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pétain, acteur malgré lui ou pleinement engagé

Dans ce sous forum sont rassemblées les archives de tous les débats thématiques du forum.
MODÉRATEUR: Prosper

Nouveau message Post Numéro: 81  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 05 Oct 2007, 14:00

Pour commencer, les parlementaires étaient bel et bien 27, et pas 19. La référence citée - en l'occurrence Jacques Benoist-Méchin - est irrecevable, car dépourvue de mention précise.


Guderian13 a écrit:Ébeh ! Mais ils étaient pour les autres parlementaires restés, considérés comme des "réfractaires"...


Des réfractaires à la capitulation - laquelle allait d'ailleurs prévoir une clause selon laquelle les ressortissants allemands qui s'étaient réfugiés en France à cause de leur opposition au nazisme (article 19).



Celà dit ces "personnalités" étaient franchement rejetées par les Français, parceque toutes avaient participé à des ministères des années 30 et donc étaient considérés comme responsables de le raclée qu'ils encaissaient.


Pour rappel, l'opinion publique avait d'autres préoccupations, en cet été d'immense chaos résultant d'un non moins immense désastre.

Mais puisque vous nous avez cité Jacques Benoist-Méchin, permettez-moi de vous rendre la pareille (Jacques Benoist-Méchin, Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident, tome 2, Albin Michel, 1956, p. 387) :

Dans la soirée [du 20 juin, N.D.L.R.], le groupe de parlementaires embarqués se grossit d'un certain nombre d'anciens ministres du Cabinet Reynaud : Daladier, Mandel, Campinchi, Delbos, ainsi que MM. Jean Zay, Viénot, Tony Réveillon et Mendès-France.

Les gens qui les voient s'en aller les conspuent au passage, et le dialogue suivant est entendu sur le quai :
- "Les Allemands sont là ?"
- "Non, pas encore."
- "Alors, tous ces gens qui s'en vont sont des lâches ?"
- "Du tout. Ce sont les "durs", ceux qui veulent poursuivre la guerre à outrance."
- "Et les autres ?"
- "Ce sont des lâches !"
- "Alors ils s'en vont aussi ?"
- "Non, ceux là, ils restent !"

Situation paradoxale à laquelle personne ne comprend plus rien.

Aussi le départ du Massilia est-il retardé par une série d'incidents : pour commencer, les marins se refusent à appareiller. Puis ils manifestent violement leur hostilité contre certains parlementaires auxquels ils reprochent d'abandonner la France. Jean Zay, encore en uniforme, est pris à parti et giflé. Son képi vole sur le pont. Campinchi, qui était Ministre de la Marine moins d'une semaine auparavant, harangue l'équipage et réussit à le calmer.


Le malentendu a pu être dissipé, et le voyage se déroulera sans histoire.



D'ailleurs, au moment de l'embarquement sur le Massilia, certains d'entre eux avaient été molestés par l'équipage qui avait même menacé de se mettre en grève... Il faut bien comprendre l'état des esprits dans ces jours là. Chaque jour aménait ses nouvelles de catastrophes... il y avait des centaines de milliers de réfugiés qui commençaient à déferler dans le sud de la France.
On ne peut pas comprendre les événements si on ne fait pas l'effort de se poser la question: "Qu'est-ce que j'aurais fait, moi, le 22 (ou le 23, ou le 24...) juin 1940 ?"


Précisément. Mais contrairement à ce que vous insinuez, l'attitude de certains membres de l'équipage résulte moins d'une hostilité à la République (du moins à certains républicains) que d'un malentendu. Ils n'avaient pas été informés de la véritable nature de ce départ, que dans leur optique défaitiste ils assimilaient à une fuite. Le malentendu était d'autant plus navrant que les fameux parlementaires du Massilia étaient précisément ceux - du moins pour la plupart d'entre eux - qui s'étaient efforcés, depuis les années trente, de remettre le pays sur les rails, face à la menace nazie.

Par ailleurs, le moral des marins français était, pour l'heure, bien bas, et l'indiscipline se répandait comme une traînée de poudre, dès la seconde quinzaine de juin, d'où un grand nombre de mutineries (Hervé Coutau-Bégarie & Claude Huan, Darlan, Fayard, 1989, p. 299). L'indiscipline - somme toute éphémère - de l'équipage du Massilia n'était pas une exception à la règle.
« Choisir la victime, préparer soigneusement le coup, assouvir une vengeance implacable, puis aller dormir… Il n'y a rien de plus doux au monde » (Staline).

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Nouveau message Post Numéro: 82  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 05 Oct 2007, 16:28

Pffff, chaque fois qu'on se trouve un bon petainiste de course qui permets a Nicolas Bernard de se dechainer et a votre humble serviteur de rajouter 3 bricoles, les mechants modos le virent, nous empechant de le clouer au pilori pour de bon.
Frustrant.
:mrgreen:


 

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Nouveau message Post Numéro: 83  Nouveau message de Bruno Roy-Henry  Nouveau message 06 Oct 2007, 10:33

Je regrette personnellement le ton trop passionné de ces échanges. Selon moi, Pétain est une sorte de bouc-émissaire, dans la mesure où il n'a pas été très lucide et où on doit le considérer comme sénile jusqu'à un certain point.

J'ai toujours soigneusement distingué le Vichy qui va de juillet 40 au 15 avril 1942, de l'autre, incarné par Laval. A cette date, Pétain n'était plus qu'un pantin qui ne tirait plus aucune ficelle...


 

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Nouveau message Post Numéro: 84  Nouveau message de BAST  Nouveau message 06 Oct 2007, 11:35

Bruno Roy-Henry a écrit:Je regrette personnellement le ton trop passionné de ces échanges. ...


ça mon ami il faudra t'y faire ou bien te résigner à ne laisser que les érudits de l'histoire de la seconde guerre mondiale à étaler leurs connaissances aux autres.
je dis ça sans aucune animosité envers qui que ce soit, mais force est de constater que la création de la section: LE COIN DES DEBUTANTS montre bien qu'il ya un déséquilibre.
c'est d'ailleur bien pour ça que depuis un certain temps, je prends rarement part à des débats qui fâchent.

désolé pour le HS.


 

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Nouveau message Post Numéro: 85  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 06 Oct 2007, 14:51

Petit point technique : la notification des réponses a des ratés, c'est pourquoi je viens de prendre connaissance de tous les post... érieurs à mercredi.

Il me semble que Nicolas et Daniel ont fait les mises au point qui s'imposaient. En revanche, je ne comprends pas l'intervention de Bruno. Le fait d'avoir empêché sciemment de siéger les ténors radicaux du Front populaire est bel et bien une sacrée tache sur les débuts du pétainisme, non ?

D'autre part, la distinction entre un Vichy de Pétain plus ou moins acceptable jusqu'en avril 42 et un autre, haïssable, de Laval ensuite, est démentie par toutes les analyses depuis trois décennies, et ce sous deux angles : Pétain "se rue à la servitude", pour parler comme de Gaulle, dès le début (et notamment en empêchant les "Juifs" Mandel, Zay et Mendès France de siéger les 9 et 10 juillet); après le retour de Laval au pouvoir, il est loin d'être sans responsabilité sur le cours des choses. Et pour toute la période, sa sénilité a bon dos.

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Nouveau message Post Numéro: 86  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 06 Oct 2007, 15:40

François Delpla a écrit:Et pour toute la période, sa sénilité a bon dos.

Mais parlons-en de sa "senilite" !
Il suffit de voir, ou de lire, de quelle facon il a vecu son proces en 1945, avec quelque "surdite selective" pour se convaincre qu'il etait parfaitement maitre, sinon de son corps, mais du moins de sa pensee, et ce jusqu'au bout !


 

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Nouveau message Post Numéro: 87  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 06 Oct 2007, 18:00

Bruno Roy-Henry a écrit:Je regrette personnellement le ton trop passionné de ces échanges.


C'est en ce cas oublier qu'on ne débat pas avec des négationnistes ou des thuriféraires vichystes, lesquels cherchent à développer leur propagande. Il y a le mensonge d'un côté, sa réfutation de l'autre.


Selon moi, Pétain est une sorte de bouc-émissaire, dans la mesure où il n'a pas été très lucide et où on doit le considérer comme sénile jusqu'à un certain point.

J'ai toujours soigneusement distingué le Vichy qui va de juillet 40 au 15 avril 1942, de l'autre, incarné par Laval. A cette date, Pétain n'était plus qu'un pantin qui ne tirait plus aucune ficelle...


Cette thèse, propagée par les milieux nostalgiques du pétainisme, n'a plus cours depuis des décennies, réfutée par de nombreux travaux d'historiens. J'ai déjà livré une bibliographie indicative sur la question, à laquelle je vous renvoie - voir plus haut dans le fil. J'ose préciser que le fait a été déjà révélé au cours du procès Pétain, en 1945.

Quant à la sénilité de Pétain "jusqu'à un certain point" (mais lequel ?), je serais fort curieux de connaître vos sources.

Certes, Pétain était âgé et pouvait souffrir de quelques absences, au point qu'un de ses amis personnels, le colonel Jean Jacquy, sénateur de la Haute-Saône en 1940, déclarait à son sujet : "C'est un homme remarquable mais il a quatre-vingt-quatre ans, il est bien pendant quatre jours, mais le cinquième, il ne vaut plus rien..." (cité in Louis Noguères, Vichy, juillet 40, Fayard, 2000, p. 10).

Il y a toutefois lieu de modérer un tel jugement. Pétain, nous révèle l'un de ses meilleurs biographes, Marc Ferro, savait se montrer discret, car "prudent, très prudent" (Marc Ferro, Pétain, Hachette-Pluriel, 1993, p. 120). Il pouvait se dissimuler derrière son grand âge, et ses silences résultaient moins d'absences indiquant la sénilité que d'une habileté tactique. Le Maréchal ne se lançait pas dans de tonitruantes déclarations pour révéler sa pensée : plus simplement, il s'abstenait de désapprouver.

Toujours est-il que les années de Vichy ne révèlent pas un Maréchal réduit à l'état d'un cadavre ambulant ou d'un vieillard shooté à la beuh, bien au contraire. L'argument de la sénilité se retourne d'ailleurs contre ceux qui l'invoquent. Si vraiment Pétain se savait à ce point malade, pourquoi s'est-il cramponné au pouvoir ?
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Nouveau message Post Numéro: 88  Nouveau message de Sapeur-mineur  Nouveau message 06 Oct 2007, 18:11

Autre question:

Qui est allé chercher Pétain à Madrid et l'a désigné comme Chef du Gouvernement ?


 

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Nouveau message Post Numéro: 89  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 06 Oct 2007, 19:07

Pétain, ambassadeur à Madrid depuis 1939, où il était chargé de normaliser les relations entre la République française et la dictature de Franco, avait refusé de revenir en France s'il ne lui était pas attribué de poste de premier plan.

C'est ainsi que le 11 septembre 1939, il avait rejeté - non sans mépris - la proposition d'Edouard Daladier, alors Président du Conseil, de l'intégrer dans un gouvernement d'union nationale. Il entendait ainsi marquer son hostilité à certains "choix politiques", tout en expédiant en France l'un de ses adjoints, Loustanau-Lacau, sonder l'opinion publique et les milieux politiques afin de déterminer son poids sur l'échiquier des combinaisons politiciennes. Il avait pu constater, non sans satisfaction, qu'auréolé de son prestige de vainqueur de Verdun il jouissait d'une louable réputation tant en France qu'à l'étranger.

A l'issue de cette petite enquête, le Maréchal tenta par deux fois de revenir en France. Loustanau-Lacau avait pris contact avec Pierre Laval, et les deux hommes en étaient venus à se demander si un gouvernement dirigé par ce dernier et Pétain ne serait pas un bon choix. Ainsi le "héros de Verdun", qui rejetait officiellement avec hauteur toute compromission avec les "combines parlementaires", ne les dédaignait-il pas secrètement...

Mais le gouvernement Daladier tenait bon, et Pétain demeura en Espagne, où il participa de très près aux négociations franco-espagnoles aboutissant à la restitution à Franco de l'or confié à notre pays par la défunte République espagnole. Cette décision avait été prise par le successeur de Daladier, Paul Reynaud, lequel envisageait dès avant l'offensive allemande du 10 mai 1940 de faire appel au Maréchal pour fortifier sa faible légitimité politique.

Le 17 mai 1940, alors que la guerre était perdue depuis quelques jours déjà, Reynaud passa de la parole aux actes : "Dites lui de prendre la fonction qu'il voudra mais que sa présence immédiate est indispensable, qu'on a besoin de lui." Assuré de recevoir un poste à la hauteur de ses attentes, Pétain, enfin, daigna quitter Madrid. Le 18, il se mettait à la disposition du gouvernement.

Ce n'était assurément pas pour "faire à la France le don de sa personne" qu'il était parti. Au 17 mai 1940, il cernait mal la gravité de la situation militaire. Il voulait tout simplement, à l'occasion de la guerre, jouer un rôle majeur dans la vie politique française.

Par la suite, il manoeuvra avec suffisamment d'habileté, usant de ses fameux silences, voire du chantage à la démission, pour accroître son influence, et prendre le pouvoir le 16 juin 1940, profitant d'une nouvelle erreur de calcul de Paul Reynaud, une de plus...
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Nouveau message Post Numéro: 90  Nouveau message de Bruno Roy-Henry  Nouveau message 07 Oct 2007, 10:27

C'est bien ce que je dis, le débat est bien trop passionné pour que je m'y risque à y jouer l'avocat du diable...

On sait d'ailleurs où vont mes préférences (ceux qui me connaissent). Néanmoins, je déplore le ton et les envolées de Nicolas Bernard qui -en la matière- adopte plus le ton d'un procureur que celui de l'historien objectif.


 

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