Rien ne vaut quelques bonnes lectures pour se remémorer les faits.
1° La mer était mauvaise, presque déchaînée.
2° Il faisait noir comme dans le c... d'une panthère.
3° Il y avait possibilité d'attaque de U-boote.
4° La zone de protection de la Luftwaffe était à proximité.
Connaissant la réputation des Anglais à se faire un devoir de bien traiter leurs POW, j'étais sceptique sur l'
abandon des marins allemands en pleine mer. Alors voici un récit qui semble mettre un terme à la polémique:
À une distance de plus en plus courte, les deux cuirassés britanniques pilonnaient le Bismarck et de leur armement principal et de leurs pièces secondaires À bord du cuirassé ennemi, une violente explosion se produisit à l'arrière de la tourelle 2 dont le dos jaillit par-dessus la passerelle. Un autre coup au but projeta en l'air, puis par-dessus bord, la tourelle de télépointage de l'artillerie principale.
La vitesse du Bismarck était maintenant presque réduite à zéro. Il se traînait, et les deux navires de ligne anglais devaient zigzaguer pour conserver leurs canons pointés vers lui. Il eût, sans doute, été plus simple de demeurer par le travers, au gisement constant, mais cela n'eût été possible qu'en réduisant à la même allure que l'adversaire. La présence possible de sous-marins allemands l'interdisait.
Vers 10 heures, le Bismarck n'était plus qu'une épave désemparée et silencieuse, dont les mâts et la cheminée avaient disparu. Ses canons pointaient dans toutes les directions. Un nuage noir s'élevait au centre du navire. Visiblement, l'intérieur n'était plus qu'une fournaise, et, par les nombreux trous d'obus et les brèches de la coque, on apercevait le rougeoiement des flammes. Les servants abandonnaient les pièces, on pouvait voir des grappes humaines errer ça et là sur le pont supérieur, essayant d'échapper à la pluie d'obus. D'aucuns sautaient par-dessus bord, préférant la noyade à l'enfer qui régnait à bord. Et pourtant, le Bismarck n'amenait toujours pas son pavillon. En apparence, tout au moins, il ne s'avouait pas vaincu: réduit à l'impuissance, entouré d'ennemis, il refusait de se rendre.
Les Anglais étaient décidés à le couler aussi vite que possible. À chaque instant, des avions allemands à grand rayon d'action pouvaient intervenir. Il était surprenant que des sous-marins n'aient pas déjà manifesté leur présence.
Le Rodney tirait maintenant par bordées de neuf pièces, et les énormes projectiles de 406 frappaient le Bismarck par trois ou quatre à la fois. Une torpille du Rodney l'atteignit également par le travers; le Norfolk croyait, lui aussi, avoir mis au moins une torpille au but. Le Bismarck, cependant, flottait toujours.
Il était évident que cette coque en feu, presque inerte et déjà à moitié engloutie, ne regagnerait jamais un port, même si elle ne devait couler que plus tard. À 10h15, Sir John Tovey signala au Rodney de prendre la ligne de file derrière le King George V; il avait attendu à la limite du possible, il lui fallait rallier sa base. Comme il s'éloignait, le Dorsetshire lança deux torpilles à tribord et par le travers du Bismarck. L'une d'elles fit explosion à la hauteur de la passerelle. Le croiseur passa ensuite sur l'autre bord pour lancer une autre torpille, qui fit également mouche. Silencieusement, la monstrueuse épave, dont les couleurs flottaient toujours, chavira sur bâbord et disparut dans les flots.
Le puissant Bismarck avait enfin été mis à mort, après une admirable résistance contre des forces supérieures. Quelques centaines de têtes émergeant de la mer houleuse, voilà tout ce qu'il en restait. Le croiseur Dorsetshire et le destroyer Maori réussirent à sauver 110 hommes. On signala alors un périscope, les bâtiments anglais durent se retirer.
Mémorial de la Seconde Guerre mondiale du Sélection du Reader's Digest avec un copyright:
1949 Russell Grenfell.
Traduit de l'anglais et condensé du livre
Le drame du Bismarck, publié par les Éditions René Julliard.
En prime, une photographie des survivants en train d'être recueillis.
Pourquoi plusieurs navires britanniques avaient-ils retraité vers les ports les plus près ? Je réponds par une autre question, avez-vous déjà essayé de naviguer avec un énorme bâtiment sans essence sur une mer houleuse ?