Post Numéro: 79
de Narduccio
07 Sep 2006, 19:59
Hier soir, avant-première à Mulhouse. Et pour paraphraser une personnalité dont je ne me souviens plus le nom : "J'y étais".
Premier point, je tiens à m'excuser, mais contrairement à ce qu'avait annoncé certains médias, la scène dont je vous avait parlé et qui a fait scandale, ici, n'est pas la première (et ce n'est pas la dernière, non plus).
Ensuite, le public m'a étonné. Était-ce parce qu'il y avait la revanche à la télé, mais il était majoritairement féminin. Je dirais 60-70%. Beaucoup d'enseignants aussi (dont de nombreux proviseurs parmi les invités du conseil régional). Ensuite, beaucoup de jeunes dont les grands-pères firent sûrement un trajet similaire aux héros du film. Par voie de conséquence, j'ai été aussi étonné du nombre de "beurettes", 5 ou 6 avec un voile, mais majoritairement habillées à l'occidentale. Mais certaines jeunes étaient venus du Djamel, qui malheureusement ne put venir (raisons familiales invoquées). La salle était pleine.
Pour parler de Djamel Debouzes, c'est l'un des producteurs de ce film. Mais aussi, "Tchao Pantin" fut le film qui montra que Coluche pouvait être autre chose qu'un comique. "Indigènes" est le film qui montre que Djamel n'est pas seulement un clown, mais est un grand acteur. D'ailleurs, comme tous les acteurs, il habite son rôle, il est au service de son personnage. Le prix dinterprétation me semble amplement mérité. Ceux qui doutaient de Sami Naceri ou de Djamel, oubliez vos doutes. A l'écran, vous ne verrez ni le comique, ni le chauffeur de Taxi.
Ensuite, le film. L'auteur nous a expliqué qu'il la remanié plusieurs fois (ainsi, la fameuse scène failli être la première, puis la dernière, puis ...). La première version du scénario faisait plus de 3h, avec 1h15 de campagne d'Alsace. Je n'ai pas les connaissances pour dire si les scènes de guerre sont hyperréalistes, mais elle m'ont parues correspondre avec ce que l'on connaît de certains épisodes.
C'est un film de guerre qui ne magnifie pas la guerre. Les personnages sont des héros ordinaires. Chacun à sa raison d'être là et le personnage de Sami Nacéri est là pour l'argent , il le dit à la première scène ou il apparaît.
C'est un film de guerre où l'on perçoit les longues attentes qui sont racontées par tous les anciens combattants. Mais ce ne sont pas des longueurs et on ne s'ennuie pas. C'est tellement bien joué que l'on sent leurs peurs et malgré leur peur, ils y vont.
Mais, c'est aussi un film militant. Il veut montrer les choses comme elles furent, et parfois ce n'est pas joli pour l'armée française. Malgré cela, lorsque quelqu'un a demandé au réalisateur si il avait du subir des empêchements, il a répondu que personne en France ou au Magreb n'a cherché à lui interdire de réaliser ce films. Il a ajouté, qu'il n'y a personne en France qui puisse interdire ou empêcher qu'un film soit réalisé. (A ce moment-là, je me suis dit que c'était une belle pierre dans le jardin de "Joyeux Noél" dont une partie de la pub tournait autour du fait que l'armée avait cherché à l'interdire.) Ce film a d'ailleurs été montré au Président Chirac et à certains membres du gouvernement, mardi. Chirac se serait engagé (la larme à l'oeil) d'oeuvrer pour que la décision du conseil d'Etat concernant la cristallisation des pensions devienne effective avant la prochaine présidentielle (mais de cela, j'en parlerais dans un autre post).
C'est aussi un film plein d'émotion. A Cannes, la salle a pleuré. A Mulhouse aussi.
Je vous recommande d'aller voir ce film, certains seront déçus qu'il n'y a pas plus de batailles. Mais, il vaut la peine d'être vu. Il fait oeuvre de mémoire et ré-écrit ou plutôt, pour la majorité des Français, écrit une page de notre histoire. Rachid Bouchareb a dit qu'il pensait faire un second volet toujours sur les indigènes, mais qu'il porterait plus sur l'armée d'Afrique. Mais d'abord, il va prendre un an de vacances parce que cela fait 4 ans et demi qu'il travaille sur ce projet.
Pour ceux qui auraient mal compris mon message :
Allez voir ce film, il en vaut la peine.