Nous sommes en 1960 à BouHamama, Aurès, au bar du mess des s/off du 1er RA. Mon camarade et collègue discutions sur le thème guerre d’Indochine, après avoir invité un ancien afin de lui faire croire que nous étions aussi passés par là bas. C'est un sujet que nous maîtrisions parfaitement. J'avais auparavant moi même rencontré plusieurs anciens, qui m'avaient rapporté des événements, comme tirer au mortier presque à la verticale tellement l'ennemi était proche. Ou plus prosaïque, les bordels de Cholon. Mais aussi le Chinois qui pouvait vous vendre tout ce que vous souhaitiez dans un très court délai, il suffisait de l'attendre sur place. Et encore, ce qui sera déterminent pour ce qui va suivre. Des petits détails comme les capsules de bouteilles de bière qui s'enfonçaient dans l'asphalte ramolli par le soleil, sur le trottoir devant une brasserie de la rue Catinat, dont j'ai oublié le nom, à Saïgon. Et bien sur d'autres détails que j'ai aujourd'hui aussi oubliés.
Mon collègue et moi ne voulions pas conclure sur un mensonge et lui avons révélé la farce.
Eh bien, il ne nous a pas cru que nous n'étions pas aller la bas. C'est impossible répétait il forcément vous y étiez. Il n'en a pas démordu.
Devant tant d’insistance à croire ce qui n'était pas, nous nous demandions, mon camarade et moi, si nous ne méritions pas la médaille commémorative de l'Indochine.

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