alfa1965 a écrit:On a l’impression que l’artillerie est disproportionnée par rapport à la taille du navire.
NIALA a écrit:C'est le propre des les monitors, on privilégie l' artillerie; ces navires sont prevus pour le tir contre la terre soit pour détruire les batterie cotières ennemies, ou pour soutenir des troupes au sol, ou pour bombarder des troupes ou l'artillerie ennemies,donc il n'ont pas besoin d'une grande vitesse, ni d'une bonne tenue en haute mer.
Alain
Acte 1
En février 1914, la firme Vickers s'était retrouvée avec, sur les bras, trois monitors fluviaux de 1500 tonnes, commandés en février 1912 pour le compte de la marine brésilienne, mais, qui, faute de suffisamment de pépètes ne pouvait plus honorer la facture. Les trois monitors avaient roupillé le long d'un quai en attendant un hypothétique acquéreur! Le 3 août 1914, Amirauté les avaient acquis pour la somme de 155 000£/pièce, afin d'éviter qu'ils ne tombent dans des mains ennemies et les avaient rebaptisés
Severn,
Humber,
Mersey.
Dans un contexte similaire, on trouve également, les deux monitors construits pour le compte de la Norvège, HMS Gordon et Glatton, lancés à l'été 1941, armés de deux 234 mm, qui avaient longtemps roupillé à quai avant d'être achevés et commissionnés, respectivement en juin et septembre 1918!
HMS Severn.jpg)
Acte 2
Le 3 novembre 1914, le PDG de la Bethlehem Steel propose à Winston Churchill, Premier Lord de l'Amirauté (autorité civile), de lui faire cadeau de quatre tourelles doubles de 14 pouces (356 mm). Ces tourelles étaient, à l'origine, destinées à armer le cuirassé grec
Salamis, sauf que, suite au blocus déclaré à l'ouverture du conflit, la firme les avait, désormais, sur les bras! Cà tombait bien, car la RN venait de constater, à l'occasion du bombardement de la côte belge, en octobre précédent, qu'elle manquait de bâtiments "spécialisés". pour effectuer ce genre de boulot! Dès le lendemain, les services techniques de la RN étaient vivement conviés à concevoir, dans un délai de quatre mois, deux monitors avec une hauteur minimale de carène de 10 pieds (3 m).
Cà sera la classe des monitors
Abercombrie,
HMS Abercrombie, Havelock, Raglan, Roberts, de 6150 tonnes, tous commissionnés en mai- juin 1915 et armés d'une unique tourelle double de 355 mm (on oublie l'armement secondaire).
HMS Abercrombie
Aux quatre unités de la classe Abercrombie, WC, en décembre 1914, avait fait rajouter 8 monitors supplémentaires, commissionnés entre juin et novembre 1915...
HMS Lord Clive, General Craufurd, Earl of Peterborough, Sir Thomas Pincton, Prince Eugene, Prince Tupert, Sir John Moore, General Wolfe, hormis un petit rab de blindage, armement identique aux quatre précédents; les canons, cette fois, avaient été récupérés sur les vieux cuirassés de la classe
Majestic et les services techniques en avaient profité pour augmenter leur hausse de + 13° à +30°, leur assurant, désormais jusqu'à 24 500 yards (22 400 m) de portée. NOTA: dans le cadre de tirs mer-terre, la précision n'est pas aussi essentielle que pour les tirs mer-mer.
Acte 3
En janvier 1915, l'Amirauté décide d'adjoindre deux monitors supplémentaires, mais, cette fois, armés de 15 pouces (38 cm) jumelées, "détournées" du cuirassé
HMS Ramillies, alors en construction. Vu la faible profondeur de la carène (10 pieds, 5 inches, 3,2 m), il avait fallu concevoir une haute barbette (5,10 m de haut), pour y intégrer la noria à munitions... d'où l'étonnante tourelle "surélevée", qui avait, elle-même, posé de sérieux problèmes de stabilité, car la largeur au maitre-bau , pour des histoires de mouillage à quai, ne devait pas excéder 90 pieds (27 m) - au final, 90 pieds et 3 inches (27,5 m). Les deux monitors de 6900 tonnes avaient été baptisés de noms de maréchaux français du 1
er Empire, HMS Marshal Ney (commissionné en août 1915), HMS Marshal Soult (novembre 1915)
HMS Marshal Ney
Acte 3 bis
L'air de rien, les Dardanelles avaient exigé de mobiliser plusieurs cuirassés britanniques, qui, de par la puissance de leur artillerie principale, manquaient sérieusement, ailleurs, pour effectuer ce travail de pilonnage terrestre, sur les côtes de la Manche, de la Mer du Nord ou ailleurs. Les cuirassés de la Home Fleet étaient mouillés à Scapa Flow, les battlecruisers, dans les estuaires et les ports sur la cote orientale britannique, et, de toute manière, tous louchaient, en priorité, sur une éventuelle sortie de la
Kaiserliche Marine, depuis la
Jade.
Je passe vite sur les deux séries de Monitors numérotés, série M 15 (M 15-M 28), armée d'une pièce de 9,2 in ( 234 mm), série M 29 (M 29-M 33), armée de deux 6 in (152 mm), tous construits et lancés en 1915, alors que Fisher avait succédé à Churchill.
Acte 4
En mai 1915, il est décidé de renforcer l'effectif des monitors de la classe
Ney, mais, là, surviennent, dans la foulée, plusieurs problèmes, dont les résultats des plus tristounets des essais de ladite classe!

. Finalement, en octobre 1915, deux nouveaux monitors, armés d'une tourelle double de 15 in. (38 cm) sont mis en chantier, l'
HMS Erebus (commissionné en septembre 1916) et l'
HMS Terror (août 1916) , de 8 450 tonnes, un poil plus longs 123,4 m (contre 108, 4 m pour les deux "Maréchaux"), moins larges (26,9 m) et 50 cm de carène en plus... que les Brits considéraient comme étant une "évolution" de la Classe
Abercrombie... il ne faut pas chercher à comprendre!
HMS Erebus
Conclusion : Tous les monitors de la RN, en service durant la WW2, y compris les
river gunboats (canonnières fluviales) de la classe
Scarab avaient été construits durant la Der des Ders, en 1915-1916! Aucun d'entre eux ne marchait à plus de 12 nœuds... allure obtenue lors de leurs essais de vitesse, avec une coque impeccable et par belle mer! Donc, impossible de les faire marcher de conserve avec la moindre division!

Leur tenue à la mer flirtouillait entre "très compliquée" et "carrément merdique", mais, là, il faut absolument reconnaitre à la Royal Navy, sa capacité exceptionnelle à pouvoir transformer "médiatiquement" une baille aux performances des plus médiocres en un "superbe navire de guerre"!
Ils nous ont fait le coup pendant largement plus de deux siècles - par nous, j'entends les Français! -. Par exemple, en 1815, plus d'un tiers de la flotte de guerre anglaise était constituée de bâtiments français de prise -çà commence à faire du monde! -. Dans ses bagages, Louis XVIII, après les "Cent Jours", avait rapporté un paquet d'anciens officiers de marine, mieux accoutumés depuis plus de 20 ans, à naviguer dans les salons que sur la dunette d'un bâtiment (cf. le désastre de la Méduse!). En 1817, certains d'entre eux avaient publié des ouvrages pontifiants - certains sont, actuellement, sur les rayons de la BNF-Gallica -, où ils s'efforçaient de démontrer, à grands coups de subtils tableaux comparatifs, les meilleurs qualités véliques et navales des constructions britanniques, comparées aux françaises. Sauf que le problème de la marine française n'était en rien technique - à quelques détails très secondaires près! -, mais le seul résultat, tout à la fois, de la "désertion" de son corps d'officiers, générée par les décisions révolutionnaires, et du blocus de nos ports de guerre, effectué par cette même RN, qui avait, ainsi empêché nos équipages d'acquérir suffisamment d'expérience à la mer!