Arsenal antichar de Sa Gracieuse Majesté durant la Seconde Guerre Mondiale (suite)
6 Pounder of 7 cwt Mk IIEn 1938, alors que la pièce de "2 livres" était en production, l'Arsenal de Woolwich avait déjà établi et proposé les plans de son futur remplaçant, le canon antichar de 6 livres (calibre de l'âme, 2,244 in ou 57 mm); les essais satisfaisants du démonstrateur, menés sur le pas de tir en 1939, ayant permis de fixer ses caractéristiques techniques et son process de fabrication, l'arme n'attendait plus que le feu vert de la Direction de l'Artillerie pour être mise en production.
NOTA : La désignation britannique comporte une mention des plus mystérieuses pour nos usages continentaux,
7 cwt ??

...
cwt est l'abréviation de "
centum ou
cental weight", une vieille locution qui remonte au Moyen-Âge et correspond à
hundredweight, soit une masse ou un poids de "
100 livres" ou un "
quintal". En 1340, un édit royal avait fixé la valeur du "
quintal" britannique à 112 livres, soit 50, 2 kg avec le système métrique.
7 cwt correspond donc à 7 x 112 livres, soit 784 livres ou 351,4 kg, le poids (arrondi) du tube avec sa culasse ! ... Mais pourquoi cette précision particulière ? ... Parce que, depuis 1884, était en service, dans la Royal Navy, un canon de pont" à tir rapide (QF) de 6 livres, utilisé contre les torpilleurs et pour le salut, précisé, lui,
8 cwt, sachant que les "Brits" ne précisent pas "l'année modèle"!... Ca va, vous suivez ?
6-pdr / 8cwt [2.244"/40 (57 mm)] QF Mark I, modèle 1887 pour usage naval

Mais revenons à notre "6 livres antichar"!... Donc, à l'hiver 1939-1940, les dispositions pour lancer sa production avaient été prises, sauf que, en juin 1940, après la désastreuse campagne des Alliés et le rembarquement en catastrophe du BEF lors de l'Opération Dynamo... patatras! Après avoir du abandonner sur le terrain 502 pièces de 2 livres, il n'en restait plus que 167 exemplaires dans les dépôts britanniques!
Il fallait impérativement relancer très rapidement la production de canons antichars pour combler les vides, d'autant que la menace d'une opération amphibie menée par
Wehrmacht pointait son nez! La mise en production du "6 livres" exigeait six à huit mois de délai pour la mise à disposition des premières pièces, de surcroit il fallait exercer le personnel à leur emploi. A l'inverse, l'outil de production du "2 livres" étant déjà en place et la troupe y étant familiarisée... la priorité avait été donnée à la poursuite de la production du 2 livres, la Direction de l'Artillerie plaçant en parallèle, en juin 1940, une commande de 400 pièces de 6 livres, dont la production était censée démarrer dès que les besoins en "2 livres" auraient été satisfaits.
Les toutes premiers "6 livres" n'étaient sortis de chaine qu'en novembre 1941, mis en service au printemps 1942, mais les dispositions prises dès juin 1940 permettront d'atteindre, dès le mois de mai 1942, une cadence mensuelle de 1500 pièces!
Le "6 livres" de 57 mm avait été conçu avec un tube de 50 calibres (
Mk. I) (2,82 m), mais le manque de machines-outils, notamment de tours disposant d'une capacité "entre pointes" suffisante pour usiner un tube d'une telle longueur, avait contraint de réduire sa longueur totale à 43 calibres (
Mk.II) (2,45m). Les premières séries produites de "6 livres" tractés étaient des
Mk.II, dotés du tube de 43 calibres et dépourvus de frein de bouche...
.jpg)
Ici, un 6 livres
Mk.II servi par des artilleurs du
1st Punjab Regiment.jpg)
En novembre 1941, les Brits s'étaient intéressés, dans un premier temps, au frein de bouche utilisé, alors, par les Allemands sur leurs pièces antichars de
5 cm Pak 38, avant que le
7,5 cm Pak 40 ne fasse, lui-même, son apparition sur le terrain au début du printemps 1942.
Le frein de bouche, conçu pour disperser, à la gueule de la pièce, une partie des gaz générés par la détonation de la charge propulsive, offre l'avantage de réduire la course du tube (avec sa culasse) lors du recul, ce qui permet, entre autres de réduire l'encombrement en longueur de la pièce (très utile dans l'habitacle étroit d'une tourelle de char), son délai de remise en position de tir, soulager le dispositif récupérateur et employer de puissantes charges propulsives, tout en limitant la course du tube entre ses butées.
Dans le domaine du frein de bouche (
Müdungsbremse), les allemands avaient acquis une véritable expertise, certains modèles de canons AT, de chars et automoteurs équipés de frein de bouche, avaient bénéficié d'une dispersion des gaz "à la gueule" de l'ordre de 50 à 53%, tandis que de leurs côtés, les Anglo-américains ne dépasseront guère 35% - seul revers de la médaille au frein de bouche, le nuage de poussières que déclenche l'éjection des gaz - notamment avec les pièces antichars tractées, où l'axe de l'âme est situé proche du sol - qui peut, alors, "signaler la position de la pièce" à l'adversaire - les Allemands déployaient souvent, sous la gueule du frein de bouche, une toile de tente préalablement huilée, afin de réduire ledit nuage -.
A dater de 1943, avait été mise en service la version
Mk.IV, à nouveau dotée d'un tube de 50 calibres (2,82 m) et munie d'un frein de bouche...
.jpg)
.jpg)
Sur ce cliché, par contre, il est difficile de préciser la "version"
.jpg)
Le "6 livres", produit à 35 000 exemplaires entre 1941 et 1945, était relativement léger, 1112 kg, grâce à l'emploi d'un certain nombre de pièces en alliage d'aluminium. Selon son modèle,
Mk.II ou
MK.IV et le type de munitions AT utilisées , la Vo imprimée par le
Mk.II, variait entre 792 et 853 m/s, celle du
Mk.IV, entre 820 et 1219 m/s (cette dernière avec l'obus perforant sous calibré à noyau de carbure de tungstène et sabot de tir détachable (APDS), mis en service à dater de mars 1944).
Capacités de perforation (modèle
Mk.IV L/50)
Obus APCBC (perforant avec coiffe balistique, 3,23 kg) : 81 mm à 30°, à 457 m (500 yards), 74mm, à 914 m (1000 yards), 63mm, à 1371 m (1500 yards) (très probablement établie sur pas de tir d'essais

)
Obus APDS (1,42 kg) : 131 mm à 457 m, 117 mm à 914 m
(à suivre)