Pour en revenir au sujet de la motorisation aérienne, à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, le moteur à piston avait atteint ses limites. Il s'agissait, certes, d'une magnifique construction "d'une précision d'horlogie" surdimensionnée, mais ses capacités d 'augmentation de puissance s'étaient avérées limitées, par les contraintes dimensionnelles et de poids qu'elles impliquaient, tandis que son entretien périodique était, lui-même, devenu de plus en plus compliqué et complexe.
J'avais, moi-même connu la fin de cette période de transition, du temps où j'avais usé mes fonds de culotte dans l'Aéronavale. Les vieux mécanos expérimentés, dont certains, au sein de la Maistrance, servaient depuis l'automne 1944 (!), avaient, à juste titre, tiré la tronche". La mise en service de la turbine, qu'il s'agisse du réacteur ou du turbo-propulseur, les avait privés de pouvoir exprimer correctement leurs réelles compétences techniques.
Du jour, au lendemain, les travaux mécaniques pointus qu'exigeaient, jusque-là, les moteurs à pistons, s'étaient résumés à des visites "périodiques" de l'état "visuel" des ailettes des turbines et le changement éventuel d'un accessoire extérieur "secondaire" ou d'un boitier, les gros travaux sur les turbines et les réacteurs étant dorénavant devenus "domaine réservé" du constructeur ou de celui qui disposait de la licence "d'exploitation"!
En cette occurrence, l'Aéronavale, suivant l'exemple de l'Armée de l'Air, s'était aimablement faite "enfumer" par les "constructeurs civils", qui avaient vite pigé, profitant, tout à la fois, de la relative simplicité mécanique de la "turbine", des toutes premières avancées "électroniques" (cantonnés dans des boitiers facilement démontables) et (surtout) de l'intérêt économique, que leur réservait, désormais, en se débrouillant avec les plus hautes autorités militaires, pour convenir de la limitation intentionnelle du niveau (général) de l'intervention technique du personnel militaire!
Cà avait été une réussite, car nos firmes spécialisées civiles - à l'époque, Sud-Aviation, Dassault, Turboméca, etc. - étaient alors parvenues à convaincre, sans trop de difficultés, nos états-majors!

Le résultat "indirect" de ces dispositions avait amené à devoir, au fil du temps, "réduire les compétences générales techniques" du personnel militaire spécialisé (notamment, au sein de l'Aéronavale)... mais, bon, tout çà date, désormais de plus de 50 ans, voire 60 ans!
