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Témoignage d'un soldat Belge

Retrouvez ici toutes les histoires vécues et les récits de guerre. Déposez ici les témoignages en votre possession sur la vie pendant le conflit. C'est un pan important du devoir de mémoire cher à notre forum.
MODÉRATEUR: Prosper

Témoignage d'un soldat Belge

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Donald King  Nouveau message 06 Juil 2015, 00:04

Bonjour à tous,

Je tiens à partager avec vous le témoignage de mon arrière-grand-père, combattant des deux guerres mondiales. Son récit concerne la période août 1939 à mai 1940.
Vous ne trouverez rien de sensationnel dans ce récit, seulement un commandant qui nous livre son histoire personnelle.

Je tiens à préciser que certains mots ou passages restent incompris pour moi, à cause d'une écriture que j'ai du mal à déchiffrer (en rouge). Par ailleurs, les "-" sont utilisés de façon répétés et je ne suis donc pas certains d'avoir bien retranscrit la syntaxe. Je suis donc preneur de conseils ou critiques qui me permettraient d'avoir une meilleure retranscription. Afin de m'aider, vous trouverez en bas de post un lien vers les images des documents manuscrits.

Merci à ceux qui prendront le temps de m'aider à améliorer la retranscription sur ordinateur. J'espère que vous trouverez ce témoignage intéressant.

I. Période septembre 39 au 10-5-40 au 3ème régiment de Ligne.

Page 1

Le samedi 26 août 1939, revenant du bureau, je mis les premières affiches de la mise de l’armée sur pieds (paix) renforcé et convoquant sous les drapeaux les éléments des phases A.B.E et C. Rentré chez moi, je consultai mon ordre de marche afin de m’assurer de la phase à laquelle j’étais convoqué. Ma convocation portait la phase D. –
Cependant le dimanche 27 aout vers midi, nous étions encore à table lorsque je reçois un télégramme [mot illisible] venant d’Ostende m’enjoignant de me rendre dans les 24 heures à la caserne « Général Mathieu » à Ostende. Etat-major du 3ème de Ligne.
Vers 14 heures je prenais le (blue) pour Ostende et à 16 heures je me présentais à l’Etat-major du 3ème ou j’appris que ma convocation était prématurée, l’unité à laquelle j’étais affecté n’étant constituée qu’à la phase E.- Cette unité était le centre de réserve d’infanterie de la 1ere d’division d’infanterie soit le C.R.I de la I.D.I dont les (commandements/cantonnements) étaient (prévus) à (Heyst) et (Duinberge). Supposant que les phases suivantes allaient être décrétées je fus mis en attendant à disposition du Commandant Flamand, commandant la Cie Dépôt. Un ancien de la guerre 14-18 et que j’avais eu également comme commandant lors d’un rappel au camp de Beverlos en 1936. – Cette unité avait pour mission de contrôler et gérer en temps de paix tout le matériel des compagnies, armement et munitions.
Son activité actuellement était de recueillir le matériel que les cies ne pouvaient emporter en campagne, de leur distribuer le matériel de guerre et d’armer et d’équiper en matériel les compagnies de réserve qui allaient former les C.R.I.
Ma besogne consistait à contrôler les états fournis par les compagnies et pointer le matériel remis par celles-ci. Je retrouvais un de mes anciens sergents l’adjudant (Kleere) de la 11 ème Cie.
Je fus autorisé à rentrer le soir à Bruxelles. C’était très facile avec les nombreux trains qui circulaient sur la ligne Bruxelles-Ostende durant la saison. Il en fut ainsi jusqu’au jeudi 31. Ce jour les ordres nous apprîmes que la phase D suivante ne serait pas décrétée de suite. Je fus rendu ce soir-là à la vie civile – Durant ce séjour, je n’eus pas l’occasion de me rendre compte de l’attitude et du comportement des habitants d’Ostende et de ses nombreux estivants. Je me rendis une seule fois à la digue pour faire visite à (Mecor) notre président de la fraternelle
Le mardi 29 après-midi je pus me rendre à (Klemskerke) ou Philippe, mon plus jeune fils faisait un séjour au (illisible), dirigé par le directeur (Vandermisse), ancien médecin de régiment de mon 3ème de ligne. Mon Philippe fut tout fier de voir arriver son papa en Commandant, quel succès auprès de ses petits camarades.
Le mardi 30 – avec mes collègues du C.R.I dont plusieurs officiers de l’active, anciens de 14-18 – nous fîmes à (Heyst et Duinberge) la reconnaissance des cantonnements que nos unités respectives auraient à occuper au moment de la phase E. Nous fumes heureux de constater que nos camarades de l’active qui avaient préparé ce travail de mobilisation, avaient travaillé consciencieusement que nos cantonnements étaient bien choisi et correspondaient aux effectifs que nous avions éventuellement à recevoir. Nous aurions trouvé également sur place le matériel que nos cahiers de mobilisation nous prescrivaient de réquisitionner. A part quelques légères modifications [fin de la page 1], le plan de mobilisation correspondait à la réalité, ce qui me porte à croire que la mobilisation de 1938 fut une leçon dont on sut profiter.
Le jeudi 31 au soir je fus donc rendu à la vie civile après cette brève (mot illisible, incursion ?) dans ce monde militaire ou j’ai retrouvé l’ambiance de 1918-1919. Au cours de ces 4 journées j’avais eu le plaisir de retrouver quelques anciens chefs de 14-18. (Phrase illisible). Il va sans dire que les nouvelles de l’Europe en effervescence faisait le sujet de nos discutions et conversations. Se trouvaient à la caserne l’état-major du 3ème – le bureau de mobilisation – le bataillon (d’Engues) (IV, 13ème)- la compagnie d’état-major- la compagnie de dépôt – les 3 autres bataillons : les I, II et III étaient aux environs d’Ostende occupés aux travaux de mise en défense d’Ostende tant sur le front de mer que sur le front terrestre. Donc application de la politique de neutralité dont les mesures de défense étaient aussi bien prises vers l’Angleterre que vers la France ou l’Allemagne.
Rentré au foyer. Je suis complètement démoralisé. Quel contraste entre cette fièvre d’activité qui avait provoqué un arrêt complet de mon activité ; de plus les perspectives d’avenirs n’étaient guère encourageantes, aussi regrettai-je vivement de n’être plus parmi ceux qui restaient mobilisés.
Cette situation me pèse et me donne le cafard. Aussi ne tardais-je pas à faire une démarche pressente au Ministre de la Défense Nationale, auprès du colonel Loupe, chef des services du P.M (personnel militaire) 1ère section pour me mettre à la disposition du ministre de la D.N. et reprendre du service. Je lui faisais cependant remarquer que mes connaissances de la langue flamande ne me permettaient plus de rester affecter au 3ème Régiment de Ligne, régiment flamand. [Phrase barré]
Le lundi 11 septembre vers la soirée je reçois un télégramme (d’Hal/Uch) libellé en flamand et m’enjoignant à rejoindre l’Etat-Major du 3ème Régiment de Ligne de suite, à *Sladen, Fladen* (Flandre Occidentale). Ce télégramme répond à mes désirs, cependant il me *plonge* dans un dilemme angoissant en m’appelant à rejoindre le 3ème de Ligne, régiment recruté uniquement dans les régions flamandes. J’avais cependant lors de ma note au Ministère de la D.N fait remarquer que mes connaissances insuffisantes de la langue flamande ne me permettaient pas de rester affecter au 3ème de Ligne. Comment commander ces flamands ? Ce n’est plus le régiment de 1918 ou les deux races belges étaient mélangées, ou les idées flamandes n’étaient pas encore implantées comme elles le sont actuellement concernant le régime linguistique des différents régiments. Aussi suis-je bien embarrassé et mes hésitations sont si grandes que j’en fusse une mauvaise nuit. – Finalement je me décide à partir, quitte à demander un changement si je ne sais m’en tirer. En somme l’important n’était-il pas d’être remis en activité !

Je pars pour Ostende ou je *dine*, puis vers 14h heures je débarque à *Staden* avec armes et bagages, c’est-à-dire avec deux coffres, ou je suis présenté à l’E.M du 3ème. – Le régiment était commandé à ce moment par le Colonel *Dedrouyt ou Dedrovyt* ; j’y rencontre également le général commandant la Ier D.I. Je leur fait part tous deux de mes appréhensions linguistiques. (Note : *3eme ou 13ème* dont le chef était le major de réserve *Colle-Nallu* qui comprenaient pas plus le flamand que moi ce qui m’encouragea) Ceux-ci me rassurent et m’encouragent à essayer. Je suis désigné pour prendre le commandement de la 11ème Cie – amusante coïncidence. Car en juillet 1916, *lorsque venant du/au Gaillon*, j’arrivais pour la 1ère fois au 3ème de Ligne, ce fut à la 11eme Cie que je fus affecté. [fin de la page 2] Elle était à ce moment commandé par le Ct Willems, dont j’ai toujours gardé un excellent souvenir et que j’ai encore souvent le plaisir de rencontrer à nos réunions de la fraternelle. Me voilà donc commandant cette même Cie à 23 ans de distance.
Autre coïncidence, le 3ème de ligne occupait le canal de l’Yser à Ypres, mais cette fois-ci face à l’ouest, c’est-à-dire à la France, et il occupait sur la rive Est du canal les emplacements occupés en 1914-1918 par les Allemands. D’ailleurs à plusieurs reprises les Hommes en y creusant leurs tranchées découvrirent des armes, parties d’équipements Allemands et même des ossements.
Le front de la 11ème compagnie était de 6 kilomètres, partant du *Zwaaerje*, au sud de Boesinghe – le front de Boesinghe – *Het Sas* - et le front de Sleenstraat – à ce dernier figure un monument un monument commémorant la belle résistance du 3ème de ligne aux Allemands lorsque ceux-ci employaient pour la première fois en 1915 les gaz de combat.
J’avais un peloton à Boesinghe - rive Est – avec PC de la Cie et cuisine. Le second à peloton était à Het Sas et le 3ème à Sleenstraat.
Les cantonnements n’étaient pas extraordinaires. Le village de Boesinghe nous étant interdit, il n’était accessible à la troupe qu’aux heures de sorties le soir et les dimanches et fêtes – défendu d’y cantonner. J’avais le PC, le bureau et mon mess chez *Sangues,Sangus,Langues…*- des parents de Mme Legrand qui tenait le magasin d’épicerie et légume au rez-de-chaussée de l’immeuble ou nous occupions à Bruxelles un appartement. Je fus bien soigné mais c’était des gens très intéressés au point de vue financier. D’ailleurs il en était ainsi pour toutes les fermes occupées par nos Hommes – c’est la mentalité du paysan. J’eus de très nombreuses plaintes de ceux-ci concernant de petits larcins, fruits et œufs, et parfois volailles et lapin, et les dégradations causées par les hommes, qui cependant étaient copieusement nourris. Mais vu la distance qui séparait les deux autres pelotons de la cuisine, les repas n’arrivaient à ceux-ci souvent en retard et insuffisamment chaud. Les hommes étaient occupés à des gardes et surtout à des travaux de campagnes pour aménager des lignes de nids de résistance, ce qui nécessita des réquisitions de matériaux qui n’allèrent pas sans heurts avec les habitants ( et même logiquement plus ?).
Mes relations avec les autorités communales de Boesinghe furent très cordiales, le bourgmestre (acronyme incompréhensible) fut très généreux pour mes hommes, il leur fit plusieurs distributions de fruits – cigarettes ; et livres et illustrations – je fus reçu avec mes chefs de (mot illisible) diner et y passâmes une agréable soirée, il occupait à Boesinghe une très jolie ville – avec le curé mes rapports furent également très cordiaux, cependant il m’attira des ennuis pour un soldat que j’avais maintenu au cachot un dimanche lui ayant refusé la permission de se rendre à la messe. Voici l’incident. Ce garçon avait fait une absence injustifiée de plus de 24 heures et avait été fermé au cachot. Ce cachot était situé à l’Hôtel Communal de Boesinghe dans ses sous-sol, ceux-ci communiquait vers l’extérieur dans la cour par une étroite fenêtre, j’appris que par cette fenêtre certains habitants du village ravitaillaient notre homme en vivre et surtout en boisson – Sa peine purgée il refit une absence illégale et ne rentra tout juste pour n’être pas porté déserteur. – Nouvelle (mot illisible) au cachot dans laquelle (se trouvait un) dimanche.- L’homme [fin de la page 3] me fit demander de pouvoir remplir ses devoirs religieux. (Pour) ce, connaissant le personnage, qui aurait certainement repris la clef des champs, je devais appliquer le règlement, c’est-à-dire faire accompagner le détenu par des soldats armés, baïonnettes aux canons – (mot illisible) le personnage faisait déjà pour le village figure de martyr j’ai pensé que l’apparition de notre homme dans l’église, flanqué de deux soldats en arme, aurait pu provoquer des incidents. Pour les éviter- je refusai la permission demandée par le détenu et c’est ainsi que j’eus la visite de M(acronyme de ?) le Curé pour me reprocher ma décision qui était également contraire aux règlements en vigueur – L’incident n’alla pas plus loin. Evidemment ce dimanche j’assistai, avec nos officiers au service de 10 heures afin que l’on ne me fasse pas croire que j’avais pris cette décision par sectarisme. –
J’eu dans ce pays encore un autre incident avec les autorités d’un village des environs du pont de Steenstraat. J’ai dit (Bikschote ?). Cette autorité était le garde champêtre du dit village, dont la fille rencontrée en vélo aurait été arrêtée par un de mes hommes sous menace de (mes) G.P. ((mot illisible) Grande Puissance), arme des approvisionneurs du fusil mitrailleur. Ce garde, connu dans la contrée pour sa rigidité et son intransigeance, était venu au (fort) accompagné de sa fille pour rechercher l’agresseur de celle-ci, il fut à ses dires insulté par les hommes et menacé d’être jeté au canal, le (peloton) fut rassemblé à la demande du garde champêtre pour pouvoir faire reconnaître par sa fille son agresseur. Il fut désigné et avoua, mais que son arme était restée en poche et qu’il n’avait agit que par plaisanterie, pour s’amuser à faire peur à la fille. J’eus encore 2 mois après bien des difficultés à soustraire le coupable de cette stupide gaminerie aux foudres d’un conseil de guerre. Je n’ai jamais su les suites de cette affaire. Je n’eu d’ailleurs plus à (mot illisible) contre cet homme durant ma présence à la 11e Cie.
Nous vivions assez isolés, quelques (visites ?) de (mot illisible) – Major – Colonel – Généraux. Je ne (mot illisible) plus autres commandants du Bataillon. La vie était un peu monotone. Je devais une fois par jour voir les autres pelotons – je partais en vélo – j’avais un poste de guetteurs dans le clocher de l’église de Boesinghe – ce qui me permis d’aller y admirer le panorama de la région – et revoir ce pays que j’avais parcouru presque toutes les routes durant 4 ans. Boesinghe avait été entièrement reconstruit et est (illisible) village, avec toutes maisons très propres et très confortable.
(Paragraphe 4 lignes illisible )
Dans l’exercice du commandement d’une compagnie, c’est toujours le (mot illisible) des punitions à infliger qui était le plus difficile – heureusement que j’avais un (mot illisible) 1er sergent-major – mais le rapport était un cacuhemar, surtout à cause de mon ignorance de la langue flamande – comment pouvoir réprimander (mots ?) convenablement en étant obligé de passer par un interprète-. Je comprenais assez bien, mais tous ne parlaient pas eux-mêmes un flamand correcte, c’était le plus souvent des patois régionaux.
La Cie avant mon commandement était commandée [fin de la page 4] par un 1er Lieutenant d’active – natif de la région- très familier avec les hommes, cependant très énergique. Il (frayait tout le temps ?) avec les hommes – ce qui n’était pas (mot illisible) – les hommes y virent une grande différence.
J’avais (un) chef de peloton -1er lieutenant (mot illisible) – fin illisible.

Période du 10 Mai 1940 au 28 mai 1940

Le 10 Mai 1940 à 3 heures du matin mon ordonnance vient me réveiller et me dire qu’il y a alerte sérieuse.
Je passe au bureau de la compagnie.- le personnel y emballe. Les instructions prescrites pour l’état d’alerte sont prises. Je passe dans les cantonnements.
Vers 6 heures du matin en passant à l’Hôtel de Ville j’apprends que la phase E est décrétée – c’est donc la mobilisation complète, la mobilisation.
L’on apprend en même temps que les allemands ont violés nos frontières, entre autre en passant par la Hollande pour attaquer le Canal Albert ou nous étions il y a à peine 10 jours. Nous somme tous consternés, car malgré tout personne n’avait pensé sérieusement que nous serions entraînés dans la guerre – C’est donc la guerre -.

Phase E. J’ai un ordre de mission de me rendre, sitôt cette phase décrétée, à la caserne de gendarmerie, avenue de la Couronne à Bruxelles pour me mettre à la disposition du G.Q.G
Je dois donc quitter la cie-.

J’appelle le S. lieutenant (Wellems) auquel je dois passer le commandement de la cie, le lieutenant (Vonderwaeren) qui était désigné pour me remplacer dans ce cas, étant à Nieuport à (l’Ecah) de tir (contre) avions- Les papiers nécessaires sont signés et sans autres formalités mon commandement est remis.-
Voilà donc la guerre et je dois quitter ma cie, c’est un moment des plus pénibles pour moi.- Que vont penser les hommes. Je n’ai le temps de les rassembler pour leur faire mes adieux et leur expliquer mon départ. Je pense que mon émotion était tellement vive que je n’aurai su en sortir.
Vais voir le chef du bataillon, le commandant Nicolas. Nous traversons ensemble la ville nous rendant une dernière fois au Mess pour y prendre notre petit-déjeuner. C’est la dernière fois que je retrouve tous les camarades du bataillon, Je (nous) (his) envie des les quitter et leur souhaite bonne chance.
Mes regrets de les avoir quittés ont été moyens quand lorsqu’après les hostilités, j’appris que la cie n’avait été aucune fois engagée comme d’ailleurs le 1er bataillon qui n’est intervenu dans aucun combat. Seule la 4eme cie (mitrailleurs) a été engagée et a perdu un officier le [Espace blanc]; à la première cie il n’y a eut aucune perte, sinon un sergent qui meurt de mort naturelle.-

Toute les officiers à l’active sont en captivité en Allemagne [phrase barré].Le régiment après la capitulation ayant pu se rendre à Charleroi, sa (garnison) y fut démobilisé par les allemands, les hommes et le personnel de réserve purent rentrer dans leurs foyer, alors que les officiers de l’active ont pris le chemin de l’Allemagne, pour y traîner la triste vie du camp de prisonnier, durant plus de 4 ans.

FIN

Il existe quelques autres notes ou il détaille de façon très succincte le reste de sa guerre de mai- juin 40. Il a notamment été évacué à Dunkerque avant de rejoindre l'armée Belge à Toulouse.

Les photos du texte manuscrit:

Ma croix la plus lourde, c'est la croix de Lorraine.
Parlant du Général De Gaulle.
Citations de sir Winston Leonard Spencer Churchill

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Re: Témoignage d'un soldat Belge

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Margont  Nouveau message 06 Juil 2015, 08:08

Bonjour,

Je n'ai pas encore eu le temps de lire ce témoignage, mais piqué par la curiosité, j'ai seulement regardé une page de manuscrit (la 5).
Donald King a écrit:J’avais (un) chef de peloton -1er lieutenant (mot illisible) – fin illisible.

Pour les mots suivant "1er lieutenant" dans le dernier paragraphe, je dirais :

« off. de réserve - ??? - un s. lieutenant également ??? et un adj. S.L.R. ??? aussi si mes souvenirs sont bons. »

Il me semble que c'est le même mot (???) qui revient 3 fois après les grades…

Bon courage pour la suite de ta retranscription !
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car tandis que le géranium est à nos fenêtres, l’ennemi est à nos portes.
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Re: Témoignage d'un soldat Belge

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 06 Juil 2015, 11:59

Donald King a écrit:J’appelle le S. lieutenant (Wellems) auquel je dois passer le commandement de la cie, le lieutenant (Vonderwaeren) qui était désigné pour me remplacer dans ce cas, étant à Nieuport à (l’Ecah) de tir (contre) avions- Les papiers nécessaires sont signés et sans autres formalités mon commandement est remis.-


Il s'agit ici de l'école de tir contre avion de Lombardsijde (Nieuport).
Ecole qui existe toujours par ailleurs.

Merci de partager avec nous cette retranscription.
Sans généraliser, les difficultés inhérentes aux régimes linguistiques en vigueur dans l'armée belge y sont mises en lumière.

Bonne continuation.

nb. je me suis juste permis de déplacer le fil dans la rubrique "Histoires vécues et récits de guerre" qui lui correspond mieux.
« Les gens pensaient que je portais mes grenades telles une posture d’acteur. Ce n’était pas correct. Elles étaient purement utilitaires. Plus d’une fois en Europe et Corée, des hommes en difficulté trouvèrent le salut à coups de grenades »

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Re: Témoignage d'un soldat Belge

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Donald King  Nouveau message 06 Juil 2015, 12:47

Merci pour vos interventions. Je corrige.

Sans généraliser, les difficultés inhérentes aux régimes linguistiques en vigueur dans l'armée belge y sont mises en lumière.


C'est peut-être la partie la plus intéressante du récit. Commander une compagnie par l'intermédiaire d'un interprète !

J'ai trouvé d'autres documents à l'instant qui seront peut-être plus intéressants, dans lesquels il évoque notamment l'angoisse de l'attente sur la plage de Dunkerque qu'un bateau vienne chercher, lui et 200 autres soldats belges. Je vais travailler sur ça et je rajouterai au fur et à mesure
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Re: Témoignage d'un soldat Belge

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 06 Juil 2015, 13:02

Incontestablement !

Le récit d'un officier belge attendant son évacuation de la poche de Dunkerque est un témoignage des plus intéressants !
« Les gens pensaient que je portais mes grenades telles une posture d’acteur. Ce n’était pas correct. Elles étaient purement utilitaires. Plus d’une fois en Europe et Corée, des hommes en difficulté trouvèrent le salut à coups de grenades »

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Re: Témoignage d'un soldat Belge

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 06 Juil 2015, 14:46

Bonjour William,

Cependant le dimanche 27 aout vers midi, nous étions encore à table lorsque je reçois un télégramme [mot illisible] venant d’Ostende m’enjoignant de me rendre dans les 24 heures à la caserne « Général Mathieu » à Ostende. Etat-major du 3ème de Ligne.
Vers 14 heures je prenais le (blue) pour Ostende et à 16 heures je me présentais à l’Etat-major du 3ème ou j’appris que ma convocation était prématurée, l’unité à laquelle j’étais affecté n’étant constituée qu’à la phase E.- Cette unité était le centre de réserve d’infanterie de la 1ere d’division d’infanterie soit le C.R.I de la I.D.I dont les (commandements/cantonnements) étaient (prévus) à (Heyst) et (Duinberge). Supposant que les phases suivantes allaient être décrétées je fus mis en attendant à disposition du Commandant Flamand, commandant la Cie Dépôt. Un ancien de la guerre 14-18 et que j’avais eu également comme commandant lors d’un rappel au camp de Beverlos en 1936. – Cette unité avait pour mission de contrôler et gérer en temps de paix tout le matériel des compagnies, armement et munitions.
Son activité actuellement était de recueillir le matériel que les cies ne pouvaient emporter en campagne, de leur distribuer le matériel de guerre et d’armer et d’équiper en matériel les compagnies de réserve qui allaient former les C.R.I.
Ma besogne consistait à contrôler les états fournis par les compagnies et pointer le matériel remis par celles-ci. Je retrouvais un de mes anciens sergents l’adjudant (Kleere) de la 11 ème Cie.
Je fus autorisé à rentrer le soir à Bruxelles. C’était très facile avec les nombreux trains qui circulaient sur la ligne Bruxelles-Ostende durant la saison. Il en fut ainsi jusqu’au jeudi 31. Ce jour les ordres nous apprîmes que la phase D suivante ne serait pas décrétée de suite. Je fus rendu ce soir-là à la vie civile – Durant ce séjour, je n’eus pas l’occasion de me rendre compte de l’attitude et du comportement des habitants d’Ostende et de ses nombreux estivants. Je me rendis une seule fois à la digue pour faire visite à (Mecor) notre président de la fraternelle
Le mardi 29 après-midi je pus me rendre à (Klemskerke) ou Philippe, mon plus jeune fils faisait un séjour au (illisible), dirigé par le directeur (Vandermisse), ancien médecin de régiment de mon 3ème de ligne. Mon Philippe fut tout fier de voir arriver son papa en Commandant, quel succès auprès de ses petits camarades.
Le mardi 30 – avec mes collègues du C.R.I dont plusieurs officiers de l’active, anciens de 14-18 – nous fîmes à (Heyst et Duinberge) la reconnaissance des cantonnements que nos unités respectives auraient à occuper au moment de la phase E. Nous fumes heureux de constater que nos camarades de l’active qui avaient préparé ce travail de mobilisation, avaient travaillé consciencieusement que nos cantonnements étaient bien choisi et correspondaient aux effectifs que nous avions éventuellement à recevoir. Nous aurions trouvé également sur place le matériel que nos cahiers de mobilisation nous prescrivaient de réquisitionner. A part quelques légères modifications [fin de la page 1], le plan de mobilisation correspondait à la réalité, ce qui me porte à croire que la mobilisation de 1938 fut une leçon dont on sut profiter.


Le mot illisible après le mot "télégramme" est sans doute "d'état" (télégramme d'état)
A la troisième phrase le mot "bus" mais cela me semble étrange , il s'agirait plutôt du surnom d'un train.
Pour les localités, il s'agit de Heyst (ancienne orthographe en français pour Heist) et de Duinbergen. (Actuellement il s'agit de Knokke-Heist). Le camp n'est pas celui de Beverlos mais le camp de Beverloo.
Lorsqu'il écrit qu'il va rendre visite à son fil Philippe, il s'agit bien de la localité de Klemskerke (près d'Ostende) et le mot illisible est "préventorium marin" (ce qui signifie sanatorium mais situé à la côte) et dont le directeur était un certain Vandersmissen

Il est à noter que le nom des localités sont presque toutes inscrites en langue française. Ce qui n'est actuellement plus le cas (par ex il écrit Clemskerke au lieu de Klemskerke.
J'ai vu par ailleurs (je ne sais plus à quelle page il parle du village de Staden que tu lis comme étant Sladen. Non, non il s'agit bien de la commune de Staden.

Je n'ai pas le temps pour me moment de lire le manuscrit en son entièreté et ce qui précède n'est donc qu'un premier jet.

Bien amicalement
Prosper ;)
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Re: Témoignage d'un soldat Belge

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Donald King  Nouveau message 06 Sep 2015, 19:01

Merci beaucoup Prosper pour ces corrections. Je m'excuse de mon temps de réponse.

Les autres notes que j'ai en ma possession ne sont pas très intéressantes, très succinctes. Toutefois, j'ai retrouvé un récit sur l'évacuation de Dunkerque que le Lt.Colonel D'artillerie Rongé avait envoyé à mon arrière-grand-père (ils avaient effectué la traversée ensemble). Je vais le partager avec vous car je le trouve intéressant, à défaut d’être passionnant.

Il s'agit d'un récit écrit le 1er juin 1940 à Londres, destiné au Lt.Colonel Wouters, attaché militaire belge à Londres.

Rapport sur l'embarque à la cote Belge d'un groupe d'officiers de troupe belges à bord de bateaux anglais.


Au cours de l'après-midi du 27 mai 1940, étant chef de la Mission Belge auprès de la Ière armée (française), le Général Prioux m'avait demandé des liaisons téléphoniques urgentes au sujet de la position de la ligne aux ailes gauche et droite de la Ière armée ( à gauche c'était les belges, à droite ce devait être les anglais).

Utilisant les reconnaissances d'officiers et l'observation du haut d'un clocher élevé des points de chute du bombardement aérien ennemi, je pus recueillir ces renseignements et me rendre compte de la gravité presque désespérée de la situation d'une grande partie de la Ière armée. Etant donné ses répercutions inévitables sur la situation de l'armée Britannique et de l'armée Belge, j'estimais indispensable d'en aviser au plus tôt le G.Q.G Belge par intermédiaire du Général Delvoie, chef de la Mission Belge au Groupe Armée I, mon chef hiérarchique. Faut de liaison téléphonique et le P.C du Général Delvoie étant en cours de déplacement ders une localité qu'il m'avait indiqué comme son siège probable, je résolus vers les 22 heures de chercher à l'atteindre dans cette localité ou une autre, afin de lui exposer verbalement la situation, de sorte qu'il puisse se rendre aussitôt que possible au G.Q.G Belge.

L'embouteillement presque absolu des routes par les colonnes automobiles et hippomobiles en retraite, ne permit par cette nuit là de retrouver le Général Delvoie. j'ai su après que son PC. ne s'était pas installé, pas plus que celui du Gr. Armée I dans la zone dangereuse primitivement fixée.

Mais je parviens à découvrir dans une localité voisine, Houtkerke, le P.C. du G.Q.G Britannique ou je trouve tôt le matin le Lt. Général Nyssens, Chef de la Mission Belge, qui, au milieu d'un intense bombardement aérien m'apprend à ma grande stupéfaction que Gl. Gort avait été avisé à minuit que le Roi a rendu l'armée Belge. Aucun autre détail.

Le Lt. Général Nyssens me dit qu'à son sens mon devoir est d'obéir aux ordres du Roi et de rejoindre le G.Q.G Belge puisque ma mission devient sans objet, l'Armée Belge étant hors cause. Atterrés, nous décidons le Ct. Dassargues, mon principal adjoint et moi :
1°) de tacher de gagner le P.C. de la Ière Armée encore à Steenwerk pour y faire mes adieux en dépit des appréciations humiliantes que nous serions exposés à entendre et chemin faisant de tacher de trouver le Général Delvoie qui, me dit un officier français du groupe d'armée I., serait à Moeres près du P.C. de ce groupe.
2°) de faire tout ce que nous pourrons, malgré l'encerclement, pour ne pas nous rendre et pour échapper en Angleterre ou en France par un moyen quelconque pour y offrir nos services.

L'encombrement colossal des routes nous empêche d'avancer. Le Général Delvoie est introuvable - j'apprendrai plus tard qu'il était parti au G.Q.G belge comme le Général Nyssens, et le 28 après-midi, nous nous trouvons encore loin de Steenwerk, ou nous ne savons pas si le P.C. de la Ière Armée s'y trouve encore. J'apprends que le G.Q.G Britannique s'est déplacé vers la côte Belge et je décide de m'y rendre pour ne pas laisser une occasion peut-être unique de tâcher d'obtenir des Anglais notre embarquement sur un des bateaux qu'ils utilisent pour l’évacuation du minuscule territoire encerclé qui reste entre Nieuport et Dunkerque.

Chemin faisant, nous prenons connaissance de la proclamation du Roi et en fin de journée du discours de notre Premier Ministre à I.N.R. Le Commandant Dassargues et moi décidons de poursuivre notre tentative d'échapper afin de nous mettre à la disposition du Ministre de la Défense Nationale.

C'est alors que je rencontre une partie du personnel de liaison du Général Delvoie ( le Capitaine Plaquet de Gendarmerie et le Ct. Vandevloet) ; ils m'annoncent que leur Général est parti le 28 à 9 heures pour le G.Q.G Belge, qu'il aura certainement atteint et qu'il ne reviendra plus... ( ceci est faux puisque le Ier juin j'ai appris à Londres que le Général avait déjà repris son poste à Paris). Ces messieurs ont décidé de se rendre lorsque les Allemands auront brisé la résistance anglaise à Nieuport et envahi la zone ou ils cantonnent. Nous leur faisons part de notre décision de nous efforcer de nous échapper et de ne pas nous rendre. Vu leurs dispositions, nous renonçons à les convaincre de prendre le même parti que nous; il en est de même pour deux officiers de mon personnel de liaison, le lieutenant Bodart et le sous-lieutenant Pire. D'ailleurs, ils sont libres d'agir suivant leur conscience. Le 29 au matin, vers 10 heures, je découvre à La Panne le P.C. du G.Q.G. Britannique. Violant les consignes, je pénètre chez le Colonel Bridgeman du G.O.P.S. ( bureau d'opérations du G.Q.G.) qui écoute mon exposé avec sympathie et me permet de soumettre immédiatement ma demande d’embarquement pour nous trois (inclus le sergent Feller, belge évidemment mais de l'ancienne région allemande annexée en 1918) au Général Gort, il s'agit essentiellement de résoudre une question de "principe", que seul le Général Britannique peut décider.

Rendez-vous pris à 18 heures pour recevoir la réponse; je rencontre le Colonel Bastin qui vient dans le même but ( il a avec lui plusieurs officiers du C.C.), après avoir abandonné l'Armée Belge à Cleemskerke ou ils ont décidé de ne pas se rendre et de tâcher de rejoindre la nouvelle armée belge en formation. Je le présente au Colonel Bridgeman et nous insistons pour que notre demande soit résolue favorablement et le plus tôt possible. Le Colonel Bridgeman confirme le rendez-vous pour 18 heures. A ce moment apparaît le Commandant Rosomme ( membre du personnel de liaison belge au G.Q.G. Britannique) qui nous apprend que le Général Nyssens est parti pour le G.Q.G. Belge comme il me l'avait conseillé. Il nous promet de nous aider de son influence au G.Q.G. et de venir au rendez-vous de 18 heures. Il n'a plus reparu et nous a totalement abandonnés ( nous étions alors déjà une dizaine d'officiers) et nous avons appris plus tard avec regret qu'il s'était embarqué "personnellement" à 16 heures sans s'occuper de nous). A 18 heures aucune nouvelle; à 20 heures je suis appelé par le Colonel Bridgeman qui me dit avoir eu une conversation téléphonique avec notre attaché Militaire à Londres : notre attaché a affrété un bateau, le "Diamond" qui arrivera à 4 heures le 29 et pourra charger 300 personnes à La Panne et seulement des belges.

Un officer anglais me conduit au M.L.O. (Military Landing Office) ou tous les détails de l'embarquement se règle immédiatement - heure, lieu, itinéraire, consignes, points de rassemblement,etc...- d'accord avec les Anglais.

Comme nous ne sommes encore qu'une douzaine, je demande aux officiers déjà engagés dans l'affaire de battre les cantonnements, ce que nous faisons aussi afin d'arriver au moins à 200 personnes, malgré l'heure peu favorable à appel à ceux qui désirent continuer la lutte et profiter d'une occasion unique, vu l'impitoyable inaccessibilité des autorités militaires anglaises.

La colonne des "volontaires" est rassemblée à 2 heures le 29 mai et, malgré la désapprobation de même l'hostilité du Major des G.V.C. et de ses officiers, nous sommes plus de 200 officiers et troupes, ce qui est un résultat inespéré vu l'heure tardive à laquelle nous avons su que le transport était assuré.

Sous la conduite d'un capitaine anglais, la colonne se rend au point fixé sur la plage. Alors commence l'attente anxieuse d'un bateau, qui en réalité ne viendra jamais, et se développe la crainte grandissante que notre dessein ne pourra pas s’exécuter. A 7 heures , le bateau n'est pas encore là; sous la conduite du Capitaine Winkle je pénètre dans le tabernacle du G.O.P.S. et j'utilise le câble direct de La Panne à Londres qui me met en relation presque instantanée avec notre Attaché Militaire. Celui-ci me dit qu'il y retard par suite d'une rébellion mais que l'Amirauté assure que le "Diamond" est parti à minuit. Je conviens avec l'Attaché Militaire qui si à midi le bateau n'est pas là je lui téléphonerai ( si on me le permet) pour l'aviser; alors il tentera d'obtenir du W.O. le transport de notre groupe (150 car la déception l'a peu à peu fondu) sur les bateaux d'évacuations anglais. Nous attendons jusqu'à 10 heures; nous craignons d'échouer car les officiers anglais ne nous ont pas dissimulé qu'il est quasi impossible que nous obtenions une place sur les transports anglais, ils me conseillent de nous borner à attendre le "Diamond".

Pressentant la carence du Diamond, le Colonel Bastin et moi nous téléphonons à l'Attaché Militaire belge, à Londres, pour lui demander d'entreprendre sans plus attendre des démarches auprès de W.O.-En présence du Colonel Bridgeman qui, après avoir hésité, approuve, nous disons à l'Attaché Militaire que si le W.O. est d'accord, le G.H.Q. ne fera aucune difficulté. Quelques heures plus tard, je re-téléphone à l'Adjoint de l'Attache Militaire, le Capitaine Cumont, pour lui signaler que la communication du W.O. n'est pas arrivée au G.O. ce qui est inexplicable; le Capitaine Cumont me dit que je puis dire au G.O.P.S. qu'il donne sa parole d'officier que le W.O. représenté par l'officier de liaison à déclaré formellement que le message était parti; le Gouvernement Belge a contribué à l'évacuation du B.E.F en prêtant deux bateaux et attribua une grande importance à notre embarquement. Si le tout rate quand même on nous enverra, si possible, des chaloupes de pêches et dit le Capitaine Cumont "jetez vous à la nage, on n'osera pas vous laisser vous noyer". Le Capitaine Cumont me promet de réitérer sa demande au W.O. et de lui demander, si le message n'est effectivement pas encore parti, de téléphoner immédiatement son accord au G.O.P.S. Nous atteignons 19 heures; le Diamond n'est pas venu et ne viendra sans doute jamais; le message du W.O. ne vient pas non plus; un sympathisant anglais l'a vérifié au G.O.P.S. Je vais au M.L.O. ou je suis éconduit discourtoisement par le Colonel Bridgewater qui me hurle que jamais on ne donnera place, qu'il n'y a rien à faire et que je n'ai qu'à m'adresser au G.O.P.S.

La situation est tragique. Notre groupe miné par l'attente et la crainte d'avoir été mal conduit dans cette aventure se réduit de plus en plus; ils ne sont plus que 60 à peine qui tiennent mais ont perdu presque tout espoir.


Je posterai la deuxième partie demain.

William
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Re: Témoignage d'un soldat Belge

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 06 Sep 2015, 19:16

Bonsoir et merci William. Nous attendrons donc la suite.
Amicalement
Prosper ;)
P.S. Je crois que au lieu de Cleemskerke il s'agit de Klemskerke (entre Oostende et Blankenberge, commune qui fait à présent partie de l'entité du Coq (De Haan)
Mais ce n'est qu'un détail.
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Re: Témoignage d'un soldat Belge

Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de Donald King  Nouveau message 07 Sep 2015, 12:11

Merci pour cette précision Prosper qui, même si c'est un détail, m’intéresse.

Bonne lecture à ceux qui ont le courage de lire !

Le bateau sur lequel ils ont évacué : https://en.wikipedia.org/wiki/HMS_Worcester_(D96)


Suite du rapport

Soupçonnant un obstacle grave mais mystérieux, je décide une ultime tentative au G.O.P.S. ou je suis aidé par le capitaine Gordon Lennox qui, après m'avoir entendu (on ne me laisse plus entrer au G.O.P.S.), prête son concours pour transmettre un message au Colonel Bridgeman et finalement une note écrite qui est transmise au Colonel Herbert. Elle constitue un appel ou sont rassemblés tous les arguments et ou ; évoquant certains amis haut placés en Angleterre, je demande qu'au moins on téléphone au W.O. pour assurer de son accord sur notre embarquement.

Enfin, le Colonel Herbert me reçoit; je renouvelle le plaidoyer et finalement il accède à donner l'autorisation pour embarquer 40 officier cette nuit sur divers bateaux dont 20 à La Panne et 20 à Bray Dunes. Il me dit qu'en suite de ma requête il a conféré longuement par téléphone avec le W.O., que les difficultés sont très grandes ( de la part du G.H.Q. je pense) car nous prenons la place de 40 anglais. Je lui rétorque que si nous n'avions pas donné deux bateaux nous ne demanderions rien.

Mais le moment n'est plus de discuter; je dois accepter, ce qui signifie le sacrifice de 20 militaires belges et sans plus, car à la nouvelle que l'autorisation est accordée un certain nombre ont rappliqué.

A partir de ce moment, les autorisations étant accordées par écrit par le G.Q.G., nous nous faisions l'illusion de croire que tout sera bien réglé, mais il n'en sera malheureusement rien.

Nous confions le détachement qui doit s'embarquer à Bray Dunes au Commandant Jottrand, après avoir fait les très pénible sélection de ceux qui partent et de ceux qui restent, au grand désespoir de ces derniers.

Contrairement à notre attente, les embarquements ont donné lieu pour la plupart d'entre nous, surtout à Bray Dunes, à des incidents des plus brutaux et hostiles, y compris de véritables brimades et sabotages.

Pour ceux comme moi qui font partie de la première barque, les choses ne se passent pas trop mal grâce à la protection du Capitaine Gordon Lennox qui discrètement apparaît et dirige l'opération. Mais beaucoup d'autres sont traités d'une manière abominable au point que 14 d'entre eux sont absolument empêchés de s'embarquer et que plusieurs des autres sont obligés de se jeter à la nage et d'employer les barques avariées qu'on met délibérément à leur disposition.

Sauf quelques officiers sympathiques à notre cause, les chefs de tout grade nous traitent avec un manque complet de déférence, et souvent une très malveillance dans les actes, comme s'il y avait complot contre nous pour nous humilier et nous empêcher de partir. Quant au 14 officiers restés sur le rivage, les Anglais ne les admettront probablement jamais dans leurs bateaux malgré l'ordre du W.O., et si certains d'entre eux rentrent ce sera au prix difficultés sans nom. Divers officiers pourront faire la relation des péripéties de leur embarquement, notamment le Capitaine Lunden et Lieutenant de Renette. Plusieurs sont arrivés ayant perdu tout bagage et complètement trempés et ne doivent qu'à la générosité d'un Anglais de trouver des vêtements civils pour rentrer.

Sur l'intervention du Capitaine Gordon Lennox, je crois que le groupe de 8 (dont le Colonel Bastin et moi faisions partie; et Dassargues) n'aurait jamais atteint le Destroyer D.96 et aurait été tranquillement jeté à l'eau par un moyen quelconque avant d'y arriver. Dès que cet officier a cessé de veiller sur nous, l'hostilité des anglais s'est exercée violemment. Il semble que la reddition de notre armée qui, croient-ils, est la cause de leur désastre, et d'autre part dans la fureur de voir admis à l'embarquement des Belges dont les Anglais ignoraient en général l'attitude et l'intention digne d'estime et par conséquent d'un traitement au mois correct sinon généreux.

A l'heure qu'il est, nous ne savons pas encore exactement le nombre de rescapés, mais il est à espérer que quelques-uns des 14 auront pu trouver le moyen de s'échapper malgré tout.

Je regrette de ne pas avoir mieux réussi dans la tâche que j'avais entreprise de ramener 200 officiers et troupes, mais la carence du "Diamond" d'une part et la résistance des Anglais d'autre part ne me l'ont par permis; je puis assurer toutefois que j'ai fait l'impossible pour arriver au résultat.

Le Colonel Bridgeman, le Capitaine Winkle et surtout le Capitaine Gordon Lennox, tous trois du G.H.Q. ont été ceux qui m'ont le plus aidé malgré toutes les difficultés; je me permets de suggérer que, par un moyen quelconque, un témoignage de reconnaissance leur soit adressé par le Gouvernement Belge.

Signé le Lt.Colonel d'Artillerie B.E.M. Rongé.

Sur ce rapport, une note est ajoutée par le Commandant Dassargues :

Dans la lettre, par laquelle le Colonel Rongé, adressé de Paris le 7 juin 1940, au Colonel Wouters, le rapport plus haut, le Colonel Rongé émettait son avis sur les événements. "Mon avis est qu'il y a eu - en dehors des autorités supérieures - W.O. et G.O.P.S.du G.H.Q. - une entente tacite pour nous "arranger". Le mot d'ordre aurait été passé de saboter l’exécution de l’ordre de nous laisser embarquer.Vous imaginez aisément leur état d'esprit. En tout cas l’exécution a été des plus brutale et dans divers cas a été un sabotage complet et même le refus. Sans le Capitaine Gordon Lennox notre groupe de 8 qui devait rejoindre le D.96 à plus d'un kilomètre en mer dans la nuit noire, aurait "perdu" quelques unités. (Il faut comprendre auraient été jetés à la mer)."
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Re: Témoignage d'un soldat Belge

Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 07 Sep 2015, 13:02

Bonjour et grand merci pour ce témoignage William.
Amicalement
Prosper ;)
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