Post Numéro: 13
de Christian27
08 Jan 2025, 11:39
Joseph Brocard, dernier survivant du Réseau Agir, s'est éteint à 88 ans à Gattières (17 février 2009). Trop peu reconnu en France, cet homme a pourtant servi son pays avec courage.
Un parcours héroïque
Le 8 décembre 1941, âgé de 21 ans, il tente de rallier la France libre en passant clandestinement par la Suisse. Il échoue et se présente au Service des Renseignements Suisses, qui lui propose de devenir agent d'un réseau de renseignements : le Réseau Agir, dirigé par Michel Hollard. Sa détermination et son efficacité interpellent. A pied et à vélo, sous différentes identités, il effectue un travail d'espionnage des plus précis. Il parvient à identifier les mouvements des troupes allemandes, relève fortifications, blockhaus, défenses aériennes et sous-marines, situés en « zone rouge interdite ».
Grâce à lui, les alliés ont un coup d'avance. Il parcourt ainsi toute la côte Atlantique pour alimenter, au péril de sa vie, le réseau. Sa plus grosse découverte reste les rampes de lancements des premiers missiles V1 et V2, installés le long de la côte de la Manche.
Torturé par les SS
Sa discrétion est sa plus grande arme. Pourtant, le 15 juillet 1943, il est arrêté sur un aérodrome de la défense côtière du Calvados. Torturé pendant plusieurs jours par les SS, il parvient à s'échapper en sautant du 4e étage de la prison. Dans sa chute, il se brise la colonne vertébrale en trois endroits mais arrive tout de même à s'en sortir.
Rapatrié en Suisse par Michel Hollard, il est soigné et remis sur pied par les techniques les plus modernes de l'époque. Son compagnon Michel Hollard est, lui, capturé et déporté. Joseph Brocard reprend alors la tête du réseau.
Plusieurs fois médaillé, il était, selon ses proches, « un homme d'un courage exceptionnel, extrêmement droit, d'une volonté indéfectible, ce qui lui a permis de rester en vie malgré un manque de patience et de diplomatie qui lui ont parfois joué des tours ».
Ses obsèques ont eu lieu, à l'église de Gattières, en présence de délégations helvétique et britannique, de représentants des Anciens combattants et du Réseau Agir.
Article du Monde
Dernier survivant du réseau de Résistance Agir, Joseph Brocard est mort à l'âge de 88 ans, a annoncé sa famille.
Agir avait été créé en 1941 par le colonel français Michel Hollard, que les Britanniques surnommèrent, à la fin de la guerre, "l'homme qui a sauvé Londres". Rattachés à l'Intelligence Service, les membres du réseau comptaient une centaine de personnes, parmi lesquelles le poète Robert Desnos. Ils ont notamment fourni, via l'ambassade du Royaume-Uni en Suisse, des informations essentielles sur l'emplacement des bases de fusées V1 lancées par les Allemands sur la capitale de la Grande-Bretagne.
Ces missiles d'une portée de 250 kilomètres ont provoqué des dégâts considérables à Londres et dans sa banlieue. Semblables à un petit avion, ils emportaient 500 kg d'explosifs à une vitesse de 600 kilomètres à l'heure.
Les hommes d'Hollard détectèrent une soixantaine de sites de lancement le long de la côte française du Pas-de-Calais, de la Somme, de la Seine-Maritime et du Cotentin. Ils fournirent les caractéristiques techniques précises de ces bombes volantes. Grâce à la qualité de leurs renseignements, les Alliés ont pu bombarder et détruire 90 % des installations allemandes. Michel Hollard et quatre membres de son réseau ont fini par être arrêtés à Paris, le 5 février 1944.
Joseph Brocard avait reçu de nombreuses décorations pour ses faits d'armes, parmi lesquelles, outre la Légion d'honneur et la Croix de guerre avec palmes, la King Medal for Courage décernée par les Britanniques.
Le Monde