Connexion  •  M’enregistrer

Le Haltbefehl

Cette rubrique renferme tout ce qui concerne le front ouest du conflit, y compris la bataille des Ardennes ainsi que les sujets communs à tous les fronts tels, les enfants et les femmes dans la guerre, les services secrets, espionnage...

Re: Le Haltbefehl

Nouveau message Post Numéro: 3321  Nouveau message de Chef Chaudart  Nouveau message 23 Fév 2017, 14:49

En fait:
- Il s'agit d'un changement complet de stratégie: de "marteau", le front sud devient "enclume". Il n'y a aucune raison que les unités mobiles bougent de là où elles sont, car elles sont sensées attendre l'arme au pied que le front Nord ait fini le travail. D'où l'image métallurgique parlante.
- je ne sais pas pourquoi Hitler invoque plusieurs raisons à son ordre. Peut-être simplement parce qu'elles sont toutes vraies, si on suppose qu'elles sont à la base de sa décision d'inverser les fronts.
- la Luftwaffe n'a pas les moyens que lui prêtent Goering et Hitler. Et alors? Les Alliés sont cuits, avec ou sans elle. Elle jettera quelques bombinettes et ça mettra le moral des assiégés dans les chaussettes, et ils se rendront en masse. L'efficacité "morale" des bombardements est toujours surévaluée, selon les théories de Douhet en vogue à l'époque.

Désolé pour les réponses lapidaires. Je fait le tri de mes messages et une réponse mieux argumentée plus tard.


 

Re: Le Haltbefehl

Nouveau message Post Numéro: 3322  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 23 Fév 2017, 15:14

Chef Chaudart a écrit:En fait:
- Il s'agit d'un changement complet de stratégie: de "marteau", le front sud devient "enclume". Il n'y a aucune raison que les unités mobiles bougent de là où elles sont, car elles sont sensées attendre l'arme au pied que le front Nord ait fini le travail. D'où l'image métallurgique parlante.


J'avions compris :mrgreen: , mais la question que je me pose, au regard de ton hypothèse, c'est: pourquoi Hitler prend-il une décision pareille alors que même les plus timorés de ses généraux, lesquels étaient loin, très loin d'être majoritaires, n'allaient pas forcément jusque là? J'y insiste, mais Von Rundstedt se contentait, sauf preuve du contraire, d'une pause de 24 heures pour réorganiser le front et recoller blindés et infanterie...


- je ne sais pas pourquoi Hitler invoque plusieurs raisons à son ordre. Peut-être simplement parce qu'elles sont toutes vraies, si on suppose qu'elles sont à la base de sa décision d'inverser les fronts.


Si elles sont toutes vraies, libre à lui de les énumérer à chaque fois qu'il en parle. Ce qu'il ne fait précisément pas, puisqu'il varie le propos selon l'interlocuteur. Lequel n'est pas forcément dupe, en témoigne cette entrée du journal du général Halder (25 mai 1940), qui déplorait la veille qu'"on confie à l'aviation le soin d'achever l'encerclement de l'armée ennemie":

La journée commence par une de ces douloureuses querelles entre von Brauchitsch et le Führer, sur les derniers mouvements de la bataille d'encerclement. Le plan de bataille que j'ai tracé appelle le Groupe d'Armées B, par une puissante attaque frontale, à fixer simplement l'ennemi qui effectue une retraite ordonnée, tandis que le Groupe d'Armées A, ayant affaire à un ennemi déjà flagellé, coupe ses arrière et frappe le coup décisif - oeuvre de nos blindés. Maintenant le commandement politique s'est forgé l'idée de lancer dans la bataille décisive non sur le sol flamand, mais dans le nord de la France. Pour camoufler ce changement politique, on allègue que les Flandres, traversées par une quantité de voies d'eau, ne conviennent pas à la bataille de chars. en conséquence, tous les chars et toutes les troupes motorisées doivent être transportés en vitesse sur la ligne Saint-Omer-Béthune.

C'est un renversement complet de notre plan. Je voulais faire du Groupe d'Armées A le marteau et du Groupe d'Armées B l'enclume de l'opération. Maintenant B sera le marteau et A l'enclume. Mais le Groupe d'Armées B est opposé à un front solide, son progrès sera lent et ses pertes élevées. L'aviation, qui porte tous les espoirs, dépend du temps.

Ce changement aboutit à une souque-à-la-corde qui mobilise plus d'énergies que l'actuel plan d'opérations. pourtant la bataille sera gagnée, par ce moyen ou par l'autre.


Or, Hitler ne mentionne nullement le motif des "marécages flamands" à Von Rundstedt le 24 mai, à qui il explique alors que l'arrêt des troupes rapides est motivé par les futures opérations commandées (le déferlement sur le reste du territoire français?) et la liberté d'action de la Luftwaffe. Si l'on en croit le témoignage de Günther Blumentritt, alors colonel en charge des opérations du Groupe d'Armées A de Von Rundstedt, Hitler aurait également, à cette occasion, ajouté des propos fort élogieux sur l'Empire britannique - ce qu'il se garde visiblement de faire part à l'O.K.H.

Bref,

1/ non seulement Hitler, Guide suprême de la nation allemande, prophète du national-socialisme et chef des armées, se sent tenu d'apporter une ou plusieurs explications à l'ordre d'arrêt aux instances supérieures de l'armée de terre, ce qui en soi étonne,

2/ mais en outre il change de version selon la personne à qui il s'adresse!

Cette attitude témoigne à mon sens de la diffusion, par lui, d'un écran de fumée, tenant compte de ses rapports encore difficiles avec certaines branches du haut-commandement, notamment l'O.K.H.. Les officiers avec qui il s'entend le mieux, en l'occurrence le commandement du Groupe d'Armées A, ont droit, eux, à davantage d'informations que leurs collègues de l'O.K.H., mais cela ne va guère trop loin - après tout, les rumeurs courent vite.
« Choisir la victime, préparer soigneusement le coup, assouvir une vengeance implacable, puis aller dormir… Il n'y a rien de plus doux au monde » (Staline).

vétéran
vétéran

 
Inscription: 22 Fév 2006, 14:15

Re: Le Haltbefehl

Nouveau message Post Numéro: 3323  Nouveau message de Chef Chaudart  Nouveau message 23 Fév 2017, 17:43

...pourquoi Hitler prend-il une décision pareille alors que même les plus timorés de ses généraux, lesquels étaient loin, très loin d'être majoritaires, n'allaient pas forcément jusque là?

D'une part, Hitler se pique de stratégie, en grand lecteur de Clausewitz, et n'hésitera pas à le faire savoir et imposer ultérieurement ses solutions, pas toujours ni bien vues, ni bienvenues. D'autre part, les "généraux" concernés sont peu nombreux, si on prend les simples niveaux hiérarchiques: on a bien sûr von Rundstedt, dont on ne connait pas vraiment la position, Halder et Brauchitsch qui sont clairement contre, et les autres membres de l'EM, comme Keitel, Goering etc... dont l'avis compte, mais dont nous savons de quel côté ils seront :) von Bock, chef du groupe d'armée B est à un niveau inférieur. il peut donner son avis (défavorable en l'occurence), mais ce n'est pas lui qui commande.

Si elles sont toutes vraies, libre à lui de les énumérer à chaque fois qu'il en parle. Ce qu'il ne fait précisément pas, puisqu'il varie le propos selon l'interlocuteur.

je ne vois pas bien l'importance de la réponse à cette question. Que ce soit les vraies raisons ou pas, rien ne l'oblige à se justifier face à ses interlocuteurs qui ne sont, après tout, que des exécutants dans l'affaire. Je dirais même que c'est précisément si elles sont fausses, qu'il devrait le plus les marteler et les énumérer, s'il veut convaincre!

Peut-être donne-t-il ses raisons dans le désordre, lorsqu'elles lui reviennent, tente-t-il de s'autojustifer après coup? Encore une fois, il n'a aucun besoin de convaincre ni de justifier, car c'est sa décision et il est le Chef.

Concernant la reprise de l'attaque le 26 mai, je vois 3 raisons:
- le 25 Gort se replie vers Dunkerque, mouvement que l'OKH détecte
- le 26, les Britanniques commencent à rembarquer plusieurs milliers de "bouches inutiles", mouvement également dûment noté et remonté par la hiérarchie
- la Luftwaffe n'a encore pas bombardé Dunkerque. Elle ne le fera que le 29, si je me souviens bien. Comme on dit en anglais, c'est à ce moment que "the shit hit the fan": les Godons s'enfuient et la Luftwaffe montre qu'elle n'a pas les moyens que Goering lui prêtait!


 

Re: Le Haltbefehl

Nouveau message Post Numéro: 3324  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 23 Fév 2017, 18:03

Chef Chaudart a écrit:D'une part, Hitler se pique de stratégie, en grand lecteur de Clausewitz, et n'hésitera pas à le faire savoir et imposer ultérieurement ses solutions, pas toujours ni bien vues, ni bienvenues.


C'est pourtant Hitler qui,

1/ dans le cadre du réarmement allemand, autorise vite la constitution de divisions blindées et la résurrection d'une aviation alors la première d'Europe,

2/ fait annexer l'Autriche, puis démantèle la Tchécoslovaquie, avant de conclure un pacte de non-agression avec Staline qui achève de priver l'Ouest d'alliés en Europe orientale,

3/ détermine le fameux "coup de faux" qui, à partir de Sedan, va conduire à l'encerclement des forces alliées engagées prématurément en Belgique (Von Manstein, de son propre aveu, n'allait pas jusque là), à la suite d'intox qu'il a lui même commanditées, quitte à participer de très près à la conception de l'attaque spectaculaire du fort d'Eben Emael,

4/ entreprend une série de manoeuvres diplomatiques qui échoueront d'un cheveu à amener l'Angleterre à la table des négociations.

Bref, Hitler n'est pas une nullité. C'est lui le père, le seul père de la victoire allemande de 1940. Et tout à coup, le 24 mai, il gâche tout en crevant de trouille? Je n'y crois pas une seconde.



D'autre part, les "généraux" concernés sont peu nombreux, si on prend les simples niveaux hiérarchiques: on a bien sûr von Rundstedt, dont on ne connait pas vraiment la position, Halder et Brauchitsch qui sont clairement contre, et les autres membres de l'EM, comme Keitel, Goering etc... dont l'avis compte, mais dont nous savons de quel côté ils seront :) von Bock, chef du groupe d'armée B est à un niveau inférieur. il peut donner son avis (défavorable en l'occurence), mais ce n'est pas lui qui commande.


Et Von Kleist, qui était contre? Guderian, qui était contre?



je ne vois pas bien l'importance de la réponse à cette question. Que ce soit les vraies raisons ou pas, rien ne l'oblige à se justifier face à ses interlocuteurs qui ne sont, après tout, que des exécutants dans l'affaire.Je dirais même que c'est précisément si elles sont fausses, qu'il devrait le plus les marteler et les énumérer, s'il veut convaincre! Peut-être donne-t-il ses raisons dans le désordre, lorsqu'elles lui reviennent, tente-t-il de s'autojustifer après coup? Encore une fois, il n'a aucun besoin de convaincre ni de justifier, car c'est sa décision et il est le Chef.


Mais le fait est... qu'il se justifie, qu'il a besoin de convaincre! Ce qui, en soit, devrait inciter les tenants de l'hypothèse "militaire" à s'interroger.



Concernant la reprise de l'attaque le 26 mai, je vois 3 raisons:
- le 25 Gort se replie vers Dunkerque, mouvement que l'OKH détecte
- le 26, les Britanniques commencent à rembarquer plusieurs milliers de "bouches inutiles", mouvement également dûment noté et remonté par la hiérarchie
- la Luftwaffe n'a encore pas bombardé Dunkerque. Elle ne le fera que le 29, si je me souviens bien. Comme on dit en anglais, c'est à ce moment que "the shit hit the fan": les Godons s'enfuient et la Luftwaffe montre qu'elle n'a pas les moyens que Goering lui prêtait!


Oui, mais ce n'est pas l'objet de ma question: Hitler autorise la reprise de l'attaque (après 48 heures de protestations enflammées de tous ses généraux)... pour limiter l'avance à une portée de canon de Dunkerque!

D'où mes interrogations: pourquoi marquer une telle limite alors que l'évacuation ne passe pas inaperçue? Pourquoi, alors que reprendre l'offensive revient à remettre en cause tout ce qu'il a avancé à ses généraux (les marais flamands, l'intervention de l'aviation, les futures opérations), ne pas tout simplement dire: foncez sur Dunkerque? pourquoi, à l'inverse, refuser à ses généraux de prendre la ville?
« Choisir la victime, préparer soigneusement le coup, assouvir une vengeance implacable, puis aller dormir… Il n'y a rien de plus doux au monde » (Staline).

vétéran
vétéran

 
Inscription: 22 Fév 2006, 14:15

Re: Le Haltbefehl

Nouveau message Post Numéro: 3325  Nouveau message de Chef Chaudart  Nouveau message 23 Fév 2017, 19:19

Je ne pense pas que Hitler ait été nul en stratégie, au contraire. Simplement, il peut quelquefois se tromper et le fait qu'il soit souvent en conflit avec l'EM sur des décisions ultérieures montre qu'il prend ses décisions lui-même, sans suivre forcément l'avis de ses "spécialistes".

Von Kleist et Guderian sont à un niveau hiérarchique inférieur. Leur avis n'intervient que modérément dans le processus stratégique. (le fait que Guderian en prenne trop à son aise avec les ordres supérieurs depuis le début de la campagne irait même à contrario: on est en haut lieu probablement moins bien disposé à son égard)

Le fait que Hitler ait besoin de convaincre se discute. Tout au plus se justifie-t-il. Il n'en a pas l'obligation, mais rien ne l'oblige à jouer les sphinx. Cela dit, je n'affirme pas qu'il n'a pas EGALEMENT une idée diplomatique dans la tête. Mon propos est juste de montrer que l'hypothèse militaire se tient d'elle même et que sa soit-disant "absence" ne saurait justifier l'existence de la thèse "diplomatique"!

Concernant la levée de l'ordre d'arrêt interdisant l'attaque de la ville, j'avoue ne pas être allé jusque là. Je regarde ce qu'il est dans mes sources.


 

Re: Le Haltbefehl

Nouveau message Post Numéro: 3326  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 23 Fév 2017, 19:51

Chef Chaudart a écrit:Le fait que Hitler ait besoin de convaincre se discute. Tout au plus se justifie-t-il. Il n'en a pas l'obligation, mais rien ne l'oblige à jouer les sphinx. Cela dit, je n'affirme pas qu'il n'a pas EGALEMENT une idée diplomatique dans la tête. Mon propos est juste de montrer que l'hypothèse militaire se tient d'elle même et que sa soit-disant "absence" ne saurait justifier l'existence de la thèse "diplomatique"!


J'avais bien tenté, à une époque, de marier l'hypothèse "militaire" à l'explication "diplomatique", mais après moult réflexions, il m'a bien fallu laisser tomber:

1/ aucun des généraux allemands, y compris les plus prudents (Von Rundstedt, d'ailleurs hyper-minoritaire), n'était favorable à l'ordre d'arrêt formulé par le Führer le 24 mai 1940, précisément parce que rien, militairement, ne justifiait une décision aussi absurde;

2/ Hitler n'était pas un crétin, bien au contraire (je le répète: le grand responsable de la victoire allemande de 1940, c'est lui), si bien qu'il est inconcevable qu'il ait pris une décision pareille pour des considérations d'ordre militaire/logistique totalement démenties par la réalité (la capture des forces alliées était littéralement à portée de main);

3/ l'attitude même de Hitler, qui cherche manifestement à embrouiller son monde en balançant des explications différentes à ses interlocuteurs, suggère qu'il avait autre chose en tête, difficile à avouer à ses généraux.
« Choisir la victime, préparer soigneusement le coup, assouvir une vengeance implacable, puis aller dormir… Il n'y a rien de plus doux au monde » (Staline).

vétéran
vétéran

 
Inscription: 22 Fév 2006, 14:15

Re: Le Haltbefehl

Nouveau message Post Numéro: 3327  Nouveau message de alias marduk  Nouveau message 23 Fév 2017, 23:54

François Delpla a écrit:Avis aux amateurs d'une cause militaire du Haltbefehl, dont on attend toujours la formulation afin de pouvoir la soumettre à la critique.


Franchement François si vous remontez les pages précédentes à votre message vous pourrez constater qu’une ou des thèses militaires ont été proposées, justifiées, demontrées, contestées, rediscutées etc etc
Bref on peut dire beaucoup de choses sauf qu’on attend la formulation d’une thèse militaire

Très rapidement ( plus long et plus complet plus tard ),
le journal du HGr A :
Traduction de François :
« Pendant la nuit, rien à signaler.
Les changements de groupe impliqués par l’ordre de l’OKH du 23 mai sont menés à bien ; la 4ième armée reçoit des instructions en conséquence.
Le Führer arrive à 11h30 et se fait expliquer la situation par le commandement du Hgr. Il approuve pleinement et entièrement l’idée que l’infanterie doit attaquer à l’est d’Arras, qu’en revanche les troupes rapides peuvent être stoppés sur la ligne atteinte Lens-Béthune-Aire-Saint-Omer-Gravelines, pour « intercepter » l’ennemi pressé par le Hgr B. Il souligne cette idée en insistant sur le fait qu’il est absolument nécessaire d’épargner les forces blindées pour les opérations à venir, et qu’un resserrement ultérieur de la poche ne conduirait qu’à un fort indésirable rétrécissement des possibilités d’action de la Luftwaffe.
Un ordre part en ce sens à 12h45 en direction de la 4ième armée.
Questionné par le Führer sur la conduite ultérieurement prévue des opérations, le général Von Rundstedt annonce que le soir, à 20 heures, la nouvelle répartition entre les Hgr A et B, ordonnée par l’OKH, entre en vigueur
. »

Traduction de Loïc :
« A 11H30, arrive le Führer, qui se fait renseigner sur la situation, par l’Oberbefehlshaber du groupe d'armée (v.Runstedt, H.Gr.A). Il (le Führer) est tout à fait d’accord avec la « conception » (de v.Runstedt), (à savoir) que l’Infanterie devrait attaquer à l’est d’Arras, (tandis que) les troupes rapides, au contraire, la ligne Lens-Béthune-Aire-Saint-Omer-Gravelines atteinte, peuvent être arrêtées, pour "saisir" l'ennemi pressé par le groupe d'armée de terre B. Il (le Führer) les souligne, en insistant sur la nécessité de ménager les forces blindées pour les opérations (futures) commandées (Opération Fall Rot), et qu'un autre rétrécissement de l’espace d’investissement (encerclement) entraînerait une restriction très indésirable de l'activité de la Luftwaffe »

est explicite quant aux interventions de Rundstedt :
Version François : « Il approuve pleinement et entièrement l’idée que l’infanterie doit attaquer à l’est d’Arras, qu’en revanche les troupes rapides peuvent être stoppés sur la ligne atteinte Lens-Béthune-Aire-Saint-Omer-Gravelines, pour « intercepter » l’ennemi pressé par le Hgr B »
Version Loïc : « arrive le Führer, qui se fait renseigner sur la situation, par l’Oberbefehlshaber du groupe d'armée (v.Runstedt, H.Gr.A). Il (le Führer) est tout à fait d’accord avec la « conception » (de v.Runstedt), (à savoir) que l’Infanterie devrait attaquer à l’est d’Arras, (tandis que) les troupes rapides, au contraire, la ligne Lens-Béthune-Aire-Saint-Omer-Gravelines atteinte, peuvent être arrêtées, pour "saisir" l'ennemi pressé par le groupe d'armée de terre B »

Et de Hitler :
Version François :
« Il souligne cette idée en insistant sur le fait qu’il est absolument nécessaire d’épargner les forces blindées pour les opérations à venir, et qu’un resserrement ultérieur de la poche ne conduirait qu’à un fort indésirable rétrécissement des possibilités d’action de la Luftwaffe. »
Version Loïc :
« Il (le Führer) les souligne, en insistant sur la nécessité de ménager les forces blindées pour les opérations (futures) commandées (Opération Fall Rot), et qu'un autre rétrécissement de l’espace d’investissement (encerclement) entraînerait une restriction très indésirable de l'activité de la Luftwaffe »

On constate donc que l’inversion des rôles des groupes d’armées que constate Halder dans son journal ( à la date du 25 mai 1940 ) provient de Rundstedt et non de Hitler.

Quant aux raisons de Rundstedt, je vais reprendre ( vu qu’elles ont été exposées en détail auparavant ) la thèse de Frieser à savoir une crise endogène au sein du haut commandement allemand entre les généraux traditionnalistes( Von Rundstedt et Sodenstern notamment ) qui n’envisagent pas l’emploi des blindés de façon autonome à l’échelon opératif et qui ont des doutes sur cet emploi dès la conception définitive du plan jaune du 24 février 1940.

En ce qui concerne la thèse diplomatique, à ce jour aucun document n’est remonté pour démontrer que l’Allemagne avait fait une proposition de paix à la France comme il était indiqué dans le « document Coulondre » : on peut même aller plus loin et affirmer qu’à la date du 26 mai, aucune proposition n’a été faite ( cf Delpla « La ruse nazie » pages 246 et 247 )
Idem pour Dahlerus, aucun document britannique ou suédois n’a été cité pour démontrer qu’il aurait transmis une offre de paix vers le 23 mai et lui-même ( ou tout autre interlocuteur qu’il aurait eu) n’a jamais affirmé.
Donc difficile de défendre la thèse d’un arrêt lié à une manœuvre diplomatique quand celle-ci est absente.


 

Re: Le Haltbefehl

Nouveau message Post Numéro: 3328  Nouveau message de alain adam  Nouveau message 23 Fév 2017, 23:55

alias marduk a écrit:Donc difficile de défendre la thèse d’un arrêt lié à une manœuvre diplomatique quand celle-ci est absente.


Nous sommes bien en phase , cher ami .
Armée de Terre Française 1940
http://atf40.fr/

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 05 Aoû 2013, 23:13
Région: rhone
Pays: france

Re: Le Haltbefehl

Nouveau message Post Numéro: 3329  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 24 Fév 2017, 12:31

Bonjour,
A débattre sur les tenants et aboutissants du "Haltbefehl", nous avons un peu tendance à oublier le contexte du combat, lui-même, car la "bataille de Dunkerque" n'a été en rien une simple promenade de santé.
Ci-dessous, les déclarations, par décade, de pertes humaines , établies par la Heer, la seule armée de terre, pour la période du 2 mai au 2 juillet 1940.
Pour mémoire, le nombre moyen de tués, par décade, déclarés avant le 2 mai 1940, était de l'ordre de 40/50, celui des blessés, égal, voire légèrement inférieur, celui des disparus, sans réelle signification.
Les chiffres en "noir" sont les cumuls (à dater du 01.09.39), ceux en "bleu", les chiffres entre deux décades successives (ex : 12.05.40/02.05.40, etc.)

Image
Dernière édition par Loïc Charpentier le 24 Fév 2017, 12:34, édité 1 fois.

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 25 Mai 2016, 16:26
Région: Alsace
Pays: France

Re: Le Haltbefehl

Nouveau message Post Numéro: 3330  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 24 Fév 2017, 12:33

Je crois surtout que F.D. attend la "formulation" d'une explication "militaire" qui marie l'ensemble des éléments du dossier.

Or, force est de constater qu'en ce qui me concerne, et sur 333 pages de fil, ce n'est pas le cas:

1/ Alain Adam, si j'ai bien suivi, impute l'ordre d'arrêt de Hitler émis le 24 mai 1940 à de réels dysfonctionnements logistiques, alors qu'il est constant que de tels dysfonctionnements ne présentaient pas une gravité telle qu'ils imposaient un arrêt sine die: la preuve, c'est qu'aucun général allemand (y compris même un Von Rundstedt), ne réclamait une chose pareille, et que la quasi-totalité (y compris même un Von Rundstedt, à partir du 26 mai il est vrai) a protesté énergiquement contre ledit ordre d'arrêt.

2/ Alias Marduk, si j'ai bien suivi, impute l'ordre d'arrêt à Von Rundstedt, lequel aurait convaincu Hitler (en moins d'une heure, précisé-je) le 24 mai 1940 de stopper l'avance des troupes rapides, parce qu'il n'aurait pas assimilé "l’emploi des blindés de façon autonome à l’échelon opératif". Cette analyse ne me convainc pas.

Passons sur le fait que Rundstedt appuie Von Manstein (alors son chef d'état-major) à partir de 1939 lorsque ce dernier propose de basculer le gros des Panzer sur l’aile gauche (qu'il dirige), afin de percer à Sedan. Sans parler du fait que Guderian lui-même, après avoir déploré que Rundstedt semblait avoir mal compris le potentiel des blindés (janvier 1940), allait constater, le mois suivant, qu'il... le soutenait. Cela ne réfute pas complètement son "conservatisme", puisque avant le début des opérations il faisait part de ses inquiétudes sur la distance susceptible de séparer l'avant-garde blindée de l'infanterie, mais le relativise considérablement.

S'agissant de son implication dans l'ordre d'arrêt du 24 mai, je maintiens que rien ne prouve que Rundstedt ait imposé à Hitler un revirement stratégique faisant de son Groupe d'Armées l'enclume et de celui de Von Bock le marteau (tout au plus est-il possible, et seulement possible, qu'il y ait réfléchi). Ce qui relève en revanche de la plus absolue certitude, c'est que Von Rundstedt avait limité la pause de ses forces blindées à 24 heures. C'est Hitler qui transforme cette directive en ordre d'arrêt de portée plus ferme et plus générale, sine die. Je l'ai déjà expliqué, documents à l'appui, et n'y reviendrai pas, sauf nouveauté.

Quant à l'aspect diplomatique des choses, il est prouvé que Hitler a informé les Français par l'intermédiaire d'un diplomate suédois, Nordling, qu'il était prêt à leur accorder une paix avantageuse. En conséquence, qu'une offre de paix ultérieure en bonne et due forme soit à ce jour introuvable, soit parce qu'elle n'aurait pas été formulée, soit parce que le clan Reynaud aurait fait le ménage, ne devrait autoriser personne à en déduire que... Hitler ne voulait pas accorder aux Français une paix avantageuse. A supposer qu'il ne l'ait pas formulée expressément, le fait est qu'il l'a tout de même fait miroiter au gouvernement français, ce qui était l'inviter, à tout le moins, à prendre les devants.

Même topo pour les Britanniques: compte tenu des propos tenus par Dahlerus à Nordling, il y a lieu d'en déduire qu'une telle information (la paix avantageuse) leur a été communiquée. Qu'elle soit à ce jour introuvable peut résulter du fait, incontestable celui-là, que le gouvernement britannique a éliminé de ses archives sa correspondance avec la Suède pour la période correspondante. Ce qui, là encore, ne devrait autoriser personne à en déduire qu'aucune offre n'a été formulée, ou que Hitler n'attendait pas une proposition de paix britannique, sauf à faire le jeu de ceux qui, à Londres, se sont efforcés d'effacer leurs responsabilités dans l'affaire.

J'en reviens donc à mes questions, sachant que j'attends, en guise de réponse, non ses spéculations, mais des preuves ou une démonstration complète. Si vraiment Hitler n'a en tête que des mobiles d'ordre militaire, pourquoi avance-t-il d'autres motifs selon les interlocuteurs, allant jusqu'à causer devant l'état-major de Von Rundstedt en termes admiratifs de l'Empire britannique? Que devient également son "offensive de paix" simultanément portée par des émissaires suédois? Pourquoi, s'il est vraiment préoccupé par le sort de ses blindés, ne se pose-t-il apparemment aucune question sur l'état de la Luftwaffe? Et pourquoi, le 26 mai, autorisera-t-il une reprise de l'avance... bornée à portée de canon de Dunkerque?
« Choisir la victime, préparer soigneusement le coup, assouvir une vengeance implacable, puis aller dormir… Il n'y a rien de plus doux au monde » (Staline).

vétéran
vétéran

 
Inscription: 22 Fév 2006, 14:15

PrécédenteSuivante

Connexion  •  M’enregistrer

Retourner vers LE FRONT OUEST ET LA GUERRE TOTALE




  • SUR LE MEME THEME DANS LE FORUM ...
    Réponses
    Vus
    Dernier message
 
  ► Les 10 Derniers Posts du jour Date Auteur
    dans:  Quiz suite -13 
il y a 23 minutes
par: Prosper Vandenbroucke 
    dans:  Les Feux de la rampe 2.0 : « La Suisse pendant la Seconde guerre mondiale » 
il y a 27 minutes
par: Prosper Vandenbroucke 
    dans:  Les Feux de la rampe 2.0 : « La vie quotidienne des soldats, au front et à l’arrière 1936-1945 » 
Aujourd’hui, 21:27
par: iffig 
    dans:  La rue Lauriston 
Aujourd’hui, 19:27
par: Cyberbachi 
    dans:  Uniformes et insignes : Pays-Bas 
Aujourd’hui, 18:04
par: iffig 
    dans:  Faux-maquis de "la bande au bossu" - Secteur de Sedan 
Aujourd’hui, 17:46
par: Prosper Vandenbroucke 
    dans:  Les Feux de la rampe 2.0 : « Marques de victoires, marques de missions et trophées de la Seconde gue 
Aujourd’hui, 17:31
par: iffig 
    dans:  Le système de transport militaire français 
Aujourd’hui, 06:49
par: bernard-1954 
    dans:  SS Richard Montgomery 
Hier, 20:37
par: NIALA 
    dans:  Conquête des îles Russell - 21 février 1943 
Hier, 18:03
par: coyote 

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 189 invités


Scroll