The German Campaign in Russia - Planning and opérations (1940-1942)
Departement of the Army Pamphlet N° 20-261 - Departement of the Army - March 1955
Cf. Part One. Planning - Chapter 1. Strategic Planning


François Delpla a écrit:Cela ne tient pas la route et constitue donc une excellente démonstration de ce que je prêche depuis 25 ans, sur ce sujet et sur bien d'autres :
* la SGM est très différente de la PGM, en raison de la logique nazie qui préside à son déclenchement puis à son déroulement;
* on ne peut pas raisonner sur elle en isolant un théâtre, si vaste soit-il, tant qu'il ne s'agit pas de la planète entière : il faut toujours se demander quelle paix est recherchée, et qui s'en accommoderait.
En l'occurrence, non seulement Hitler, en ne se contentant pas de menacer l'Angleterre dans ses relais méditerranéens vers l'Inde mais en les envahissant, aurait bien des chances de consolider le gouvernement Churchill et en tout état de cause tournerait le dos à l'amitié millénaire qu'il recherche, vraiment et non facultativement, avec l'autre puissance aryenne ; mais il compromettrait le programme "Barbarossa" (il suffit de songer à l'atout que représente, l'année suivante, la possibilité pour Staline de se dire que peut-être la foudre allemande est destinée au Moyen-Orient, s'il est bien sage et ne se rapproche pas de Churchill) tout en facilitant la réélection de Roosevelt -qui n'est large qu'en apparence avec 55%, les sondages ayant fluctué jusqu'au bout- et défiant insupportablement les Etats-Unis, privés par l'Allemagne de points de chute, tout au long de l'année 40, en Atlantique nord puis en Méditerranée.
Loïc Charpentier a écrit:Bonjour,
"Officiellement", il y a 5 jours d'écart... la directive Seelöwe date du 16 juillet 1940 et Hitler confie à Brauschitsch, patron de l'OKH, le 21 juillet, la préparation d'une campagne contre l'URSS.
Brauschitsch en informe Halder, son chef d'état-major, le 22, et le charge d'étudier les différents "problèmes" que l'opération implique.
Compte-tenu de cette proximité, il est évident que l'intention d'attaquer à l'Est n'était pas née brutalement entre le 17 et le 20 juillet et, en l'occurrence, Halder ne révèlait pas un scoop.
Suite aux premiers travaux préparatoires, la première intention hitlérienne avait été de déclencher l'offensive durant l'automne 1940, mais Keitel, fin juillet, avait, alors, pointé toutes les difficultés et les risques d'une campagne d'hiver en Russie, d'où son report au "printemps 1941".
François Delpla a écrit:Qu'entends-tu par "travaux préparatoires" ? Il y a eu des tentatives de démontrer que les généraux de l'OKH, devançant Hitler himself, auraient eu des velléités de frapper à l'est dans la foulée de l'ouest, à l'automne 40. Cela n'est guère probant et, de toute façon, guère hitlérien.
Je suppose que nous sommes tous d'accord à présent que Hitler escomptait une paix générale à la suite de sa victoire sur la France. Cela me semble incompatible avec un Barbarossa en 1940 et peu compatible avec une offensive antisoviétique en 1941. Il aurait rejoué à l'homme de paix, stupidement défié en septembre 39 par des bellicistes juifs et contraint à son grand regret de leur administrer une leçon. Ce n'était pas pour repartir en guerre dans la foulée, de surcroît en violant un traité (le pacte g-s).
La décision de Barbarossa est effectivement mise à l'étude le 21 juillet (et des dizaines d'ouvrages récents l'ignorent encore, confondant paresseusement la date de la directive, le 18 décembre, avec celle de la décision) mais c'est dès le 13 que Hitler commence à mettre à ses généraux le doigt dans l'engrenage, ce qui incite à voir là une conséquence de Mers el-Kébir (3 juillet) et surtout de l'impunité de Churchill après ce coup sanglant, qui rend imprévisible sa chute que le chef nazi attendait auparavant comme celle d'un fruit mûr.
Il faut aussi raisonner, désormais, en reconnaissant à Hitler ses qualités aussi bien que ses défauts. C'est un bon stratège, et des plus vicieux. Il sait bien que le paradis stalinien est sous tension, entre les promesses de lendemains qui chantent et les réalités d'un présent affolant, où une Allemagne foncièrement hostile derrière un pacte provisoire vient de battre l'Occident à plate couture tout en aguerrissant son armée redoutablement équipée : plus que jamais les canons doivent prendre en Russie le pas sur le beurre. Cela va favoriser l'aiguisement des contradictions internes, tout en nourrissant la propagande nazie sur un ogre en train de s'armer : l'Allemagne peut fomenter à loisir une crise, et frapper au meilleur moment.
Manu a écrit:e ne vois pas en quoi une telle stratégie aurait compromis Barbarossa sauf à traîner en longueur et à mobiliser de gros moyens sur un théâtre qui ne le permet pas. Je ne saisi pas bien en quoi cela aurait été un atout pour Staline. Pouvez-vous expliciter ?
Manu a écrit:Selon moi, il était évidemment nécessaire de maintenir la pression sur l'Angleterre même mais une pression minimale par souci d'économie en vue de Barbarossa justement. Et une stratégie méditerranéenne est bien plus économique en moyens.
François Delpla a écrit:Barbarossa : cela compromet l'effet de surprise, induit par le fait que Staline ne sait pas si l'accumulation de forces allemandes à l'est et au sud-est est faite pour l'envahir, ou seulement pour le tenir en respect pendant qu'on envahit le Moyen-Orient. La première hypothèse est probable mais la seconde n'est pas exclue et Staline se garde de tout geste qui pourrait provoquer Hitler, y compris toute mesure défensive voyante.
François Delpla a écrit:Bousiller le centre de Londres avec des avions, cela se répare, et peut être mis entièrement sur le compte d'une obstination churchillienne méritant une leçon de réalisme.
Bousiller la route des Indes, ce serait, dans tous les sens du terme, irréparable.
Il faut choisir : Hitler mène sa guerre suivant une logique nazie, exigeant qu'on ne commette pas cet irréparable, ou... ?
Manu a écrit:
Je pense au contraire qu'une attaque réussie en Égypte avec la prise d'Alexandrie aurait affaibli Churchill et peut-être provoqué un retournement avant qu'il ne soit trop tard (chute du Caire et prise du canal). C'est une possibilité. Si cela n'avait pas suffit cela aurait au moins eu l'avantage de permettre de conserver l'initiative plutôt que de risquer de subir (on sait après coup comment les Italiens ont plutôt subit) et de consolider les positions de l'allié italien...
Chef Chaudart a écrit:En fait, non: le premier danger, pour Churchill, c'est le risque d'invasion de l'Ile. Les préparatifs et expédients sont centrés sur sa défense, au détriment des colonies, fussent-elles aussi importantes que l'Egypte. Les Allemands ne s'y trompent pas avec leurs attaques aériennes, ce qui deviendra la "Bataille d'Angleterre".
Quant à courir deux lièvres à la fois et attaquer également au moyen-orient, cela aurait mobilisé des moyens dont, précisément, l'Allemagne, puissance continentale, manque, particulièrement les marines marchande et militaire (impossibles à faire passer en Méditerranée), ou qui sont pris ailleurs, comme l'aviation. Il aurait donc fallu composer avec l'allié Italien, lui lâcher par exemple une aide sous forme de matériel militaire, que Hitler lui refuse totalement, voire composer... avec Vichy, qui n'aurait pas manquer de monnayer sa participation au prix fort, avec les problèmes de politique méditerranéenne que cela aurait provoqué avec Mussolini, probablement passablement frustré de voir le vaincu rentrer dans les petits papiers du vainqueur à son détriment.
Sans compter l'affaiblissement possible des forces allemandes qui tentent de se reconstituer à marche forcée pour combler les pertes dues à la guerre contre la France avant la grande confrontation avec Staline.
Possible donc, parce qu'il n'y a là aucune difficulté insurmontable, je dirais même probablement la meilleure option... si le but caché n'avait pas été d'attaquer l'URSS au printemps.
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