Post Numéro: 742
de François Delpla
26 Juin 2013, 08:48
Je voudrais maintenant revenir sur une des principales objections qu'on m'a faites dans ce débat depuis près d'un an (puisqu'il a été relancé par la publication d'un bref article dans DGM le 1er juillet 2012) : la modicité des conditions transmises par Göring à Dahlerus ne serait plus d'actualité (s'il ne s'agissait pas, comme on l'a dit aussi, d'un simple piège pour attirer la France vers une paix séparée) le 24 mai, en raison du triomphe militaire obtenu dans l'intervalle, qui aurait surpris les dirigeants allemands, civils et militaires, eux-mêmes, et débridé leur appétit.
Personne n'a contesté l'authenticité de ce document et l'existence de cette conversation (même si on a parfois et brièvement mis la date en doute). L'existence d'une "offensive couplée des chars et des diplomates" peut donc être considérée comme acquise, d'autant plus qu'elle coule de source à la lecture de Mein Kampf et s'harmonise avec tout ce que Hitler a fait, sinon dit, dans l'intervalle. Il s'agit bel et bien de s'attirer les bonnes grâces de l'Angleterre et sa neutralité, si possible bienveillante, devant la conquête germanique d'une partie des terres slaves et la mise en coupe réglée du reste, le racisme et le colonialisme formant un soubassement idéologique qui rendrait durable ce nouvel équilibre.
Pour cela, la percée de Sedan, si elle réussit, DOIT déboucher sur une paix rapide et, si elle ne le fait pas, en raison d'une mainmise "juive" sur le Royaume-Uni, annonciatrice d'une guerre longue pour laquelle l'Allemagne est fort mal outillée, l'horizon ensoleillé devient soudain très noir. Cela vaut bien un petit arrêt pour laisser à l'establishment londonien le temps de renverser Churchill.
Hitler, je le maintiens, ne sait pas ce qui se passe à Londres et agit, sur ce plan, en aveugle. Mais ses pensées à lui nous sont connues par ce qu'il ne va cesser de seriner en public et en privé : les Juifs peuvent certes gagner la guerre si, en plus de la Russie et de l'Angleterre, il confirment leur emprise sur les Etats-Unis (que Hitler espère bien leur soustraire en empêchant une réélection de Roosevelt). Mais l'Angleterre, elle, n'y a aucun intérêt puisqu'elle devrait en passer par les desiderata américains, ce qui serait, pour l'avenir de son empire colonial, de fort mauvais augure.
Il a donc d'excellentes raisons de supposer que le cabinet britannique, où Churchill apparaît toujours aussi en flèche dans l'hostilité à sa personne et à sa politique, regorge de "raisonnables" qui (la politique apaiseuse l'a prouvé tant et plus) répugnent à se jeter, par antinazisme, dans les bras des Etats-Unis.
Hitler va donc laisser passer deux jours... puis se retourner vers la France et fixer aux conservateurs britanniques un deuxième rendez-vous (qui sera pour Churchill un deuxième guet-apens) : l'armistice franco-allemand.
Quelqu'un maintient-il que le triomphe sedanais lui monte à la tête et lui fait fantasmer des conditions de paix très aggravées ?