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Les Nazis et le cinéma.

Le traité de Versailles donne lieu à l'instauration de la République de Weimar puis à la montée du National Socialisme. Quelques années plus tard, l'annexion des Sudètes et de l'Autriche annonce les prémices de la seconde guerre mondiale.
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Les Nazis et le cinéma.

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 12 Oct 2017, 23:34

Le ministre de la propagande d’Hitler, Josef Goebbels ne répondait pas à l’image stéréotypée de la brute nazie, Esprit brillant, en phase avec une certaine sensibilité exaltée par la nation allemande, il ne renia jamais ses opinions et son engagement nazi.
Par le film, il sut manipuler les esprits de manière à inspirer une dévotion servile aux idéaux nazis.
Hitler lui-même, qui avait saisi immédiatement l’importance du cinéma et de la radio comme arme de propagande, plaça le contrôle de l’industrie cinématographique sous le contrôle de Goebbels.

De 1933 à la fin du régime, la production du cinéma allemand fut quantitativement très importante. Toute la production devait se conformer aux exigences de Goebbels et de l’idéologie nazie. La plus célèbre et la plus grosse compagnie de production était l’UFA (Universum Film Allgemeine) dont les membres du conseil et d’administration étaient acquis aux nazis.
L’augmentation de la fréquentation des salles de cinéma fut tout à fait extraordinaire, en 1942, on compta plus d’un milliard de spectateurs.
Plus étonnant, tous les films présentés sur le territoire du Reich étaient des productions allemandes (une centaine par an).
Par contre, les nazis ont fait interdire ‘’Das Testament von Dr Mabuse’’, qu’ils estimaient être une description à peine voilée des Nazis comme gangsters mégalomanes.
De grands noms du cinéma d’époque fuirent le régime nazi, comme Fritz Lang, réalisateur qui s’enfuit à Hollywood. Pourtant Hitler lui portait une grande admiration, principalement pour le film ‘’Die Niebelungen’’, qu’il s’était fait projeter maintes fois en privé.
Hitler avait dépêché Goebbels auprès de Fritz Lang pour l’inviter à assurer la direction du département V (cinéma) de son ministère de la propagande.
Lang, qui avait su entrevoir toute la nocivité du régime nazi refusa, et pour couper court à toute insistance, dit que sa mère était juive. Ce à quoi, Goebbels lui répondit : ‘’Ce qui est juif, nous en décidons nous-même ! ‘’
Lang se le tint pour dit et sachant qu’un nouveau refus pouvait porter atteinte à sa vie, il s’exila aux USA le 28 mars 1933.
Marlène Dietrich, la vedette de l’Ange bleu, jusqu’alors peu connue parti aussi aux States en compagnie de son réalisateur attitré Josef von Sternberg.
Durant les années de guerre, ils tournèrent 7 films appelés à devenir des chefs-d’œuvre classiques.
En revanche la femme de Fritz Lang, Thea von Harbou, qui avait collaboré avec lui pour plusieurs de ses grands films choisis de rester et de collaborer.
Vedette masculine de l’Ange Bleu, Emil Jannings rentra en Allemagne en 1929 après un séjour à Hollywood où il reçut l’Oscar du meilleur acteur.
En 1938, Goebbels le décora pour son zèle pro-nazi et le nomma à la tête de la production Tobis.
Au début 1945, accablé par la perspective de la défaite, il cessa de tourner. Mis sur la liste noire par les Alliés, il mourut quelques années plus tard amer et seul.
En 1941, Jammings fut la vedette du film Oncle Kruger (Ohm Kruger).
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Ce film dirigé par Hans Steinhoff évoquait la destinée du président sud africain qui conduisit la révolte des Boers contre les Britanniques.
Jammings y interprétait le rôle du président Kruger.
Ce film constituait une entreprise de glorification d’un chef autoritaire, les Anglais y étaient montrés comme des bruts inventeurs des camps de concentration !
Une même méthode fut employée pour établir des liens entre Adolf Hitler et des personnages aussi disparates que le Roi Frederic le Grand ou le poète Schiller
Autre thème majeur du cinéma de la haine, les juifs constituent pourtant rarement le sujet central des films nazis. Mais la virulence de ces quelques exemples suffit à modeler les esprits en faveur de la ‘’solution finale’’
Le plus immonde de ces films fut le ‘’documentaire’’ réalisé par Fritz Hippler et intitulé
« le juif éternel » (1940). Ce ‘’film’’ haineux fut principalement tourné dans des ghettos polonais, où régnait une misère noire.
Dans le but de démasquer la décadence qui selon les nazis caractérisaient les juifs, Hippler présentait les juifs comme primitifs et crasseux et établissaient une comparaison entre eux et les rats.
A l’appui de son argument, il inclut dans son film des scènes répugnantes tournées dans un abattoir.
Tout aussi abject, le juif Suss (Jud Süss-1940), produit par Hippler mais réalisé par Veit Harlan
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s’articule autour des agissements d’un juif, conseiller financier du duc de Wurtemberg au XIXème Siècle, qui utilise sa position pour favoriser la prise de pouvoir de son peuple.
Cet être dégénéré finit par violer une femme innocente.
Ce film était officiellement « recommandé aux jeunes ».
Le Juif Suss, « tiré » du roman de Feuchtwanger (qui choisit l’exil et l’opposition active) constitue un des multiples détournements d’une œuvre opérés par les Nazis.
La vedette du film le Juif Suss était Kristina Soderbaum. Dans le film, elle se donne la mort suite au viol qu’elle a subit.
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Elle était l’archétype de la femme aryenne, blonde. Dans ses films, elle rencontrait souvent un sort semblable que pour le juif Suss, elle mourait très souvent noyée se qui lui a valut le surnom de Reichwasserleich (le cadavre flottant national).
Elle fut une immense vedette tout comme Zarah Leander, qui incarnait l’idéal nazi de la féminité, fait de pure chasteté sous des dehors de séduction.
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Elle était suédoise, mais elle devint une star en Allemagne sous la houlette du réalisateur Hans Detlev Sierck qui la fit jouer dans de nombreux films musicaux.
A l’avènement du nazisme, Sierck s’enfuit à Hollywood et se fit connaître sous le nom de Douglas Sirk.
Sa protégée, restée en Allemagne joua des rôles bien loin de ceux qu’elle avait interprétés jusqu’alors.
La sentimentalité sirupeuse et la glorification du peuple allemand des films du Reich évitaient soigneusement toute véracité et s’écartaient immanquablement de toute représentation des épreuves, des souffrances, de la mort ou de la défaite. Le soldat, le marin, l’aviateur ou l’intrépide membre de la jeunesse hitlérienne apparaissait toujours comme invincible. La réalité pourtant perçait parfois :
Le 26 avril 1940, l’annonce fut faite à Berlin que trente-trois correspondants de guerre avaient trouvé la mort ou quand, en introduction du film d’actualité de propagande Victoire à l’Ouest, qui raconte la campagne de France, sont évoqués les nombreux journalistes, caméraman, etc… mort au front, chaque allemand put s’interroger sur l’absence étonnante à l’écran de soldats allemands tués.
Le mélodrame était aussi purgé de tout réalisme. Dans ‘’Die grosse Liebe’’ (Un grand amour – 1942)
Zarah Lander joue le rôle d’une épouse de soldat au front. Ce film, grand succès de l’année, évoque la solidarité des femmes dont les époux sont au front. Mais, il n’y a aucune référence au conflit, il s’efforce de suggérer que la séparation ne pouvait qu’améliorer la pureté du mariage.
Une réalisatrice très célèbre à l’époque fut Leni Riefenstahl qui réalisa entre autres ‘’les Dieux du stade’’ et ‘’le triomphe de la volonté’’ qui illustra la puissance du régime nazi. Ce film fut tourné à Nuremberg lors d’un rassemblement du parti.
Goebbels savait parfaitement que même les plus ardents sympathisants de la cause nazie pouvaient se lasser d’un excès de propagande. Aussi les productions ouvertement propagandistes furent "limitées".
S’ils ne représentaient qu’un faible pourcentage de production, ces œuvres bénéficiaient d’un afflux de talents et d’argent. De plus, ils étaient projetés à intervalles judicieusement sélectionnés entre des œuvres plus ‘’commerciales’’.
La perversion de la pensée induite par le nazisme apparaît pleinement au travers du traitement à l’écran du sexe et de la violence. L’éthique de pureté du national-socialisme y était portée à des extrêmes risibles.
A partir du milieu des années trente, une série de films fut interdit dont une version de ‘’Nana’’ de Zola parce qu’on y voyait un soldat dans une maison de passe, l’un des premier film de Marlène Dietrich, dans lequel une fille de la campagne devient une femme entretenue et achève sa vie dans le ruisseau, ou encore comble du ridicule, les films de Tarzan, parce que Tarzan et Jane apparaissent trop légèrement vêtus.
Pourtant dans l’envers du décor, le sadomasochisme avait libre cours, notamment dans des films dont l’action se déroule dans des internats ou des casernes. Des comportements fort malsains étaient présenté comme des épreuves d’endurance et la luxure et le désir avaient maintenant droit de cité, pour peu qu’ils illustrent la décadence de l’ennemi.
A l’approche de l’effondrement du régime, les salles jouaient à guichet fermé, le manque de billets profita aux marchés noirs. Cette folie se saisit de Goebbels qui voulut faire une dernière œuvre, la plus ambitieuse de tous.
Choisissant d’ignorer l’imminence de la défaite, il fit retirer du front qui en avait cruellement besoin, 10.000 fantassins, 1000 cavaliers et 250 canons afin de tourner les scènes de guerre napoléonienne de Kolberg, film qui évoquait la résistance héroïque d’une cité prussienne assiégée. Le film ‘’Kolberg’’ ne sortit jamais en salle.
Le cinéma nazi avait vécu.
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Re: Les Nazis et le cinéma.

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de dominord  Nouveau message 13 Oct 2017, 11:41

Goebbels note dans ses carnets intimes : « 1er décembre 1944, Kolberg est enfin terminé, le peuple allemand va en avoir bien besoin »....
il a été diffusé sur Arte il y a un certain temps
excellent papier, merci Prosper
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Re: Les Nazis et le cinéma.

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 13 Oct 2017, 12:37

dominord a écrit:Goebbels note dans ses carnets intimes : « 1er décembre 1944, Kolberg est enfin terminé, le peuple allemand va en avoir bien besoin »....
il a été diffusé sur Arte il y a un certain temps
excellent papier, merci Prosper


Oh je n'ai pas de mérite Domi, le papier initial (sauf les photos) est l'oeuvre d'un ancien membre, hélas décédé il y a quelque années.
Amicalement
Prosper ;) ;)
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Re: Les Nazis et le cinéma.

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de dominord  Nouveau message 13 Oct 2017, 15:20

sans rapport direct, mais proche malgré tout cet articile relatif à Audiart
L'un des plus grands dialoguistes du cinéma français s'en serait pris par écrit aux juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
En 1943 dans les colonnes de L'Appel, le jeune Michel Audiard décrit ses personnages juifs avec les termes «une veulerie suante», «une odeur de chacal», «une synthèse de fourberie» et évoque une «conjuration des synagogues». Et quand les protagonistes finissent pendus, il salue une «manifestation de l'immanente justice».


la suite lien :
http://www.leparisien.fr/culture-loisir ... 326912.php
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