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Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Tout ce qui concerne la période entre le 3 septembre 1939 et le 25 juin 1940 environ, comme par exemple:
L'offensive de la Sarre, la mobilisation, le Pied de Paix Renforcé, la B.E.F., la campagne de France, l'effondrement de la République et de l'Armée Française, l'exode ...
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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 81  Nouveau message de Loïc Charpentier  Nouveau message 28 Nov 2025, 14:44

Dog Red a écrit:Merci Loïc.

Il n'y a donc plus de doute sur "l'intuition du Führer"
...
(après le plan jaune aurait pu très vite tourner au fiasco si le pari de la traversée de l'Ardenne s'était révélé foireux).


Néanmoins, çà avait été très loin d'être le cas. ;)

Au point-même qu'on peut se demander pourquoi le Haut-EM français n'avait pas sérieusement réagi, à dater du 20 mai 1940, alors que la Heeresgruppe A, qui progressait en "ordre dispersé", en ayant laissé derrière elle son infanterie piétonne, avait rendu vulnérable l'essentiel de son flanc gauche... situation qui avait, alors, "foutu" une trouille bleue à l'OKH et qui avait, également, été l'une des raisons motivées du Haltbefehl du 24 mai, réclamé par Runsdtedt, puis entériné par "Dodolf", en l'espace de 3/4 d'heures (!), une fois qu'il avait rejoint le QG de Charleville du précédent.

Lors des échanges très tendus, qui avaient eu lieu en fin de soirée du 23 mai, entre Rundstedt et l'OKH, il convient de ne pas oublier, non plus, du côté de ce dernier, l'intervention d'un certain Halder, chef du service en charge d'établir les "plans d'attaque", qui n'avait toujours pas digéré d'avoir vu ses travaux préparatoires initiaux largement bouleversées puis remaniés, durant l'hiver 1939-1940.

Cà n'est bien entendu qu'une opinion toute personnelle, mais Halder m'a toujours donné l'impression d’exagérer son rôle, son importance tactique et ainsi vouloir outrepasser les limites de sa fonction. Certes, çà n'apparait qu'en filigrane, mais il semble bien qu'il avait personnellement très mal "supporté" l'option finalement choisie pour Fall Gelb. Sans pour autant devoir espérer l'échec de l'opération, il avait été "ravi" de voir Rundstedt être amené à devoir réclamer une halte technique... sous-entendant, vous voyez, je vous l'avais "prédit" dans les multiples "réserves" que "j'avais rédigées"! Ce soir-là, il avait même "poussé le bouchon" en étant largement et momentanément l'un de ses plus fermes opposants! :mrgreen:

Après-guerre, les Alliés avaient, à bon compte, trouvé chez Halder, définitivement remercié en juin 1942 - mais déjà dans le "viseur" depuis fin 1941! -, un "pourfendeur" des plans tactiques du Führer, avec qui ses relations fonctionnelles avaient très souvent été compliquées.

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 82  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 28 Nov 2025, 15:20

Loïc Charpentier a écrit:Au point-même qu'on peut se demander pourquoi le Haut-EM français n'avait pas sérieusement réagi, à dater du 20 mai 1940, alors que la Heeresgruppe A, qui progressait en "ordre dispersé", en ayant laissé derrière elle son infanterie piétonne, avait rendu vulnérable l'essentiel de son flanc gauche...


Faute de réserve mobile envoyée "un plan trop loin" du côté de Breda et emportée dans la débâcle des Flandres, cette réserve n'est plus là !
Elle que les Allemands avaient correctement appréhendée et s'attendaient à voir leur "tomber dessus" (RUNDSTEDT certainement qui respectait GAMELIN et s'attendait à une contre-attaque... ...qu'elle ne vienne pas étant encore presque "plus inquiétant" !).

MANSTEIN était conscient du caractère risqué de sa manoeuvre qui, pour réussir, était subordonnée à 2 conditions :
1. que les Alliés entrent en Belgique (ce qui sera validé par l'incident de Maas-Mechelen en janvier 1940) ;
2. que la réserve française au S/E de Reims soit neutralisée.

Mais j'anticipe le déroulé des évènements que Bernard nous raconte.

Loïc Charpentier a écrit:Après-guerre, les Alliés avaient, à bon compte, trouvé chez Halder, définitivement remercié en juin 1942 - mais déjà dans le "viseur" depuis fin 1941! -, un "pourfendeur" des plans tactiques du Führer, avec qui ses relations fonctionnelles avaient très souvent été compliquées.


Les Américains surtout qui avaient fait de HALDER la "Guest star" de leur service historique.
HALDER pourra raconter tout ce qu'il veut à sa façon, se faire mousser et "enfoncer" son ancien patron sans contestation possible.

Ce point de vue oriente toute l'histoire de la 2GM du point de vue allemand durant toute la seconde moitié du XXe siècle.
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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 83  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 28 Nov 2025, 15:43

Avant de discuter du mémoire du 6 décembre, qui commence par étudier ce que pourraient faire les alliés avec leur réserve, il faut mentionner la réponse de ce général Halder qui nous préoccupe tant, à son camarade Manstein :

« Cher Manstein !

Je vous prie de me permettre de vous répondre pour l’instant par cette voie à la présentation de la Heeregruppe A du 30.11.39.

M. le commandant en chef de l’armée a étudié minutieusement la présentation. La plupart de vos pensées correspondent aux siennes, à cette différence près que, en raison des dispositions prises jusqu’à présent par l’OKH, il n’a pas formé de nouveau centre de gravité, mais il a seulement créé la possibilité de former un tel centre de gravité.

La formation effective d’un centre de gravité, étant donné l’influence des forces [ commentaire de Nehring : « Hitler ! » ] qui échappent à notre influence [ souligné par Nehring ], est devenue une question qui incombe au commandement pendant l’opération, au lieu d’une question de concentration.

L’OKH doit s’accommoder de cette difficulté [ souligné par Nehring ] ainsi surgie, afin de trouver le bon moment pour se décider [ « Verärgerte Resignation », résignation irritée, note Nehring ] . De toutes façons, les possibilités de formation d’un centre de gravité dans le sens exposé par M. le Generaloberst von Rundstedt sont garanties.

M. le commandant en chef de l’armée veut se concerter en personne avec votre commandant en chef à la première occasion. Cependant, je vous prie de le mettre au courant de ces lignes.

Cordialement vôtre.

Halder »

Le texte est extrait de Victoire éclair de Éric van den Bergh

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 84  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 28 Nov 2025, 15:58

Ca ne veut pas dire grand chose...

Sinon que BRAUCHITSCH et RUNDSTEDT se mettront d'accord entre eux à la première occasion (sans oublier que le premier est le supérieur du second, hiérarchie que HALDER prend probablement à son compte dans sa relation avec MANSTEIN... ...le caractère étriqué du mémo ne respirant pas la franche camaraderie).
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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 85  Nouveau message de alain adam  Nouveau message 28 Nov 2025, 19:15

Dog Red a écrit:
Loïc Charpentier a écrit:Au point-même qu'on peut se demander pourquoi le Haut-EM français n'avait pas sérieusement réagi, à dater du 20 mai 1940, alors que la Heeresgruppe A, qui progressait en "ordre dispersé", en ayant laissé derrière elle son infanterie piétonne, avait rendu vulnérable l'essentiel de son flanc gauche...


Faute de réserve mobile envoyée "un plan trop loin" du côté de Breda et emportée dans la débâcle des Flandres, cette réserve n'est plus là !
Elle que les Allemands avaient correctement appréhendée et s'attendaient à voir leur "tomber dessus" (RUNDSTEDT certainement qui respectait GAMELIN et s'attendait à une contre-attaque... ...qu'elle ne vienne pas étant encore presque "plus inquiétant" !).

MANSTEIN était conscient du caractère risqué de sa manoeuvre qui, pour réussir, était subordonnée à 2 conditions :
1. que les Alliés entrent en Belgique (ce qui sera validé par l'incident de Maas-Mechelen en janvier 1940) ;
2. que la réserve française au S/E de Reims soit neutralisée.


Juste un commentaire en passant , que nous aurons le temps de discourir une fois que l'analyse sera achevée .
Les Français voulaient faire une offensive venant du nord et du sud pour couper les lignes de ravitaillement allemandes et retourner la situation, et ainsi enfermer toutes les divisions blindées allemandes dans une poche.
Si au nord il y avait la possibilité de libérer le BEF pour effectuer cette offensive, au sud, il n'y avait encore pas grand chose et la seule unité qui intervient réeelement fut la 4e DCR tout juste formée. Le BEF a trainé des pieds pour finalement reculer, la 4e DCR a quelque peu "tapé dans le vide" ...
Mais ce que je voulais surtout rajouter c'est le niveau de mauvaise information des allemands sur le dispositif défensif français, ils étaient surpris de l'avancée rapide de leurs unités blindées, car ils voyaient des forces sur leurs cartes, qui n'y étaient plus depuis quelques mois et ils craignaient un débordement arrivant de la région de reims, qui n'etait déjà plus là. Lorsqu'on compare les cartes allemandes réalisées disons en avril 40 et à postériori de la campagne, il y a un enorme gap sur le positionnement des forces alliées. Autant dire que courant mai, ils pateaugeaint un peu dans le brouillard de guerre et soupçonnait donc forcément une contre-offensive sur leur ventre mou.

Mais laisson Bernard poursuivre ..

Alain
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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 86  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 28 Nov 2025, 19:40

alain adam a écrit:Mais laissons Bernard poursuivre ..

Voici donc la suite , Alain. Le 4 décembre, le choix de la date de l'offensive a été reporté au 6. Le HGr A en profite pour adresser à l'OKH ses dernières réflexions. Le document porte la référence Chef des Generalstabes der Heeresgruppe - Ia Nr. 500/39 gKdos et la signature gez. v. Manstein.

Le report de l'offensive offre l'opportunité de réexaminer l'approche et la structure des forces du groupe d'armées, même si certains aspects de l'opération globale ne peuvent évidemment pas être ignorés.

1. Intentions possibles de l'ennemi :

L'armée belge devrait maintenir l'essentiel de ses forces le long de l'axe Anvers-Liège, avec des réserves autour de Bruxelles. Le redéploiement récent de certaines troupes à la frontière sud-ouest de la Belgique ne doit probablement pas être interprété comme un simple geste de neutralité politique.

Parmi les forces franco-britanniques, 27 à 29 divisions ont été identifiées sur le front Dunkerque-Thionville, et 27 devant le groupe d'armées C, laissant 40 à 42 divisions en réserve. Cette répartition des forces laisse supposer que l'ennemi, avec les forces déployées le long de la frontière en coordination avec l'armée belge, tentera initialement de stopper notre progression, mais que le déploiement de ses réserves n'interviendra qu'une fois qu'il aura une vision claire de la direction et de l'ampleur de notre offensive. Une telle action serait tout à fait conforme à la stratégie française.

De manière générale, le commandement français a deux options :

a) Un repli dans le nord de la Belgique (conservation d'Anvers et de Liège), malgré une résistance acharnée, afin de nous bloquer frontalement, dans le but de créer ainsi une situation opérationnelle plus favorable pour une attaque des forces les plus puissantes contre notre flanc sud entre la Moselle et la Meuse et entre la Meuse et la Sambre.

Pour cette attaque de flanc sur un front de 200 km, l'ennemi pourrait facilement combiner 60 divisions de ses réserves d'armée, du front Thionville – Sedan et du front devant le groupe d'armées C, et il lui resterait encore une vingtaine de divisions pour recevoir ou soutenir l'armée belge.

Cette solution, susceptible de lui apporter un succès opérationnel décisif et que nous envisagerions donc au moins compte tenu de sa situation, risque de heurter la position française car elle est trop risquée. Il est également fort douteux que les Britanniques autorisent l'abandon des Pays-Bas et d'une partie des côtes belges, compte tenu des risques que cela représente pour leur aviation.

Il faut toutefois garder à l'esprit qu'un succès initial rapide des Allemands en Belgique, que nous espérons assurément, les obligera à réagir, même s'ils ont déjà déployé une partie de leurs forces ailleurs et ne pourront donc lancer cette contre-attaque que de manière considérablement affaiblie.

Il est raisonnable de supposer que plus notre succès en Belgique sera rapide et important, plus nous devrons nous attendre à une contre-attaque hostile venant du sud.

b) La seconde option consiste à tenter de stopper notre offensive devant les fortifications belges, rapprochant ainsi notre propre base aérienne de la région de la Ruhr. Ceci laisse entrevoir la possibilité que l'ennemi, dans le sud de la Belgique, se contente initialement de tenir la ligne de la Meuse (Liège – Namur – Givet – Sedan – front fortifié Margut-Thionville), avant de lancer une contre-attaque par le nord et le sud une fois que nous aurons franchi le coude de la Meuse.

Dans ce cas précis, une part importante des réserves de l'armée devrait être déployée dans le nord de la Belgique.

L'équilibre actuel des forces à la frontière rend certainement une telle intention possible.

Étant donné que l'ennemi s'attend probablement à ce que l'armée belge puisse tenir ses positions le long du canal Albert pendant un certain temps, il semble n'y avoir que des forces relativement faibles entre la côte et Lille. Un groupe rapide composé principalement de divisions motorisées de l'armée française.

La présence de la 1re armée aux alentours de Valenciennes laisse supposer une intention de la déployer le long de la Meuse, entre Namur et Liège. Les divisions de cavalerie et motorisées du secteur Fourmies Hirson sont prêtes à progresser rapidement le long ou à travers la ligne de la Meuse, entre Namur et Givet, tandis que les forces motorisées et les divisions d'infanterie de la 2e armée, autour de Charleville, semblent prêtes à avancer vers le sud de la Belgique. Il est également possible que le détachement A de l'armée tente de marcher sur Arlon, au Luxembourg, afin de retarder notre progression.


À suivre, la deuxième partie (sur quatre) du document.

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 87  Nouveau message de RoCo  Nouveau message 28 Nov 2025, 21:22

bernard-1954 a écrit:il faut mentionner la réponse de ce général Halder qui nous préoccupe tant, à son camarade Manstein :

« Cher Manstein !
Le texte est extrait de Victoire éclair de Éric van den Bergh


Le texte n'est pas reproduit de façon tout à fait correct . L'intitulé est "Cher Mannstein", ce qui n'a pas dû plaire
beaucoup à Erich ...
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Dog Red a écrit:Plus d'un auteur exprime le sentiment que HITLER "sent" tout l'intérêt de placer le centre de gravité de l'offensive au sud de la Meuse, voire vers Sedan.
Et qu'il "remballe" les versions successives de l'OKH tant qu'elles ne vont pas dans ce sens.

Au final, il "sautera" sur l'occasion MANSTEIN de finaliser le plan dans son sens.

Partagez-vous ce sentiment qu'HITLER attend la variante qui valide son "intuition" (je ne sais si le mot est adapté) ?

Exprimez comme cela, je ne pense pas que c'est ce qui s'est passé .
Il est difficile de dire à partir de quel moment Hitler est au courant des travaux de Manstein et difficile de dire si les premières
mesures imposés par Hitler (2. Panzer Division, Leibstandarte, Grossdeutschland puis attachement du XIX. AK à la Heeresgruppe A
le corps de Wietersheim en réserve, plusieurs divisions de la Heeresgruppe C transférés vers la Heeresgruppe A) sont le fruit des
réflexions de Hitler ou s'il est au courant des mémoires de Manstein . Ce qui est sûr, c'est que au plus tard le 27.11.1939 il est
au courant des plans de la Hgr . A . A cette date, il reçoit Rundstedt, Busch et Guderian . Dans le journal de guerre de la Heeresgruppe A
on peut lire (sousligné dans le journal de guerre) :
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" Generaloberst von Rundstedt souligne la nécessité de renforcer l'aile sud de l'opération"

Le 19.12.39, Jodl lui soumet l'idée de la Heeresgruppe A d'un déplacement du centre de gravité vers le flanc sud .

Mais ce n'est pas suite à ces informations qu'il va imposer des changements aux plans de l'OKH . Malgré quelques changements,
Halder , von Brauchitsch et von Bock arrivent à maintenir Hitler encore dans le sens de leurs idées . C'est très certainement l'affaire
de Mechelen, puis le Kriegsspiel du 7 février et celui du 14 février qui vont mener Hitler le 13 février à imposer le centre
de gravité de "Fall Gelb" au niveau de la Heeresgruppe A. Et l'entrevue avec Manstein le 17.2. va très certainement le réconforter .

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 88  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 28 Nov 2025, 22:02

RoCo a écrit:" Generaloberst von Rundstedt souligne la nécessité de renforcer l'aile sud de l'opération".


C'est le message que je lis en filigrane en parcourant ces mémoires : envoyez plus de troupes...

Voici la deuxième partie du mémoire du 6 décembre :

2. En revanche, si l'opération offensive allemande doit poursuivre et atteindre son objectif de vaincre définitivement l'ennemi sur terre, elle doit s'attendre dès le départ à deux phases d'offensive.

a) La première phase consiste à tenter de vaincre de manière décisive les forces ennemies stationnées ou déployées en Belgique et dans le nord de la France, tout en couvrant simultanément la zone au sud et en prenant le contrôle de la région côtière jusqu'à la Somme environ.

b) La deuxième phase peut alors consister en un virage vers le sud afin de repousser la contre-attaque française, qui est certainement à prévoir plus tard, des deux côtés de la Meuse, et en même temps de l'encercler par l'ouest.

Il semble certain que l'opération allemande se concentrera sur l'aile sud.

En supposant une traversée rapide du canal Albert, l'aile nord pourrait remporter un succès initial significatif pour l'opération globale contre les forces belges et anglo-françaises en progression en employant de puissantes forces blindées.

Le facteur décisif restera cependant toujours l'offensive, lancée par des forces importantes, à travers le sud de la Belgique vers l'embouchure de la Somme, afin de couper les forces franco-britanniques en Belgique.

Cette offensive nécessite une protection contre une incursion des forces ennemies venant du sud, et non seulement une couverture défensive entre la Moselle et la Meuse, mais surtout une couverture offensive entre la Meuse et l'Oise, condition sine qua non pour le repli ultérieur de l'armée vers le sud.

Il est évident que ces deux tâches déplaceront inévitablement le centre d'intérêt de l'opération globale vers l'aile sud.

Cela n’exclut pas la possibilité que l’opération soit lancée avec deux axes principaux au sens opérationnel strict. Cette nécessité découle, premièrement, de la taille limitée de la zone d’opérations, qui, au sud de Liège, ne permet le déploiement que de forces restreintes.

De plus, la coopération entre les deux groupes d'attaque sera de toute façon nécessaire pour assurer le succès initial de l'opération.

Dans un premier temps, l'aile sud trouve des conditions de combat plus faciles dans le sud de la Belgique et, en avançant rapidement contre la Meuse au sud de Namur, en traversant la Meuse vers l'est jusqu'à Namur, peut ouvrir le passage sur le canal Albert pour l'aile nord.

Plus tard, l'aile nord devra à nouveau ouvrir la voie à l'aile sud via la ligne Namur – Fumay, difficile à franchir, en passant par Bruxelles.

La formation de deux points focaux d'attaque initiaux, rendue nécessaire par la situation initiale, ne doit pas faire oublier que, pour l'opération globale, la crise et les perspectives de succès se situeront sur l'aile sud, qui doit donc être renforcée et structurée en conséquence.


Il y a beaucoup de choses intéressantes dans cette partie, par exemple un vrai coup de faucille : "virage vers le sud afin de repousser la contre-attaque française, qui est certainement à prévoir plus tard, des deux côtés de la Meuse, et en même temps de l'encercler par l'ouest".
Je n'ai souligné que la demande de renforcement, pour être raccord avec le début du post.

Troisième partie à venir

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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 89  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 29 Nov 2025, 09:25

Voici la fin du mémoire du 6 décembre :

3. Approche et structure du groupe d'armées A :

Le groupe d'armées a déjà souligné dans ses lettres des 31 octobre, 12 novembre et 30 novembre la nécessité de le diviser en 3 armées et de l'équiper de forces suffisantes, ou de le renforcer en temps opportun en faisant avancer les réserves de l'armée, conformément aux tâches qui lui sont inévitablement assignées.

a) Structure du groupe d'armées

Le groupe d'armées nécessite une armée (18) pour mener l'offensive à travers la ligne de la Meuse, entre Dinant et Fumay, vers l'ouest, en direction de la basse Somme. Cette armée devra être formée par l'incorporation du corps sud de la 4ème armée afin de lui conférer l'envergure nécessaire. Elle est indispensable dès le début de l'opération, car la 4ème armée sera retirée plus au nord-ouest à mesure que l'on cherchera à remporter un premier succès au nord de la Meuse. De plus, la 4ème armée devra engager au moins un corps pour s'emparer de Liège par l'ouest, car il est impossible de laisser intacte la forteresse qui restreint la zone d'opérations. Cependant, la 4ème armée ne peut pas simultanément prendre le commandement de l'attaque vers l'ouest à travers la Meuse au sud de Namur, vers le nord-ouest via Huy, et vers Liège.

Le groupe d'armées nécessite une deuxième armée (12) pour la percée surprise du front français autour de Sedan, puis pour couvrir l'avancée offensive de la 18ème armée au-delà de la Meuse, entre l'Oise et la Meuse. Ce n'est que si le groupe d'armées contrôle la zone jusqu'au canal de l'Aisne et à la rivière Aisne en attaquant chaque ennemi qui y apparaît que la poursuite de l'offensive contre la basse Somme sera possible. Cette armée constitue également le point d'appui pour la rotation ultérieure de son aile droite vers le sud.

Une troisième armée (16) est chargée de capturer une position défensive au nord de la ligne fortifiée française Montmedy – Thionville et de la tenir contre toute attaque ennemie.

Le groupe d'armées réitère donc la demande déjà exprimée dans les lettres précédentes de commander cette structure dès maintenant, en profitant du temps gagné grâce au report de l'attaque, car l'insertion d’une armée ultérieurement compliquera de toute façon le commandement et ralentira les opérations.

b) Application de la force :
Au cours des opérations, mais pas immédiatement au début, le H.Gr. aura besoin des éléments suivants pour accomplir ses tâches :
18ème armée: 4 corps avec 12 divisions
12ème armée: 4 corps avec 12 divisions
16ème armée: 3 corps avec 12 divisions
Réserve H.Gr. : 1 corps avec 4 divisions
Ensemble : 40 divisions.

Parmi les forces actuellement disponibles pour être utilisées dans les formations demandées du groupe d'armées :
II AK de la 4ème armée avec 3 divisions
12ème armée avec 10 divisions
XIX AK avec 3 divisions
16ème armée avec 9 divisions
XIV AK avec 2 divisions
XXI AK avec 3 divisions
Déployées au sein du HGr C : 4 divisions
Ensemble : 34 divisions
Cela signifierait que six divisions supplémentaires de la réserve de l'OKH devraient être mobilisées.

Pour le premier déploiement, les éléments suivants doivent être pris en compte :

L'avancée à travers la Meuse des deux côtés de Sedan, afin de gagner une certaine liberté opérationnelle en avant de la Meuse, sera d'autant plus réussie et facile que la percée à travers le Luxembourg vers le sud de la Belgique sera rapide et surprenante, et que l'on sera certain d'une supériorité initiale sur les forces françaises qui avancent dans le sud de la Belgique.

Le moyen le plus probable de franchir la Meuse serait que l'aviation et des unités blindées et rapides, après avoir percé les fortifications belges, submergent l'ennemi de ce côté de la Meuse et atteignent simultanément la Meuse avec ses restes.

Le XIX AK, avec ses trois divisions, risque d'être trop faible pour cette mission à lui seul. Il ne peut progresser sur un front aussi large que souhaité, à la fois pour encercler les forces françaises ayant franchi la ligne de la Meuse de Fumay à Sedan en Belgique, et pour assurer la couverture des flancs lors de l'attaque de Sedan.

Il est donc demandé que, outre le XIX AK, le XIV AK soit également placé sous le commandement du HGr A dès le départ, afin que la 12ème armée puisse avancer avec un engagement rapide de deux corps de 5 à 6 divisions en première ligne, comme cela a été ordonné pour la 10ème armée à l'est, avec un second engagement de corps d'infanterie en seconde ligne.

Avec cette formation, on peut espérer une supériorité initiale grâce aux seules forces rapides. L'ennemi peut être surpris plus facilement, car ces divisions n'ont pas besoin d'être déployées près de la frontière, mais peuvent être avancées par l'arrière grâce aux corps d'infanterie durant la dernière nuit.

Cependant, une mise à disposition ultérieure du XIV AK ralentirait considérablement toute la progression.

Enfin, il est demandé que des préparatifs soient faits en vue du déploiement rapide de forces blindées, qui pourraient ne pas être efficaces sur le flanc nord, auprès de la 18ème armée.

Il ne me semble pas utile de rapporter le contenu de la dernière partie, qui concerne l’action de Luftwaffe contre l’aviation ennemie.
La lettre ci-dessus a été soumise au commandant en chef et approuvée par lui.

Et voici la carte qui illustre cette version des idées du HGr A :
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Re: Plan jaune (Fall Gelb) - le « making of »

Nouveau message Post Numéro: 90  Nouveau message de bernard-1954  Nouveau message 30 Nov 2025, 19:51

Sa note du 6 décembre n’ayant pas obtenu l’effet escompté, Manstein présente à Rundstedt le 18 décembre un projet de directive pour le déploiement initial en accord avec la vision du HGr A. la seule différence notable est que la 18ème armée est remplacée par le 2ème armée. Le document sert de base à un exposé fait par Rundstedt à Brauchitsch le 22 décembre (ou à Halder le 23 ?). Le document est également envoyé à l’OKH. Manstein écrit qu’il espérait que la forme plus concrète des idées serait plus convaincante.

Halder note le 19 « Buhle : apporte une proposition idiote du HGr A. »
En prévision d’une prochaine conférence Hitler/Rundstedt, il note le 20 : Conserver des forces pour l’effort principal au HGr A. Le HGr A a-t-il une double mission ? Intention opérationnelle, divergence. Guderian n’est pas assez fort à Sedan pour une opération majeure.
Puis, au 23 décembre : conférence avec Rundstedt :
1) proposition pour diminuer la période de rassemblement
2) plan d’opération : objectifs complet et limité. Von Rundstedt prétend que le gros de la 4ème armée est à Huy, seulement une petite fraction à Givet. Attaque sur Rethel (?) pour empêcher l’ennemi d’attaquer du sud. Une opération complètement différente !
Enfin, le 27 : Mémo pour ObdH : plan d’opérations de Manstein.

Le HGr B semble lui aussi faire des propositions à l’OKH : Halder note le 23 : Lettre de Bock portée par Salmuth sur la conduite des opérations.
Et le 27 : Mémo pour ObdH : Proposition de Bock : redisposition des troupes assemblées à la frontière.

Le lendemain, Keitel rédige une instruction OKW WFA 22.245/39 qui fait le point sur la situation, peut-être pour "remettre les pendules à l'heure". Je cite Koeltz :
«  Les prévisions météorologiques laissent prévoir une période de temps clair et froid à la mi-janvier ; si elles se réalisent, on en profitera pour déclencher l’offensive.
... L’ensemble de l’opération n’aura pas au départ de centre de gravité marqué. Celui-ci sera constitué, d’après les succès initiaux, soit dans la zone d’action de l’un des deux groupes d’armées A et B, soit à la jonction de leurs ailes intérieures. (De fortes réserves de haut commandement permettront de renforcer les armées engagées ou d’en créer de nouvelles. Le commandant en chef de l’armée a pris toutes les mesures nécessaires pour pouvoir le faire rapidement.) Le succès ou l’insuccès des entreprises en coups de main de la 6e armée, aux premières heures du jour J, ne peut pas être le facteur déterminant quant au choix du centre de gravité définitif. Il est nécessaire pour faire ce choix d’être en possession d’une vue générale de la situation sur l’ensemble du front des groupes d’armées A et B telle qu’elle résultera des premiers combats et des réactions de l’ennemi.
Afin de coordonner les opérations de l’Armée de terre et de l’Armée de l’air, le Führer et chef suprême s’est réservé de fixer lui-même le point d’application du centre de gravité de toute l’offensive ainsi que celui de la 7e division aérienne ».

Pour en finir avec 1939, le journal de Halder pour le mois de décembre mentionne également :

  • l'emplacement de l’opération aéroportée : Walcheren et Carignan sont abandonnés le 7, Hitler hésite toujours entre Gand et Dinant.
  • l’apparition de l’opération Weserübung :
    • le 5 décembre, une simple note : Danemark
    • le 6 décembre : commande de cartes pour planifier les opérations, dont le Danemark
    • le 14 décembre : question de la Norvège. Action préventive. Opération combinée marine armée. Opération simultanée contre le Danemark. (Hitler a demandé le 12 d’étudier l’occupation de la Norvège).
  • le choix de Manstein et de Stülpnagel pour commander un corps d’armée en février (entrées des 13, 21 et 27 décembre)
  • le 27 : exercice sur carte conduit par Stülpnagel. Les trois possibilités d’offensive à l’ouest sont étudiées.


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