j'aurai surtout une remarque à faire là-dessus :
Bruno Roy-Henry a écrit:
Mais quand Hitler apprend que les troupes anglaises se replient vers la côte, il donne l'ordre de reprendre la marche en avant.
Un détail formel d'abord : Hitler a dit qu'il laissait Rundstedt maître de la décision et c'est officiellement ce général qui lève le Haltbefehl, sans que la documentation fasse apparaître dans les minutes précédentes une concertation avec le chancelier-commandant en chef. Certes elle a très bien pu être téléphonique, ou passer par un officier de liaison, et je vois mal Rundstedt ne pas s'assurer de cet accord, mais on ne peut pas dire aussi catégoriquement que c'est Hitler qui relance la machine.
Ensuite, l'ordre de repli vers la côte est donné aux troupes anglaises par Churchill dans la nuit du 25 au 26, ce qui est un peu tard pour faire d'un ordre allemand du 26 à midi une réaction aux effets, sur le terrain, de cet ordre anglais.
Je préfère donc m'en tenir à l'idée que Hitler tâtonne et s'arrête deux jours et demi (la reprise effective est du 27 au matin) en espérant que cela aide Halifax, mais en ne comptant pas suffisamment là-dessus pour faire plus et s'installer dans l'arrêt; il serait alors obligé de trouver autre chose que ses justifications militaires, et de commencer à montrer le bout de l'oreille politique, en disant à Brauchitsch et consorts qu'il vise une paix immédiate et "généreuse". Jusqu'ici, il leur a fait croire qu'il voulait casser de l'Anglais aussi bien que du Français : il ne peut amorcer ce virage que s'il est sûr de son coup... et il ne l'est, à juste titre, pas.
Si Churchill n'est pas renversé le 25 mai ou le 26, Hitler n'a plus à faire que ce qu'il va faire en juin : envahir la France pour l'achever, en continuant de ne rien dire de son souci de ménager Londres, et spéculer sur un armistice séparé qui devrait faire prendre conscience aux Anglais que leur premier ministre les entraîne dans une voie sans issue. Alors et alors seulement il pourra déballer ses conditions "généreuses".
C'est là que la boucherie de Mers el-Kébir (3 juillet), dont Churchill
n'est pas responsable mais endosse la responsabilité (comme Rundstedt celle du Haltbefehl, ou la Milice, quatre ans plus tard, celle du meurtre de Mandel), déploie tout son mérite. Du moins si on s'en rapporte à une trouvaille que j'ai faite dans les mémoires de Fritz Hesse, et exposée dans
Churchill et Hitler (en poche chez Tempus le mois prochain) : début juillet Hitler commande des millions de tracts contenant des conditions de paix détaillées, à faire tomber en pluie sur la Grande-Bretagne. Finalement il renonce, se contentant dans son discours du 19, plusieurs fois reporté, de dire en termes vagues que la prolongation de la guerre est absurde et qu'il n'en veut pas à l'Angleterre, mais à Churchill.
Bref, ce dernier est comme le sparadrap qui colle aux doigts du capitaine Haddock. Il croyait bien s'en débarrasser par l'armistice de Rethondes, mais soudain Mers el-Kébir rend sa chute imprévisible : il n'y a plus qu'à tenter Barbarossa, au plus vite... quitte à déployer de nouveaux efforts dans les deux mois précédents (Hess etc.) pour obtenir la chute de Churchill et la guerre sur un seul front.