alain adam a écrit:Bonjour,
Je ne sais pas si cela a été évoqué, mais avant que le 47mm n'entre en service, les batteries divisionnaires antichar-char françaises étaient dotées de canons de 75mm (traction hippomobile) .
Petit à petit, celles ci ont été modernisées, mais il en restait encore quelques unes en service en mai 1940.
Alain
Une photo intéressante, prise, en 1940, au lieu-dit Maison Brulée, à l'ouest de Rouen. Au premier plan, un canon antichar de 47 mm Mle 37 autoporté, sur châssis de Laffly W 15 T, produit à 70 exemplaires, et, au second plan, trois pièces de 75 mm Mle 1897, dans leur jus original, avec roues en bois et bandages métalliques, peut-être, attribuées, alors, à une batterie antichar divisionnaire.

Modernisé, avec un train de roulement pneumatique, modèle 97 modifié 38, ou dans sa configuration originale, le 75 mm français, restait, certes, une arme efficace, en emploi antichar, vu son calibre, la longueur de son tube et la trajectoire tendue de ses projectiles, mais, dans son "jus", avec roues en bois, il était handicapé par son manque de mobilité, car la pièce en batterie pesait, allègrement 1700/1800 kg, exigeait un attelage hippomobile ou , au mieux, son chargement préalable sur le plateau d'un camion avant son déplacement!
Accessoirement, l'obus antichar de 75 mm, conçu en 1916, n'avait bénéficié d'aucune amélioration particulière depuis sa mise en service; à ce sujet, il existe un détail parlant... quand les allemands, en 1942, avaient modifié 2000 pièces françaises en
7,5 cm Pak 97/38, hormis les obus à charge creuse, de conception typiquement allemande, et les obus explosifs, eux, de fabrication française, le seul obus antichar en dotation était de "nationalité" polonaise!
De manière générale, dans l'Armée française, le service des canons tractés de 75 mm, vu leur calibre, relevait de l'Artillerie, y compris au sein des batteries antichars divisionnaires. De par le fait, leur dotation réglementaire en munitions était, généralement, constituée de projectiles explosifs ou fumigènes, l'attribution en munitions antichars devant, elle, très probablement, satisfaire à des dispositions particulières, selon la circulaire de service "Machin-Chose"! Tous ceux d'entre nous, qui ont un peu usé leurs fonds de culotte dans l'Armée Française, ont connu ses arcanes administratives tatillonnes!
A l'inverse, dans la
Feldartillerie de la
Heer, les obusiers de
10,5 cm le.FH 16 ou
18 - 5600 pièces en service, en mai 1940 (!) -, percevaient, systématiquement, une allocation minimale d'obus de rupture antichar (perforant antichar associé à une charge explosive additionnelle).
Pour répondre, en partie, au post N°38 de
Freedom Hi, en date du 8 janvier dernier, en mai-juin 1940, l'essentiel du parc antichar se résumait, côté allié, aux canons de 25 mm français, plus les canons tractés de 47 mm, eux, servis par l'Artillerie (!), aux 2 pounds (+/- 40 mm) britanniques, et, côté allemand, au
3,7 cm Pak 36/37, son pendant tchèque
3,7 cm Pak M37 (t) et une centaine de pièces automotrices de
4,7 cm Pak 36 (t), installées sur châssis de
Panzer I Ausf.B (
Panzerjäger I), dont les performances étaient quasiment similaire au 47 mm français, mais l'emploi et la mobilité, en dépit de leur "haute silhouette", mieux adaptés.
Concernant les pièces allemandes tractées de
8,8 cm Flak 18/36, il convient de ne jamais oublier qu'elles pesaient, toutes, allègrement, près de 5 tonnes, que leur mise en batterie et leur "enlèvement" exigeaient, à chaque fois, un bon quart d'heure (et je suis très optimiste!). En 1940, la
Heer avait engagé une demi-douzaine d'automoteurs
Bufla (
8,8 cm Flak 18 installés sur des châssis de semi-chenillés
Sd.Kfz. 8, classe 12 tonnes), et trois
Abteilungen, chacune de trois compagnies de 4 pièces de
8,8 cm "Bunker-Flak 18" tractées, elles, associées à des tracteurs semi-chenillé blindés
Sd.Kfz. 7, classe 8 tonnes. Seule l'unique compagnie de
Bufla (Sfl) automoteurs avait confirmé son efficacité - au passage,déjà constatée , en Pologne, en 1939 - , puis avait été engagée à l'été 1941, sur le Front Est, alors que, à l'été 1940, les trois
Abteilungen de "
Bufla" tractés avaient, toutes, été "recyclées" sur
3,7 cm Pak 36/37, en attendant d'être partiellement équipées de
5 cm Pak 38!Cà indique bien les limites d'emploi opérationnel des pièces de
8,8 cm Flak tractées sur le Front Ouest, compte-tenu des distances d'engagement existantes, de l'ordre, dans le meilleur cas, de 800 à 1000 m, selon le terrain. Les réelles qualités antichars du "
Acht-Acht" ne s'étaient sérieusement révélées que sur le terrain très particulier du Front Est, où la fréquente "platitude" de l'environnement avait permis d'exploiter leurs performances à longue distance (bien au-delà de 1500 m!).
On constate un problème similaire, avec l'engagement des canons antichars de
8,8 cm Pak 41/43 et
Pak 43, à l'été 1944, sur le front de Normandie. L'arme, d'un poids de plus 4,5 tonnes en batterie, capable de dézinguer un T-34 à plus de 2000 m, avait été conçue, avant tout, pour les grands espaces "russes". Dans le bocage normand, dans le meilleur des cas, la visibilité se résumait, le plus souvent, à moins de 400 m! Or, à cette distance et, même, bien plus, le
7,5 cm Pak 40, avec ses 1600 kilos "tout mouillé" dézinguait, allègrement, tous les blindés alliés existants!
Je persiste et signe, l'emploi des
8,8 cm Flak de la
Luftwaffe et des "42" pièces
Bufla automotrices et tractées de la
Heer, avait certes, été, utile en quelques occasions, mais le gros des chars alliés détruits par un tir antichar relève, essentiellement, de l'engagement des canons antichars de 3,7 cm (plus de 11 000 pièces) et, pour une part, certes moindre, mais non négligeable, à attribuer à la centaine de "
Panzerjäger I" , distribuées au sein des
Panzer-Divisionen.
On a, aussi, trop souvent tendance, au sein de ces mêmes formations blindées allemandes, à oublier le rôle essentiel des
Panzer IV - un peu moins de 400, engagés en mai 1940 -, armés du
7,5 cm KwK L/24, certes à canon court, mais dont le pélot antichar pouvait, néanmoins, fumer un B1 bis à 400 m! Cela dit, les
Panzer IV était très peu nombreux, 24 exemplaires, le 10 mai 1940, au sein de la seule
7. Pz.Div., commandée par Rommel, qui n'alignait qu'une centaine de
Panzer 38 (t) et autant de
Panzer I (34) &
Panzer II (68), car il s'agissait, là, d'une
leichte-Division, convertie, rapidement, après la Campagne de Pologne, en
Panzer-Division.
Là-aussi, il convient de se rappeler, que, même, avant le déclenchement de la campagne polonaise, la
Panzerwaffe s'était construite de bric et de broc, au gré des livraisons de blindés! L'annexion de la Tchécoslovaquie lui avait permis de mettre la main, au printemps 1939, sur un stock de "
Panzer 35 (t)" de l'ordre de +/- 130 exemplaires et démarrer, rapidement, dès l'été1939, la production d'une soixantaine de
Panzer 38 (t), alors que l'industrie militaire allemande et l'état-major étaient, en parallèle, infoutus de se décider sur le choix de la version du
Panzer III - en septembre 1939, la
Heer n'alignait, "royalement", 85 exemplaires du
Panzer III, toutes versions confondues (!), et, fort heureusement, pour elle, près de 200
Panzer IV! -.
La "Drôle de Guerre" d'octobre 1939 à avril 1940 avait permis à l'industrie allemande de produire, presque tranquillement, une grosse "trois-centaines" de
Panzer III - 349, alignés le 10 mai, plus 118
Panzer 35 (t) et 207
Panzer 38 (t), plus ou moins au détriment de son effectif de
Panzer IV, qui se résumait , alors, à 280 exemplaires!
C'est, rétrospectivement, "amusant", car, pour de "bêtes" raisons techniques diverses et d'urgence, le
Panzer IV avait constitué, à dater du printemps 1942, la cheville ouvrière des
Panzer-Regimenter, que, même, la production, certes, conséquente du
Panther, alias
Panzer V (6000 exemplaires entre 1942 et 1945), n'était jamais parvenue à remplacer! En 1945, le
Panzer IV, mis au point en 1936, affichait près de 10 ans d'existence, au fil de ses différentes versions; à cette date, il n'existait pas de chars de combat, issu d'une conception aussi "ancienne".
Dans une évolution comparable, on a, également, le
Sturmgeschutz III, conçu en 1938-1939, dont les premiers 18 exemplaires avaient été engagés durant le
Westfeldzug, et la carrière, en tant qu'appui-feu de l'infanterie et "casseur de chars") débutée , notamment au sein de la seule
Sturmartillerie, avait, son actif, largement plus de 20 000 blindés détruits (!), mis à part le remplacement de son
7,5 cm "Kurz"[/i ]par le redoutable[i] 7,5 cm Pak 40 StuK L/43, puis
L/48, dès l'été 1942, et quelques évolutions nécessaires de l'épaisseur de son blindage frontal, était resté "inchangé" jusqu'en mai 1945!