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Colonne Alessandri

Moins connue que les batailles du front Européen, la guerre du Pacifique n'en reste pas moins tout autant meurtrière et décisive dans la fin de la seconde guerre mondiale.
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Re: Colonne Alessandri

Nouveau message Post Numéro: 41  Nouveau message de bltedouard  Nouveau message 01 Mai 2024, 20:25

Bonjour à tous,

Est-ce que vous savez si les survivants de la 2e compagnie laotienne du 10e régiment mixte d’infanterie coloniale faisait partie de la colonie alessandri ? Car sur Wikipedia il est indiqué qu’elle a rejoint la Chine mais sans précisions sur la manière….

Est-ce que vous savez également si en dehors des rescapés de la flottille et de ceux qui ont évacué en Chine et au Laos d’autres survivants des régiments coloniaux avaient pu échapper aux japonais par une autre voie en unité « constituée » bien sûr .

Enfin dernière question, que sont devenus les deux potez 25 mentionnés en haut, leurs équipages ont-ils pu s’enfuir avec ?


Merci d’avance pour votre aide.

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Re: Colonne Alessandri

Nouveau message Post Numéro: 42  Nouveau message de alfa1965  Nouveau message 01 Mai 2024, 21:40

Je regarderai vers la fin de la semaine, pour les Potez, je n’ai pas d'informations concernant un éventuel passage en Chine.
Siamo 30 d'una sorte, 31 con la morte. Tutti tornano o nessuno. Gabriele d'Annunzio, Canzone del Quarnaro.

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Re: Colonne Alessandri

Nouveau message Post Numéro: 43  Nouveau message de lelorrain55  Nouveau message 03 Mai 2024, 12:29

Bonjour, concernant la 2ème compgnie je n ai pas d info mais pour la 25ème compagnie les rescapés sont bien passés en chine début juin 1945 mais pas avec la colonne Alessandri. D ailleurs je suis preneur d infos justement au sujet de cette 25ème compagnie laotienne.
Fabrice

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Re: Colonne Alessandri

Nouveau message Post Numéro: 45  Nouveau message de Marc_91  Nouveau message 03 Mai 2024, 14:31

;) Scanné dans "l'Escadrille du Calao", du Général Barthélémy, Ed. France-Empire :

    CHAPITRE VIII - LA LONGUE MARCHE VERS TSAO PA

    Lorsqu’au début de février 1945 l’escadriile 1 / CBS fut scindée en deux, le détachement du capitaine Vouzellaud, composé en majorité de célibataires et renforcé par quelques éléments de la base de Bach Mai, reçut pour mis:ion de préparer en haute région des terrains de réception pour parachutages d’armes, << pick ups », et atterrissages de planeurs. Le « pick up >> (en anglais : ramassage) est une opération consistant à faire une très courte escale sur un terrain, généralement lsans couper le moteur, pour embarquer un ou plusieurs passagers le plus rapidement et le plus discrètement possible.

    Le rassemblement se fit sur la base de Bach Mai où pilotes et mécaniciens purent rafraîchir leur
    connaissance du Potez 25. C’est en effet avec deux appareils de ce type, mis à sa disposition par le commandement de l’Air, que le capitaine Vouzellaud devait effectuer ses vols de reconnaissance et ses liaisons avec Hanoï.

    Le 17 février, trois camions et une camionnette emmenèrent le petit détachement vers l’ouest, en
    direction de Son La. Le voyage s’efiectua sans incident mais avec lenteur, car l’embarquement des véhicules sur le bac pour franchir la Rivière Noire à Suyut demanda de grandes précautions et la route était ensuite en très mauvais état. Il fallut passer la nuit à Moe Chau. Le détachement arriva le 18 au camp de la Légion Etrangère de Son La, où son hébergement avait été prévu. Les deux Potez 25 se posèrent dans I’aprèsnnidi du même jour sur le petit terrain ,de&ettelouafiæ, qui allait maintenant leur servir de base. Les aviateurs furent reçus avec cordialitê et pris en compte par les gars de la Légion et dès le 19 on était prêt à travailler.

    Quelques jours après l’arrivée à Son La, le capitaine Vouzellaud désigne le lieutenant Coquard, l’adjudant Juif, les sergents Mortuaire et Dufau, pour effectuer une mission de reconnaissance de terrains dans la région de Sam Neua.

    << Nous partîmes le 21 février, raconte l’adjudant Juif, à pied jusqu’au petit village de Mai Son où nous louâmes quatre chevaux qui nous servirent jusqu’à BanNa Pan, autre petit village thaï sur la rivière Song Ma, que nous descendîmes en pirogue jusqu’à l’importante bourgade laotienne de Sop Hao, sur la route qui relie Sam Neua à Hanoï par Moe Chau et Hoa Binh. La dernière partie du parcours s’effectua à cheval ou à pied, suivant l’état de fatigue de chacun...

    L’installation à Sam Neua nous fut grandement facilitée par le chef de la garde indigène de cette
    province, M. Mougel. Aussitôt installés nous entreprimes nos reconnaissances et, à raison d’une par
    jour, toute la région dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres fut prospectée au cours“ des quinze jours que dura cette mission, brusquement interrompue par le coup de force japonais du 9 mars.

    C’est en effet à Sam Neua que nous apprîmes, par l’émission du matin de Radio Saigon, l’attaque japonaise contre les bases françaises. Nous fûmes surpris et désorientés par cette grave nouvelle dont pourtant nous ne pouvions imaginer les dramatiques conséquences, aussi bien dans l’immédiat qu'à très lointaine échéance. Non seulement notre présece à Sam Neua ne se justifiait plus, mais nous intérêt à rejoindre Son La le plus rapidement possible, pour ne pas avoir la désagréable surprise d'être pris au piège à Moc Chau, carrefourroutier que nous étions obligés d’emprunter et qui risquait d'être occupé par les Nippons lancés à la poursuite de notre détachement et celui de la. ‘ Légion. Le capitaine Vouzellaud nous facilita ce retour en envoyant la camionnette Citroën du détachement nous prendre à Sam Neua.

    Le 11 mars vers 20 heures, nous étions de retour au camp de la Légion, non sans avoir eu quelques emotions, à Moc Chau d’abord, où nous avons cru que les Japonais se trouvaient déjà, et ensuite à proximité de Yen Chau, où nous avons failli nous faure prendre à partie par un groupe de notre propre détachemenf qui, posté en défense sur une hauteur dominant la route, nous avait pris pour des ennemis!... Nous retrouvâmes le petit camp de la Légion dans une obscurité complète et étonnament calme. »
    _ _ _

    Les jours qui suivirent le retour de la mission Coquard furent occupés à récupérer les armes parachutées de nuit par les Liberator venant de Calcutta, tandis que les Potez 25, placés sous le commandement du lieutenant Moreau, efiectuaient des reconnaissances le long de la Rivière Noire, où progressait une colonne d’aviateurs venant de la base de Tong et se repliant sur Son La, et le long de l’axe routier Cho Bo—Moc Chau, où progressaient les Japonais lancés à notre recherche. Les Forez avaient en outre à diffuser des ordres par messages lestés aux divers combattants de la brousse. à parachuter des médicaments, à transporter des personnalités.

    L’une de ces missions se termina tragiquement, C’est celle dont fut chargé le lieutenant Coquard le 15 mars 1945. Il s’agissait de transporter à la base américaine de Tsao Pa, en Chine, le major américain Haelewin. Cet officier de l’Air Force avait été descendu et blessé lors d’une attaque aérienne de l’état-major japonais, installé dans les bâtiments de la foire de Hanoï. Il avait été recueilli par les légionnaires du mont Ba Vi, puis amené »au détachement de la 1/CBS à Son La. Coquard parvint bien à destination et déposa son passager, mais il disparut au cours du trajet de retour et ne fut jamais retrouvé.

    Vers cette époque, deux commandos furent parachutés, l’un sur le camp de Son La (son chef était le capitaine Cortadellas), l’autre sur le terrain d’aviation. Ce dernier s’engagea très imprudemment, malgré les conseils qui lui furent prodigués par le personnel du détachement, et fut rapidement << liquidé » par les Japonais…

    Dans les derniers jours de mars, le capitaine Vouzcllaud attaqua en semi-piqué, à la mitrailleuse de capot, des Japonais qui progressaient sur la route de Hoa Binh à Son La. Le lieutenant Moreau vit
    l’avion rentrer au terrain en laissant derrière lui deux belles traînées blanches : le Potez avait pris deux balles dans le réservoir... Cela se passait vers 18 heures. Or le lendemain matin à 8 heures, l’avion repartait pour une nouvelle mission avec le lieutenant Moreau comme pilote : l’adjudant-chef Giorgi l’avait réparé dans la nuit... Dieu sait comment? Si le lieutenant Moreau. lui, l’avait su, peut-être aurait-il renoncé à voler...

    Cependant les Japonais continuaient d’avancer le long de la Rivière Noire. Il était inconcevable de les attendre et d’accepter un combat dont l’issue ne pouvait être qu’un massacre général de tous les Français. Il fallut donc évacuer Son La, dont l’effectif s’était d’ailleurs accru de quelques détachements venant de Hanoï, de Tong, du Grand Lac. Mais tout le monde n’avait pu encore rallier Son La : il restait des gens sur les bases; il y en avait d’autres en mission comme l’adjudant Boucho qui, avec les sergents—chefs Mortuaire, Nangis et Aubry, avait été envoyé le long de la Rivière Noire, présicément pour accueillir et rassembler les militaires tentant de rejoindre Son La. L’imminence du danger que constituait l’approche rapide des Japonais ne permettait pas d’attendre le regroupement de tous les éléments dispersés. Chacun devait, dès lors, par ses propres moyens, essayer de gagner aussi vite que possible la Chine, en partant de l’endroit où il se trouvait. Objectif : Tsao Pa, en bordure de la voie ferrée du Yunnan, entre Mong Tseu et Kunming (ou Yunnanfou).

    Ce fut pour tous une longue et pénible aventure, au cours de laquelle, pourtant, comme dans la vie de tous les jours, il arriva que le pittoresque se mêlât étroitement au tragique.
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Re: Colonne Alessandri

Nouveau message Post Numéro: 46  Nouveau message de Marc_91  Nouveau message 03 Mai 2024, 14:32

Récit de l’adjudant Juif :

    « Au départ de Son La, notre première étape fut Dien Bien Phu, que nous atteignîmes en passant par le col de Tuan Giao. Nous y restâmes deux jours, avec le secret espoir de voir arriver les renforts alliés sur lesquels nous comptions pour stopper l’avance japonaise. Quelques éléments de notre détachement furent adjoints au commando du capitaine Cortadellas pour efiectuer des coups de main sur les arrières de la colonne ennemie, mais après avoir passé une nuit en bordure de la route, dans la descente du col de Tuan Giao, ce commando fut rappelé à Dien Bien Phu et là se termina son éphémère activité...

    Notre retraite vers l’ouest reprit et les camions durent être abandonnés et détruits lorsque nous eûmes atteint une petite rivière, affluent de la Nam Ou. C‘est donc à pied que le groupe poursuivit sa marche, par le haut Laos et le « bec de canard » birman, avec toutefois quelques petits chevaux du pays pour porter nos munitions et autres maigres bagages. Notre itinéraire nous conduisit à Sop Sao, puis à Muong Khoua, où nous traversâmes la Nam Ou sur des radeaux de bambou et où nous passâmes la nuit au poste de la garde indigène, curieusement installé sur une petite île, au confluent de la Nam Ou et de la Nam Pak. Ensuite nous reprimes la piste méo en direction de Luong Nam Tha qui fut atteint le 14 ou le 15 avril.

    Là nous eûmes l’agréable surprise de trouver le capitaine Noël et le lieutenant Moreau, arrivés quelques jours auparavant par un itinéraire différent du nôtre, et de retrouver notre camarade Serpaggi qui nous avait précédés d’une quinzaine de jours. C’est en effet à Luong Nam Tha que fut accomplie la dernière action à caractère opérationnel du groupe : l’aménagement d’un terrain pour Dakota, et ce fut l’œuvre de l’adjudant Serpaggi, un spécialiste de l’infrastructure. Il s’était rendu à Luong Nam Tha avec le dernier avion disponible à Dien Bien Phu et, tout seul, en huit jours, bien que souffrant d’une douloureuse entorse à la cheville, il réussit à aménager une splendide bande de 1 200 mètres, complètement clôturée et suffisamment plane et résistante pour recevoir des appareils de moyen tonnage. Un Dakota britannique de la Force 136 basée à Calcutta put s’y poser et rapatrier ainsi, en première étape, une trentaine de personnes, blessés, familles du Laos, etc...

    Après quelques jours de repos, nous reprîmes notre marche vers la Chine en passant successivement par Muong Sing, Muong Kan où le Mékong fut franchi en pirogue, Muong Nam, en Birmanie, puis la frontière chinoise. De là nous gagnâmes Sse Mao, importante localité du sud du Yunnan, où les Américains avaient aménagé une piste d’aviation.

    Sérieusement handicapé par la dysenterie et la malaria, je ne pus continuer cette longue retraite avec mes camarades : je les laissai poursuivre leur route jusqu’au camp de Tsao Pa, que je rejoignis quelques jours après, par la voie des airs jusqu'à Kunming, et ensuite par chemin de fer. »
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Re: Colonne Alessandri

Nouveau message Post Numéro: 47  Nouveau message de Marc_91  Nouveau message 03 Mai 2024, 15:06

Récit du sergent-chef Saint-Paul :

    « Au moment du coup de force japonais du 9 mars, raconte le sergent-chef Saint-Paul, j'étais magasinier à la base de Bach Mai. A l’approche des Japonais, les destructions prévues dans cette éventualité avaient été déclenchées et je m’étais réfugié avec plusieurs camarades et une vingtaine de tirailleurs en bout de piste, dans un canal d’assainissement, pour nous protéger de l’explosion des soutes à essence. Bien nous en prit, car nous vîmes les morceaux de béton nous passer au-dessus de la tête!... Nous étions cinq sous-officiers dont un sergent tonkinois. Qu’allions—nous faire maintenant? Je proposai de rejoindre Tong mais, après quelques minutes de réflexion, mes collègues décidèrent de retourner à la base, ce qui équivalait tout simplement à se rendre aux Japonais. L’un d’eux eut même le geste malheureux de mettre un mouchoir blanc au bout d’un bâton, ce qui me mit hors de moi, d’autant plus que je décelai sur le visage du sergent tonkinois une expression de mépris.

    Qui vient avec moi ? m’écriai-je.

    Tous furent volontaires... sauf les trois sous-officiers français qui s’en allèrent vers leur destin.

    Je partis avec les Tonkinois, avec l’intention d’atteindre Sam Neua. Vers 10 heures du matin nous arrivâmes au village de Kerua, dans les environs de Hadong, que nous avions prissoin d’éviter car nous pensions que la route de Hadong à Hanoï était surveillée. Chemin faisant nous avions récupéré plusieurs sous—officiers français ,et une vingtaine de tirailleurs qui s’étaient éparpillés dans les champs de petits pois... Nous étions maintenant trop nombreux : nos maigres ressources ne nous permettaient pas d‘entretenir une troupe de cette importance au cours d’une expédition qui s’annonçait longue et pénible. Nous tînmes conseil et nous décidâmes, en accord avec le chef de village, de libérer sur place tous les tirailleurs à l’exception d’un seul qui voulut absolument nous accompagner, non sans leur avoir fait délivrer auparavant une copieuse ration de riz. Puis nous quittâmes le village pour nous diriger vers Tam Do où nous arrivâmes dans la soirée, après un repas « à la tonkinoise » : un canard bien cuit, proprement découpé en petits morceaux, intestins compris...

    A Tam Do nous trouvûmcs un vieux missionnaire, tout heureux, malgré les circonstances, de voir arriver des compatriotes. Il faut dire qu’il était là depuis trente ans! Nous étions, nous aussi, bien contents de pouvoir nous confier à lui. Il nous donna d’utiles renseignements sur l’itinéraire à suivre et nous indiqua d’autres missionnaires à qui demander assistance si nous en avions besoin. Le chef du village était un ancien tiraillcur et il avait été ordonnance du général chgan g en Syrie! Il nous conduisit en sampan au petit village de Kéchoï, ancienne fortification chinoise au pied des montagnes. De là nous gagnâmes, a la nuit, la concession Sardin. Son propriétaire était en déplacement à Hanoi, nous dit le cuisinier. Mais il y avait de quoi nous restaurer et passer la nuit. Le lendemain matin, nous étions en train de prendre le petit déjeuner lorsque nous vîmes arriver le commandant Courthalhac, tout ébahi. de nous trouver là. Il venait de Hanoï et avait suivi à peu près le même itinéraire que nous. Il nous rattrapait après trois jours de marche... et une nuit qu’il avait passée à battre la semelle pour se réchauffer, nous causant ainsi, bien involontairement, des émotions, car à plusieurs reprises les chiens de la concession s’étaient mis à aboyer en l’entendant et chaque fois nous sautions sur nos mousquetons, nous attendant à voir surgir des laps!

    Accru d’une unité, notre petit groupe reprend sa marche vers Sam Neua. Après être passés au village de Nam Din, nous atteignons le Song Ma que nous traversons afin de nous sentir plus en sécurité pour nous restaurer et nous reposer. Nous apprendrons un peu plus tard que les Japonais ont traversé la rivière au même endroit quelques heures après nous. Nous sommes donc suivis et cette certitude nous incite à quitter le sentier pour emprunter le lit du torrent, sous la conduite d’un Laotien qui s’est offert pour nous guider. Nous suivons ce torrent pendant trois jours et trois nuits, nous octroyant seulement des arrêts d’une heure pour manger et dormir. Nous prenons ainsi ,une sérieuse avance sur les Japonais, toujours à nos trousses. Mais quel chemin difficile! tellement détrempé par endroits, barré par des rochers ailleurs, que les chevaux ont bien du mal à s’en sortir. Le commandant Courthalhac l'éprouve à ses dépens : sa monture le précipite dans la boue en glissant sur une roche et, au moment où tous deux tentent de se remettre d’aplomb, l’y enfonce une deuxième fois en mettant le pied sur lui à la suite d’une perte d’équilibre... Scène d’un comique un peu cruel mais irrésistible dont notre petite troupe se divertit un instant.

    Ce soir je suis tellement fatigué que je renonce à aller jusqu’à Sam Neua qui, pourtant, n’est plus qu’à quelques kilomètres. Je m’arrête avec deux tirailleurs aussi épuisés que moi dans un petit hameau de trois paillottes. Notre Laotien m’a nettoyé les jambes, couvertes de boue et de sangsues, fait boire un bon café, et je dors maintenant du sommeil du juste sur un matelas! le premier depuis Bach Mai, et à côté d’un bon feu.

    Le lendemain matin, frais et dispos tous les trois, nous atteignons Sam Neua en une demi—heure alors que le reste du détachement a mis cinq heures en suivant, de nuit, des chemins impossibles. Confortable petit déjeuner à base de petits pois de Concarneau ayant au moins cinq ans d’âge... Par contre, excellent déjeuner « à la française » avec légumes frais du jardin, ofiert par le Résident, toujours en place.

    Au sortir de Sam Neua nous retrouvons les chemins boueux mais nous faisons des étapes moins fatigantes, car nous pensons que le risque de nous faire rattraper par les Japonais diminue.

    Au cours d’un arrêt dans un village khâ, nous sommes témoins d’une curieuse scène familiale. Nous sommes autour d’un feu en compagnie d’un homme et d’une femme khâ, et de leur enfant qui peut avoir deux ou trois ans. Ils nous écoutent parler mais ne comprennent pas ce que nous disons. Soudain le gosse frappe sur le bras de son père qui lui donne alors sa pipe allumée. Le petit tire deux boufiées, crache dans le feu, puis, comme mû par un mécanisme, se retourne vers sa mère et lui tète le sein!...

    Dans un autre village je découvre le métier à filer chinois : une pièce de bois munie de crans dont se sert une petite vieille pour sortir d’un pot quatre herbes à la fois, les torsader et les embobiner sur des baguettes de bambou qu’elle fait tourner toutes en même temps d’un geste bien calculé.

    Nous traversons Muongoï, Muong La, et enfin Luong Nam Tha où nous trouvons le capitaine Vouzellaud et son équipe. Nous y restons environ deux semaines et c’est là que nous avons la première liaison avec la métropole. En raison de mon état de santé, le capitaine Vouzellaud me désigne, ainsi que mon ami Serpaggi, pour prendre place à bord d’un Dakota qui, le soir même, nous dépose au terrain de Jessore et le lendemain je suis à l’hôpitalde Calcutta. Quant à mes compagnons restés à Nam Tha, nous apprendrons quelques jours plus tard qu'ils ont quitté le pays presque aussitôt pour gagner la Chine. »
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Re: Colonne Alessandri

Nouveau message Post Numéro: 48  Nouveau message de Marc_91  Nouveau message 03 Mai 2024, 15:49

Récit de l’adjudant Boucho :

    « J’étais en mission le long de la Rivière None lorsque je reçus de Laïchau, le 23 mars, l’ordre de gagner la Chine. Je devais, a la tete dun petit détachement, traverser une chaîne de montagnes, retrouver une ancienne piste abandonnée, la suivre jusqu’à joindre de nouveau la Rivière Noire, remonter celle-ci et atteindre un certain Village. Tout cela en quatre jours, avec six chevaux pour les vivres et les munitions, une vieille carte et un guide qui ne m’inspirait guère confiance...

    La véritable aventure commence le 26 mars. Ce jour-là nous quittons notre dernier Village pour_nous engager dans la forêt à la recherche de lancienne piste. Notre guide est en tram de nous faire suivre le lit d’un ruisseau quand soudain il se met a hurler :

    - Japs! Japs!

    Puis il fait précipitamment demi-tour et s'enfuit, les jambes à son cou.

    Nous ne l’avons jamais revu... J’ai bien du mal à rassembler ma petite troupe, quelque peu remuée par cet accès de terreur, et nous repartons. Mais je n’ai plus que ma vieille carte pour me guider. Je change de cap pour ne pas m’enfoncer davantage dans la forêt, sans savoir comment j’en sortirai et,
    vers midi, nous atteignons un plateau où abondent les hautes herbes et les arbustes sauvages qui rendent la marche extrêmement difficile. Seuls les chevaux sont à leur aise.

    Vers 17 heures nous découvrons brusquement, au fond d’un ravin, deux petites « canhas », Devant elles une marmite est à bouillir sur un feu de bois et un homme se tient debout à côté. Nous l’appelons en lui faisant des gestes amicaux mais il disparaît instantanément et nous ne trouvons personne à l’intérieur. Mais nous trouvons des cartouches et des chargeurs garnis, et aussi du riz et du porc salé. Nous nous mettons à table sans scrupules.

    Le 27 nous reprenons notre marche. Nous remontons un petit cours d’eau qui bientôt se révèle une impasse : il s’enfonce et se rétrécit entre deux parois rocheuses et lisses et les pierres plates et gluantes qui en garnissent le lit font courir les plus grands risques aux chevaux. Et en effet, l’un d’eux fait une chute et se coince les jambes dans les pierres. J’ai toutes les peines du monde à le sortir de là, cependant que mes hommes taillent tant bien que mal un escalier dans la roche pour que nous puissions nousextraire. avec les chevaux, de ce boyau malsain.

    Nous retrouvons un peu plus lom notre cours d'eau qui. en aval d’une chute de quelques mètres, s’élargit en un bief très propice au repos et à la baignade. Là nous rencontrons des Mor qui nous conduisent à leur village où nous passons la nuit. Le lendemain matin, 28 mars, pour remercier nos hôtes. nous jetons une grenade dans le bief, ce qui leur procure une bonne quantité de poissons. Nous en faisons griller quelques-uns pour nous sur la braise avant de reprendre notre marche.

    Je cherche en vain un chemin plus accessible pour les bêtes. Le 29 vers 10 heures nous atteignons le sommet du massif montagneux que nous devions traverser et nous nous engageons sur l'autre versant par un chemin encore plus difficile que celui que nous avons suivi jusqu’ici. Je décide de prendre une journée de repos car leshommes sont très fatigués. Le samedi 31 nous attergnons le dernier village avant notre lieu de rendez-vous. Les habitants ont dû se cacher dans la brousse environnante à notre approche car nous ne trouvons personne... mais cette fois encore .nous trouvons des vivres et nous nous servons largement!

    Le 1er avril à midi nous sommes au rendez-vous : nous avons mis dix jours, comme je l’avais prévu. J’apprends alors qu’on m’a laissé un ordre ecrit à un village situé à trois jours de marche de là. Je m’y rends et y arrive le 3 avril à midi. Le chef du village me remet l’ordre qui m’enjoint de gagner la Chine par un certain itinéraire indiqué sur un croquis. La première étape est un village situé sur la Nam Na, importante rivière venant de Chine qui se jette dans la Rivière Noire à Laï Chau. Dans ce village nous recevons un accueil plutôt froid : on essaie de me persuader que la région n’est pas sûre et qu’il y a des Japonais partout. Je n’en crois pas un mot. Je rends visite au chef de village pour lui demander de nous trouver des vivres. Tandis que je suis en train de prendre le thé dans sa « canha », un homme se précipite, hagard, en hurlant :

    - Japs! Japs!

    Le chef de village et sa famille déguerpissent vers la forêt... Je flaire la mise en scène et reste tranquillement à boire mon thé, prenant même le temps de m’en servir une deuxième tasse. Mais c’est en vain que j’attends le retour du chef de village.

    Le 6 avril nous atteignons Phan Silin, un coquet village dont les « canhas » sont entourées de jardinets séparés par des palissades de bambou. Alentour, des champs de pavots dans lesquels les habitants sont occupés à travailler. Le chef de village est une petite vieille qui nous reçoit très aimablement, nous ravitaille et nous héberge.

    Le 8 avril nous commençons à remonter la Nam La. Après un arrêt « casse—croûte » au bord de la rivière, nous essayons une fusillade dont il nous est impossible de déceler l’origine. Personne heureusement n’est blessé. Puis nous rencontrons un Chinois qui accepte de nous guider : nous sommes, nous dit-il, à une journée de marche de la frontière. Effectivement, nous la franchissons le 9 avril au matin. L’aspect du paysage change alors radicalement : beaucoup de verdure et de nombreux villages dont les maisons aux tuiles rouges et aux murs blancs sont perehées au sommet des collines. Il y a de la canne à sucre et l’envie me prend d’en goûter. Mauvaise idée, car une demi-heure plus tard je suis pris de maux d’estomac terribles. Je dois laisser ma section continuer sa route et m’arrêter pour me reposer, accompagné du sergent-chef Nangis qui n’a pas voulu me laisser seul. Nous nous étendons à l’ombre auprès d’une petite source. Une Chinoise qui vient à la source pour chercher de l’eau, me voyant malade, va quérir son mari. Celui-ci m’emmène chez lui et me fait tirer quelques bouffées d’opium : cela me remet d’aplomb presque instantanément! Plus de douleurs ni de lassitude! Je suis en état de reprendre la route et au bout d’une heure de marche nous avons rattrapé la section.

    Le 13 avril nous atteignons Van Pou Ten. Là nous allons devoir attendre deux semaines le départ d’un convoi pour Tsao Pa. Nous pouvons enfin prendre un bain, nous raser, changer de linge et jouir d’un véritable repos. Et aussi nous initier aux pittoresques coutumes des Moï venus de la montagne, telles que celle de la toilette des femmes. Chaque soir, juste avant la tombée de la nuit, les femmes se réunissent au bord de la rivière et se mettent en rangs, les plus âgées devant. Puis toutes ensemble elles avancent lentement et entrent dans l’eau en soulevant leurs jupes, juste ce qu’il faut pour ne pas les mouiller. Lorsqu’elles sont dans l’eau jusqu’à mi-cuisses, elles soulèvent un peu plus la jupe en fléchissant les genoux et demeurent ainsi un bon quart d’heure. Puis elles font demi-tour et sortent en exécutant les manœuvres inverses. C’est un tableau inoubliable!

    Le 28 avril nous arrive l’ordre de partir pour Mong Tzeu. Notre troupe s’est encore accrue et elle est de plus en plus hétéroclite : infanterie, artillerie, génie, légion, aviation, en tout une trentaine de militaires de tous grades, sans compter les Indochinois. Le capitaine Celton dirige le groupe et me charge d’assurer l’arrière-garde. Nous quittons Van Pou Ten à 6 h 30.

    Le dimanche 29 nous atteignons le Fleuve Rouge que nous traversons en bac. Le 30 nous sommes reçus. très correctement, par le général commandant la region, dont le P.C. est situé dans un fort si bien camouflé que nous nous sommes trouvés à l’intérieur sans nous en être rendu compte! Le 1er mai nous pénétrons dans la très ancienne petite ville de Co Oué Ou. Là encore nous sommes reçus par le général commandant la Place qui met à notre disposition une grande pièce de sa propre villa. Dans le jardin j’aperçois sur un socle un engin qui ressemble à une mitrailleuse. Je m’approche et constate qu’il s’agit d’une belle pièce de collection : la première mitrailleuse ayant existé, qui fut utilisée pendant la guerre des Boers. Elle était constituée de douze canons accolés et d’une plaque munie de douze percuteurs. En appuyant sur la détente, les douze coups partaient en même temps.

    Le 3 mai à 10 heures nous sommes en gare de Mong Tzeu attendant le train pour Tsao Pa, notre point de ralliement. Nous voyons arriver non pas un train mais une véritable grappe humaine ambulante! Il y a du monde partout, jusque sur la cheminée de la locomotive! Nous parvenons tout de même à monter. En cours de route, le train déraille... mais il allait si lentement qu’on n’a pratiquement rien senti! Tout le monde descend, on remet la locomotive et les wagons sur les rails et l’on repart...

    Et nous voici enfin à Tsao Pa. C’est un important centre de culture du ver à soie : il y a des mûriers
    partout. Les feuilles servent à la nourriture des vers et les fruits fournissent un alcool très apprécié. Vie au repos dans le centre. Le capitaine Charbonneau nous fait faire des exercices d’évasion pour nous entretenir l’esprit et les muscles. Le jour de l’armistice est célébré avec un recueillement particulier. Nous commençons à avoir des nouvelles. La vie est belle !… »
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Re: Colonne Alessandri

Nouveau message Post Numéro: 49  Nouveau message de Marc_91  Nouveau message 03 Mai 2024, 16:09

Récit du capitaine Serpaggi :

    « Affecté le 19 mars 1939 au service des bâtiments et terrains du commandement de l’Air en Indochine, je fus détaché à Watchay en septembre 1940 pour y construire une base d’hydravions : slip en maçonnerie, hangar et installations annexes diverses.

    Au début de février 1945, je fus affecté au détachement du capitaine Vouzellaud de l’escadrille l/CBS, comme sous-officier interprète d’antflais et spécialiste de l’infrastructure. Je fis donc le déplacement de Bach Mai à Son La avec ce détachement.

    Lorsque le détachement quitta Son La pour se rendre à Dien Bien Phu, en passant au col de Thuan
    Giao je fis une chute brutale à travers le tablier d’un pont en mauvais état et me brisai la cheville gauche. Cet accident me fit perdre contact avec mon unite; que je dus rejoindre seul, par mes propres moyens et au prix de mille souffrances, mais avec l’aide de la population laotienne qui, par deux fois, m’a caché pour me soustraire aux recherches des soldats japonais.

    De Dien Bien Phu, où il n’y avait naturellement aucune possibilité de soigner ma blessure, je fus
    emmené le 31 mars à Luong Nam Tha, par le dernier de nos Potez 25, piloté par le lieutenant Moreau, avec mission de faire aménager le petit terrain de secours existant pour le rendre utilisable par les avions de transport de la RAF, du type Qakota. Je reçus un accueil chaleureux du chef de poste de la garde indigène, seul Français vivant dans ce coin de brousse. Avec l’aide du chef de village laotien, une équipe de six cents coolies put être rapidement recrutée.

    Le 1er avril commencèrent les travaux d’agrandissement de la piste d’envol, qui atteignait alors à peine 400 mètres. Il fut nécessaire d’araser une colline située juste dans l’axe du terrain et d’utiliser les déblais pour allonger la piste sur des rizières heureusement sèches en cette saison.

    Je ne disposais que de quelques pelles, pioches et pics, mais la population locale fournit une multitude de paniers... et une bonne volonté admirable. C’est un véritable travail de fourmis qui se poursuivit par équipes, nuit et jour en raison de l’urgence. Ne pouvant marcher, je dirigeais le chantier d'une chaise a porteurs! Inutile de dire que cela me causa beaucoup de soucis et de souffrances.

    Le 4 avril, la piste est utilisable sur 1 250 mètres.

    Le 7 avril, la piste est terminée sur 1 400 mètres, entièrement balisée et clôturée par une palissade en bambous, avec portes d’accès pouvant se fermer, afin que les buffles domestiques, laissés en liberté, ne viennent pas la nuit, creuser des trous qui pourraient être dangereux pour les atterrissages. Je fais confectionner une pittoresque manche à air avec des sarongs loatiens et un grand drapeau tricolore pour signaler aux éventuels avions alliés que les Français sont toujours là. Durant tous ces travaux nous ne sommes dérangés qu’une seule fois par un avion japonais qui survole le terrain sans d’ailleurs se livrer à aucun acte hostile.

    Le terrain est inauguré fortuitement par deux avions de chasse américains Lightning P. 38 venant
    de Mong Tzeu. Stupéfaction des pilotes qui n’avaient pas vu de terrain à cet endroit lors d’une reconnaissance aérienne effectuée dans ce secteur une quinzaine de jours auparavant! Je profite de cette liaison inespérée pour faire annoncer à Calcutta que la piste est désormais praticable, car je suis ici isolé de tous et ne dispose d’aucun moyen de communication avec qui que ce soit.

    Le 10 avril arrivent au poste de Luong Nam Tha le capitaine Vouzellaud et l’adjudant Juif. Ce même jour j’avais déjà reçu le capitaine Noël arrivant, tout seul, à. pied, du centre Annam! Le reste du detachement de la l/CBS arrive le lendemain, ainsi qu'un certain nombre de militaires rescapés de toutes armes, parmi lesquels le sergent-chef Saint-Paul, Venant de Bach Maï.

    Le 16 avril, un officier de la RAF appartenant à la Force 136 se fait parachuter pour inspecter le terrain et assurer les liaisons radio avec le QG. britannique.

    Le 18 nous accueillons un groupe de civils français comprenant des femmes et des enfants qui se sont enfuis de Vientiane et de Luang Prahang a travers la brousse depuis le 9 mars. Ils sont epuisés etpresque tous malades.

    Le 26 avril, atterrissage du seul Dakota de la RAF qui, venant de Calcutta, a pu tranchrr le massif des Arakan-Yoma, car les conditions atmosphériques sont extrêmement mauvaises : le temps est bouché, avec de violents orages, sur tout le littoral birman. Ce Dakota repart le même jour avec les civils et les blessés, dont je suis car, n’ayant reçu aucun soin depuis le 25 mars, j’ai la jambe gauche
    enfiée jusqu’à l’aine et l’on peut craindre la gangrène.

    Le décollage est laborieux, car il pleut depuis une dizaine de jours et la piste est détrempée. Nous sautons de justesse la pagode de Luong Nam Tha, mais le Dakota, malgré sa surcharge (il y a des femmes et des enfants couchés à même le plancher), s’accroche bien.

    Après une escale technique à Cox’s Bazar, en Birmanie, nous sommes arrivés de nuit à Jessore par un orage épouvantable. Les éclairs se succédaient à une cadence telle qu’on aurait pu lire dans la carlingue, laissée sans éclairage. Les passagers civils dont c’était, pour la plupart, le baptême de l’air, étaient terrorisés et il a fallu tout le sang-froid et la bienveillante autorité de l’équipage pour maintenir un peu de calme dans ce Dakota secoué par de violentes rafales.

    A Jessore, l’accueil des Britanniques de la RAF fut extrêmement chaleureux et les réfugiés oublièrent un peu dans cette ambiance amicale leurs souffrances passées et leur incertaine situation présente.

    Par la liaison radio de nuit, j’appris que le détachement du capitaine Vouzellaud avait dû se replier vers la frontière chinoise dès le décollage de notre appareil. Le soir même les Japonais avaient occupé le terrain de Luong Nam Tha. Il était temps! Ainsi, la RAF n’a pu efi‘ectuer qu’une seule et unique évacuation sur cette piste que j’avais réalisée avec tant de peine et qui, pourtant, était prête à recevoir des Dakota depuis une vingtaine de jours…

    De Jessore je fus dirigé sur Calcutta et admis au British Military Hospital où je fus‘opéré et très bien soigné, puisqu’en dépit d’une menace d’amputation je pus en sortir un mois plus tard avec mes deux jambes.

    Etant sans nouvelles de ma famille, laissée en Indochine, je demandai à y revenir et fus allecté au commandement de l’Air à Saïgon, où je débarquai au début d’octobre. J’eus la joie de retrouver les miens, sortis des geôles japonaises, à l’exception d’un de mes beaux-frères qui venait d’être assassiné par les Viêts à Hanoï.

    Je rentrai définitivement en France en avril 1946, sur le navire Espérance. »
La réalisation du terrain de Luong Nam Tha, dans les incroyables conditions qu’il vient de raconter, a valu à l’adjudant-chef Serpaggi une très belle citation du général Leclerc, commandant supérieur des troupes françaises en Extrême-Orient.
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Nouveau message Post Numéro: 50  Nouveau message de Marc_91  Nouveau message 03 Mai 2024, 16:47

Récit du sergent Lotrian :

  • « Le 9 mars 1945 j’étais en mission et me trouvais, le soir de ce jour, au bungalow de Dong Ha, près de Dong Hoi”, en Annam, avec l’adjudant-chef Tissandier et le sergent Ory, appartenant tous deux à la base de Dong Hoi.

    Vers 19 heures, le capitaine Aude qui commandait la compagnie de Doug Ha nous enjoignit de rallier le camp militaire. Comme nous n’avions pas l’ordre de participer à la défense du camp il nous parut plus judicieux de « prendre la brousse ». Mes deux compagnons y parvinrent mais j’en fus empêché par l’arrivée des Japonais qui attaquaient le camp et toute la nuit, armé d’un revolver et d’une mitraillette, je combattis aux côtés de mes camarades de la compagnie de Dong Ha. Au matin, les pertes s’élevaient au moins à onze Européens et quinze Indochinois. Profitant de la destruction de la soute à munitions, je réussis à m’enfuir après avoir abattu trois Japonais qui me barraient la
    route.

    Poursuivi tout l’après-midi et jusqu’à la nuit par une quarantaine de Japonais, je n’ai dû mon salut qu’à l’obscurité et j’ai pu me reposer un peu jusqu’au lever du jour, le Il mars. Je me trouvais sur un mamelon broussailleux et, dès mon réveil, j’ai pu constater que j’étais toujours encerclé par une quinzaine de Japonais. Je gagnai en rampant l’autre versant du mamelon. Après trois heures de reptation, je tombai brusquement sur un groupe de quatre Japonais, tranquillement occupés à casser la croûte. Je les abattis tous les quatre et pris la fuite.

    Vers 11 heures, je rencontrai un Annamite qui parlait assez bien le français. Je lui demandai de me procurer à manger, car j’étais à jeûn depuis deux jours, mais il me trahit et une demi-heure plus tard je me trouvais de nouveau face à un groupe de J aponais. J’en tuai un et, au moment où je rechargeais mon arme, je fus blessé par une balle de mitraillette tirée d’un arbre. Les Japs se jetèrent sur moi, me désarmèrent tout en me gratifiant de nombreux coups de crosse, et me soulagèrent de tout ce que je possédais.

    Conduit à Dong Ha, je tombai au bout des huit cents premiers mètres, perdant beaucoup de sang, et les Japonais m’abandonnèrent. Ayant repris connaissance, je tentai de continuer vers Dong Ha,mais tombai de nouveau un kilomètre plus loin. Aidé par un tirailleur qui avait lui aussi pris la brousse, je me remis en marche et nous fûmes rapidement rejoints par quelques Japonais qui m’emmenèrent à
    Dong Ha où j’eus l’agréable surprise de retrouver quelques camarades, combattants de la veille.

    A Dong Ha je fus soigné sommairement par le médecin-commandant Olesi et le médecin-capitaine
    Lemaigre. Je restai a Dong Ha jusqu’au 17 mars, date à laquelle je fus dirigé, avec plusieurs autres
    camarades, sur le camp de prisonniers de Hué dit « La Concession ». J’y demeurai sept jours avant
    d’être hospitalisé à l’hôpital de Hué où j’ai été soigné jusqu’au 1edr mai. J’ai alors été renvoyé à La
    Concession. Ma plaie était guérie mais j’avais perdu en partie l’usage de mon bras droit.

    Pendant mon séjour au camp, je n’ai fait aucune corvée, grâce à mes camarades qui les ont faites à ma place... Je n’ai pas été maltraité sauf à l’infirmerie.

    Le 15 août au matin, nous recevons l’ordre de nous préparer à partir avec le minimum de bagages : une musette et une paire de sandales. On ne nous dit rien sur notre destination mais on nous fait savoir que l’étape journalière sera de quarante kilomètres environ. Le bruit court que nous allons au camp de travaux forcés de Paksong, sur le plateau des Bolovens.

    Dès le premier jour j’ai traîné en queue de peloton, avec trois ou quatre prisonniers blessés comme moi et qui n’avaient été soignés que très sommairement eux aussi. Nous sommes arrivés à l’étape une heure après les autres. Résultat : plus rien à manger et les plus mauvaises places pour s’allonger. Mais nous avions quand même le moral!

    Le départ de l’étape journalière était à 4 heures du matin. Le deuxième jour, nous avions déjà pris du retard au bout de quelques kilomètres et nous avons rejoint le campement avec trois heures de
    retard! Le caporal-chef japônais qui nous encadrait s’est fait giller devant nous par l’officier commandant le détachement et nous avons supposé que c’était à cause de nous...

    Le lendemain matin nous n’étions pas très optimistes car, au bout de quelques kilomètres, nous nous retrouvions déjà en queue du peloton avec le même caporal-chef comme gardien. Cependant son attitude à notre égard ne nous semblait pas agressive. Alors nous lui demandâmes carrément si c’était à cause de notre retard qu’il s’était fait admonester la veille. Il nous répondit que oui mais que cela le laissait complètement indifiérent !...

    Le lendemain, toujours avec le même gardien, alors que nous avions depuis longtemps perdu les autres de vue, nous arrivâmes à une petite rivière qui longeait la route. Il nous invita a aller nous laver dans cette rivière. Je lui fis comprendre que nous n’avions pas entièrement confiance et que nous nous demandions s’il n’allait pas en profiter pour nous « descendre ». Alors il me passa son arme, se déshabilla et, le premier, entra dans l’eau. A partir de ce moment nous l’avons considéré, non plus comme un garde-chiourme, mais comme un camarade. Ce jugement ne devait pas être démenti par la suite, du moins en ce qui me concerne : lorsque j’ai été hospitalisé à Phnom Penh, il est venu me voir et m’apporter des cigarettes.

    Après ce bain de midi qui nous avait fait le plus grand bien, notre gardien eut encore la gentillesse, en passant près d’un bananier, de couper d’un coup de sabre un régime de bananes, ce qui nous permit de remplir nos musettes et de ravitailler nos camarades moins favorisés en matière de gardiens...

    Notre itinéraire nous conduisit en fin de compte à Savannakhet. Cependant trois de nos camarades n’ont pas atteint Savannakhet : ils sont morts en chemin et ont été enterrés sur place, le long de la route...

    A Savannakhet nous sommes restés huit jours au camp de l’infanterie. Pendant notre séjour, le camp a été survolé par un Liberator qui a jeté des tracts mais naturellement les Japonais menaçaient les prisonniers de leurs fusils s’ils faisaient mine d’en ramasser un! Je pus cependant m’en procurer un... avec la complicité de notre caporal-chef gardien. Le tract, en japonais, en anglais et en français, annonçait la fin de la guerre et faisait état de l’ordre donné par l’empereur Hiro Hito à toutes les troupes japonaises d’avoir à protéger les militaires prisonniers qui devaient, sous leur responsabilité, être dirigés sur les grands centres : Hanoï, Saigon, Phnom Penh.

    Le moral remonta, mais il ne fallait pas trop le montrer...

    Quelques jours plus tard, nous fûmes conduits à Paksé, à bord de camions non bâchés, exposés au
    soleil et serrés comme des sardines à quatre-vingt-dix hommes par camion. J’avais une forte fièvre et dus me coucher en arrivant à Paksé. Nous étions campés dans l’ancienne caserne de la garde indochinoise. Nous avons attendu quatre jours les chaloupes qui devaient nous mener à dix kilomètres des chutes de Khône. Nous avons fait quinze kilomètres à pied et le soir, nous avons dormi sous les arbres, sans moustiquaires, et sur un sol détrempé par les pluies diluviennes de la saison.

    Le lendemain ma fièvre avait encore monté. Je ne voyais plus clair et pouvais à peine marcher. Les infirmiers n’avaient aucun médicament. Quelques camarades valides m’ont aidé à faire les trois ou quatre kilomètres qui nous séparaient du Mékong où nous attendaient les chaloupes, en aval des fameuses chutes. Je fus embarqué sur la première chaIoupe et il fallut trois jours pour atteindre Phnom Penh. J’étais anéanti par la fièvre et, de plus, je soufirais beaucoup d’une grosseur cervicale dont j’ignorais l’origine. Mon poids, normalement de 80 kg, était tombé à 56... Inutile de dire que mon moral était, lui aussi, très bas. J’eus, heureusement, quelques bons camarades pour me soutenir.

    Deux heures après mon arrivée à l’hôpital de Phnom Penh je passais sur la table d’opérations et le chirurgien m’extrayait de la région cervicale gauche une balle de 9 millimètres de mitraillette japonaise que le médecin japonais de l’hôpital de Hué n’avait pas vue... ou pas voulu voir !

    Un traitement diathermique, un traitement antipaludique et une bonne rééducation de mon bras droit eurent tôt fait d’améliorer mon état et, à ma sortie de l’hôpital, le colonel Fay, commandant de l’Air en Extrême-Orient, me désigna comme responsable français de l’aérodrome de Phnom Penh-Pochentong.

    L’aventure était terminée. »
L’aventure était terminée aussi pour tous ceux qui avaient réussi à rallier Tsao Pa, où se trouvèrent rassemblées les troupes du général Alessandri. Elles y restèrent jusqu’en septembre.

Si cette retraite de plus de mille kilomètres dans les conditions les plus pénibles avait été pour tous les combattants une terrible épreuve, peut-être convient-il de souligner que les aviateurs en souffrirent plus que les autres. Combattre au sol n’était pas leur mission. L’organisation des unités en détachements mobiles ne leur était pas coutumière. Leur armement, composé presque exclusivement d’armes automatiques de bord n’était pas adapté au tir au sol. Enfin, bien que leur instruction et l’entraînement physique correspondant à cette mission exceptionnelle eussent été particulièrement poussés à partir du mois d’août 1944, ils ne pouvaient avoir acquis en si peu de temps le même niveau d’aptitude et d’endurance quelles Marsouins ou les Légionnaires.

Cependant, les aviateurs s’acquittèrent partout, à leur honneur, des missions qui leur furent confiées, et lorsqu’ils franchirent, dans les derniers, la frontière chinoise, ils avaient conservé un excellent moral, en dépit des ravages faits dans leurs rangs par le paludisme, la dysenterie, la fatigue et les privations.

Dans cette longue marche vers Tsao Pa, les traditions de bravoure et d’honneur de l’armée de l’Air furent respectées.
_ _ _

Le capitaine Vouzellaud, quant à lui, avait été appelé à Kunming par M. Sainteny pour organiser les actions contre les Japonais. Il devait à cet effet être parachuté au Tonkin. En raison de la fin de la guerre ces actions n’eurent pas lieu et en septembre tout le monde revint en Indochine... en attendant d’être rapatrié en métropole.

Le Japonais était éliminé, mais le Viêt, déjà, entrait en jeu.

Une nouvelle épopée allait bientôt commencer.
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