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Re: Le nazisme : questions de méthode

Nouveau messagePosté: 14 Déc 2018, 08:30
de François Delpla
orpo57 a écrit:La dernière phrase de Pätzold et Weissbecker traduit bien l'état d'esprit de Bormann.

"Il apparut au fil des années que le chef d'état-major n'aspirait à aucune autre place que celle qu'il avait acquise si vite à la surprise de bien des dirigeants nazis.""

A son poste de chef d'état-major avec le plus haut grade du parti en dessous de Hitler et Hess (Reichsleiter) il pouvait agir à sa guise avec la bénédiction de Hess. L'étape supérieure celui du poste d'adjoint du Führer "Stellvertreter des Führer" n'était pas à sa portée : il avait une dimension publique (meetings, discours, vie sociale) pour laquelle il n'était pas taillé. C'était un fonctionnaire du parti.

Hitler l'a bien compris. C'est pourquoi après le départ de Hess pour la Grande Bretagne. Le poste d'adjoint a été supprimé et remplacé par celui de Directeur de la Chancellerie du NSDAP (Leiter der Parteikanzlei der NSDAP). Bormann est devenu le plus haut fonctionnaire du parti mais il ne sera jamais un porte parole du NSDAP


Je souscris pleinement.

En dépassant les considérations sur le "vizir" -qui doivent beaucoup au mythe d'une survie en Amérique latine de ce surhomme !-, on ramène le personnage à ses justes proportions : un admirateur éperdu de Hitler, qui n'a de cesse de recueillir sa pensée et de la traduire en orthodoxes paperasses.

Sur le fait -trop peu remarqué- qu'il hérite des fonctions de Hitler moins le titre de "Stellvertreter" (représentant) du Führer : d'une part ses limites intellectuelles assumées font qu'il se sent à sa place, d'autre part le Stellvertreter est toujours en vie, et bien traité dans une prison anglaise. Il demeure un atout possible, en fonction de la tournure de la guerre.

Re: Le nazisme : questions de méthode

Nouveau messagePosté: 14 Déc 2018, 10:19
de JARDIN DAVID
Ces considérations sont très intéressantes. Et François a fort justement pointé le peu d'études portant sur Martin B. Tellement dans l'ombre qu'elle devrait être éclairée.
JD

Re: Le nazisme : questions de méthode

Nouveau messagePosté: 14 Déc 2018, 11:43
de François Delpla
François Delpla a écrit:
Sur le fait -trop peu remarqué- qu'il hérite des fonctions de Hitler moins le titre de "Stellvertreter"


de Hess, bien entendu !

Re: Le nazisme : questions de méthode

Nouveau messagePosté: 16 Déc 2018, 12:56
de orpo57
Au sein du III Reich Hess a bénéficié d'un coup de projecteur médiatique du à sa rocambolesque escapade en Grande Bretagne. Son action politique proprement dite se réduit à peu près à un rôle d' "animateur du parti" dans lequel il excellait. Les questions de propagande (Goebbels) d'organisation (Ley), de Finances (Schwarz) et d'Administration (Bormann) lui ont toujours été étrangères. Quand a son statut de Ministre d'Etat sans portefeuille, il est anecdotique.
On est loin de la stature d'homme d'Etat et de parti de Hermann Goering qui était il faut se rappeler le n°2 du III. Reich depuis 1934. il était populaire en Allemagne. Son apparente bonhomie liée à son physique et sa jovialité cachait une puissance de travail et une volonté de fer. C'est lui en qualité de Ministre Président a nazifié le Land de Prusse, qui couvrait les 2/3 du Reich. La méthode a été étendue aux autres Landers. Il a été Gouverneur du Reich suppléant de Prusse (Hitler était titulaire) et comme Ministre de l'intérieur de Prusse, il a créé la Gestapo dont Himmler est devenu inspecteur. La création de la Luftwaffe et la régulation de l'économie avec le Plan des 4 ans sont à mettre à son crédit. il a créé les Reichswerk Hermann Göring, un puissant conglomérat industriel public qui jusqu'à son intégration au sein du Ministère de l'Armement a joué un rôle majeur entre 1937 et 1942 dans le domaine de l'armement. Il a protégé l'outil industriel des territoires annexés à l'Allemagne en nommant les industriels allemands "administrateurs" alors que ceux-ci s'en disputaient la propriété. l'exemple des aciéries lorraines en 1940 1944 illustre cette politique qui privilégie l'Etat au "grand capital". L'ouvrage biographique du Dr Erich Gritzbach , Directeur de Cabinet de Goering, intitulé "Goering l'homme et son oeuvre " est sans conteste hagiographique . Son intérêt réside dans l'intéressante description de son activité. L'ouvrage publié en 1938 a connu un grand succès public avec 20 éditions en allemand et une traduction anglaise, française et suédoise (Carine sa première femme était suédoise).

Re: Le nazisme : questions de méthode

Nouveau messagePosté: 12 Avr 2019, 06:35
de François Delpla
Le fait que Bormann lui succède à la direction du Parti sans remous (sinon une grande surprise initiale, de Goebbels par exemple) prouve au contraire une bonne complémentarité. L'affirmation contraire sous-estime non seulement Hess, mais le rôle du Parti, qu'il ne faudrait pas réduire à sa réactivation vers la fin de la guerre.

Re: Le nazisme : questions de méthode

Nouveau messagePosté: 12 Avr 2019, 13:07
de orpo57
Le N.S.D.A.P. a connu nécessairement une baisse d'activité dans les années de guerre notamment en raison de la mobilisation de nombre de ses cadres tant au niveau territorial du Zellenleiter au Gauleiter qu'au niveau des administrations centrales du parti .
L'administration civile des territoires occupés à l'Est (et à l'Ouest) a également mobilisé beaucoup de cadres du parti non incorporables .
les membres du parti et de ses organisations ont été également mobilisés dans de nombreuses activités de guerre : l'entrainement militaire des hommes trop jeunes ou trop agés pour être mobilisés (SA-Wehrmanschaften), la garde urbaine (Stadtwacht) et la garde rurale (Landwacht). Les organisation chargé de la protection contre les raids aériens (Luftschutz), le Volkssturm (levée en masse) en 1944 ont été des leviers important pour le front intérieur (Heimatfront). Chaque Kreis éditait des brochures mensuelles (Heimatbrief) qui donnait des nouvelles aux membres mobilisés.
En outre, il convient de se rappeler que de nombreux cadres du parti : Ortsgruppenleiter (local) , Kreisleiter (arrondissement) ou Gauleiter (province ou land) occupaient en dualité des fonctions administration comme maires ou préfets. IL faut savoir qu'un représentant du parti siégeait dans les conseils municipaux et s'il n'avait pas de pouvoirs sur les décisions, il avait un droit de regard sur la nomination aux emplois.
En résumé, le parti s'est adapté à l'état de guerre et Bormann comme secrétaire du Führer avait l'oreille d'Adolf Hitler.