Bonjour à tous
J'arrive un peu après la bataille mais comme entre-temps la folie de Hitler a déclenché des débats sur divers moments de sa politique, il est peut-être temps d'y revenir.
Un livre, que je déguste depuis quelques semaines, répond à beaucoup des questions abordées :
Francesca Biagi-Chai,
Le cas Landru - A la lumière de la psychanalyse, Imago, 2008. L'auteur en cause ici :
http://www.dailymotion.com/video/xg6hdk ... u-1-2_newsOui, on peut poser un véritable diagnostic sans avoir eu la personne sur son divan, à condition qu'il y ait suffisamment de sources et c'est le cas. Il me semble que, pour Hitler, cela l'est plus encore (à ceci près que les données sur "Hitler avant Hitler" sont plus fragmentaires que pour Landru).
Oui, on peut être fou et responsable, c'est même au coeur de l'enseignement de Lacan (comme de Freud).
Ce dont il s'agit en histoire politique et militaire, c'est de décrire l'inscription de cette folie individuelle (dont l'antisémitisme -lui-même très personnel même s'il présente des analogies avec celui de Wagner, de HS Chamberlain, de Lueger et d'autres- est le trait le plus caractéristique) dans une aventure collective et même planétaire.
De ce point de vue, une relecture récente de
Mein Kampf m'a amené à considérer que la phrase qui le résume le mieux n'est pas celle-ci, très célèbre (et à juste titre, et très personnelle : on la chercherait en vrai chez des auteurs antisémites précédents)
Si le Juif, à l'aide de sa profession de foi marxiste, remporte la victoire sur les peuples de ce monde, son
diadème sera la couronne mortuaire de l'humanité.
mais celle-là
Une organisation ne peut subsister qu'avec un haut commandement intelligent, servi par une masse que guide plutôt le sentiment
Elle en dit fort long sur le nazisme et, pour commencer, sur son triomphe au sein de la mouvance nationaliste allemande. Hitler a laissé à d’autres formations les pulsions sentimentales qui font hurler à l’unisson les militants et les chefs, pour privilégier le sens tactique des dirigeants ou, plus précisément, du chef suprême. Et il a gagné le loisir de le faire tranquillement, tant que cette stratégie n'est pas perçue et que les antinazis autochtones ou étrangers persistent à voir là une bande de braillards, tous plus excités et primaires les uns que les autres.
Je suis heureux que le livre de Binion soit maintenant mieux connu et reconnu. Quel pionnier ! Mais justement, en tant que tel, il doit être critiqué, pour tout ce qu'il charrie encore de visions antérieures. Je pense en particulier à ce qu'il dit du dr Bloch, qui réprésente précisément l'unique "bon Juif" et le seul intouchable, car lié à la mère.