nouveau message de alain adam  Nouveau message 21 Nov 2025, 19:27

Loïc Charpentier a écrit:
bernard-1954 a écrit: Tout ça pour dire, Loïc, que ton appréciation de la situation est vraisemblable.


...Quand tu as passé plusieurs années sous l'uniforme, même si, en ce qui me concerne, çà commence désormais à très sérieusement dater (!), tu as tendance à avoir appris à lire +/- moins bien "entre les lignes", sans pour autant devoir appartenir au haut état-major décisionnaire. :mrgreen:

Pour tout ce qui se rapporte aux productions allemandes de matériels militaires, il convient, notamment, de "récupérer" les rolls US NARA T 78 R164 à R169. Il n'existe, hélas, que très peu de documents officiels traitant des productions 1938, situation qui perdure encore en septembre-octobre 1939, par contre, à dater de novembre 1939 (avec rappel des situations depuis fin août 1939, jusqu'à fin mars 1945, on dispose, par le biais de ces rolls, de l’entièreté des productions mensuelles, plus d'autres informations, comme l'inventaire des pertes au combat, les éventuelles cessions de matériels aux alliés de l'Axe, etc.

Comme ces états déclinent le matériel depuis l'arme de poing, jusqu'aux Panzerounets, en passant par les pièces d'artillerie , tandis que le classement US NARA, lui, est un aimable "boxon", il y a pas mal de boulot à la clé pour parvenir à reclasser les fiches de situation par mois et années, auquel il convient d'ajouter le délai nécessaire pour correctement interpréter ces mêmes fiches. Par contre, si tu veux bien te plier à ces "corvées", tu finis par te retrouver avec un inventaire essentiel et particulièrement précieux.

Par le biais de ces fichiers, par exemple, on est amené à devoir constater, que la "Drôle de Guerre" avait permis, entre octobre 1939 et avril 1940, à l'armée allemande, de compléter et renforcer ses dotations; cà avait ainsi été le cas des Panzer III, en sous-effectif patent en septembre 1939, même motif-même punition, également, pour les SPW, semi-chenillés "blindés", construits dans l'urgence, alors que la seule entreprise allemande spécialisée dans la soudure d'acier de blindage, étant noyée sous le flot des constructions prioritaires, il avait fallu mettre en production une série de 300 exemplaires de SPW, construits en acier doux "à ferrer les ânes", qui s'étaient contentés, durant le Westfeldzug, vue leur absence de blindage, de jouer le rôle de tracteurs de "seconde ligne", notamment pour l'artillerie de campagne motorisée! :D

Là, je suis amené à devoir "déraper" - même s'il s'agit que d'un exercice facile, à posteriori ::elu boulet:: -, car si l'armée française, en septembre 1939, avait, à l'ouest, déclenché une offensive conséquente digne de ce nom - en soutien de la Pologne-, l'armée allemande qui était alors engagée massivement dans l'Opération Fall Weiß, dans cette même Pologne, se serait retrouvée très mal, car ses "défenses" occidentales flirtaient, alors, avec "peu de choses". Fin septembre 1939, quand les formations allemandes de combat avaient pu être transférées sur le "Front Ouest", c'était déjà "trop tard"! :mrgreen:


Hello Loïc,
Hé oui , y'a quelques fous qui se sont tapés le travail ... ::mortderire::
Justement, c'est la remarque que j'allais faire mais que j'ai finalement abandonné car préssé par le boulot, en novembre 39 on est loin d'avoir les effectifs blindés qu'il y aura en mai 40.
Ainsi, de mémoire, il manquerait dans les 500 chars et pas des moindres puisque ce sont uniquement des panzer III , 38(t) et IV . Et par quoi auraient ils été remplacés, pas par des panzer II qui étaient déjà au taquet ou presque en terme de dotation, mais par des panzer I .
Autant dire que la guerre blindée se serait peut etre vite transformée en déculottée.
Bien sur, cela sous entends aussi que tous les efforts tardifs des français n'entraient pas en compte en novembre 39 ( création des DCR par exemple ) .
Pour en revenir aux docs NARA que tu citais, on les trouve aujourd'hui aussi sur le site germano sovietique ( je refournirai l'adresse si besoin ) mais surtout, ils sont disponibles directement sur le site NARA gratuitement ( je te vois d'ici Loïc, nous on avait payé pour avoir la primauté il y a quelques années ) .

Alain
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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 62  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 21 Nov 2025, 19:30

Les changements récents apportés aux deux ailes conduisent à une nouvelle version du plan que je nomme Jaune 1.3. Ces modifications se traduisent par une instruction complémentaire de l’OKH émise le 15 novembre. Je n’ai pas trouvé ce document mais il contient des « papillons » à coller dans la directive de déploiement du 29 octobre. Tous les exemplaires ou traductions de la directive du 29 octobre que j’ai pu voir comportent ces papillons. Les changements apportés sont les suivants :

À la section 3a, page 4, avant la 6e Armée, insérer le paragraphe suivant :
Dès le début de l'attaque, le Groupe d'armées B sera prêt, sur ordre, à s'emparer du territoire néerlandais, initialement devant la forteresse de Hollande, avec un effectif minimal conformément aux instructions spéciales.

À la section 3a, page 5, avant la 4e armée, ajouter le paragraphe suivant :
Suite aux instructions du Groupe d'armées B, l'armée [la 6ème] sera prête, sur ordre, à prendre possession du territoire néerlandais situé entre la Meuse – de préférence le Waal – et la frontière belge lors de son offensive et à le sécuriser face au front sud de la forteresse de Hollande.

3.) Supprimer le point 3b et le remplacer par la version révisée suivante :
b) Le Groupe d'armées A, élargissant le front d'attaque du Groupe d'armées B, attaque avec son aile droite en direction générale de l'ouest. Cette aile doit franchir la Meuse le plus rapidement possible entre Fumay et Mouzon, puis traverser la zone frontalière française fortifiée en direction de Laon. Avec son aile gauche, le Groupe d'armées A couvre l'attaque de l'ensemble de l'armée contre les actions ennemies venant du sud et du sud-ouest. Un groupe de forces rapides doit être formé en avant du Groupe d'armées A et déployé en direction de Sedan et vers l'est, en utilisant la bande déboisée de part et d'autre d'Arion, Tintigny et Florenville. Sa mission est de neutraliser les forces ennemies mobiles dirigées vers le sud de la Belgique, de s'emparer par surprise de la rive ouest de la Meuse à Sedan et au sud-est de cette ville, et ainsi créer des conditions favorables à la poursuite de l'opération.

La 12ème armée, progressant au-delà de l'Our, perce les fortifications frontalières belges de part et d'autre de Bastogne. Elle force le franchissement de la Meuse entre Fumay et Mouzon et avance vers Laon.

La 16e armée, attaquant depuis la ligne Wallendorf-Mettlach, s'empare initialement de la ligne générale Mouzon-Longwy-Sierck en poussant brusquement son aile droite, couvre le flanc sud de l'attaque générale le long de cette ligne et maintient le contact avec la ligne fortifiée de la Sarre au sud de Mettlach, conformément à un accord avec la 1re armée.

Sur la carte, j’ai supprimé les limites d’armée à l'intérieur des groupes d'armées. Les trois groupes de troupes rapides sont colorés en vert.

Image

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 63  Nouveau message de alain adam  Nouveau message 21 Nov 2025, 19:38

Loïc Charpentier a écrit:Là, je suis amené à devoir "déraper" - même s'il s'agit que d'un exercice facile, à posteriori ::elu boulet:: -, car si l'armée française, en septembre 1939, avait, à l'ouest, déclenché une offensive conséquente digne de ce nom - en soutien de la Pologne-, l'armée allemande qui était alors engagée massivement dans l'Opération Fall Weiß, dans cette même Pologne, se serait retrouvée très mal, car ses "défenses" occidentales flirtaient, alors, avec "peu de choses". Fin septembre 1939, quand les formations allemandes de combat avaient pu être transférées sur le "Front Ouest", c'était déjà "trop tard"! :mrgreen:


Sur cette partie, je pense qu'il faut en effet arreter là , car si l'offensive à été lancée, c'etait a contre coeur, pour restecter un traité d'assitance militaire, et sans la volonté de faire plus que scotcher quelques unités allemandes sur le front ouest. Ne dérapons pas du sujet donc.
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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 64  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 22 Nov 2025, 22:13

Tout d'abord, une précision : Le document qui accompagne les « papillons » semble être celui-ci : BAMA RH6/3-85
Image
La pièce jointe n'existe plus. Elle a été en principe découpée pour être collée à plusieurs emplacements de la directive de déploiement du 29 octobre.

L’axe principal de l’opération étant toujours au nord de la Meuse de Liège à Namur, les difficultés de franchissement de la 6ème armée sont toujours d'actualité. Le 17 novembre, Halder note ce que lui dit Jodl : "on a abandonné tout espoir de capturer par une attaque surprise les ponts sur le canal Albert ... Si on ne peut traverser le canal Albert, retirer les forces motorisées : les chances sont meilleures à l’aile sud."

Le 20 novembre, Keitel signe la directive n°8 qui contient plusieurs dispositions importantes :

1) Il est impératif de maintenir, pour l'instant, la capacité de reprendre le déploiement amorcé à tout moment . C'est la seule façon de tirer immédiatement profit de conditions météorologiques favorables. Les unités de la Wehrmacht se préparent afin de pouvoir interrompre l'attaque même si l'ordre n'est reçu par le Haut Commandement qu'à 23h00 le premier jour de l'offensive. Le Haut Commandement sera informé au plus tard à cette heure des mots clés « Danzig » (« poursuivre l'attaque ») ou « Augsburg » (« interrompre l'attaque »).

Le déploiement a commencé le 5 novembre et été arrêté le 7. Les unités ont donc procédé à deux marches de nuit. Il reste en principe 5 jours mais, pour exploiter les prévisions météo, il faudrait pouvoir ramener le délai à 3 jours. On va donc laisser courir le déploiement prévu pour la date objectif du 26 novembre, date qui est maintenant repoussée, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un délai de 3 jours.

2) Contrairement aux instructions précédentes, toutes les mesures prévues contre les Pays-Bas sont autorisées sans ordre spécifique dès le début général de l'attaque. L'attitude des forces armées néerlandaises est imprévisible. En l'absence de résistance, l'invasion sera considérée comme une occupation pacifique.


3) Les opérations terrestres seront menées conformément à l'ordre de déploiement du 29 octobre. Par ailleurs, les dispositions suivantes s'appliquent :

a) Toutes les précautions nécessaires seront prises pour permettre un transfert rapide des opérations du Groupe d'armées B vers le Groupe d'armées A si des succès plus rapides et plus importants y sont obtenus, comme la répartition actuelle des forces ennemies pourrait le laisser supposer.

b) Le territoire néerlandais, y compris les îles de Frise occidentale au large des côtes (à l'exception de Texel pour le moment), sera conquis dans un premier temps jusqu'à la ligne Grebbe-Meuse.


5 Les missions de la Luftwaffe restent inchangées. Elles sont complétées par les ordres spéciaux donnés oralement par le Führer concernant les opérations aéroportées et le soutien à l'Armée de terre pour la prise des ponts à l'ouest de Maastricht. La 7e division aérienne ne sera déployée pour l'opération aéroportée qu'une fois la maîtrise des ponts sur le canal Albert assurée. La transmission la plus rapide possible de ces informations entre le commandant en chef de l'Armée de terre et le commandant en chef de l'Armée de l'air doit être garantie. Les villes et villages, en particulier les grandes agglomérations, ainsi que les sites industriels, ne doivent être attaqués ni sur le territoire néerlandais ni sur le territoire belgo-luxembourgeois sans raisons militaires impérieuses.


Koeltz explique : "Nous avons vu que le 22 octobre le Führer avait ordonné que les parachutistes de la 7e division aérienne seraient lâchés sur la région de Gand pour empêcher l’armée belge de refluer vers le sud-ouest. Cette décision n’avait plu ni à l’O.K.L. — Goering et Jeschonnek — ni à l’O.K.H. — Brauchitsch et Halder. A leur sens, l’opération était des plus risquées ; Gand était à 180 kilomètres de la frontière allemande ; pendant combien de temps la 7e division aurait-elle à lutter seule, en enfant perdu, avant d’être rejointe par les troupes mobiles — blindées et motorisées — de la 6e armée ? Celles-ci ne pourraient être lancées en avant que si les ponts de Maestricht et du canal Albert étaient enlevés. Goering renouvela ces objections au cours de la conférence et parvint à convaincre le Führer, qui consentit à ce que les parachutistes ne fussent lancés sur la région de Gand que quand, au premier jour de l’attaque, on aurait acquis la certitude absolue que les ponts de la Meuse et du canal étaient bien tombés aux mains des troupes de la 6e armée."

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 65  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 23 Nov 2025, 09:27

À propos des problèmes de franchissement des cours d’eau, Koeltz cite un article de Jean Vanwelkenhuizen publié dans le numéro de mars 1954 de la revue belge L’armée la nation. Dans l’article, dont le titre est Les parachutistes allemands en 1939-1940, l’auteur explique que, dans le premier plan (celui du 19 octobre), l’OKH avait prévu de lancer les parachutistes juste derrière les lignes belges pour faciliter le franchissement des coupures. Hitler préféra les lancer au sud-ouest de Gand pour éviter une retraite des Belges par le sud et une occupation d’Anvers par les Britanniques. À par Student, le chef des aéroportés, les militaires jugeaient que cette opération était une folie. Pour qu’elle ait une chance de réussite, il fallait que la 6ème armée s’emparât rapidement des ponts sur la Meuse et le canal Albert. Hitler se désespérait des solutions sans imagination que lui proposaient les militaires. Il proposa de recourir à la ruse pour s’emparer des ponts, avec des solutions comme :
  • l’emploi de planeurs silencieux pour se poser à proximité immédiate des ponts et lancer un assaut surprise, (la solution fut retenue pour neutraliser le fort d’Eben Emael, mais elle n’était pas applicable aux ponts de Maestricht)
  • l’utilisation de déguisements : uniformes de l’armée néerlandaise, tenues féminines…
Lorsque il fut décidé que les parachutistes ne seraient largués qu’après s’être assurés que la 6ème armée était en possession des ponts, Hitler fit étudier d’autres opérations pour eux. Le document OKW WFA 221/39 g.K.Chefs. du 28 novembre (document C-10 Nuremberg) lance ainsi trois études :
  • l’occupation de l’île de Walcheren et de Flessingue, ou un objectif similaire fournissant un avantage pour la guerre navale ou aérienne,
  • la prise de passages de la Meuse entre Namur et Dinant pour faciliter la progression des troupes rapides de la 4ème armée,
  • le contrôle du terrain au nord de Carignan (sud-est de Sedan) et au nord-est de Sedan pour faciliter le débouché des hauteurs de Bouillon pour les troupes rapides du HGr A.
Les premières et troisième études seront abandonnées, laissant ainsi deux options pour l’emploi des parachutistes : Gand ou la Meuse entre Namur et Dinant.

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 66  Nouveau message de RoCo  Nouveau message 23 Nov 2025, 17:07

bernard-1954 a écrit:Tout d'abord, une précision : Le document qui accompagne les « papillons » semble être celui-ci : BAMA RH6/3-85
Image
La pièce jointe n'existe plus. Elle a été en principe découpée pour être collée à plusieurs emplacements de la directive de déploiement du 29 octobre.


Voilà la pièce jointe du 15.11.39 , avec les "papillons" enlevés
Image

Un exemple de la directive de déploiement du 29 octobre corrigée avec les "papillons" collés se trouve dans BAMA RH 6/2 page 133 et suivants .
dont nouveaux ordres Hgr B page 139-141 (1.) et 2.) de la pièce jointe) , nouveaux ordres Hgr A page 141-143 (3.) de la pièce jointe)

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 67  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 23 Nov 2025, 18:09

RoCo a écrit:Voilà la pièce jointe du 15.11.39 , avec les "papillons" enlevés
Image

Un exemple de la directive de déploiement du 29 octobre corrigée avec les "papillons" collés se trouve dans BAMA RH 6/2 page 133 et suivants .
dont nouveaux ordres Hgr B page 139-141 (1.) et 2.) de la pièce jointe) , nouveaux ordres Hgr A page 141-143 (3.) de la pièce jointe)

Là je reste sans voix RoCo ::super::

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 68  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 24 Nov 2025, 19:51

Le 23 novembre, Hitler convoque les généraux commandant l’OKH, les groupes d’armées, les armées et les corps d’armées, avec leurs chefs d’état-major, pour leur expliquer qu’il avait pris la bonne décision. Le "séminaire" se passe assez mal pour les généraux. Halder note sobrement dans son journal : Journée de crise !

Le lendemain, 24 novembre, l’ordre OKH 44520/39 retire le XIV AK et trois divisions motorisées (13 et 20 ID, SS-Div) au HGr B pour les placer en réserve. Leur déploiement doit leur permettre d’intervenir au profit du HGr B ou du HGr A en fonction de leur succès. Cette disposition répond peut-être à une question de Jodl notée par Halder le 20 novembre :
Jodl, concernant la nouvelle « directive » :
De quoi disposons-nous pour envoyer rapidement des renforts à Guderian en cas de percée (la première guerre mondiale montre que de nombreuses opportunités de succès sont restées inexploitées en raison du manque de forces pour consolider le succès initial).


Le 27 novembre alors que la décision fixant la date de l’offensive est reportée au 4 décembre, Hitler demande à nouveau que la durée de la concentration soit ramenée à 3 jours. Les troupes se rapprocheront de la frontière début décembre.

Le 29, une nouvelle directive est émise (la n°9) qui prépare la guerre économique à déclencher dès la réussite du plan jaune :

1. Dans la guerre contre les puissances occidentales, l'Angleterre incarne l'esprit combatif et constitue la principale puissance ennemie. La conquête de l'Angleterre est la condition préalable à la victoire finale.
Le moyen le plus efficace d'y parvenir est de paralyser l'économie anglaise en la désorganisant en des points stratégiques.

2. L'évolution de la situation et de notre armement pourrait, dans un avenir proche, créer les conditions favorables à une guerre d'envergure contre les fondements économiques de l'Angleterre. Il est donc impératif de prendre sans délai les précautions nécessaires pour mobiliser les ressources appropriées de la Wehrmacht contre les cibles prioritaires : la puissance économique anglaise.
Les ressources non militaires seront déployées conformément aux mesures prises par la Wehrmacht et selon des instructions précises.

3. Si l'armée parvient à vaincre les forces opérationnelles franco-britanniques et à s'emparer d'une portion de la côte continentale face à l'Angleterre, la mission de la Marine et de l'Armée de l'Air – combattre la puissance économique anglaise – deviendra prioritaire. La participation des organisations S et K est souhaitable.

Organisations S et K : sabotage et "5ème colonne".
4.) Les tâches suivantes, classées par ordre d'importance, se posent alors pour la Marine et l'Armée de l'air dans le cadre d'opérations conjointes : ...

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 69  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 25 Nov 2025, 22:50

Les reports de date s’enchaînent au mois de décembre : le 4 décembre, la décision est reportée au 6, le 6 au 12, le 12 au 27, fêtes de fin d’année oblige, et le 27, un délai de 14 jours est annoncé.
Il ne se passe donc pas grand chose en décembre 1939 et c’est l’opportunité de se pencher sur les communications du HGr A. J’ai utilisé comme source les textes reproduits par Manstein dans son ouvrage Verlorene Siege et, par défaut, ceux de BAMA RH 19-I-26.

Comme cela a été indiqué au post 42, le HGr A émet deux documents destinés à l’OKH le 31 octobre, tous les deux signés Rundstedt (en fait : Generaloberst pour le premier et Der Oberbefehlshaber gez. Rundstedt pour le second).

Le premier mémoire considère que l’opération prévue ne peut avoir d’effet décisif sur l’issue de la guerre. L’effet de surprise est perdu et l’opération frontale aboutira probablement à un combat de position sur la Somme. Il sera plus favorable de laisser l’initiative aux alliés.

Le second mémoire se place maintenant dans le cas où l’opération est maintenue. Telle qu’elle est prévue, elle n’aura pas de résultat décisif mais se limitera à repousser les alliés frontalement.

Ces considérations, de l'avis du Groupe d'armées, conduisent nécessairement à la conclusion que l'objectif principal de l'opération globale – dont le succès initial des forces rapides en Belgique n'est que le prélude – doit être placé sur le flanc sud. Ce flanc doit progresser au sud de Liège, franchir la Meuse et remonter le courant vers Namur et Arras-Boulogne, afin de couper l'avancée ennemie en Belgique sur la Somme, plutôt que de la lancer directement sur le front belge.
Parallèlement, ce flanc sud doit être suffisamment robuste pour repousser la contre-attaque française sur son flanc gauche, afin que l'opération puisse être menée à son terme jusqu'à la côte.


Pour cela , il faut :
  1. Déployer d'importantes forces motorisées au sud de Liège, plus précisément dans la partie sud du secteur de la 4e armée et dans le secteur de la 12e armée.
  2. Déployer une armée avec des forces suffisamment importantes et capables d'attaque derrière H.Gr. A. Cette armée progresserait entre la 12ème armée, déployée à Laon et la 16 ème armée , en position défensive entre Meuse et Moselle

La Meuse peut être franchie au sud de Namur, direction ouest, ou de part et d’autre de Namur, direction nord-ouest. Après la percée, les forces rapides seront concentrées autour de Namur en une seul armée commandée par le HGr B avec poursuite en direction de la côte ou de la basse-Somme. La carte tente d'illustrer cela (j'ai omis la troisième armée du HGr A, ne sachant pas trop quoi dessiner).

Image

Conclusion : « Le danger, mais aussi l'opportunité d'un grand succès, surtout si l'adversaire renforce son flanc nord, réside au H.Gr. A. »

Seconde conclusion : il faut renforcer le HGr A.

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 70  Nouveau message de RoCo  Nouveau message 26 Nov 2025, 16:36

Bonjour Bernard,

Si je peux me permettre 3 remarques :

bernard-1954 a écrit:Le premier mémoire considère que l’opération prévue ne peut avoir d’effet décisif sur l’issue de la guerre. L’effet de surprise est perdu et l’opération frontale aboutira probablement à un combat de position sur la Somme. Il sera plus favorable de laisser l’initiative aux alliés.

Il rajoute encore, qu'en automne ou pendant l'hiver, l'opération n'a que peu de chances d'atteindre les objectifs : les branches de la Wehrmacht les
plus importantes à l'offensive, les blindés, les troupes motorisés et la Luftwaffe vont être impactés négativement par la météo (le 28 octobre, les premières
neiges sont tombés sur l'Eifel, les rivières sont en crue et les véhicules ne peuvent pas s'écarter des grands chemins) . Tandis que l'artillerie française, que les
Allemands considèrent comme l'élément le plus efficace de l'armée française, n'est que peu impacté par le temps .
Il considère que l'infanterie allemande n'a pas encore un niveau d'instruction suffisant (manque d'officiers et surtout de sous-officiers) . A cela s'ajoute un stock
en munitions trop limité . Une vue qu'il partage avec l'OKH.

bernard-1954 a écrit:
Ces considérations, de l'avis du Groupe d'armées, conduisent nécessairement à la conclusion que l'objectif principal de l'opération globale – dont le succès initial des forces rapides en Belgique n'est que le prélude – doit être placé sur le flanc sud. Ce flanc doit progresser au sud de Liège, franchir la Meuse et remonter le courant vers Namur et Arras-Boulogne, afin de couper l'avancée ennemie en Belgique sur la Somme, plutôt que de la lancer directement sur le front belge.
Parallèlement, ce flanc sud doit être suffisamment robuste pour repousser la contre-attaque française sur son flanc gauche, afin que l'opération puisse être menée à son terme jusqu'à la côte.

La phrase en gras est traduite d'une façon un peu trop littérale . Correctement traduit : Ce flanc doit progresser au sud de Liège, traverser la Meuse en amont
de Namur en direction de Arras-Boulogne


bernard-1954 a écrit:La carte tente d'illustrer cela (j'ai omis la troisième armée du HGr A, ne sachant pas trop quoi dessiner).

Au fur et à mesure, que la 12. armée progresse depuis Laon vers l'ouest, il faut une troisième armée qui vient couvrir le flanc sud sur
la ligne Le Chesne-Rethel-Laon-La Fère . La 12. armée ne peut commander autant de divisions, ni un secteur trop large tout en progressant vers l'ouest .
D'où la nécessité d'intercaler une armée entre la 12. et la 16. armée . Cette armée prendra le commandement du secteur Le Chesne-La Fère .
Le 10 mai 1940, c'est la 2. armée à qui incombe cette tâche . Mais suite au malaise que procure ce flanc sud à Hitler et à von Rundstedt,
on décide le 19 mai de laisser la 12. armée en position entre Le Chesne et La Fère, tandis que la 2. armée continue vers l'ouest, intercalé
entre la 4. et la 12. armée .

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