Imheos a écrit:Paradoxalement, les accords de Munich sont une victoire politique sur le moment, mais à mon sens une énorme défaite du point de vue d'Hitler sur le moyen, long terme.
En évitant la guerre et en signant ces accords il obtient certes l'annexion des sudètes au Reich mais à quel prix ?
Il s'empare de ces territoires en affirmant que ceux-ci seraient ses dernières revendications territoriales en Europe, sous les prétextes bien commodes des soit disantes minorités allemandes persécutées et le nécessaire rapatriement du sang germanique vers le Reich (bien que ces idées sont cohérentes avec le corpus idéologique nazi).
Désormais la main-mise sur les Sudetenland, par quel recours pourra-t-il, cette fois-ci, exiger ce qu'ils souhaite réellement, à savoir : le reste de la Tchécoslovaquie ?
Hitler espérait que les démocraties occidentales rejettent ses revendications et défendent son allié (sans pour autant attenter d'action militaire contre l'Allemagne, ni même un état de guerre entre ces pays), de ce fait, Hitler aurait pu jouir ce prétexte pour utiliser la force et avaler la Tchécoslovaquie entièrement, y établir un état fantoche et constituer le protectorat de Bohème Moravie.
Ce qui s'est passé réellement, c'est qu'après les accords de Munich, Hitler envahit le reste du pays 6 mois plus tard.
Conséquence ? Violation des accords, rendant sa crédibilité nulle- du moins chez les démocraties occidentales, cela jeta l'opprobre sur les partisans d'une politique d'appeasment, la paix obtenue après le dépècement de la Tchécoslovaquie n'étant plus qu'une vague illusion.
Si Hitler avait pu conquérir l'entièreté de la Tchécoslovaquie sans accords de Munich et donc sans parole mise en jeu et brisée ensuite, aurait-il pu envahir la Pologne sans que Paris et Londres bougent le petit doigt, n'ayant pas subi le revers de Munich et pouvant donc justifier une non intervention pour sauver la paix ? J'aimerais connaître votre avis, notamment sur la position soviétique, le pacte Ribbentrop-Molotov etc.
Bonjour Imheos,
Ces annexions en cascade font partie des objectifs géopolitiques d'Hitler : il voulait rassembler les peuples germaniques sous la bannière du Reich allemand, étendre l'espace vital allemand (Lebensraum) et comme l'a dit justement pierma, cela lui permet de mettre la main sur les usines Skoda qui fabriqueront des chars. Et ce sans y laisser la moindre balle, le moindre soldat, la moindre goutte de sueur. C'est tout bénef pour Hitler en vue de la guerre.
Par contre, sur le long terme, c'est aussi ce qui motivera au final à expulser les allemands situés à l'est de la ligne Oder-Neisse et qui n'avaient pas fui à l'arrivée de l'Armée Rouge (conference de Postdam en 1945) En tchécoslovaquie, les décrets Benes verront aussi les allemands des Sudètes expulsés (2,5 millions) De cette façon, la Pologne et la Tchécoslovaquie s'assuraient que l'Allemagne n'aurait plus de revendication territoriale.
Pour faire ces annexions, Hitler misait précisément sur la passivité des puissances occidentales. La guerre d'Espagne qui sévissait depuis 2 ans a été très révélatrice sur les attitudes des uns et des autres : les allemands s'y sont montrés actifs aux côtés des nationalistes notamment via leur aviation (l'Espagne leur a servi de rôdage, d'entrainement pour parfaire leur tactique du Blitzkrieg) au contraire de la France et surtout du Royaume-Uni qui ont choisi la non-intervention (Blum a néanmoins aidé clandestinement les républicains par des livraisons d'armes).
En y regardant de plus près, on constate que Hitler a pu mener sa politique expansionniste surtout par des coups de bluffs diplomatiques plutôt que par une rélle supériorite militaire. Car en 1938, le Reich n'était pas plus prêt que la France ou le Royaume-Uni pour mener une guerre :
- En 1938, les forces militaires allemandes grandissent vite, très vite, mais trop vite pour être optimales du fait d'une formation accélérée.
- Au sein même de l'Allemagne, la perspective d'une guerre ne faisait pas non plus consensus. Dès 1938, plusieurs généraux de la Wehrmacht opposés au national-socialisme complotaient dans le but de renverser Hitler, et étaient en communication secrète avec le Royaume-Uni, leur demandant de résister aux annexions. La conférence de Munich a enterré le projet des conspirateurs (du moins, monentanément)
- En 1938, Hitler n'avait pas les matières premières nécessaires pour mener une guerre de longue durée.
Lors de la drôle de guerre, la passivité de Gamelin permettra également à l'Allemagne de dépouiller la Pologne prise sur deux fronts. On ne saura jamais ce qu'aurait pu donner une percée française sur le front ouest (poursuite de l'offensive de la Sarre en septembre 1939?) mais elle aurait eu le mérite de forcer la Wehrmacht à combattre elle aussi sur deux fronts, et de soulager l'armée polonaise.
Là encore, Hitler y est allé au bluff en communiquant sur l'effondrement polonais et sur le pacte germano-soviétique, afin de dissuader l'alliance franco-britannique d'attaquer. De cette façon, il n'a pas eu à déplacer ses unités sur le front ouest, et ce alors que la campagne de Pologne était toujours en cours, et que les généraux de la Wehrmacht craignaient une attaque à l'Ouest.
Quant au pacte germano-soviétique, il est désastreux car il va bien au-delà de la simple coopération militaire pour le partage de la Pologne, il permet surtout à l'Allemagne d'être approvisionnée par l'URSS en céréales, en carburant, et en ressources pour poursuivre l'armement (ce qui rend le blocus maritime des anglais inopérant) Sans cet apport, le Reich Allemand n'aurait jamais pu avoir la force de frappe déployée en 39-41.