
Le bachi est en laine bleu marine tendue sur un cercle semi-rigide et et un court cylindre autour de la tête du marin, avec beaucoup de parties amovibles :
- le pompon à couper en partie ou à donner à ses amours éphémères ou non,
- le lacet blanc qui se boutonne sur les côtés et se tend par le trou du pompon,
- le bandeau avec nom du bateau ou la base d'affectation,
- la coiffe blanche (tergal ?) permettait d'accorder le bachi à la tenue, et d'éviter que le soleil ne chauffe la laine presque noire (ça chaufffait déjà par-dessous dans la tête du marin, à 20 ans et après plusieurs jours de mer !). Etant sur un bnavire de haute mer, j'avais 2 bachis et 2 coiffes blanches.
La tenue était inspectée devant l'échelle de coupée par le bidel (capitaine d'armes, un major Fus-Co), et nous déployions des trésors d'ingéniosité pour être impeccables et pouvoir sortir car, sur un navire à la mer, on ne pouvait aller à terre qu'aux brèves escales, et si nous n'étions pas de garde ... Sur un mois, ça représente 10 à 12 jours seulement !
Pour les chaussures, nous les cirions avec de l'incolore, ce qui évitait de salir les bas de pantalons.
Il y avait une laverie à bord, qui tournait avec de l'eau de mer ou de l'eau saumâtre selon les réserves du bord et beaucoup de lessive à base de potasse, ce qui lavait mal, grisait et attaquait les fibres du tissus. On s'en moquait pour les tenues de travail, mais le plus souvent nous lavions nos tenues blanches à la main, à grand renfort de savon. Pour le séchage, on avait aménagé des penderies dans le puit de la tourelle AV.
Pour le repassage, après le coup de fer entre 2 patemouilles, rien de tel pour marquer les plis que de placer sa tenue bien à plat dans un linge clair, entre la toile de la couchette-hamac et le mini-matelas (couchettes sur 3 hauteurs sous 2 mètres de haut), et d'étaler par-dessus les 75kg du marin d'alors pour une bonne' nuit de sommeil ...
- Hors Sujet :
L'escale suivante était à Singapour, après une traversée difficile au radar du détroit de Malacca en pleine mousson.
De mon poste à la passerelle (j'étais breveté timonier), je ne voyais pas l'avant du bateau, et le DEKKA, ancêtre français du GPS, nous avait lâchés au large du Yemen.
J'avais accumulé un pécule en rachetant les revues pornos (Lui, PlayBoy, NewLook, ...) à d'autres membres de l'équipage lors des escales, et en les revendant avec bénéfice après quelques jours de mer ... J'appelais ça la montée et la baisse des cours de la Bourse !
Nous étions donc, mon ami Jean-Marc et moi, en tenue blanche dans une des premières tours/centre commercial de Singapour, en train
de faire nos emplettes de chaines Hi-Fi, Walkman et K7 pirates, lorsque j'ai senti une main se poser sur mon épaule.
L'homme, jovial mais excité, nous demanda : "Vous êtes français ?" ... Comme je restais interloqué, Jean-Marc répondit affirmativement.
"- Pouvez-vous me dire si c'est Bordeaux ou Toulouse qui a remporté la finale ???"
Il nous expliqua qu'il était le seul abonné de "La petite Gironde" dans cette partie du monde, et qu'à cette époque où Internet venait à peine d'être inventé, il ne recevait son journal que par courrier, avec 3 ou 4 jours de décalage. Fan de Rugby, il voulait savoir qui avait remporté le bouclier de Brennus.
On ne le savait pas, il a voulu nous payer à boire, mais nous avons décliné l'invitation, n'ayant que peu de temps pour finir nos achats.

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