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Ils étaient Allemands contre Hitler: la résistance religieuse

Le traité de Versailles donne lieu à l'instauration de la République de Weimar puis à la montée du National Socialisme. Quelques années plus tard, l'annexion des Sudètes et de l'Autriche annonce les prémices de la seconde guerre mondiale.
MODÉRATEUR : gherla, alfa1965

Ils étaient Allemands contre Hitler: la résistance religieuse

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Tomcat  Nouveau message 01 Sep 2015, 09:58

Ci-dessous un article d'Atlantico qui est un extrait de l'ouvrage "Ils étaient Allemands contre Hitler", de Philippe Meyer.

http://www.atlantico.fr/decryptage/etai ... ml?yahoo=1


La résistance chrétienne a été influencée par la séparation entre protestants et catholiques et les deux religions ont été lentes à manifester clairement leur opposition à Hitler. L’Église protestante a fini par soutenir une Église « confessionnelle » qui s’opposait à l’Église « allemande » respectueuse d’Hitler comme les accords signés avec le Vatican l’avaient demandé. Le retard de l’Église protestante à entrer en résistance a été moins prononcé que celui de l’Église catholique. Ceci est dû en partie à ce qu’elle ne voulait pas s’aligner avec des catholiques qui toléraient Hitler, suivant en cela les incitations du Vatican.

Des résistants protestants se sont manifestés à partir de 1933 : le pasteur Martin Niemöller, premier chef emblématique de l’opposition protestante a été déporté longtemps avant d’être libéré en 1945 ; son successeur, le pasteur Paul Schneider a été assassiné, soulevant une réaction antinazie généralisée et une volonté d’en découdre chez ses fidèles ; l’évêque du Württemberg Theophil Wurm a condamné ouvertement le meurtre d’enfants retardés commis dans des institutions spécialisées par les nazis ; en 1944, le théologien Dietrich Bonhoeffer a joué un rôle important dans la réalisation de l’attentat contre Hitler ; il l’a payé de sa vie.

Chez les catholiques, le concordat signé en 1939 entre Hitler et les évêques de confession catholique avait été embarrassant. Certains ont même accepté la mise au pas nazie en créant des associations complices de l’idéologie national-socialiste. Mais l’euthanasie décidée en août 1941 par le pouvoir hitlérien a constitué un frein définitif à la tolérance de l’idéologie nazie par les catholiques. Une protestation d’ampleur les a animés sous l’égide des évêques Konrad von Prysing et Clemens August von Galen. Des centaines de prêtres ont alors clamé leur attachement aux valeurs chrétiennes. Ils ont été emprisonnés en grand nombre et déportés. Deux d’entre eux ont péri héroïquement : Bernhard Lichtemberg, curé de l’église Sainte Hewige de Berlin, condamné à vingt ans de réclusion dans le camp de concentration de Dachau par un « tribunal du peuple », et Alfred Delp, jésuite et philosophe, exécuté dans la prison de Berlin-Plötzensee sur les ordres d’un autre « tribunal du peuple ».

Contrairement aux centrales syndicales ouvrières et aux communautés juives, les Églises chrétiennes allemandes ont pris un certain temps 55 avant de réaliser pleinement les dangers inhérents au national-socialisme. Dans les premières années suivant l’accession d’Hitler au pouvoir, bien que dénonçant ici et là l’hérésie national-socialiste, les Églises eurent une attitude, plutôt indifférente et au plus conciliante, vis-à-vis du nazisme. Le 20 juillet 1933, le vice-chancelier Franz von Papen a signé un concordat avec le nonce Pacelli, futur Pie XII, les deux négociateurs s’étant surtout entendus par leur hantise du bolchevisme. Hitler avait tenté de rallier les catholiques par ce traité et les fidèles catholiques furent autorisés à adhérer au NSDAP, le parti nazi. Six mois plus tard, Ludwig Müller, évêque protestant du Reich, adressa une déclaration de fidélité à Hitler ; les chrétiens approuvant cette démarche se dénomment alors « Chrétiens allemands ». Dans les églises allemandes, à la fin des offices, les prêtres bénirent le Führer et chancelier du Reich, ce qui a sans doute neutralisé de nombreux opposants. Mais, peu à peu, des protestations se firent entendre. Les religieux et les fidèles avaient enfin compris que le nazisme équivalait à un Kirchenkampf (combat contre l’église). Parmi les prêtres et les fidèles des deux religions chrétiennes, des adversaires déclarés du nazisme s’exprimèrent parfois sans réserve. En 1935, 700 prêtres protestants ont été arrêtés parce qu’ils avaient lu du haut de leurs chaires un manifeste contre la « mystique raciale ». L’évêque du Land de Bavière, Mgr Meiser, exprima son opposition au nazisme par écrit. Le cardinal Bertram de Breslau,président de la conférence des évêques, fit part habilement de la réticence de plusieurs d’entre eux, dont l’énergique pasteur Martin Niemöller. Lors du deuxième synode libre national en 1934, les opposants ont créé une Église réfractaire au nazisme, l’« Église confessante » (BekennendeKirche) qui se veut la vraie église, différente de celle des « Chrétiens allemands ». Le pasteur Niemöller décide en mars 1935 de protester ouvertement contre l’idéologie raciale national-socialiste et le « néo paganisme » de ses adeptes. Le ton du mémoire de Pentecôte, intitulé « Au Führer » qui fut un an plus tard directement envoyé à Hitler par Niemöller était très ferme : « Si le sang, la race, la nationalité et les honneurs se classent désormais parmi les valeurs éternelles, le chrétien protestant se voit contraint par le premier commandement de refuser une telle échelle de valeurs. Si l’homme aryen est magnifié, la parole de Dieu n’en atteste pas moins que tous les hommes sont faillibles. Si dans le cadre de l’idéologie national-socialiste, on impose aux chrétiens l’antisémitisme qui implique de haïr les Juifs, cela entre en contradiction avec le commandement chrétien de l’amour du prochain. »

Ce texte a été rédigé avec l’aide active du juriste Friedrich Weissler et signé par une dizaine de noms soutenant la révolte du pasteur Niemöller, parmi lesquels ceux de protestants de vieille souche, Müller, Albertz, Böhm, Forck, Fricke, Asmussen, Lücking, Middendorf, et von Thadden. Ces fidèles ne 57 pouvaient supporter l’obligation de prêter serment imposée par Hitler aux prêtres. La doctrine raciste y était fermement condamnée : « Dieu ne peut pas être emprisonné dans les frontières d’un peuple particulier, d’une race particulière. » La plupart d’entre eux ont été emprisonnés ; leur détention initialement provisoire a été rapidement commuée en détention définitive. Les camps de déportation ont été la destination finale. Toute rébellion aux exigences de la Gestapo entraînait la mort. 700 pasteurs ont été arrêtés.

Plusieurs personnalités de l’Église catholique ont fini par s’alarmer devant le comportement nazi ; parmi elles, entre autres, le comte Preysing, cardinal de Berlin, le comte Galen, évêque de Münster et Conrad Gröber, évêque de Fribourg. Le régime répondit en confisquant les maisons d’édition religieuse et en arrêtant les religieux les plus véhéments. Hitler, furieux contre l’encyclique, ordonna que son portrait remplace les crucifix des salles de classe. Dans les deux églises, les réactions des religieux comme des fidèles sont restées très disparates, individuelles et peu violentes. Nombre d’évêques ont sans doute eu peur de perdre l’avantage que leur avait accordé Hitler, c’est-à-dire une protection contre l’emprisonnement. Quelques religieux catholiques et protestants ont été favorables aux nazis, principalement par opportunisme vis-à-vis des bourgeois qui soutenaient le NSDAP, mais d’autres sont devenus des adversaires déclarés. Par contre, 58 les deux Églises se sont engagées clairement en faveur des Juifs persécutés en affirmant leur sollicitude pour les victimes et ceci, dès la parution des décrets aryens et des lois de Nuremberg qui codifièrent l’exclusion raciale le 15 septembre 1935. À cet égard, l’attitude de l’église chrétienne a été sans ambiguïté : en dénonçant l’antisémitisme nazi, elle a témoigné de son humanisme et de son respect pour la religion juive. L’antériorité de la religion juive par rapport à la religion chrétienne a été clairement reconnue. L’affirmation de cette précession a été d’une grande importance théologique.

Extrait de "Ils étaient Allemands contre Hitler", de Philippe Meyer, publié chez l'Age d'Homme, 2015.

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Re: Ils étaient Allemands contre Hitler: la résistance religieuse

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de betacam  Nouveau message 01 Sep 2015, 13:48

le film " Amen " est passé , la semaine dernière à la télévision

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Re: Ils étaient Allemands contre Hitler: la résistance religieuse

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 01 Sep 2015, 14:14

Bonjour Olivier,
C'est un sujet très intéressant que tu relève là et je crois que ce sujet avait déjà été évoqué sur ce forum et notamment ici:
viewtopic.php?f=42&t=29730&p=360633&hilit=La+Popessa#p360633
Qu'à cela ne tienne, je vais également me permettre de mettre en ligne un extrait du livre de Henri Bernard (livre datant de 1976 je pense) "L'autre Allemagne-la Résistance allemande à Hitler 1933-1945"

LA RÉSISTANCE RELIGIEUSE
Avant la prise du pouvoir par Hitler, Rome souhaitait conclure un concordat avec le Reich.
Au cours de l'été 1931, le chancelier Brüning, s'étant rendu à Rome, fut profondément surpris lorsque le secrétaire d'Etat de Pie XI, Mgr Pacelli, futur Pie XII, lui conseilla de s'entendre avec le NSDAP pour former un gouvernement de droite. Si l'on sait que Brüning était un catholique fervent, de vie monacale, reconnaissent même ses adversaires politiques, sa parole ne peut être mise en doute.
Le pape Pie XI était un adversaire résolu du totalitarisme sous toutes ses formes. Il avait condamné Maurras et l'Action française en 1927. Quant à Pacelli, écrit Brüning, bien qu'il eût passé près de treize années ininterrompues en Allemagne, il ne comprit jamais, ni les données fondamentales de la politique allemande, ni la fonction particulière du Centre ...
En Allemagne, les sociaux-démocrates n'étaient pas religieux, mais ils étaient tolérants, alors que les nazis n'étaient ni religieux ni tolérants.
Loin de nous l'idée de prendre position dans le débat qui oppose les admirateurs et les détracteurs de Pie XII. Aucun historien n'a le droit de le faire, ni d'accorder la moindre créance aux accusations de Rolf Hochhuth dans Le Vicaire, avant que toutes les archives du Vatican aient été livrées. Homme d'une valeur morale et d'un ascétisme indiscutables, Pacelli perdra ses illusions dans la suite. Mais il est curieux de savoir qu'en 1932, deux ans après la parution du Mythe du XX" siècle de Rosenberg, il n'ait pas encore perçu que toute compromission avec le nazisme ne pouvait conduire qu'au désastre. Il n'aimait pas les hitlériens sans aucun doute, mais, redoutant bien davantage le marxisme-léninisme, peut-être croyait-il que ceux-là constitueraient une barrière contre celui-ci.
La politique de Rome, - et l'on ne peut le lui reprocher -, s'est toujours efforcée de conclure une entente avec les nouveaux régimes établis et de vivre en bonne intelligence avec eux tant qu'ils ne s'attaquaient pas aux doctrines de l'Eglise. Pie VII avait conclu avec Bonaparte le concordat de 1802 qui subordonnait cependant le clergé de France et des pays récemment annexés au futur empereur.
Mais en revanche, quel soulagement pour l'Eglise après les années de persécutions et l'athéisme de la Révolution! Le libre exercice du cuite était rétabli. Certes, les 77 articles organiques, unilatéralement préparés par Portalis et imposés par Bonaparte, amortissaient gravement les clauses favorables à l'Eglise. Pie VII se contenta de protester. Il se disait que le règne du Napoléon ne serait pas éternel et son jugement se confirma.
Dès que Hitler a pris le pouvoir, les négociations entre Berlin et le Vatican se poursuivent pour la conclusion du concordat si cher à Pacelli. Le Führer, né dans la religion catholique, hait celle-ci, avec toute la fureur d'un renégat, mais il a pour elle, pour sa puissance, sa hiérarchie, son rayonnement, une sorte d'admiration mêlée de crainte. Les catholiques allemands forment un bloc compact de 30 millions d'âmes, étayé par le solide point d'appui romain, tandis que les Eglises réformées, éparses et divisées, semblent, pour Hitler, plus faciles à démolir.
Décidé donc à ménager Rome à l'origine, le nouveau chancelier a prononcé des paroles apaisantes pour le christianisme dans son discours du 23 mars 1933 au Reichstag. Il affecte, au cours de propos privés, de plaisanter l'ouvrage de son ami Rosenberg et affirme n'avoir jamais eu le courage d'en achever la lecture. Ce qui n'empêche qu'en juin 1933, le parti populaire bavarois à prédominance catholique est dissous et nous savons que le Centre se saborde peu après. Le Vatican, tout à son projet de concordat, lequel, espère-t-il, arrangera les choses, ou du moins préservera du pire, n'élève pas la moindre protestation.
Le Führer avait été particulièrement adroit en prenant un catholique comme vice-chancelier dans son premier Cabinet, l'ondoyant von Papen, et c'est celui-ci qui signe leconcordat avec le Saint-Siège, le 20 juillet 1933. Ainsi, le Vatican est la première puissance étrangère qui reconnaît le régime nouveau!
En fait, le concordat, qui généralement parlant garantissait le libre exercice d'activités religieuses pures, ne donnait rien à l'Eglise qu'elle ne possédait auparavant. D'un autre côté, sa liberté d'enseignement était fortement limitée par la défense imposée aux prêtres d'avoir une activité politique, d'autant plus que l'Etat, c'est-à-dire le Parti, était le seul juge de ce que représentait une activité politique.
Non moins discutables étaient les sécurités apparentes concédées aux organisations catholiques.
L'existence même du concordat entrava, d'autre part, considérablement la liberté d'action des évêques catholiques.
A peine le concordat est-il signé que Hitler en viole impunément toutes les clauses. Les associations professionnelles et les syndicats chrétiens sont irrémédiablement dissous. Estimant avoir bouche cousue sur le plan politique, les évêques n'élèvent aucune protestation après la nuit des longs couteaux et l'assassinat de plusieurs éminentes personnalités catholiques. En revanche, avant le plébiscite de la Sarre, en 1935, les évêques de Trèves et de Spire, avec la bénédiction de l'archevêque de Cologne, encouragent leurs ouailles à voter le retour de cette région industrielle à l'Allemagne nazie. Etrange contradiction! Puisque le concordat interdisait formellement au clergé de mener une politique contre le régime, ces prélats auraient eu un excellent prétexte pour ne pas faire de politique du tout. Ils ne seront guère récompensés de leur zèle. Peu après le résultat du plébiscite, le chancelier lance son programme de déconfessionnalisation de la vie publique. Toutes les organisations catholiques qui avaient survécu sont supprimées, leurs biens saisis, les journaux catholiques interdits. Hitler ayant décidé qu'aucun emploi ne pouvant être obtenu par ceux qui n'ont pas fait partie des Hitlerjugend, les organisations catholiques de jeunesse, dont certaines sont multiséculaires, cesseront bientôt d'exister.
Face à ces persécutions, les réactions des évêques allemands sont initialement faibles, même de la part de ceux qui s'étaient montrés énergiques avant 1933. Le cardinal Adolf Bertram, archevêque de Breslau, est vieux et sans prestige. Beaucoup ne désirent pas se compromettre et craignent ne pas être suivis par leurs ouailles. En réalité, l'on ne voit pas dans l'épiscopat des personnalités d'envergure transcendante et de formation politique solide tels ceux qui honorèrent l'Eglise allemande du XIX" siècle, un Droste zu Vischering ou un von Ketteler. Quelques prélats cependant émergeront bientôt par leur courage: Faulhaber et Galen déjà cités, ainsi que Mgr Konrad comte von Preysing, évêque de Berlin.
Mais Faulhaber et Galen sont, malgré tout, des nationalistes allemands, traumatisés par Versailles. Leurs valeureuses interventions qui se poursuivront durant la guerre se limitent aux questions strictement religieuses; s'ils critiquent parfois sévèrement les mesures raciales, jamais n'ont-ils un mot contre la politique d'expansion du III" Reich.
Et cela fait mal de lire certaines lettres de Galen, excellentes quant à leur contenu, qui se terminent par la formule Heil Hitler.
Preysing, en revanche, est le seul représentant d'une politique sans compromission à l'égard du régime; l'un de ses subordonnés directs, Mgr Bernhard Lichtenberg, Domprobst, de la cathédrale de Berlin, pacifiste de la première heure, véritable saint dont la béatification est en cours, poursuivra inlassablement la Résistance jusqu'au martyre.
En 1935, des centaines de prêtres et de religieux allemands se trouvent déjà dans les camps de concentration. La résistance et l'héroïsme du petit clergé nous édifient beaucoup plus que celles du grand. Cependant, face aux persécutions toujours plus cruelles, les évêques publient le 20 août 1935 une lettre pastorale admirable, mais toujours limitée au problème religieux. La foi chrétienne proclame une loi morale objective, divine, qui a trouvé son expression la plus brève dans les dix commandements de Dieu et qui est soustraite aux fluctuations du temps comme à l'arbitraire des peuples.
Le quatrième des dix commandements exige le respect de l'autorité de l'Etat et l'obéissance à ses lois. Mais quand les lois de l'Etat sont en contradiction avec le droit naturel et les commandements de Dieu, il convient de faire siennes les paroles pour lesquelles les premiers apôtres se firent flageller et jeter en prison: il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes (Actes des Apôtres, 5, 29). »
« Nous ne sommes pas inquiets pour notre Eglise, mais nous nous faisons beaucoup de soucis pour notre peuple et notre patrie. Notre
Eglise a surmonté le vieux paganisme et elle ne sera pas vaincue non plus par le néopaganisme. Cependant, le flambeau de la foi peut être
arraché à des pays individuels qui défaillent à l'heure de la tentation (Apocalypse. 2, 5). Aussi, soyez persévérants dans la prière pour notre peuple! ».
Le Vatican, de son côté, se décide, cette fois, à agir fermement. Le 7 février 1934, Le Mythe du XXe siècle a été mis à l'index. Les yeux de Pacelli se sont dessillés. De septembre 1933 au 14 mars 1937, Pie XI envoie notes sur notes au gouvernement du Reich pour protester contre sa politique religieuse. Le style personnel de Pacelli est reconnaissable dans l'argumentation juridique serrée qu'il oppose à la violation systématique du concordat. L'Osservatore Romano et Radio-Vatican dénoncent les doctrines nazies et ses exactions. Dans son discours de Noël 1936, le Souverain Pontife proclame que le national-socialisme, soi-disant barrière de la civilisation contre le bolchevisme, use desmêmes moyens que ses adversaires. Cette prise de position du pape entraîne une lettre collective de l'épiscopat américain qui dénonce avec véhémence le néopaganisme hitlérien, l'une des rares réactions, hélas! du monde libre face au péril nazi.
Mais Rome frappe plus durement encore. Le dimanche des Rameaux, 21 mars 1937, les curés allemands lisent en chaire l'encyclique Mit brennender Sorge (Cum Vigilanti cura), inspirée par Pie XI, rédigée par Pacelli et Faulhaber, entrée clandestinement dans le Reich, réquisitoire implacable contre la politique religieuse nazie et contre le «dieu national », caricature du vrai Dieu. «L'homme en tant que personne». conclut le Saint-Père, possède des droits qu'il tient de Dieu et qui doivent demeurer inaliénables. Dès la parution de l'encyclique, une campagne de calomnies et une vague de violence s'est déchaînée contre le clergé.
Par centaines encore, des prêtres et des religieux sont incarcérés. En 1938, il y en aura plus de 500 au seul camp de Dachau.
Daniel Rops, toujours trop partisan lorsqu'il s'agit de défendre Rome, écrit que la Résistance de l'Eglise catholique allemande fut supérieure en qualité et en quantité à celle des Eglises réformées.. En revanche, le catholique Brüning est d'un avis opposé. Pour ce dernier, les protestants Niemôller, Koch, Bonhoeffer furent les précurseurs de la Résistance et l'Eglise catholique, jugulée par le concordat, vit seulement au bout d'un an que, dans ce combat pour les ultimes valeurs chrétiennes, les catholiques devraient se trouver aux côtés des véritables protestants.
L'historien doit éviter de prendre parti, avec des comparaisons de ce genre, car son avis, tel celui de Daniel Rops, risque d'être subjectif.
Contentons-nous de constater que dans l'Eglise romaine comme au sein des Eglises réformées, il y eut des ralliés au régime, des faibles, des tièdes, des héros, des martyrs et des saints.
Hitler estimait pouvoir assujettir les protestants beaucoup plus aisément que les catholiques étant donné les nombreuses divisions des premiers, il avait imposé la création d'une Eglise des Chrétiens allemands dont l'évêque serait son homme. L'élu, le pasteur Friedrich von Bodelschwingh, fut bientôt jugé trop mou et remplacé par Ludwig Müller, hitlérien convaincu.
La nazification de l'Eglise devenue officielle provoqua la réaction du pasteur Martin Niemôller qui fondait en septembre 1933 à Berlin-Dahlem, l'union pastorale Pfaffer-Notbund, cellule de l'Eglise confessante. A la Noël 1933, sur les 17.000 pasteurs d'Allemagne, 6.000 ont adhéré à Niemôller tandis que les Chrétiens allemands n'en gardent que 3.000, les 8.000 autres observant une prudente neutralité.
Sous l'impulsion de Niemôller, un synode extraordinaire est con-voqué à Barmen fin mai 1934. Conseillé par Karl Barth, le synode élabore une proclamation en six points connue sous le nom de Déclaration de Barmen. Affirmant la parfaite suffisance de la Révélation de Dieu, elle oppose à une Eglise inféodée au concept de nation, celui de l'Eglise pour le monde. L'Eglise confessante (Bekennende Kirche) est née.
Elle revendique pour elle-même tous les droits de l'Eglise légitimement constituée. C'est un véritable schisme à l'intérieur de l'Eglise protestante.
Celle qu'a constituée Niemôller se veut indépendante. avec son président et son synode, ses assemblées annuelles; elle perçoit des impôts auprès de ses membres, fonde quelques séminaires où un enseignement conforme aux vues de Barmen est donné. En bref, l'Eglise de Niemëller entraîne un Kirchenkampf.
Les évêques protestants Theophil Wurm de Wurtemberg et Hans Meiser de Bavière se distinguent par leur opposition courageuse aux ingérences de l'Etat.
Ils sont arrêtés tous deux, mais des manifestations populaires en leur faveur entraînent la libération des deux prélats. En mai 1936, l'Eglise confessante rédige un mémorandum pour Hitler, déclarant que le sang, la race et la nationalité ne donnent droit à aucun privilège aux yeux de Dieu ... Si dans le cadre de l'idéologie nationale- socialiste, le christianisme se voit imposer un antisémitisme qui oblige à haïr les juifs, le chrétien doit se conformer au commandement de l'amour du prochain. L'Eglise confessante s'insurge contre le culte rendu à un mortel, le mépris du caractère sacré de la vie, la violation des droits élémentaires.
Le mémorandum de l'Eglise confessante entraîne l'arrestation de centaines de pasteurs et de laïcs militants. Parmi ces derniers, le juge Friedrich Weissler sera interné à Sachsenhausen où les SS le tueront à coups de fouets et de pieds au début de 1937. Quant au pasteur Paul Schneider de Diekenschied dans le Hunsrück, il restera l'une des plus grandes figures de l'Eglise confessante. Sa ferveur pour le Christ et pour le premier commandement, son internement depuis novembre 1937 à Buchenwald, son long calvaire, les tortures atroces qu'il endura, ses dernières heures, le 18 juillet 1939, alors que son corps n'était plus qu'une masse purulente d'entrailles, de cicatrices et de bosses, en font, comme le catholique Mgr Lichtenberg, l'un des saints de la Résistance.
Au cours de l'année 1937, 800 pasteurs et laïcs militants de l'Eglise confessante sont arrêtés. Niemôller est parmi eux et sera traduit en justice huit mois plus tard.
L'attitude intrépide qu'il oppose à ses juges avec la contre-attaque comme mode de défense, le prestige qu'il exerce sur toute l'Eglise confessante et qui fait réfléchir les membres du tribunal, déterminent ceux-ci à lui octroyer une peine légère. Mais Hitler ne l'entend pas ainsi. Le pasteur sera interné à Sachsenhausen jusqu'à sa délivrance en avril 1945.
Adversaire irréductible du nazisme, Niemôller, ancien commandant de sous-marin durant la guerre 1914-1918, était resté, malgré tout, un nationaliste allemand. Il avait cru un instant au régime nouveau, lui aussi par aversion pour Versailles, mais dès 1933 il comprit l'essence perverse de la doctrine hitlérienne. Néanmoins, lorsque éclatera la guerre,
il demandera, sans succès, à reprendre du service. Somme toute, l'anti- hitlérisme de Niemôller s'apparente à celui de Galen et de Faulhaber.
Ces derniers, après septembre 1939, continueront à lutter contre le national-socialisme, souhaiteront sa chute, n'approuveront certes pas que l'Allemagne asservisse des pays voisins, mais ... prieront pour la victoire! Ne jugeons pas leur comportement. Nous ne savons quel eût été le nôtre si nous avions été Allemands.
Peut-on croire cependant, en toute logique, que la victoire du IIIe Reich eût entraîné la chute de Hitler ou même sa conversion à une saine morale? Nous savons maintenant combien le prestige de ce dernier montera en flèche non seulement en Allemagne, mais aussi dans les pays occupés et neutres après ses victoires de 1939-1940 et la prise de Paris.
D'autant plus qu'en ce moment le Führer donnera des ordres pour que ses troupes, mêmes SS, se conduisent avec une correction exemplaire de propagande, en Hollande, en Belgique et en France. Une victoire totale hitlérienne et un continent asservi à l'Allemagne nazie équivaudraient à la déchristianisation complète et à l'effondrement des valeurs spirituelles de l'Europe.
C'est ce qu'a compris un autre membre de l'Eglise confessante, le pasteur Dietrich Bonhoeffer, éminent théologien.
A l'opposé de Niemôller, de Galen, de Faulhaber, il envisage la Résistance sous une forme absolue.
Non seulement toute sa famille et lui considèrent Hitler comme l'Antéchrist, comme ‘’ la bête de l'Apocalypse’’ que l'on a le droit et
le devoir d'abattre pour le salut de l'humanité, mais ainsi que nous l'avons déjà dit , Bonhoeffer estimera, quand éclatera la guerre, que seule la défaite de l'Allemagne pourrait délivrer l'Europe du fléau hitlérien.
II est un homme qui pensera comme Bonhoeffer, comme Lichtenberg et sans doute comme Preysing, c'est le colonel Hans Oster, que nous verrons bientôt à l'œuvre, l'un des pivots de la Résistance militaire.
Fils d'un pasteur saxon, chrétien mystique, c'est pour défendre les valeurs religieuses, spirituelles et morales qu'il combat. C'est lui qui préviendra à plusieurs reprises, ainsi que nous le verrons, en 1939 et en 1940, le Danemark, la Norvège, la Hollande et la Belgique de leur invasion imminente par la Wehrmacht.
Trahison, avons-nous souvent entendu dire, non seulement par des Allemands, mais aussi par des Belges et par des Français. Cas de conscience douloureux rétorquerons-nous simplement. Si un officier avait agi de façon semblable à la veille de la guerre de 1870 ou de 1914, il eût commis, incontestablement, une trahison. Mais, en ces époques, il s'agissait de guerres nationales entre adversaires ayant des conceptions politiques et religieuses pareilles, tandis que désormais, il s'agit de guerres idéologiques.
Oster n'est pas seulement révolté par la lâche agression d'un ‘’Grand’’ contre de petites nations qui ont droit à la vie. Il sait, comme Bonhoeffer, qu'une victoire de l'Allemagne hitlérienne entraînera la suppression de toutes religions, non seulement dans le Reich, mais aussi dans les pays que celui-ci asservira.
Il sait qu’Hitler a déjà planté ses antennes par les formations totalitaires à ses ordres, à l'intérieur des frontières de ses futures victimes. Oster, certes, aime son pays et désire qu'il vive, épuré du nazisme et réconcilié avec ses adversaires, mais il œuvrera pour que toute campagne d'agression soit vouée à l'échec.
L'idéal religieux transcende donc chez lui les sentiments patriotiques. L'on peut discuter son comportement. Il n'en est pas moins implacablement logique, s'il est vrai qu'un chrétien doit "obéir" à Dieu plutôt qu'aux hommes.
Oster, nous disait en 1945 le général néerlandais Gysbertus Sas qui fut son intime à Berlin dans les années précédant la Deuxième Guerre mondiale, était une des plus belles âmes que j'aie jamais rencontrées.
Il est également un fait qui nous frappe, lorsque nous comparons la Résistance allemande aux Résistances alliées.
Dans les pays occupés par les forces de l'Axe, l'on vit combattre côte à côte, au sein des formations clandestines, des chrétiens, des indifférents, des agnostiques, des athées.
Le but majeur de nos Résistances était. d'abord de chasser l'occupant, ce qui concernait tous les patriotes quelles que fussent leurs options philosophiques.
Dans l'atmosphère étouffante de l'idéologie nationale-socialiste du IIIe Reich. les Résistants. - à de notables exceptions près -, appartiennent à deux opinions philosophiques extrêmes: d'une part, des protestants et des catholiques fervents, comme nous le montre le martyrologe du 20 juillet 1944, et dont le but suprême est de détruire le néopaganisme hitlérien; d'autre part, des communistes qui luttent avec la même foi pour l'œcuménisme lénino-marxiste.
En résumé, la Résistance chrétienne, répétons-le, nous impressionne beaucoup plus par la lutte et les sacrifices de ses prêtres, de ses pasteurs, de ses laïcs que par l'action des prélats qui manqua, sans aucun doute, de relief. Mais ceux-ci auraient-ils pu faire plus dans le cadre concret d'un régime totalitaire? Et s'ils avaient fait plus, un résultat plus tangible eût-il été obtenu? La question reste entière.
Le Vatican, comme les chefs de file des deux confessions se trouvaient devant un dilemme: parler plus haut et plus fort, afin d'éveiller mieux la conscience universelle, mais risquer des persécutions pires encore pour les chrétiens, puisqu'un Hitler, un Himmler, un Rosenberg, un Streicher, étaient capables de tout, et qu'aucune des puissances voisines ne se permettait d'élever la voix.
De plus, cette fois nous sommes d'accord avec Shirer , la persécution des Eglises n'a guère ému la grande partie du peuple, ralliée au nazisme. Shirer constate une réalité, mais n'en recherche pas la cause: la déchristianisation des foules, phénomène européen, commencée au XIX° siècle, a créé un terrain favorable à la montée des totalitarismes qu'ils soient fascistes ou lénino-marxistes ; ceux-ci se sont précipités dans le vide laissé par l'indifférentisme religieux contemporain.
L'épiscopat catholique allemand estimait que s'il avait adopté une attitude plus rigoureuse, il n'eût pas été suivi par les masses et nous le croyons volontiers. Il n'eût même pas été suivi par une grande partie des croyants.
Quoi qu'il en soit, avant et durant la guerre, la conviction religieuse fut, pour une élite d'Allemands des deux confessions, le fondement de leur opposition au régime.
Leur Résistance - et même celle plus modeste des prélats -, renforça Hitler dans son idée de remettre à plus tard l'éviction totale des religions chrétiennes. Celles-ci ont réussi à maintenir la pureté de la foi et l'exercice du culte. Comme nous le verrons, dans certains cas, telle l'euthanasie, elles obtiendront pour finir gain de cause. L'opposition des Eglises fut la seule à avoir remporté un succès visible, parce que celles-ci, se défendant à l'intérieur de leur domaine, donnèrent aux formes de la Résistance active un noyau plus dur et un tranchant plus incisif que n'importe quelle révolte intérieure n'eût pu le faire.

Bien amicalement
Prosper ;)
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Re: Ils étaient Allemands contre Hitler: la résistance religieuse

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de alfa1965  Nouveau message 04 Sep 2015, 18:04

L'éducation religieuse comme le catéchisme se heurtait à l'endoctrinement de la "Hitlerjugend"
http://hongrie2gm.creer-forums-gratuit.fr/forum.htm
La Hongrie, du traité de Trianon au siège de Budapest, son histoire, ses forces armées.

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Re: Ils étaient Allemands contre Hitler: la résistance religieuse

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Nanouchka  Nouveau message 19 Mar 2016, 16:24

Un autre film intéressant sur la résistance allemande : Edelweiss pirate. Une œuvre tout simplement remarquable, je la conseille vivement :D

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