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Resistance dans l’Aude.

Répondant à l'appel du Général de Gaulle, des milliers de combattants français se lèvent en Europe et en Afrique. Retrouvez ici la 1ère DFL, la 2ème DB, les FAFL, FNFL... Mais aussi celles et ceux qui ont résisté à l'occupant en entrant dans la clandestinité pour rejoindre le maquis ou les groupes de résistants.
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Resistance dans l’Aude.

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de le pitaine  Nouveau message 11 Jan 2013, 12:32

17 août 1944, dans les gorges d’Alet, ou le dépôt de vivres de Montazels.



Le 17 août 1944 matin, ayant appris qu’un important convoi allemand allait se rendre de Carcassonne à Montazels au Sud, une section du maquis de Puivert, s'installe en embuscade dans les gorges de Cascabel en amont d'Alet au lieu dit « les roches », sur la rive droite de l'Aude. En place face au Nord, elle a pour mission d'intercepter la colonne allemande forte de six gros camions, des véhicules de protection et composée d’environs 200 hommes.
Cette dernière vient évacuer l’important dépôt de vivres installé dans l’ancienne fabrique de chapeau de Montazels, suite à l’ordre de repli général de l’AOK.19 promulgué par le grand Q.G. allemand le 16 août, au lendemain du débarquement de Provence.
Divisé en deux groupes, le premier se poste en batterie au sommet de la falaise qui surplombe le fleuve rive droite et la N.118, un fusil mitrailleur prend en enfilade et en tir plongeant, une partie de cette route, proté¬geant ainsi le groupe d'artificiers du sergent Charles Bournet (Génie). Celui-ci est composé de Marino Soligo, Emile Jouillet, Jean Perez, François Journet et Charles Biart et posté en contrebas, aux abords immédiats de la falaise, doit poser des mines antichar sur la route même et s'installer en surplomb avec ses grenades Gamon chargées de plastic, pour battre l'obstacle dès que la colonne tentera de le franchir.
Ce dispositif mis en place rapidement ne peut être débordé sur sa gauche côté fleuve où la falaise est abrupte, mais il reste vulnérable sur son flanc droit à l’Est, où la pente descend vers une zone boisée propice à l'infiltration de l’ennemi. Faute d'effectifs suffisants, la protection du groupe du fusil-mitrailleur risque de ce côté-là une manœuvre d'encerclement de l’ennemi.
Vers 9 heures la tête de la colonne qui se méfie des embuscades, se présente dans les gorges à petite allure. Le fusil-mitrailleur ouvre le feu sur les premiers véhicules qui stoppent net. Immédiatement, les allemands déploient devant eux la main-d’œuvre requise civils pour la manutention, faisant désespérément des signes d’alerte, tandis qu’à l'abri de ces deniers, les allemands évacuent leurs morts et leurs blessés.
Face à la complication du lieu de l’attaque, un des officier allemand retourne à Alet, afin de demander des renforts à la caserne Laperrine. Pendant ce temps, les hommes en queue de colonne, placés l'abri derrière les virages de la route, ont débarqué rapidement et se sont déployés dans la zone boisée, sur le flanc droit du fusil-mitrailleur. Ne pouvant utiliser le fusil mitrailleur qui malheureusement s’enraye, ainsi que la présence des civils, ajouté à la menace d’encerclement, le groupe décroche, sans avoir pu prévenir l'équipe au bas de la falaise, aux abords de la route.
Le groupe Charles Bournet ne recule pas et veut accomplir coûte que coûte cette mission. Malheureusement, pris à revers par des forces supérieures en nombre, Charles Bournet, Emile Jouillet (19 ans), Marino Soligo (17 ans) et Jean Perez (20 ans) vont payer leur courage de leur vie.
Charles Biart et François Journet réussissent à se dégager et échappent au piège.
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Re: Resistance dans l’Aude.

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de le pitaine  Nouveau message 11 Jan 2013, 12:33

Le sacrifice de ses hommes a retardé la colonne allemande de plusieurs heures lui ayant infligé des pertes, mais qui a quand même repris sa route vers Montazels. Alerté de cette attaque, le maquis de Salvezines Jean Robert-Faïta d’André Abattut (alias « Danton »), alors que ce dernier était de garde sur le pont de Quillan, averti le commando américain du lieutenant Paul Swank (venant d’Alger, parachuté le 9 août à Salvezines sur le plateau du Clat). La décision de barrer la route à ce convoi est vite prise et l’après-midi, le détachement Salvezines-U.S. Peg’s group (6 français, 6 américains) part pour les gorges d’Alet. En arrivant à Couiza il l’évite en bifurquant par Antugnac, La Serpent, Bourriège et Cournanel, où il rejoint le N.118. Là, il redescend vers le Sud en direction des gorges, pour se positionner au lieu dit « l’étroit d’Alet » en amont du village et bien plus au Nord sur la nationale, que l’attaque du matin. A Couiza, face au risque de contre attaque sur le chemin du retour et malgré les requis, les allemands nerveux et apeurés, rassemblent la population en fouillant sans ménagement quelques maisons une par une, à la recherche de « terroristes », ne laissant que les personnes âgées, qu’ils rassemblent de part et d’autre de la rue principale (N.118) entre le pont sur la Salz et les places café de France et Saint Anne, menacés par sept nids de mitrailleuse. Sous la tonnelle du café de France, les allemands exigent que le Maire désignent un groupe de six otages qui devra accompagner le convoi, avec promesse de libération à Limoux si le maquis ne se manifeste pas. Deux otages furent désignés d’office ; le Maire (Mr Baptiste Bieules) et le curé (l’abbé Seigné) du village. Le Maire se tourna vers sa population et demanda quatre volontaires. Face à diverses raisons évoquées, aucun n’est volontaire. Finalement quatre hommes se désignent ; Messieurs Embry, Grillet, Emile Vié et Edouard Pech. Les six otages les mains attachées sont enfournés dans une camionnette et le convoi prit la route de Limoux-Carcassonne. Arrivée dans les gorges sous le pont de fer (pont ferroviaire), l’officier allemand stoppe le convoi ayant appris la présence du détachement Salvezines-U.S. Peg’s group… comment ? Il semblerait qu’un véhicule civil serait passé avant le convoi en direction de Couiza et aurait prévenu les allemands, ce qui expliquerait leur nervosité et la prise supplémentaire des otages… Au même moment le détachement Salvezines-U.S. Peg’s group fait sauté la paroi rocheuse, qui malheureusement n’a que partiellement entravée la route et la détonation confirme les crainte du convoi, otages en tête. Les civils sont envoyés pour la dégager le peu de débris rocheux et le convoi repart, pour être une nouvelle fois stoppé par des tirs en rafales qui abat un adjudant allemand s’étant approché d’une moto sur le côté des camions. Les tirs fusent de part et d’autres entre coupés d’instant de répit, tandis que les otages font le maximum pour se protéger. Puis, un officier allemand abrité derrière un de ses sbires fait feu en direction de deux soldats américains descendu au bord de la route et abat le lieutenant américain. Après trois heures d’engagement, le commando ne pouvant parvenir à ses fins à cause de la présence des civils, se disperse dans les montagnes. Les allemands embarquent leurs quatre morts leurs dix sept blessés et les otages. Les sept requis plus ou moins grièvement blessés, le civil tué par une grenade et les corps des deux américains sont laissés après de longues parlementassions à Madame Roussille représentante de la croix rouge d’Alet, qui suivant l’étique de la croix rouge prodigue également des sons aux soldats allemands blessés. Cette dernière, ayant été informée du passage du convoi allemand dans Alet se dirigeant vers Couiza, avait téléphoné à son correspondant de Couiza qui n’était autre que le curé. Elle fut immédiatement informée de la situation et se tenait prête à intervenir lorsque le convoi repasserait à Alet. Elle se rendit sur place aidée de Monsieur Fernand Bousquet et ramena les corps à Alet dans son propre domicile. Là, elle transforma une chambre en chapelle ardente. Quand à son équipe ; Mesdames Thubert, Réo et Salvayre et trois médecins; les docteur Soum, Remedi et Bonhomme prodigues les soins nécessaires aux blessés civils et allemands. Ceci lui voudra les remercîment du capitaine responsable du convoi. Elle en profitera pour obtenir l’assurance de la libération des otages, ce que l’officier lui promit une fois arrivé à Limoux. Mais, malheureusement, il ne tint promesse et le lendemain, Madame Roussille c’est rendu auprès du préfet, Monsieur Marchais qui se vit refuser tout entretien avec le colonel allemand. Elle se rendit donc directement auprès du colonel allemand commandant la place de Carcassonne et après cinq heures de plaidoyer, obtient la libération des otages. Sont acharnement permit de leur sauver la vie, car les autorités allemandes avaient prévu de les fusiller dans les lices de la cité. A ce jour, nous pouvons voir le tombaux du lieutenant Paul Swank placé dans les gorges d’Alet, à quelques mètres du lieu de l’embuscade.
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Re: Resistance dans l’Aude.

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de norodom  Nouveau message 11 Jan 2013, 22:18

Bonsoir "le pitaine",

J'avais posté dans le Languedoc, mais comme nous sommes ici dans l'Aude... je réédite...

Ton récit est très intéressant, mais il manque tout de même la précision des dates, en rapport avec les lieux, dans le déroulement des évènements à partir du 17 août 1944.
Cela est nécessaire car, concernant Limoux et Carcassonne, tu m'avais cité le 22 août comme date importante...
Pourrais-tu donc être plus précis ?... Merci.

Amicalement,
Roger


 

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Re: Resistance dans l’Aude.

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de le pitaine  Nouveau message 11 Jan 2013, 23:25

on va peut être rester dans l'Aude !!

Cher Roger,
j'ai raconté une journée, qui ce trouve être celle du 17 août 1944,
je "reviendrai" pour les 20 à 22 août... qu'il me semble vous avez vécu !!? dans la haute vallée de l'Aude.
je n'ai pas fini mon récit, il manque mes sources et quelques précisions sur la dénomination de l'unité allemande...là est le problème...

savez-vous, svp, qu'elle unité allemande parcourait la haute vallée de l'Aude, qui semble t-il, dépendait de Carcassonne. Wehrmacht ou Luftwaffe ?

amicalement

Jean-Pierre/le pitaine.
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Re: Resistance dans l’Aude.

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de norodom  Nouveau message 12 Jan 2013, 00:00

Bonsoir Jean-Pierre,

Je rappelle un passage de ce que j'ai écrit le 5 janvier sur l'autre fil (Languedoc)

<< Du 20 août 1944 au soir, au 22 août 1944 dans l'après midi j'ai séjourné au sein d'un Maquis qui partant de la région de Quillan, a fait une brève escale à Limoux, pour s'installer à Bram, que j'ai quittée dans l'après-midi du 22 août 1944, pour rejoindre Castelnaudary où j'ai pris le train pour Toulouse.>>

Ma présence en ces lieux a fait suite à mon évasion entre Trèbes et Fontiès-d'Aude, dans la soirée du 19 août 1944 (à la tombée de la nuit)
J'étais encore détenu par la Milice, sur l'un de leurs camions, dans la longue colonne composée de véhicules de l'armée allemande et de véhicules transportant des miliciens, qui avaient quitté Toulouse au cours de l'après-midi du 19 août 1944.
Je reviendrai sur cet épisode.

Au sujet de l'unité allemande qui parcourait la haute vallée de l'Aude avant le 19 août, je n'en sais rien.

Amicalement... bonne nuit !
Roger


 

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Re: Resistance dans l’Aude.

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de le pitaine  Nouveau message 12 Jan 2013, 11:53

Cher Roger, j'allais vous poser la question, mais vous venez d'y répondre.

Je compte sur vous pour raconter votre passage au maquis de la région de Quillan !
Salvezine (Jean Robert-Faïta), ancien de Picaussel, Puivert ??

J'ai pu lire pas mal de documentations sur les évènements du mois d'août 1944 dans la région.
Il s'est passé beaucoup de choses et parfois simultanément. Je suppose que la retraite allemande ordonnée depuis le 16 août y fut pour quelque chose.

Je crois penser que votre descente des alentours de Quillan avec le maquis, correspond avec les mouvements des maquis se rendant sur Limoux, Carcassonne ?

Les 19 et 20 août correspondent avec l'évacuation ennemie de Carcassonne. Des colonnes allemandes venant de Toulouse (éléments retardés de la 11e Pzr plus des reliquats d'autres unités), des Pyrénées (Ariège...etc), d'Aquitaine (qui évitent le massif central) s'échelonnent parfois lourdement armées (tanks, canon DCA...etc) ou simplement sur charrettes à pied, vélo ..etc, c'était la débâcle allemande.

Le 20 août est une date triste pour la ville de Carcassonne qui va vivre le passage d'une unité, qui semble avoir été SS et qu'alors, selon les témoignages relevés dans les 2 tomes de Monsieur Julien Allaux, les maquis n'avaient pas encore atteint la ville, afin d'éviter les combats en agglomération et ainsi protéger la population civile. (cf le blog : Histoire de Carcassonne de Monsieur Martial Andrieu)
J'ai lu que les maquis se sont rassemblés à Carcassonne à partir de 24 août.

Limoux est libéré les 22 et 23 août
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Re: Resistance dans l’Aude.

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de le pitaine  Nouveau message 12 Jan 2013, 12:01

Mes sources concernant la journée du 17 août entre Couiza-Montazels et Limoux

Lucien Maury : "La résistance audoise", 2 tomes, comité d'histoire de la résistance du département de l'Aude, 1980.

le site (excellent) du maquis Jean Robert-Faïta:
http://maquisftp-jeanrobert-faita.org/

le blog de Monsieur Martial Andrieu: Histoire de Carcassonne: http://histoiresdecarcassonne.blogs.lindependant.com/
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Re: Resistance dans l’Aude.

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de le pitaine  Nouveau message 12 Jan 2013, 12:03

Concernat la journée du 17 août:
Voici un des témoignage d'un des soldat US (Alsacien d'origine) emprunté au site : http://maquisftp-jeanrobert-faita.org/

"...Jean Kohn
Nous avons établis notre camp à la ferme Nicoleau, près de Salvezines. Ensuite un jour, fatal jour, 17 août 1944, nous avons étés avertis qu’un groupe d’allemand venant de Carcassonne était en mouvement pour récupérer du ravitaillement dans un grand dépôt prés d’Alet, à Couiza…Un autre groupe de maquisard a essayé d’immobiliser le convoi. Des renforts furent appelés de Carcassonne et ces pauvres jeunes français furent encerclés et impitoyablement tués par l’infanterie allemande. C’était le 17 août en matinée. Dans l’après midi, les allemands prirent quelques otages pour les mettre devant les camions et firent mouvement vers le nord en direction de Carcassonne. Nous étions supposés les arrêter. J’étais toujours volontaire pour ce genre de choses. Lt Swank, Claude Galley, John Frickey, Rock Veilleux, et moi-même fîmes mouvement vers le nord vers Quillan avec des explosifs. Je ne sais pas quelles routes nous avons pris pour y aller. A priori nous avons dû passer en restant inaperçu par Couiza et Espéraza. Nous étions guidés par nos maquisards FTP. Nous devions faire sauter la route au nord d’Alet à l’endroit où la rivière Aude coule dans une gorge étroite. Les gros blocs de rochers tombant de la falaise sur la route devraient arrêter le convoi allemand qui devrait s’arrêter pour dégager les cailloux. A ce moment là nous pourrions leur tirer dessus. A ce moment là une ambulance de la Croix Rouge arriva venant du sud. Le chauffeur a vu ce que nous faisions et a averti les allemands. L’escorte du convoi ennemi monta à l’assaut face à nous plus rapidement que prévu et nous prit avant que l’on soit totalement prêt. En plus, Lt Swank et Galley ont eu des problèmes avec les explosifs, qui n’ont pas fait les dégâts attendus. Ils n’eurent pas le temps de positionner d’autres explosifs. La route n’était pas bloquée, et un groupe de robustes soldats allemands montèrent à l’assaut sur la route tirant avec tout ce qu’ils avaient. A ce moment Lt Swank a été touché et tué. Je ne sais pas exactement comment il fut touché. Claude Galley fut touché gravement à la main. Il se débrouilla pour s’échapper. Et pour ma part, j’étais seul sur le talus surplombant la route étant convenu que je devais la couvrir. Deux allemands montèrent le talus en face de moi. Ils voulaient me descendre. Un des deux, dit clairement en allemand : « Recht fünf meters » (à droite cinq mètres).Ils parlaient de moi. Ils lancèrent une grenade à main de la grosseur d’une patate qui atterrit vraiment très près de moi et quand elle explosa, mon calot de laine vola. J’ai été touché à la cuisse droite (à ce moment je n’ai pas réalisé que j’étais légèrement blessé).
Alors j’ai eu trois choix :
Je me rends : Non
Je combats : Non, ils étaient deux avec des mitraillettes et j’étais seul.
Je vole : Oui
Je me suis rappelé nos ordres : ne pas combattre s’ils sont plus nombreux que nous. Alors j’ai volé. J’ignorais que j’étais blessé, même légèrement. J’ai monté la montagne. J’ai entendu quelques coups de feu dans la nuit. J’ai dormi dans la montagne. J’étais terrorisé, craignant d’être tué, d’être fait prisonnier ou je ne sais quoi encore…. La nuit est tombée. J’étais tellement fatigué par tout ça que je me suis arrêté dans un endroit touffu en haut de la montagne, en grignotant un petit bout de menthe de la ration de survie et je me suis endormi rapidement. Tôt dans la matinée je me suis réveillé, je me sentis bien parce que j’étais toujours vivant. J’ai pensé que le meilleur chemin serait de passer sur l’autre versant de la montagne et voir ensuite ce que je pourrai faire pour rentrer à Quillan… J’ai finalement aperçu une ferme ou ce que je pensais être un corps de ferme. Je l’ai surveillé pendant un long moment pour être sûr qu’il n’y avait pas d’allemands. J’ai couru un petit peu, approchant avec précautions, m’arrêtant de temps en temps, toujours en surveillant. J’ai ensuite foncé dedans et j’ai dit rapidement : « Pas d’allemands aux alentours ? » « Non » Alors j’ai dit : « S’il vous plaît, donnez moi quelque chose à boire. » Ils m’ont donné un peu d’eau et certainement quelque chose à manger… En arrivant à Quillan, j’ai appris que le Lt Swank était mort, il avait été tué. Je fus choqué… Je me rappelle nettement le Lt Weeks agenouillé devant le cercueil ouvert et tenant la main froide du Lt Swank…

Témoignage de Jean Kohn, extraits de son livret «A civilian in uniform 1943-1945 »
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Re: Resistance dans l’Aude.

Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de le pitaine  Nouveau message 12 Jan 2013, 12:05

et celui-ci toujours emprunté au même site:

DANTON André Abattut
« ….Quelques jours plus tard alors que j’étais de garde sur le pont de Quillan et après s’être accroché avec Bayard (Lajou) sur la position que j’occupais, Garrouste m’appris le combat des gorges de Cascabelle ou plusieurs maquisard de Puivert avaient trouvé la mort. Il fût décidé de couper le retour des Allemands vers Carcassonne. Le lieu choisi : les gorges d’Alet. Avec ma moto, j’ai pris la route jusqu’à Couiza, j’ai tourné vers La Serpent, pour rejoindre la route de Limoux. A l’entrée de la ville je me suis renseigné sur la présence éventuelle d’Allemands. Précédant un camion chargé d’hommes et d’explosif, avec en selle un guérillero espagnol nommé Cordoba, je me suis avancé jusqu’au gorges d’Alet. Une fois l’endroit choisi (lieu dit l’étroit d’Alet), avec les Américains au nombre de cinq : Lt Swank, Galley, Kohn, Frickey, et Veilleux et une dizaine d’hommes du maquis (Caplan, Montcalm, Moïse, Cordoba, Pépé, Danton.. et d’autres) nous avons surveillés la route et en empêchant toute circulation, à l’exception d’une voiture contenant un blessé. Les occupants de cette voiture, de l’avis de tous, ont certainement renseigné les Allemands sur la position du groupe. La mission était de faire écrouler la falaise et ainsi bloquer la retraite aux Allemands. Après l’explosion, le groupe se positionna sur les hauteurs de la route. Le résultat ne fut pas celui prévu, la route n’était pas totalement barrée. Le Lt Swank et moi même nous nous sommes avancés en moto vers les rochers pour voir le résultat. Au même moment les Allemands arrivés sur place ouvrirent le feu les premiers. J’ai abandonné ma moto en catastrophe et rejoignis un américain sur le talus (Georges ?), Swank et Galley restèrent au bord de la route pour couvrir le repli du commando. Ils tirèrent coup par coup et ajustèrent leurs tirs, faisant des victimes dans les rangs ennemis. Au bout d’un moment Je suis redescendu vers la route pour voir ce qu’il s’y passait et j’ai aperçu la camionnette Renault qui avait servie au transport entourée d’allemands. J’ai vu également des soldats autour du corps de Swank. J’ai tiré en remontant le talus sous le feu des Allemands. J’y ai retrouvé Georges lorsque plusieurs grenades nous arrivèrent dessus, l’Américain en renvoya une mais une seconde nous blessa tous les deux, moi à la cuisse et le soldat à la main. Je me suis caché dans une anfractuosité de la roche et je me recouvert de branches en espérant échapper aux Allemands. Plusieurs soldats passèrent à proximité sans me voir. Je n’avais pas mangé à ma faim depuis plusieurs jours et j’étais très affaibli par cette blessure, j’ai perdu plusieurs fois connaissance. A minuit alors que les cloches d’Alet sonnaient les douze coups, les Allemands décrochèrent et descendirent sur la route, ils s’affairèrent et discutèrent autour des camions qui pour l’occasion avaient été protégés par des sacs de farine…. »
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Re: Resistance dans l’Aude.

Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de norodom  Nouveau message 12 Jan 2013, 23:46

le pitaine a écrit:cher Roger, j'allais vous poser la question, mais vous veez d'y répondre

je compte sur vous pour raconter votre passage au maquis de la région de Quillan !
Salvezine (Jean Robert-Faïta), ancien de Picaussel, Puivert ??

j'ai pu lire pas mal de documentations sur les évênement du mois d'août 1944 dans la région.
Il c'est passé beaucoup de choses et parfois silmutanément. Je suppose que la retraite allemande ordonnée depuis le 16 août y fut pour quelque chose.
Je crois penser que votre descente des alentours de Quillan avec le maquis, correspond avec les mouvements des maquis se rendant sur Limoux, Carcassonne ?
les 19 et 20 août correspondent avec l'évacuation ennemie de Carcassonne. Des colonnes allemandes venant de Toulouse (éléments retardés de la 11e Pzr plus des reliquats d'autres unités), des Pyrénées (Ariège...etc), d'Aquitaine (qui évitent le massif central) s'échelonnent parfois lourdement armées (tanks, canon DCA...etc) ou simplement sur charettes à pied, vélo ..etc, c'était la débacle allemande.
Le 20 août est une date triste pour la ville de Carcassonne qui va vivre le passage d'une unité, qui semble avoir été SS et qu'alors, selon les témoignages relevés dans les 2 tomes de Monsieur Julien Allaux, les maquis n'avaient pas encore atteind la ville, afin d'éviter les combats en agglomération et ainsi protéger la population civile. (cf le blog : Histoire de Carcassonne de Monsieur Martial Andrieu)
J'ai lu que les maquis se sont rassemblés à Carcassonne à partir de 24 août.

Limoux est libéré les 22 et 23 août


Jean-Pierre,

J'ai noté en gras les détails qui font l'objet de rectifications...

- Je ne suis jamais allé à Quillan... Le 20 août, peu après 11 heures, à bord d'une moto conduite par un résistant, j'ai quitté Carcassonne pour rejoindre la ville de Limoux, dans laquelle le Maquis qui venait de Quillan est arrivé en début d'après-midi de ce même 20 août. Limoux était à ce moment là, "apparemment" vidée de tout occupant.
Je précise "apparemment" car dès le lendemain matin, vers 7 ou 8 h, quatre allemands cantonnés dans une cabane de vigneron, ont été faits prisonniers par un groupe de l'AS conduit par deux Canadiens. Je reparlerai de cela lorsque j'en viendrai à mon récit du périple du 20 août 1944 au soir, au 22 août 1944 dans l'après midi.

- Dans la colonne partie de Toulouse dans l'après-midi du 19 août, il n'y avait pas d'unité de panzers, pas de SS... uniquement des unités de la Wehrmacht... donc pas de tanks... uniquement des automitrailleuses et quelques véhicules blindés de transport avec à bord, outre le matériel courant, quelques mitrailleuses lourdes antiaériennes... je n'ai vu aucun canon.
L'ensemble était entièrement motorisé... ni charrettes, ni vélos, ni brouettes.
Quant à l'image de la débâcle, je puis assurer en témoin que j'en ai été, que l'ensemble était assez impressionnant et que toute intervention armée directe aurait été à coup sûr une opération suicidaire. Cette situation se présenta sensiblement différente après le passage de la région de Montpellier. Mais là, heureusement pour moi j'avais pris "la poudre d'escampette" bien avant.
Mais ce que je sais, c'est qu'à plusieurs reprises, la tête de la colonne, toujours précédée par une ou plusieurs auto-mitrailleuses a été mitraillée et attaquée avec des bombes incendiaires de petit calibre, par un seul appareil anglais... pourquoi un seul ???

Sur le passage d'une unité allemande à Carcassonne le 20 août, cela me semble normal. Car si la date du 19 au soir était prévue pour le ralliement d'unités au gros de la colonne venant de Toulouse, il y a eu à coup sûr des éléments qui pour diverses raisons sont arrivés en retard au rendez-vous.
J'en ai aperçu le 22 qui arrivèrent plus en retard. Il y en eut plus tard encore et pour qui le plus probablement, à quelques exceptions près la route prit fin.
Mais encore une fois il n'y avait pas de SS dans ces unités.
On peut considérer que sauf quelques dangers minimes, pouvant être facilement éradiqués, Carcassonne tout comme Limoux furent libres dès le 20 août 1944

Dans les récits que tu as développés, la fin tragique d'une unité FTP dans les Gorges de l'Aude, m'a été racontée à Bram par des gars qui ont perdu plusieurs de leurs copains.
Le récit était assez impressionnant, d'autant que certains ont employé des termes évocateurs, tels que "ils nous ont tiré comme des lapins". Tout cela est infiniment triste mais fait apparaître qu'il y eut hélas! beaucoup d'erreurs commises dans l'évaluation des dangers.

Je termine par quelques lignes sur la présence d'Américains qui furent parachutés dans la région de Quillan. En fait, d'après ce que j'ai appris à Limoux, il s'agissait de Canadiens. J'ai personnellement eu un court entretien avec l'un deux qui venait de l'Ontario.
Leur présence était tout particulièrement précieuse lorsque une unité allemande était en difficulté et que se présentait l'opportunité d'une négociation de reddition.
Les Allemands ne voulaient surtout pas se rendre aux FTP, dont ils craignaient les représailles.
Cela se présentait mieux avec l'AS et tout à fait bien avec les Américains.
Le procédé était simple, il s'agissait de convaincre les Allemands de la présence d'Alliés sur les lieux et encore de les persuader qu'ils n'avaient plus aucune chance de rattraper les leurs et que dès leur reddition ils seront traités comme des prisonniers de guerre.
C'est ce type de situation que j'ai personnellement connu en septembre 1944 dans la région forestière au sud d'Autun.

Amicalement,
Roger


 

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