Loïc Charpentier a écrit:A porter au crédit de Bernard, il a jusqu'à présent"utilisé" essentiellement l'IA pour vérifier, en dernier recours (!), son propre travail de recherche et d'exploitation de ses sources; çà a été, par exemple, le cas, avec son récent développement sur la logistique allemande,...

Surtout quand on dispose comme nous d'un système fortifié, il importe :
1° d'avoir sur toutes les parties du front fortifié les effectifs minima nécessaires pour résister à une attaque brusquée ;
2° de réduire au minimum les mouvements qui seraient à faire pour renforcer les parties du front menacées d'une attaque et monter ensuite les contre-attaques ou parades voulues.
La première de ces missions serait à confier progressivement aux divisions de formation.
Avec le gros de nos divisions actives, il y aurait lieu de constituer deux échelons de réserves.
- les unes placées à proximité plus ou moins immédiate du front suivant la rapidité avec laquelle l'ennemi pourrait aborder les diverses parties de ce front (étendue des zones neutres qui le couvrent)
- les autres, plus largement articulées en arrière et constituées par nos divisions d'infanterie motorisée mécaniques, divisions de cavalerie, ainsi que par les forces venant du sud-est ou du front Suisse.
Les premières se déplaceraient par de larges mouvements de nuit. Les secondes devraient être transportées par des rocades aussi éloignées que possible du front.
En ce qui concerne la répartition des divisions en réserve dans l'armée française, il importe de tenir compte des données suivantes :
- il y avait intérêt à ne pas en faire stationner dans la région parisienne, car celle-ci ne se trouvait pas dans la zone des armées...
- pour les divisions d'infanterie en réserve, en dehors de celles qui sont immédiatement derrière le front et peuvent s'y porter rapidement par route, il faut les faire stationner en fonction des voies ferrées : quais d'embarquement dont on dispose et rendement des voies par lesquelles on veut les transporter.
C'est en fonction de ces considérations qu'il y avait une forte proportion de divisions réservées dans l'Est, où nous disposions notamment de nombreux quais d'embarquement.
- en ce qui concerne la masse d'aile gauche, ses arrières s'échelonnaient jusque dans la région parisienne; D'ailleurs il n'y avait pas besoins de réserves derrière cette masse qui était d'emblée suffisamment étoffée. Les divisions motorisées et mécaniques s'y trouvaient toutes en situation de réserve, de manière à pouvoir être mises en mouvement au premier signal, dépassant les divisions ordinaires déployées sur le front, qui se regrouperaient ensuite pour les suivre par voie ferrée ou par route.
- enfin, on voit qu'il était possible, comme je l'ai indiqué plus haut, de faire serrer immédiatement vers le front les douze divisions (dont 4 cuirassées) en réserve derrière le centre : sur Sedan (2e armée), Mézières et Dinant (9e armée). On reprendrait ensuite les réserves stationnées derrière l'aile droite pour les ramener à la bataille suivant son déroulement. Parallèlement, on se reconstituerait des réserves en prélevant sur les forces déployées le long du front non attaqué. C'est la manoeuvre classique des réserves dans la défensive sur de grands espaces, surtout quand on n'a pas de quoi les saturer.
Mais il est évident que le mouvement en avant de notre aile gauche devait s'accompagner d'une manoeuvre de nos réserves générales. Il en fallait, comme je le disais plus haut, "articuler" deux masses, l'une au nord, l'autre au sud du massif principal de la forêt des Ardennes. En outre, il eut été nécessaire de pousser des divisions avancées à proximité immédiate du front, en vue de faire face au premier danger, ainsi que je l'avais spécifié dans une note adressée au général Georges le 21 septembre 1939 [voir post 23] comme conséquence des enseignements à tirer des opérations de Pologne. Parallèlement, il fallait prélever sur la partie de notre dispositif à l'est de la Meuse toutes les forces possibles : celles qui étaient en réserve d'abord, celles que l'on pourrait retirer de la ligne de bataille ensuite. Les premières devaient être sans tarder ramenées derrière la poignée de l'éventail [2e armée] pour y remplacer les réserves consommées. Les autres reconstitueraient la réserve générale au fur et à mesure de son emploi.
D'emblée nous mettions des forces importantes à notre aile gauche, 7e et 1re armées, encadrant les britanniques et les belges. Il importait évidemment de tenir solidement le front entre le fossé Sambre-Meuse et la mer du Nord, en y engageant le nombre de divisions nécessaire. Cela fait, nous n'avions plus besoin de réserves au nord de ce fossé. Mais nous avions besoin de réserves considérables entre ce fossé et Montmédy là où l'ennemi trouvait les directions stratégiques les plus favorables pour lui. Le massif principal de la forêt des Ardennes cloisonnait cette zone. IL fallait donc deux masses principales de réserves, l'une au nord, l'autre au sud de ce massif. L'ennemi pouvait, dans sa ruée initiale, réaliser des brèches locales. Il fallait d'abord empêcher qu'elles ne s'élargissent. Il serait donc nécessaire d'avoir un premier lot de réserves proche du front, prêtes aux contre-attaques, en tout cas aux colmatages locaux. Les autres réserves seraient articulées de manière à réaliser des contre-offensives puissantes pour le cas où l'ennemi parviendrait, malgré les mesures prises, à élargir ces brèches ou à les joindre. L'ennemi chercherait la vitesse. Il nous la fallait aussi. Mais toute cette manoeuvre était notamment basée sur la conception que l'on tiendrait dans le massif des Ardennes, même s'il était débordé ou tourné. La forêt des Ardennes était en quelque sorte un môle de cloisonnement.
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Loïc Charpentier a écrit:
Carte de situation de l'OKH, établie le 13 mai 1940 à 23H00 (heure de Berlin); elle s'avère être sans appel, car, en gros, le flanc droit français, à l'ouest la Ligne Maginot, entre Longuyon (54) et Charleville-Mézières (08), avait alors été "déshabillé" dans le cadre de la manœuvre Dyle-Breda!![]()
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