Post Numéro: 126
de juin1944
25 Aoû 2010, 10:31
Et, pour compléter la réponse de Daniel, la France de la libération se heurte à la même problématique, une fois l'épuration sauvage passée : comment unifier de nouveau un pays divisé par ses tendances, souvent opposées ? En jugeant les cas les plus ardus et notoires (Darnand, Laval, Pétain, Brasillach, etc ) et en se montrant plus souples et amnésiques pour les autres. Le meilleur exemple est celui de la Police, actrice souvent active de la collaboration : comment faire une police d'après guerre efficace si l'on doit virer tous ceux qui étaient policiers entre 40 et 44 ? mission impossible en pratique. Alors, on compose même avec ceux impliqués plus ou moins directement dans les arrestations et les rafles et on fait avec. Pour les miliciens et les indics, on fait la même chose en cherchant avant à faire condamner les chefs locaux, régionaux et nationaux. Les autres passent aux oubliettes. Précisons d'ailleurs que ce n'est pas toujours le fait d'une intention volontaire mais d'un manque de moyen. Le temps de les identifier leur donne le temps de prendre la fuite.
Il faut aussi se remettre dans le contexte de l'époque et non juger ces évènements avec notre vision contemporaine de l'histoire. Tout d'abord, les travaux de ces dernières décennies ont apporté un éclairage extraordinaire sur bien des points, alors qu'après guerre on ne dispose pas du tout de ce champ de vision, bien plus restreint et parcellaire. Par ailleurs, on choisi l'option de cristalliser l'opinion sur les nazis, ennemi devenu commun à tous et quelque part outil de réunification. Dès lors que des miliciens sont concernés par un fait tragique, cela devient déjà beaucoup plus sensible et les vieilles animosités reviennent en surface. C'est la même gene et la même division qui s'est emparée de la France au procès de Bordeaux lorsque des Alsaciens sont appelés à comparaitre. A la lecture du verdict, un véritable tollé monte en Alsace. Il s'en suit l'amnistie des alsaciens par souci d'apaisement (sauf pour le seul volontaire, le sergent Landsdorf , me semble t'il, condamné à mort , chose à vérifier) , ce qui en retour fait monter un vent de colère du Limousin : Oradour rend sa légion d'honneur, les politiques nationaux sont interdits de séjour, toute relation avec l'Alsace est rompue.
Le cas Oradour est donc très complexe, il est tout simplement l'un des meilleurs exemples d'une europe d'après guerre, qui a du mal a retrouver ses esprits, sa cohésion et sa cohérence