Pour rappel, le 25 juillet 1944, l'offensive US qui doit permettre de sortir enfin du bocage et percer vers Coutances doit être précédée d'un bombardement stratégique qui doit "niveler" la défense allemande pour favoriser la percée.
Les discussions d'état-major conviennent d'une cible de 7.000 yards de large sur 2.500 yards de profondeur (1 yard = 1,09 mètres) soit environ 22km² si je compte bien ce matin.
La cible s'étend au sud de la route de Saint-Lô à Périers pour être clairement repérable.
Le bombardement sera diurne pour profiter de la meilleure visibilité possible ; il est hors de question de toucher les troupes d'assaut amies qui devront se tenir au plus près au nord de la route pour se lancer à l'assaut de la ligne de résistance principale des Allemands.

La cible est le quadrilatère entouré de rouge sur l'extrait de carte ci-dessus (extrait de "Breakout & Pursuite" de BLUMENSON).
Pour BRADLEY, qui commande la First US Army et est le patron de l'offensive, la priorité est la sécurité de ses troupes au sol et leur engagement le plus rapidement après le bombardement.
Il prône un axe d'attaque des bombardiers parallèle à la route pour éviter tout bombardement "trop court" qui s'abattrait sur le première ligne US.
Il demande une distance de sécurité de 700 yards au nord de la route.
Pour LEIGH-MALLORY et l'état-major des forces de bombardement :
. il est hors de question de bombarder parallèlement à la route et ainsi exposer inutilement les avions et leurs équipages aux tirs de la Flak ;
. la distance de sécurité envisagée par BRADLEY est insuffisante et portée de commun accord à 1.200 yards avec ordre aux bombardiers de commencer à larguer à 250 yards à l'intérieur du quadrilatère que représente la cible (la distance de sécurité est donc portée à 1.450 yards des troupes au sol. Plus du double de ce qui avait été imaginé par BRADLEY. Et cette distance de sécurité est "négociée" ; c'est à dire que BRADLEY la veut la plus courte possible pour rester au contact de l'ennemi et les aviateurs la veulent la plus large possible pour ne pas être tenus responsables de pertes collatérales).
L'attaque de jour va permettre de multiplier les repères au sol afin de maximiser la précision :
. l'artillerie US va noyer sous les fumigènes rouges les 250 derniers yards des 1.450 yards de la zone de sécurité, les bombes seront larguées au-delà des fumigènes ;
. les troupes d'assaut les plus avancées seront repérables depuis les airs grâce à de grands panneaux fluorescents.
La force de bombardiers lourds est portée à 1.800 appareils pour "traiter" la surface délimitée.
Malgré ces infinies précautions et une volonté partagée d'éviter les bombardements fratricides, on sait bien qu'une partie des premières lignes US seront bombardées !
Le vent s'est joué des fumigènes et la météo n'était pas aussi favorable qu'espéré.
Comme coyote l'a déjà régulièrement expliqué, la poussière soulevée par la première vague va progressivement masquer les repères aux yeux des vagues suivantes.
Conclusion : en juillet 1944, une cible de 7km x 2,5km en plein jour, avec la supériorité aérienne totale est une Flak faible ne garantissent pas 100% de précision.
L'US Army expérimentera une seconde fois une bombardement stratégique en levée de rideau d'une offensive, en novembre 1944, dans le corridor de Stolberg (opération "Queen") avec, à nouveau, des pertes fratricides qui convaincront EISENHOWER d'interdire l'emploi du bombardement stratégique au niveau tactique dans les procédures de l'US Army.

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