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Comment 75% des Juifs de France ont échappé à la mort.

De l'opération T4 à la solution finale, la dictature nazie atteint un degré d'horreur jamais atteint dans l'histoire moderne. Juifs, homosexuels, communistes, dissidents, Tziganes, handicapés sont euthanasiés, déportés, soumis à des expériences médicales.
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Re: Comment 75% des Juifs de France ont échappé à la mort.

Nouveau message Post Numéro: 471  Nouveau message de alainmichel  Nouveau message 22 Mar 2017, 08:53

1) je serais très heureux si quelqu'un d'autre de ce forum peut m'expliquer comment on peut comprendre autrement votre question à Borsig à propos de la connaissance de Vichy du sort des déportés.
2) Je suis très heureux d'apprendre que vous considérez la question de la connaissance effective de la Solution finale comme quelque chose de complexe et que malgré les informations de plus en plus importantes qui circulent à partir de la deuxième moitié de 1942, la majorité des personnes/administrations/dirigeants n'avaient pas une claire conscience de l'extermination des Juifs jusque 1945.


 

Re: Comment 75% des Juifs de France ont échappé à la mort.

Nouveau message Post Numéro: 472  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 22 Mar 2017, 10:09

Autant je souscris, sur ce sujet complexe, à toutes vos nuances
(et peux les compléter par un témoignage mêlant Raymond Aubrac et un historien remarquable de la Libération, Charles-Louis Foulon : le dernier m'a raconté qu'il avait été sidéré, interviewant le premier pour son livre de 1975 sur les commissaires de la République, d'entendre Aubrac dire : "Si j'avais su qu'on gazait directement les gens j'aurais mis d'autorité mes parents à l'abri".),

autant je trouve important de remarquer que Vichy n'était pas spectateur. Il lui incombait d'une part de se renseigner (et là, les moyens étaient plutôt abondants, cf. par exemple Berlin, 1942 : Chronique d"une détention par la Gestapo
de Louis Sadosky), d'autre part de choisir entre le fait de croire les nazis sur leur bonne mine ou d'exiger, courtoisement bien sûr, des précisions sur les modalités du "jardinage en Silésie", comme a su le faire par exemple le gouvernement slovaque en dépit d'une chute dans l'orbite nazie plus précoce et plus profonde .

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Re: Comment 75% des Juifs de France ont échappé à la mort.

Nouveau message Post Numéro: 473  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 22 Mar 2017, 10:41

alainmichel a écrit:1) je serais très heureux si quelqu'un d'autre de ce forum peut m'expliquer comment on peut comprendre autrement votre question à Borsig à propos de la connaissance de Vichy du sort des déportés.
2) Je suis très heureux d'apprendre que vous considérez la question de la connaissance effective de la Solution finale comme quelque chose de complexe et que malgré les informations de plus en plus importantes qui circulent à partir de la deuxième moitié de 1942, la majorité des personnes/administrations/dirigeants n'avaient pas une claire conscience de l'extermination des Juifs jusque 1945.


Je prends note de votre reculade, et en déduis qu'une fois de plus, vous m'avez prêté des propos qui n'étaient pas les miens - ce qui, vous en conviendrez, est plutôt fâcheux pour un historien. Par ailleurs, je vous trouve bien trop affirmatif s'agissant du point n°2, lequel trahit une certaine méconnaissance, de votre part, du sujet. Je vous invite à prendre connaissance des bouquins et articles que je cite ici: http://www.livresdeguerre.net/forum/con ... =46570&v=1

Ma position, sur ce point, est la suivante: la question de savoir si Vichy connaissait le sort véritable des déportés (à savoir le gazage pour l'écrasante majorité, la mort par travail forcé pour les autres) lorsqu'il les a livrés aux Allemands n'est pas la bonne manière d'aborder le problème. C'est par cette interrogation qu'il faut commencer: Vichy, en arrêtant, en internant et en livrant les Juifs aux Allemands, s'imaginait-il que ces derniers les expédiaient dans un parc d'attractions? Et, à mon sens, la réponse est clairement négative. Les dirigeants de l'Etat français avaient parfaitement les moyens de déterminer que le sort qui attendait les Juifs déportés était, à tout le moins, calamiteux.

Par ailleurs, il existe divers indices qui suggèrent qu'effectivement, cette connaissance par Vichy du sort des Juifs est devenue plus précise au cours de l'été 1942 (cf. le fameux rapport Sadosky): http://www.delpla.org/forum/viewtopic.p ... =338#p7805

Comme vous ne prenez jamais connaissance de mes articles (ce qui vous amène à me prêter des propos que je n'ai jamais tenus), je reproduis intégralement le post:

Nicolas Bernard a écrit:Il est certain que Vichy avait les moyens de savoir quel serait le sort des Juifs déportés, au second semestre 1942, au regard des informations et des rumeurs qui circulent alors: http://www.livresdeguerre.net/forum/con ... =46570&v=1

Voir également cet article de Francis Deleu: http://www.delpla.org/forum/viewtopic.p ... 7737#p7737

Il n'en apparaît pas moins qu'au cours des mois précédant les rafles massives de l'été, bien des dirigeants vichystes, à commencer par Xavier Vallat, s'imaginaient encore, ou faisaient mine de s'imaginer, que les Juifs déportés en Pologne y étaient affectés en vue d'édifier un genre de "colonie agricole" prenant la forme d'un immense ghetto. Une vérité qui se dissipera rapidement.

Un exemple se révèle, à ce titre, des plus révélateurs.

Comme l'écrit Gilles Karmasyn sur le site phdn - http://www.phdn.org/negation/documents/ ... y-19420425 -, "Louis Sadosky, policier français membre des RG, est arrêté par la Gestapo le 2 avril 1942 et transféré à Berlin. L’arrestation se révèle être une erreur : Sadosky est un collaborateur zélé. Il finit d’ailleurs par être traité comme tel; après l’avoir interrogé sans ménagement, la Gestapo lui fait les honneurs de Berlin avant de le renvoyer en France où il contribuera à la chasse aux Juifs. De retour à Paris, il rédige un rapport à l’attention et à la demande de ses supérieurs. Ce document, découvert aux Archives nationales par l’historien Laurent Joly, raconte les cinq semaines du « voyage » de Louis Sadosky en Allemagne. Le 25 avril, des inspecteurs de la Gestapo lui font visiter Berlin et lui montrent comment sont traités les Juifs encore présents. Leurs propos sur le destin funeste et la part qu’y prend Hitler sont sans ambiguïté. Voici comment Louis Sadosky les rapporte :

Il reste encore à Berlin, nous ont confié les inspecteurs, 63 000 juifs allemands, mais, ajoutèrent-ils, chaque jour des convois de juifs sont formés à destination de l’Est, et nous pensons, dirent-ils encore, qu’en 1943, il ne restera plus un seul juif à Berlin. Mais où les conduit-on, demandais-je. Dans le gouvernement général, me répondit-on. Alors, dis-je, le gouvernement allemand n’aurait-il pas l’intention de créer dans le gouvernement général un ghetto universel. Oh, non, me répondit-on, ce n’est pas l’intention du chancelier Hitler, mais au contraire celle de la destruction complète et à jamais de la race. Dans le Gouvernement général, les juifs ne vivent pas longtemps.


Source: Rapport de Louis Sadosky, 20 juillet 1942, cité par Laurent Joly, Berlin 1942. Le voyage d’un collabo au coeur de la Gestapo, C.N.R.S. Editions, 2009, p. 137-138.

Ainsi, le 20 juillet 1942, au moment où les rafles se déchaînent en zone occupée, un petit fonctionnaire français confirme à ses supérieurs que les Juifs sont exterminés, une telle information lui ayant été révélée comme frappée du sceau de l'évidence par ses collègues nazis de Berlin. Rien n'exclut, dans ce document, que Sadosky ait communiqué cette donnée à sa hiérarchie antérieurement dès le mois d'avril.

Il est difficile de déterminer la portée d'un tel document. Nous ne savons pas si Pétain et Laval ont eu communication de ce rapport. Mais, compte tenu de la divulgation très facile du "grand secret" (sic) à Sadosky, on est en droit de supposer que d'autres fonctionnaires français ont été pareillement informés par des canaux identiques.

Surtout, la publication très tardive d'un tel rapport incite à penser que les archives dissimulent d'autres pépites, sachant que la problématique de la connaissance qu'avait Vichy, dès 1942, de la "Solution finale", n'a pas fait l'objet d'une étude approfondie, malgré quelques certitudes dégagées - Pétain a notamment avoué en 1944 avoir su ce qu'il en était: http://www.delpla.org/forum/viewtopic.p ... Gard#p7731

Plusieurs historiens concluent, un peu facilement, que Vichy n'a pas cherché à savoir, dans la mesure où aucun document, à les en croire, ne témoignerait d'un quelconque intérêt du régime s'agissant du sort des déportés, à l'inverse des efforts tentés auprès des prisonniers de guerre.

Une telle assertion ne saurait cependant satisfaire. Elle constitue la déduction inaboutie d'une recherche inaboutie - comme le prouve le document déniché par Laurent Joly. Ne pas chercher à savoir, n'est-ce pas, en effet, le signe qu'on savait? Surtout, la thèse du manque de curiosité de Vichy fait bon marché d'une hypothèse qui me paraît, elle aussi, étayée par la découverte de ce document: le grand ménage effectué par les autorités vichystes elles-mêmes au sein des archives, pour camoufler leurs responsabilités. Comme souvent, de tels nettoyages laissent des traces, et bien des pièces accablantes ont été susceptibles d'y échapper, comme le rapport de Sadosky.

Ce document, et ses implications, jettent une nouvelle lumière sur l'accord conclu entre Laval et les S.S. le 2 septembre 1942, s'agissant de la réponse à apporter dans l'hypothèse où le gouvernement serait interrogé sur le sort des Juifs déportés :

Paris, le 4 septembre 1942.

Au cours de l'entretien qui a eu lieu le 2 septembre entre Oberg et Laval, le Président a indiqué que les diplomates étrangers lui ont, à plusieurs reprises, posé la question de savoir pour quelle destination étaient acheminés les transports des Juifs livrés aux Autorités d'occupation. Il répondait qu'en principe, on les emmenait, dans la partie sud de la Pologne. Il demande maintenant de lui indiquer la façon de répondre, afin d'éviter une divergence avec les renseignements donnés par nous. Il a été convenu que le Président Laval communique en réponse à de telles questions que les Juifs transférés de la zone non occupée aux Autorités d'occupation sont transportés pour être employés au travail dans le gouvernement général.


Le fait que Laval prenne la peine de concocter une telle version des faits avec les S.S. ("il a été convenu"...) atteste qu'il n'ignorait pas la vérité. Sinon, pourquoi élaborer une telle "convention de langage"? Sinon, pourquoi le document n'indique-t-il pas: "Les représentants des autorités d'occupation ont tenu à rappeler au Président Laval que les Juifs transférés de la zone non occupée sont transportés pour être employés au travail dans le gouvernement général"?

Ce dernier document établit également que les nazis n'ont pas cherché à l'informer directement de la réalité de la "Solution finale", d'où ce cafouillage sur la version à livrer à la presse et aux diplomates étrangers. Plus intéressant, Laval n'a pas davantage cherché à interroger les S.S. sur ce point, et tout ce qui le préoccupe en leur présence, c'est d'élaborer un discours commun sur le sujet...


Prétendre, à l'inverse, que Vichy ne savait rien, revient à considérer que ses dirigeants ont fait preuve d'une perspicacité bien moindre qu'une certaine adolescente d'Amsterdam qui, un jour d'octobre 1942, a confié ses craintes à son Journal... Heureusement que le ridicule ne tue pas.

C'est un sujet complexe, comme vous le notez. Bien plus complexe que vous ne le croyez, même. J'y reviendrai.

Mais j'achève ce message par cette mienne remarque: à trop flirter avec l'argumentaire vichyste, c'est à dire à prétendre que Vichy se serait prétendument efforcé de sauver des Juifs français en livrant des Juifs étrangers (vous concédez certes qu'il désirait se débarrasser de ces derniers), tout en assénant que Vichy ne savait pas ce qui attendait lesdits déportés, vous ne réalisez même pas que vous vous dirigez vers les mêmes écueils que les thuriféraires de Laval et Pétain que j'ai pris au piège sur ce point.

Car, sans vous en apercevoir, vous commettez une énorme contradiction qui ruine totalement votre thèse. Contradiction que je résume comme suit: si, selon vous, Vichy ignorait quel sort attendait les Juifs déportés, comment donc parler de sauvetage, puisque sauver quelqu'un implique précisément que le sauveteur a connaissance, ne serait-ce que vaguement, d'un péril qui attend celui à qui il vient en aide?
« Choisir la victime, préparer soigneusement le coup, assouvir une vengeance implacable, puis aller dormir… Il n'y a rien de plus doux au monde » (Staline).

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Re: Comment 75% des Juifs de France ont échappé à la mort.

Nouveau message Post Numéro: 474  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 22 Mar 2017, 11:06

François Delpla a écrit:Autant je souscris, sur ce sujet complexe, à toutes vos nuances
(et peux les compléter par un témoignage mêlant Raymond Aubrac et un historien remarquable de la Libération, Charles-Louis Foulon : le dernier m'a raconté qu'il avait été sidéré, interviewant le premier pour son livre de 1975 sur les commissaires de la République, d'entendre Aubrac dire : "Si j'avais su qu'on gazait directement les gens j'aurais mis d'autorité mes parents à l'abri".),

autant je trouve important de remarquer que Vichy n'était pas spectateur. Il lui incombait d'une part de se renseigner (et là, les moyens étaient plutôt abondants, cf. par exemple Berlin, 1942 : Chronique d"une détention par la Gestapo
de Louis Sadosky), d'autre part de choisir entre le fait de croire les nazis sur leur bonne mine ou d'exiger, courtoisement bien sûr, des précisions sur les modalités du "jardinage en Silésie", comme a su le faire par exemple le gouvernement slovaque en dépit d'une chute dans l'orbite nazie plus précoce et plus profonde .


Cela dit, il s'avère que les dirigeants de Vichy ont bien compris que ce qui attendait les Juifs déportés, en Pologne, n'était pas précisément un transfert dans un nouvel Etat juif, comme l'affirmera ironiquement Laval au Conseil des Ministres.

Il se trouve, en effet, que, le 20 ou le 21 juillet 1942, le Cardinal Suhard a livré aux évêques de zone occupée l'information suivante, à propos des intentions allemandes concernant les Juifs:

Destinés à disparaître du continent. Qui les soutient est contre nous. Expulsions prescrites. Réponses : les uns sont nôtres - à conserver, les autres étrangers - les rendons. Non, tous doivent partir par nos services dans les deux zones.


Il s'agit là des notes prises par le Cardinal Liénart lors de l'allocution de Suhard (elles ont été publiées en 1983). Ce dernier s'inspire vraisemblablement de propos qui lui ont été tenus par René Bousquet quelques jours auparavant. De telles notes, en effet, font part d'informations explosives, que seul un très haut fonctionnaire français (Bousquet, donc) était en mesure de connaître. Leur contenu révèle la position allemande (les Juifs doivent "disparaître du continent", ce qui laisse augurer le pire), laquelle se double d'un parfum de menace ("Qui les soutient est contre nous"), ainsi que la première réplique française: les Juifs étrangers partent, les Juifs français restent, et la réplique allemande: "Non, tous doivent partir par nos services dans les deux zones", sachant que "nos services" sont évidemment l'administration française. Il n'est pas question, ici, d'un quelconque accord tendant à sauvegarder les Juifs français, bien au contraire.

Un tel document (publié voici plus de trente ans, au demeurant) est fondamental à deux titres:

1/ Il prouve, à tout le moins, que les dirigeants de Vichy, du moins ceux impliqués dans les négociations avec les Allemands intéressant les rafles, à commencer par Bousquet, savaient que les Allemands ne réservaient pas aux Juifs un sort des plus sympathiques, et que le fameux "Etat juif" mentionné par Laval lors du Conseil des Ministres n'avait rien, mais alors rien de paradisiaque.

2/ Il pulvérise l'assertion selon laquelle l'Etat français aurait, en juillet 1942, conclu un accord avec les Allemands tendant à la sauvegarde des Juifs français. Non seulement n'est-il fait mention d'aucun accord de cette sorte (tout au plus est-il indiqué que Vichy a d'abord tenté de s'opposer à leur déportation), mais en outre il en ressort que, pour les Allemands, il est bel et bien question d'obtenir de notre administration la livraison de l'ensemble des Juifs de France.
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Re: Comment 75% des Juifs de France ont échappé à la mort.

Nouveau message Post Numéro: 475  Nouveau message de quovadis  Nouveau message 22 Mar 2017, 15:57

Quand un dictateur ou un tortionnaire passe devant une Juridiction Internationale on ne le condamne pas en tant que responsable d'un Génocide ou d'un Crime contre l'Humanité, mais pour une implication directe dans un meurtre, un ordre précis, une directive qu'il a donnée. Souvent il n'est condamné que pour un ou deux meurtres alors qu'il a concourru à tuer des centaines, des milliers de personnes. Parce qu'il s'agit d'un processus judiciaire qui nécessite, des enquêtes, des preuves, des témoins...
On a fait de la connaissance de la Shoah l'argument "morale" nécessaire pour condamner les acteurs et les complices: Il savait donc coupable. Mais est-ce que le contraire est vrai?: Il ne savait pas donc forcément innocent? Quelle place donner au doute? Dans la justice quotidienne les juges sont amenés a évaluer les comportements, les décisions et les conséquences des actes des personnes. Déterminer quand le doute peut être permis, quand il n'est plus possible. Cependant il ne s'agit pas de jugement moral à l'emporte-pièce mais de mise en adéquation de décisions prises en fonction des situations et de l'évaluation de la situation que les personnes prétendent avoir eu au moment des faits. Déterminer comment le doute s'immisce dans l'action et comment les acteurs choisissent de faire taire leur "mauvaise conscience" ou nient les évidences nécessite certainement d'étudier les décisions qui ont été prises, quand et pourquoi.
La morale et la vérité judiciaire sont des domaines qui se recouvrent mais qui ne sont pas identiques. Généralement on souhaite les concilier ou du moins de n'en perdre aucune de vue. Cela peut paraître frustrant, mais il s'agit d'une recherche qui s'en tient au champ administratif. Il est vain d'en attendre ou de faire le reproche d'une absence d'approche morale de cette question.


 

Re: Comment 75% des Juifs de France ont échappé à la mort.

Nouveau message Post Numéro: 476  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 22 Mar 2017, 17:18

quovadis a écrit:Quand un dictateur ou un tortionnaire passe devant une Juridiction Internationale on ne le condamne pas en tant que responsable d'un Génocide ou d'un Crime contre l'Humanité, mais pour une implication directe dans un meurtre, un ordre précis, une directive qu'il a donnée. Souvent il n'est condamné que pour un ou deux meurtres alors qu'il a concourru à tuer des centaines, des milliers de personnes. Parce qu'il s'agit d'un processus judiciaire qui nécessite, des enquêtes, des preuves, des témoins...
On a fait de la connaissance de la Shoah l'argument "morale" nécessaire pour condamner les acteurs et les complices: Il savait donc coupable. Mais est-ce que le contraire est vrai?: Il ne savait pas donc forcément innocent? Quelle place donner au doute? Dans la justice quotidienne les juges sont amenés a évaluer les comportements, les décisions et les conséquences des actes des personnes. Déterminer quand le doute peut être permis, quand il n'est plus possible. Cependant il ne s'agit pas de jugement moral à l'emporte-pièce mais de mise en adéquation de décisions prises en fonction des situations et de l'évaluation de la situation que les personnes prétendent avoir eu au moment des faits. Déterminer comment le doute s'immisce dans l'action et comment les acteurs choisissent de faire taire leur "mauvaise conscience" ou nient les évidences nécessite certainement d'étudier les décisions qui ont été prises, quand et pourquoi.
La morale et la vérité judiciaire sont des domaines qui se recouvrent mais qui ne sont pas identiques. Généralement on souhaite les concilier ou du moins de n'en perdre aucune de vue. Cela peut paraître frustrant, mais il s'agit d'une recherche qui s'en tient au champ administratif. Il est vain d'en attendre ou de faire le reproche d'une absence d'approche morale de cette question.


Les rafles, l'internement, et la déportation vers l'Est, le tout de surcroît dans des conditions inhumaines, sont, en elles-mêmes, constitutives d'une politique criminelle, quel que soit le sort des déportés à l'arrivée. Cette politique a été vigoureusement dénoncée comme telle dès cette époque.

L'"excuse" selon laquelle Vichy aurait cherché à sauver/protéger les Juifs français en livrant à leur place des Juifs étrangers n'a été façonnée par les dirigeants de l'Etat français qu'après les protestations de l'opinion publique devant les rafles (à titre d'exemple, Bousquet sort cette fable au pasteur Boegner en... septembre 1942, près de deux mois après les premières rafles). Ladite "excuse" ne résiste d'ailleurs pas à l'analyse, et j'ai montré pourquoi (Alain Michel, à ce jour, n'a produit aucun élément pour étayer la thèse du sauvetage, j'y reviendrai).

Mais cette "excuse", historiquement intenable et moralement gerbante (en quoi un Juif étranger vaudrait, à l'échelle de l'humanité, moins qu'un Juif français?), a été développée par les dirigeants vichystes - puis leurs thuriféraires - pour flatter, pensaient-ils, la xénophobie de notre société, et réhabiliter l'idéologie de la Révolution nationale. Développée pendant la guerre, elle s'est également déployée à l'heure des procès, lorsque la première ligne de défense des accusés ("Nous n'étions pas impliqué dans ces opérations") devenait intenable face aux documents - cf. le cas de René Bousquet, qui niait dans ses premiers interrogatoires avoir participé aux négociations franco-allemandes préparatoires aux rafles, et chargeait à fond Darquier de Pellepoix, avant de reculer peu à peu...

Pareilles allégations reviennent à prétendre que l'antisémitisme des uns aurait fait obstacle à l'antisémitisme des autres, plus précisément que "le relatif sauvetage est le résultat d'un autre antisémitisme, très hexagonal, et qui a paradoxalement mis des bâtons dans les roues de l'antisémitisme nazi" (j'emprunte la formule à "JARDIN DAVID"), bref qu'à l'antisémitisme racial, biologique, génocidaire des nazis se serait opposé un antisémitisme plus convenable, acceptable, certes bien de chez nous mais finalement digne d'éloges puisqu'il aurait prétendument conduit à sauver des Juifs français, donc des Français.

C'est pourquoi un zélateur de Pétain et de Laval, admirateur autoproclamé d'Alain Michel, à savoir feu Michel Boisbouvier (qui avait contesté l'authenticité du Journal d'Anne Frank - voir le C.V. du personnage ici), allait écrire, 18 décembre 2009:

Michel Boisbouvier a écrit:Et je voudrais qu'on fasse aussi des différences entre l'antisémitisme "à la française" telle qu'il s'est manifesté à l'occasion de l'affaire Dreyfus ou de la "Révolution nationale" et l'antisémitisme de Hitler. Dans un cas, un excès de considération envers une "race" réputée trop habile et finalement supérieure, dans l'autre un mépris et une haine envers des untermenschen. L'un est le contraire de l'autre... et l'autre, le contraire de l'un.


Bref, une telle thèse, qui revient à faire de l'antisémitisme hexagonal une forme de résistance à l'occupant, ne relève pas de l'Histoire, mais de la propagande pure et simple. Que des historiens tels que Poliakov ou Hilberg aient, non sans incohérences, vaguement défendu pareille affirmation lorsque l'historiographie de la Shoah était encore dans l'enfance ne suffit certes pas à en cimenter les fondements. Il est ahurissant autant que consternant qu'un historien comme Alain Michel (certes archi-grillé de par chez nous) s'en fasse le porte-parole.
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Re: Comment 75% des Juifs de France ont échappé à la mort.

Nouveau message Post Numéro: 477  Nouveau message de quovadis  Nouveau message 22 Mar 2017, 18:20

L'erreur c'est d'opposer un argument moral à un argument technique. Je crois qu'il serais préferable d'être en mesure d'argumenter quelles mesures n'ont pas été prises, quels dispositifs n'ont pas été pris pour distinguer les nationaux des étrangers, ce qui signifierait que rien n'a été entrepris pour sauver le moindre juif. Montrer que les mesures d'exclusion, de spoliation...frappent indistinctement nationaux et étrangers pour une même finalité. Montrer comment les directives ont été conçues pour empêcher les fonctionnaires de se soustraire à leur application . Montrer que le gouvernement a détourné des moyens pour faciliter les déportations, devancer les demandes allemandes, voir pris des initiatives... C'est cela que je voudrais voir opposer comme argument. Mais les arguments moraux ne m'apprennent rien; la déportation d'un Etranger vaut autant pour moi que celle d'un Français et pour des raisons tout autant Morales que Juridiques.


 

Re: Comment 75% des Juifs de France ont échappé à la mort.

Nouveau message Post Numéro: 478  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 22 Mar 2017, 18:30

quovadis a écrit:L'erreur c'est d'opposer un argument moral à un argument technique. Je crois qu'il serais préferable d'être en mesure d'argumenter quelles mesures n'ont pas été prises, quels dispositifs n'ont pas été pris pour distinguer les nationaux des étrangers, ce qui signifierait que rien n'a été entrepris pour sauver le moindre juif. Montrer que les mesures d'exclusion, de spoliation...frappent indistinctement nationaux et étrangers pour une même finalité. Montrer comment les directives ont été conçues pour empêcher les fonctionnaires de se soustraire à leur application . Montrer que le gouvernement a détourné des moyens pour faciliter les déportations, devancer les demandes allemandes, voir pris des initiatives... C'est cela que je voudrais voir opposer comme argument. Mais les arguments moraux ne m'apprennent rien; la déportation d'un Etranger vaut autant pour moi que celle d'un Français et pour des raisons tout autant Morales que Juridiques.


Je ne comprends pas votre message.
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Re: Comment 75% des Juifs de France ont échappé à la mort.

Nouveau message Post Numéro: 479  Nouveau message de Borsig  Nouveau message 22 Mar 2017, 23:40

Le moment est venu de réitérer un point de vue que j'ai exprimé au début du mois de mars :


Dans le post n° 411, le rédacteur a écrit :
(Oui, ils pouvaient mettre les Juifs à l'abri des nazis - et personne ne me fera croire qu'ils n'étaient pas renseignés sur ce qui se passait à l'est.)



Personne ? ? ?
Et Alain Michel ?
Et Marc Ferro ?

Sur les forums les rédacteurs sont nombreux à imaginer que Pétain et Laval étaient parfaitement renseignés sur l'extermination des Juifs. Cette croyance persiste malgré les publications des historiens, par exemple "Pétain en vérité" de Marc Ferro aux éditions Tallandier.


 

Re: Comment 75% des Juifs de France ont échappé à la mort.

Nouveau message Post Numéro: 480  Nouveau message de Borsig  Nouveau message 23 Mar 2017, 00:29

Des enfants qui vivaient en France ont été déportés. On peut relativiser cette tragédie en observant que les enfants représentaient 12% du total des personnes déportées alors que cette proportion était plus forte dans certains pays, par exemple la Belgique.


Ce paragraphe est récent. Il n'a jamais existé avant le mois de mars 2017. Il fugure dans le post numéro 442 que j'ai rédigé le samedi 4 mars 2017.



Le 26 février 2017 Nicolas Bernard a écrit :
Entre autres foutaises auto-satisfaites de la part de "Borsig" (admirateur d'Alain Michel alors que la lecture du bouquin de ce dernier devrait l'inciter à davantage de prudence), je tombe sur ceci:


Je ne vois pas comment vous pouvez affirmer que la lecture du bouquin d'Alain Michel aurait dû m'inciter à plus de prudence lorsque j'ai rédigé des messages sur ce fil entre le 16 mars 2016 et le 26 février 2017. Pouvez-vous expliquer ?


 

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