Borsig a écrit:Chef Chaudart a écrit:Selon Nicolas, il n'y a eu aucun "accord".
Relisez les pages de ce fil ! De même qu'Alain Michel, Nicolas Bernard admet qu'il y a eu un accord de Vichy avec Oberg le 2 juillet 1942. AM et NB divergent sur un point crucial : le contenu de l'accord. S'agit-il d'un accord qui préserve les Juifs de nationalité française ? La réponse est affirmative si l'on en croit Serge Klarsfeld dans "vichy-auschwitz".
Tiens donc? Serge Klarsfeld écrirait que Vichy et l'Allemagne aurait conclu un accord sauvegardant les Juifs français en échange de Juifs étrangers? A quelle page de
Vichy-Auschwitz, S.V.P.?
En toute hypothèse, Alain Michel raconte, sur ce point, strictement n'importe quoi. Par définition, l'accord conclu ne visait certainement pas à protéger, d'une quelconque manière, les Juifs français (les protéger de quoi, d'ailleurs, puisque l'on nous soutient que Vichy ne savait rien, n'imaginait rien quant au sort des déportés?). Il prévoyait la livraison des Juifs étrangers et des Juifs à dénaturaliser, sachant que le tour des Juifs français viendrait après.
J'ai déjà montré ce qu'il en était, documents allemands à l'appui, mais aussi à partir d'un
document 100% français de souche celui-là, et j'ai récemment
enfoncé le clou. Alain Michel n'y a pas, à ce jour, répondu. Ni vous, d'ailleurs.
Borsig a écrit:Que voilà une curieuse coincidence ! C'est au moment où Rothke exprime sa colère — colère provoquée par la désinvolture des autorités françaises qui ont dévoilé leur refus de procéder aux dénaturalisations — qu'il a été décidé de se rabattre sur les Juifs français ! A-t-on jamais vu plus grosse coincidence dans l'histoire du monde ?
Quant aux difficultés d'obtenir des trains précisémment au moment où Rothke exprime sa colère, là aussi c'est une sacré coincidence !
D'où vient cette idée que le nombre de trains était insuffisant à partir de septembre 1943 ? Est-elle avérée ?
1/ Vichy s'attaque aux Juifs français en province, au cours des premières semaines de l'année 1944, puisque ce régime prête sa police aux Allemands (voyez le cas de Bordeaux, avec le rôle joué par Maurice Papon).
2/ Heinz Röthke était quelqu'un d'assez anxieux, outre d'être une crevure (rassurez-vous: après la guerre, il a échappé aux poursuites). A quelle colère de sa part faites-vous référence?
Borsig a écrit:En France la grande majorité des Juifs "nationaux", c'est à dire ceux qui ne sont pas étrangers, ont échappé à la déportation pendant cette guerre mondiale. En Belgique et en Hollande, on sait bien ce qu'il est advenu des Juifs "nationaux".
Quitte à revenir ultérieurement sur le cas hollandais (qui n'est en rien, mais alors
en rien, comparable avec la France), veuillez trouver ici quelques statistiques qui ruinent quelque peu votre raisonnement, s'agissant de la Belgique:
- Nombre de Juifs en Belgique en 1942:- De nationalité belge: 3.680
- De nationalité étrangère: 51.991
- Total: 55.671
- Nombre de Juifs de Belgique déportés:- De nationalité belge: 1.203
- De nationalité étrangère: 23.921
- Total: 25.124
Source:
Maxime Steinberg, "Le paradoxe français dans la Solution finale a l'Ouest", Annales. Histoire, Sciences Sociales, 48e Année, N°3, mai - juin 1993, p. 587.
Le nombre de Juifs de nationalité belge résidant en Belgique est ainsi extrêmement faible, pas comparable aux proportions Juifs français/Juifs étrangers sur le territoire français. Ce seul élément statistique doit impérativement être pris en compte - mais je devine que vous l'ignoriez.
De surcroît, Steinberg rappelle qu'en Belgique
aussi les Allemands n'ont pas immédiatement lancé l'offensive des rafles/déportations contre les Juifs belges, préférant s'en prendre d'abord aux Juifs étrangers, de manière à ne s'aliéner, ni l'opinion publique, ni les autorités policières locales. C'est ce qui ressort d'un télégramme d'un délégué du Ministère des Affaires étrangères allemand auprès des autorités militaires d'occupation en Belgique, Von Bargen, en date du 9 juillet 1942:
"... les Juifs de nationalité belge sont vus comme belges par la population" (
Serge Klarsfeld & Maxime Steinberg (éd., Die Endlösung der Judenfrage in Belgien - Dokumente, Paris, The Beate Klarsfeld Foundation, 1980, p. 32).
Bref, arguer que Vichy aurait cherché à "protéger" les Juifs français en arguant du déroulement de la Shoah en Belgique, qui aurait visé aussi bien les Juifs belges et les Juifs étrangers, est absurde. Le "compromis xénophobe" a joué aussi bien en France qu'en Belgique - où, vous en conviendrez, il n'existait aucun équivalent du régime de Vichy.
Sachant que d'autres facteurs doivent être pris en compte. Notamment, la police belge n'a pas agi de la même manière selon les régions:
lors des rafles de l'été 1942, elle a collaboré à Anvers, mais pas à Bruxelles. Ce désordre administratif, avec des forces de police obéissant ou non selon leur emplacement géographique, les Allemands ne l'ont pas rencontré en France, dans la mesure où il leur suffisait d'obtenir l'accord de Vichy pour que notre police obéisse.