Post Numéro: 4
de clayroger
25 Juil 2009, 09:20
Si en effet le terme Blitzkrieg est bien allemand, la notion elle même est très ancienne.
Les militaires de tous les temps se sont en effet toujours interrogés sur la manière de conduire une guerre rapide, c'est à dire qui donne en un temps très limité un résultat décisif tout en limitant les coûts et les pertes.
Tous les grands chefs militaires ont employé la vitesse et la surprise associées à la force de frappe pour l'emporter.
Les généraux allemands de la Seconde guerre mondiale n'ont fait que reprendre ces préceptes que Napoléon Bonaparte lui même avait résumé dans sa formule célèbre :
Napoléon est rapide comme l'éclair et frappe comme la foudre.
Vous voyez, cela ne date pas du XXe siècle !
Le Vernichtungschlacht, qui se traduit comme "bataille d'anéantissement", est une notion militaire tout aussi ancienne.
Elle est quelque part dans le prolongement de la première idée.
Il s'agit en effet non plus de battre l'adversaire militairement, et en général, de provoquer sa retraite, mais ici de détruire complètement sa force armée.
L'exemple classique de ce concept est fourni par la bataille de Cannes livrée par Hannibal aux légions romaines en 216 av. JC.
Par un plan audacieux et en infériorité numérique, le général carthaginois parvint à écraser huit légions romaines.
Par le biais d'une manœuvre d'encerclement, dans laquelle il employa la force mobile de sa cavalerie pour tourner les forces romaines, il les attaqua à revers.
Le plan était si génial qu'il est toujours enseigné aujourd'hui, plus de deux mille ans plus tard, dans toutes les académies militaires.
Cette bataille fut un objet d'étude pour deux généraux allemands de la Seconde guerre mondiale : Guderian et Manstein (entre autre) qui la prirent en exemple comme la bataille parfaite à reproduire si possible.
Notez qu'il peut y avoir un Blitzkrieg sans Vernichtungschlacht, l'inverse étant vrai aussi.
Il y a des exemples de bataille d'anéantissement sans guerre éclair (Tannenberg en 1914) ou de guerre éclair sans anéantissement de l'adversaire (Iena en 1806).
L'originalité de la stratégie militaire opérationnelle allemande en 39-45, c'est sans doute d'avoir associé systématiquement les deux notions.
Dans ce cadre, on peut dire que l'objectif militaire était d'anéantir militairement l'adversaire par l'emploi d'un outil, la guerre éclair.
La Campagne de France de 1940, Barbarossa en 1941, Kiev 1942, ou la tentative des Ardennes en 1944 sont quelques exemples de ce concept.
La bataille de Stalingrad en 1942, à l'inverse, est un exemple de récupération du concept guerre éclair - bataille d'anéantissement bien assimilé.
Frieser, pour sa part, démontre que la guerre éclair allemande de 39-45 n'a été théorisée qu'après coup, celle-ci ayant été surtout le résultat de l'emploi empirique d'un matériau nouveau (les chars et les avions) par des chefs de terrain, opérationnels et énergiques.
Donc au départ (en Pologne et en France), le Blitzkrieg est une technique employée par une minorité d'officiers, qui se heurte à des concepts en opposition avec lui.
Il n'existait pas de plan lié au Blitzkrieg avant le début de la Campagne de France, mais le plan Manstein (Fall Gelb) était bien un plan de bataille d'anéantissement. On veut dire par là que le Plan jaune était dénué de notion de vitesse d'exécution. Il fallait anéantir les 3 armées françaises, mais on n'indiquait pas de planning. Le Blitzkrieg de la Campagne de France est donc le résultat d'opérations menées à titre individuel par des officiers en opposition avec leur hiérarchie, la victoire étant obtenue par désobéissance aux ordres !
Quant à Hitler, hormis le fait qu'il n'a jamais rien compris à ces points de stratégie fondamentale de toute sa vie, on ne voit pas en quoi il est concerné, sauf par le fait qu'il n'a cessé d'être un frein constant aux ambitions stratégiques de ses état-majors.
Et on ne s'en plaindra pas !