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La Société des Nations (Episode 1)

Le traité de Versailles donne lieu à l'instauration de la République de Weimar puis à la montée du National Socialisme. Quelques années plus tard, l'annexion des Sudètes et de l'Autriche annonce les prémices de la seconde guerre mondiale.
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La Société des Nations (Episode 1)

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Invité  Nouveau message 04 Juil 2005, 11:39

Salut,
puisque la saison estivale bat son plein je vous propose de suivre une petite série genre saga de l'été sur l'histoire de la Société des Nations en 3 ou 4 épisodes (j'ai pas fini d'écrire le scénario...).
Avant toute chose, je tiens à préciser qu'il existe 3 abbrévations différentes pour Société des Nations : SDN, S. D. N. ou SdN. Les 3 sont correctes et peuvent être utilisées indifféremment. Cependant, la règle veut que le choix soit permanent dans un texte, autrement dit quand vous choisissez une des abbréviations pour un texte, le mieux c'est de s'y tenir... :wink:

Episode 1

De sérieux antécédents à défaut de bases solides (XVIe s. – 1914).
C’est en Europe que s’imposent, dès le XVIe siècle, les premières réflexions sur la création empirique d’un droit international destiné à régler les relations entre les États et à faire régner la paix universelle. Parmi les philosophes et les juristes qui animent cette réflexion, le jésuite espagnol Francisco Suárez (1548-1617), auteur de De Bello, et, surtout, le Hollandais Hugo de Groot (1583-1645), auteur de De jure bellis ac pacis, vont donner naissance au droit des personnes, l’un des fondements du droit international, basé sur la nécessité, selon eux, de mettre fin aux guerres en les réglementant ou, mieux, en les prévenant.
Cependant, les guerres de religion et de conquête, qui frappent le continent européen, poussent les diplomates à mettre en place un nouvel équilibre des forces en Europe, notamment par les traités de Munster et de Westphalie en 1648, qui scellent la guerre de Trente Ans (1618-1648). Cet équilibre, fondé sur le droit dynastique, reste en vigueur jusqu’en 1789 et est même conforté par les deux conflits majeurs du XVIIIe siècle – la Guerre de Succession d’Espagne, achevée en 1713, et la Guerre de Sept Ans (1756-1763). C’est ainsi que l’abbé de Saint-Pierre, de son vrai nom Charles Irénée Castel (1658-1743), préconise en 1713, dans son Projet de paix perpétuelle, la formation d’une ligue de souverains européens dotée d’un tribunal et d’un congrès permanent.
Mais après les révolutions américaine et française apparaît sur la scène de l’histoire la notion de droit des peuples ou des nations, qui remet en cause le droit dynastique. Durant les guerres de la Révolution et de l’Empire (1793-1815), ces deux notions s’opposent et influencent largement les relations internationales. La défaite de l’Empire napoléonien voit le triomphe des droits des dynasties sur celui des peuples au congrès de Vienne, qui inaugure une période de paix relative de trente années.
Cependant, lors de deux conférences internationales organisées à Londres, plusieurs puissances appuient d’abord la reconnaissance du droit des peuples, puis la défense des droits nationaux. La première conférence (1827-1832), qui réunit la France, la Grande-Bretagne et la Russie sur la question gréco-turque, aboutit à l’autonomie de la Grèce en 1829. La seconde (1830-1831), qui réunit l’Autriche, La France, La Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie sur la question belge, se conclue par la déclaration d’indépendance et de neutralité de la Belgique.
Avec le « printemps des peuples » de 1848, les revendications nationales ensanglantent à nouveau l’Europe amenant l’opinion à défendre l’idée de la protection des droits des peuples défendue lors des conférences londoniennes.
Par ailleurs, les conditions de plus en plus meurtrières de la guerre aboutissent à la reconnaissance comme sujet diplomatique des soldats blessés, des prisonniers, puis des civils et, peu à peu, la définition du droit international se tourne vers la protection des populations prises dans les conflits. C’est ainsi que, le 22 août 1864, une convention sur les devoirs humanitaires au cours des conflits armés est signée officiellement à Genève par quatorze pays, qui reconnaissent ainsi les efforts du philanthrope suisse Henri Dunant (1828-1910) pour atténuer les « horreurs de la guerre ». Cette convention consacre le principe selon lequel les militaires blessés ou malades doivent être respectés et soignés sans distinction de nationalité, les services de santé (ambulances et médecins) devant agir en toute neutralité : le personnel soignant peut être armé, mais uniquement pour se défendre, et doit porter un signe distinctif : une croix rouge sur fond blanc.
Mais ceux qui militent pour la paix savent que leurs efforts seront vains si les gouvernements du monde entier n’acceptent de s’impliquer et de coopérer activement. Dès lors, grâce au travail de nombreuses sociétés pour la paix, dont les plus actives et les plus puissantes se trouvent à New York, à Londres et à Genève, les puissances occidentales engagent des discussions internationales tendant aussi bien à organiser la conquête du monde (par exemple le partage de l’Afrique en 1884 à Berlin) qu’à réguler les conflits qui surgissent entre elles.
Reprenant l’idée de la mise en place d’un « forum international » où les gouvernements pourraient se réunir pour discuter de leurs différends plutôt que d’en venir aux armes, William Randal Cremer, pacifiste britannique et membre de la Chambre des députés, et Frédéric Passy, fondateur de la Ligue internationale et permanente de la paix et membre du Parlement français, créent, en 1889, l’Union interparlementaire (UIP ; http://www.ipu.org). À l’origine simple association de parlementaires, dont les objectifs sont de promouvoir l’arbitrage international et la paix dans le monde en obligeant leurs gouvernements à résoudre leurs problèmes en ayant recours au règlement pacifique et à l’arbitrage, l’Union interparlementaire devient rapidement un foyer de la concertation et de la diplomatie parlementaire entre législateurs de différents systèmes politiques et, donc, la première organisation politique vraiment universelle. Ses conférences annuelles permettent aux États de parfaire les processus d’un arbitrage international et en 1914, elle réunit un tiers des parlementaires des 24 États parlementaires de l’époque. Entre 1901 et 1914, six de ses membres les plus éminents obtiennent le Prix Nobel de la paix (1901, le Français Frédéric Passy ; 1902, le Suisse Albert Gobat ; 1903, le Britannique William Randal Cremer ; 1908, le Danois Fredrik Bajer ; 1909, le Belge August Beernaert ; 1910, le Belge Henri la Fontaine). En 1911, le Bureau de l’Union interparlementaire domicilié à Berne est transféré à Bruxelles (aujourd’hui le siège est à Genève).
Parallèlement, en 1892, à Berne, est créé le Bureau international de la Paix (BIP ; http://www.ipb.org), organe international conçu pour permettre aux associations européennes et nord-américaines œuvrant pour la paix dans le monde de se soutenir mutuellement et d’organiser chaque année des congrès universels pour la paix. On y retrouve des membres de l’Union interparlementaire comme le Danois Fredrik Bajer, premier président du BIP, ou le Suisse Albert Gobat et le Belge Henri La Fontaine. Sous l’impulsion de la pacifiste autrichienne Bertha von Suttner, qui en est la vice-présidente jusqu’à sa mort en 1914, le Bureau international de la Paix réussit à convaincre le tsar Nicolas II pour qu’il appuie l’organisation, en 1899 à La Haye, d’une conférence international pour la paix. En 1910, le BIP reçoit le prix Nobel de la paix.
La première conférence de la paix, organisée en 1899 à La Haye, se termine par l’adoption de trois conventions.
La première définit le statut des combattants réguliers (soldats faisant partie d’un groupement soumis à un chef responsable, respectant les règlements de la guerre et portant les marques extérieures du combattant, à savoir des armes réglementaires et un emblème national reconnaissable de loin) et leur garantit le respect de la convention de Genève de 1864, dont sont exclues de fait les troupes irrégulières (partisans, résistants…). La guérilla et la guerre totale sont déclarées hors la loi internationale.
La deuxième convention établit un tribunal international, le premier du genre, qui siègera à La Haye, capitale des Pays-Bas. Cette Cour internationale sera compétente pour tous les différends d’ordre juridique ayant pour objet l’interprétation d’un traité, tout point de droit international, toute violation d’un engagement international, tout contentieux sur les réparations dues à la rupture d’un engagement international.
Enfin la troisième convention cherche à limiter la dangerosité des nouvelles armes en interdisant notamment les balles dites dum-dum (qui éclatent dans le corps humain), l’utilisation de gaz ou de liquides asphyxiants ou empoisonnés.
Suite à la guerre russo-japonaise de 1905, le président des États-Unis propose une deuxième conférence de la paix qui se tient, de nouveau à la demande du tsar Nicolas II, à La Haye, du 15 juin au 18 octobre 1907 et rassemble 44 États. Elle se termine par la révision des trois conventions de 1899 et l’adoption de dix nouvelles.
Les nouvelles conventions proclament le désarmement, le règlement pacifique des conflits entre les pays tout en instituant des règles touchant les hostilités sur terre : la déclaration de guerre, ou l’ultimatum, doit être transmise aux pays tiers ; les villes déclarées « ouvertes » ne doivent en aucun cas subir de bombardements ; un statut des prisonniers de guerre est mis au point (les belligérants sont tenus de garantir une hygiène normale et des soins médicaux dans les camps de prisonniers, la libre pratique de la religion et le droit de correspondance sont reconnus, le travail imposé aux soldats ne peut avoir d’intérêt militaire, le personnel sanitaire et son matériel doivent bénéficier d’un régime favorable).
La Cour internationale permanente de justice de La Haye, dont l’existence et la légitimité sont confirmées, prescrit qu’il est interdit de recourir à la force avant son arbitrage et que le belligérant qui violerait les dispositions internationales serait condamné à verser une indemnité et considéré comme responsable de tous les actes commis par ses militaires.
Cependant l’acte final de la conférence, qui reprend les différentes conventions et plusieurs actes, n’est qu’une déclaration officielle qui n’est pas ratifiée par les États participants.
Une troisième conférence est prévue mais elle n’aura pas lieu car dès 1911, l’atmosphère est à la guerre en Europe. En effet, la mise en place de systèmes d’alliances militaires offensives et défensives aboutit à la naissance de blocs dont les intérêts s’opposent. Le premier est composé par l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, liées par la Duplice depuis 1879, et l’Italie, qui rejoint cette alliance en 1882 pour donner la Triplice. De l’autre côté, la France, liée à la Russie par l’accord défensif de 1892 contre l’Allemagne, est alliée à la Grande-Bretagne par l’Entente cordiale de 1904, qui est élargie en Triple-Entente avec la Russie en 1907. Le Japon est allié de la Grande Bretagne depuis 1902 et l’Italie se trouve dans une position ambiguë car, sans quitter la Triplice, elle s’est rapprochée de la France lors de la conférence d’Algésiras en 1906.
Par ailleurs, les sujets de discorde sont nombreux. Les crises de Tanger (1905) et d’Agadir (1911) sont les principaux heurts dans la « lutte » qui oppose la France, où subsiste depuis 1870 l’idée d’une revanche, et l’Allemagne, en pleine expansion et aux fortes ambitions coloniales. L’Angleterre tente de limiter l’expansion coloniale allemande qui menace sa domination du commerce international. L’Autriche-Hongrie et la Russie s’opposent sur la question balkanique liée à la question d’Orient : la Russie, sous couvert de son rôle de protectrice « naturelle » des Slaves, tente d’étendre son influence vers la Méditerranée tandis que l’Autriche-Hongrie, dont l’Empire comprend de nombreuses minorités slaves, veut en briser le nationalisme soutenu par la Serbie. Une première crise, provoquée par la révolution des « Jeunes Turcs » au sein de l’Empire ottoman, est l’occasion pour l’Autriche-Hongrie d’annexer la Bosnie-Herzégovine en 1908 tandis que la Bulgarie proclame son indépendance. Les guerres des Balkans (1912-1913) achèvent le démembrement de la Turquie d’Europe et permettent l’agrandissement notable de la Serbie par le traité de Bucarest en 1913. L’attentat de Sarajevo, le 28 juin 1914, donne un prétexte à l’Autriche-Hongrie pour déclarer la guerre à la Serbie et, ce qui n’aurait pu être qu’une nouvelle guerre balkanique, devient en quelques jours, par le jeu des alliances et des intérêts, une guerre européenne puis le premier conflit mondial.
Les principes fondateurs de la Société des Nations ne sont donc pas nés avec le premier conflit mondial puisque, au cours du XIXe siècle, la notion d’un nouvel équilibre mondial fondé sur un droit international a peu à peu pris forme grâce à l’initiative de personnes dont l’action, au sein d’associations humanitaires et pacifistes, a pu être relayée progressivement jusqu’au niveau gouvernemental. À la veille du premier conflit mondial, le concept du droit au service de la paix est déjà à l’œuvre dans les sphères diplomatiques et gouvernementales mais la défense des intérêts des grandes puissances européennes face à la montée des nationalismes reste fondée sur la suprématie militaire plus que sur le respect du droit. La guerre, qui va laminer l’Europe pendant quatre ans, va également servir de façon paradoxale à inverser cette traditionnelle vision des choses et permettre une première reconnaissance par les États eux-mêmes de l’intérêt de faire primer le droit international sur la force militaire.
Une question demeure : le processus, engagé au XIXe siècle pour permettre un règlement pacifique des différends entre États par la constitution d’un organisme international, aurait-il pu aboutir par les voies diplomatiques et la libre concertation sans le massacre de la Première Guerre mondiale ? Ou bien ce conflit a t’il permis d’accélérer l’aboutissement des efforts engagés par les visionnaires de la paix ?

Dans le prochain épisode, je vous parlerai de la création de la Société des Nations (circonstances, conditions, organisation...). Voilà en attendant tous à vos claviers si vous avez des questions ou si vous souhaitez compléter ce rapide tableau de la génèse de la SDN ou si vous avez des critiques à faire...


 

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