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Heydrich soumis, bien que supérieur, à Himmler

Le traité de Versailles donne lieu à l'instauration de la République de Weimar puis à la montée du National Socialisme. Quelques années plus tard, l'annexion des Sudètes et de l'Autriche annonce les prémices de la seconde guerre mondiale.
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Heydrich soumis, bien que supérieur, à Himmler

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de cgiguere  Nouveau message 13 Aoû 2007, 14:53

Dans la biographie de Heydrich par Mario R. Dederichs, on émet deux hypothèses concernant l'absolu soumission de Heydrich envers son supérieur Himmler :

1 - Heydrich savait que Himmler était au courant qu'on avait déjà parlé de la possibilité que de sang juif coulait dans la famille Heydrich (bien que cela ait été réfuté)
2 - Le fameux Fuhrerprinzip, il ne pouvait pas s'opposer à Himmler qui avait lui même comme supérieur Hitler.

Car il n'y a aucun doute que Heydrich était de beaucoup supérieur intellectuellement à Himmler et aussi en tant qu'organisateur.


 

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Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 14 Aoû 2007, 02:40

Cela dit, j'ai de bonnes raisons de croire qu'en ce qui concerne la "Solution finale" et le renseignement, Heydrich pouvait être en contact direct avec Hitler, lequel court-circuitait totalement Himmler sur ces questions.

Exemple ? De nombreux éléments indiquent en effet que Heydrich savait parfaitement que Hitler envisageait, dès avant l'invasion de l'U.R.S.S., l'extermination de tous les Juifs soviétiques - au contraire de Himmler qui semble n'avoir été mis dans la confidence qu'en août de la même année, le temps pour lui de diffuser une directive à cet effet. Himmler pouvait être perçu comme une "poule mouillée", depuis qu'il avait tressailli à la vue des cadavres juifs laissés par les Einsatzgruppen dans les territoires conquis à l'Est. Heydrich, pour sa part, n'était pas connu pour ressentir de tels états d'âme. Ne le surnommait-on pas "l'homme au coeur de fer" ?
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Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de cgiguere  Nouveau message 15 Aoû 2007, 14:44

Nicolas Bernard a écrit:Cela dit, j'ai de bonnes raisons de croire qu'en ce qui concerne la "Solution finale" et le renseignement, Heydrich pouvait être en contact direct avec Hitler, lequel court-circuitait totalement Himmler sur ces questions.


En effet, car de plus, le 24 septembre 1941 Hitler le nomma statthalter (suppléant) du gouverneur Konstantin von Neurath officiellement parti en "congé de maladie". Heydrich devenait ainsi en pratique le "numéro un" en Bohème et Moravie. Il avait ainsi, par ce nouveau poste, directement accès à Hitler, il n'avait plus à passer par Himmler ou encore Goring.


 

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Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 15 Aoû 2007, 23:03

Encore qu'à mon avis, il pouvait déjà se targuer d'être en contact direct avec Hitler. Sa conception d'un projet radical de déportation des Juifs d'Europe dans les futurs territoires soviétiques occupés, au cours de l'hiver 1940-1941, son rôle central dans la négociation des domaines de compétence entre l'armée et les S.S. pour le "maintien de l'ordre" à l'Est (traduisez : l'extermination des Juifs soviétiques, même si la chose ne deviendra évidente que dans les semaines suivant l'invasion de l'U.R.S.S.), révèlent qu'il était en cheville avec le Führer.

La nomination de Heydrich à la tête du Protectorat de Bohême-Moravie, le 27 septembre 1941, constituait un avancement indéniable. Mais dès le 31 juillet 1941, il avait reçu de Göring mandat d'organiser la "Solution finale de la question juive" sur l'ensemble du territoire européen. Bref, outre de diriger la police politique et l'espionnage S.S., Heydrich supervisait directement la politique génocidaire commandée par Hitler. Et son affectation à Prague témoignait de ce rapport personnel qui l'unissait au Führer.

Les premières déportations de Juifs décidées en août 1941, mais retardées jusqu'au mois d'octobre, incluaient la Bohême-Moravie. Qui plus est, il était question d'améliorer considérablement la production industrielle de ce protectorat du Reich - preuve que Hitler, en septembre 1941, doutait que la guerre avec l'U.R.S.S. pût s'achever avant la fin de l'année.

D'après Charles Wighton, Himmler fut écarté de ce processus de nomination, et en conçut de l'inquiétude vis-à-vis de cet adjoint qui devenait trop puissant (Heydrich. L'ange du mal, Presses de la Cité, 1962, p. 252), mais l'un des biographes de Himmler, Peter Padfield, reconnaît que la question de savoir s'il existait une rivalité entre ces deux pontes de la S.S. relève du domaine des spéculations (Himmler. Reichsführer S.S., Cassel & Co., 2001, p. 360-361).

A titre personnel, je vois mal comment on pourrait douter de cette rivalité. Des témoins allemands, certes pas tous fiables (Kersten, le masseur de Himmler ; Schellenberg, l'ancien patron du contre-espionnage nazi), en ont causé, sans que leurs propos ne soient efficacement corroborés... ni pleinement démentis. L'ascension de Heydrich était indéniablement rapide, météorique même. Il participait ainsi au très ambitueux projet, concocté par Hitler et son architecte Albert Speer, d'édification de grands bâtiments à Berlin (future Germania) et dans d'autres villes du Reich telles que Linz, en fournissant esclaves et matières premières. Or, une telle entreprise tenait particulièrement Hitler à coeur.

Par ailleurs, Heydrich supervisa les négociations avec Vichy, au printemps 1942, dès qu'il s'agit de déporter les Juifs de France. Il était question de le nommer responsable de la police et des S.S. en France lorsqu'il fut victime d'un attentat organisé par des partisans tchèques mandatés par Londres.

A moins d'être un parfait abruti de la politique, ce qu'il n'était assurément pas, Himmler ne pouvait que se méfier d'une telle "percée"...
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Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 02 Sep 2007, 16:09

Au sujet du "sang juif" qui aurait irrigué les veines heydrichiennes :

http://www.delpla.org/article.php3?id_article=242

Il en ressort que ce bruit était instrumentalisé par la direction nazie elle-même.

Donc, méfiance. Le nazisme excelle à endormir la méfiance en se présentant lui-même comme un panier de crabes. Certaines des rivalités alléguées ont pu avoir un fond de vérité mais s'agissant de la direction SS, cette arche du régime, je la vois mal réellement fissurée et j'attendrai pour le croire des confirmations plus nettes.

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Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 05 Sep 2007, 00:37

L'hypothèse est certes intéressante, mais j'imagine mal le Führer et son "treue Heinrich" faire preuve d'une telle subtilité. Je ne conteste pas du tout l'instrumentalisation de la "judéité" de Heydrich, mais elle ne visait pas les Occidentaux. En fait, les allusions de Himmler me semblent bien davantage avoir une utilité d'ordre interne, ainsi que Hitler le confierait à son S.S.-Reichsführer (d'après Felix Kersten cité in Mario Dederichs , Heydrich, Tallandier, 2007, p. 63) :

Ce Heydrich est un homme très dangereux, dont il faut conserver les talents pour le mouvement. Mais on ne peut laisser faire ce genre de personnage que si on les tient bien en main. Son ascendance non aryenne est idéale à cet effet. Il nous sera éternellement reconnaissant que nous le gardions, et il obéira aveuglément.


En réalité, Heydrich n'avait pas de sang juif, mais l'éventualité l'inquiéta suffisamment pour qu'il fît effectuer des recherches généalogiques par les soins d'un spécialiste, Ernst Hoffmann. Préalablement, un autre spécialiste, Achim Gercke, avait établi que Heydrich était de pure ascendance aryenne, mais le rapport, rendu en deux semaines alors que de telles études duraient d'ordinaire plusieurs mois voire plusieurs années, n'avait visiblement pas convaincu. De toute évidence, la rumeur continua à circuler, et Himmler en joua pour fragiliser son trop brillant second.

A mon sens, mais je reconnais qu'il s'agit là d'une hypothèse, la rivalité Himmler-Heydrich ne s'est véritablement développée qu'en 1941, lorsque l'autorité de ce dernier s'est accrue proportionnellement à la radicalisation de la politique antisémite. Les témoignages de cadres nazis, pour discutables qu'ils soient, sont assez significatifs de cette concurrence croissante, outre que les tentatives de Himmler de conserver la haute main sur l'administration des camps et la police d'ordre sont loin de correspondre à une simple clarification bureaucratique.

Il me semble également que l'apport essentiel des travaux "fonctionnalistes" consiste en la démonstration que le nazisme était un panier de crabes, à ceci près que Hitler savait jouer de ces rivalités pour l'accomplissement de ses volontés. A ce titre, il a probablement mis Heydrich en avant, et lui a confié, à lui le premier, son véritable projet s'agissant des Juifs au cours de l'hiver 1940-1941. Himmler, qui répugnait à user du génocide - qu'il assimilait à une méthode bolchevique -, qui s'évanouirait face à une exécution de Juifs, qui revint malade chez Kersten après avoir reçu l'ordre définitif de l'extermination des Juifs en novembre 1941, n'avait ni les épaules, ni l'esprit pour préparer le terrain à un tel crime. Heydrich si. Et Himmler sentit qu'il perdait du terrain...
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Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 05 Sep 2007, 04:52

Il me semble également que l'apport essentiel des travaux "fonctionnalistes" consiste en la démonstration que le nazisme était un panier de crabes, à ceci près que Hitler savait jouer de ces rivalités pour l'accomplissement de ses volontés.


dangereux de marier l'eau et le feu !
Si on prend le chose à la lettre, Hitler est encore plus un surhomme que chez les intentionnalistes les plus extrêmes. L'autodicdacte maîtrise non seulement un grand Etat moderne, mais il en fait une jungle et la domine souverainement !

Il faut faire la part, certes pas évidente, entre une certaine dose de rivalités réelles et beaucoup de répartition consciente des rôles... avec entre les deux des situations intermédiaires diverses. Ainsi lors des contacts de février-avril 45 entre le Suédois Bernadotte et la direction SS, Schellenberg joue les gentils, Kaltenbrunner les méchants et Himmler les arbitres, annonçant de surcroît qu'il est suspendu à la décision de Hitler qui n'a pas encore tranché. Et de temps en temps on fait donner Ribbentrop, qui raconte encore autre chose. Cela ressemble beaucoup à des rôles appris, même si, comme tout bon metteur en scène, l'ordonnateur joue des marottes et du caractère de ses comédiens.

Et pour sortir de la mauvaise histoire, il ne suffit pas de se méfier du fonctionnalisme, il convient aussi de répudier un fatalisme facile qui prend sa source dans le goût ancestral du public pour l'épopée : Heydrich, cet archange du mal fauché en pleine ascension, est un nid à fantasmes. Jusqu'où n'allait-il pas monter ? Ne débordait-il pas irrésistiblement, par son virage de Prague et bientôt de Paris, le bureaucrate Himmler resté dans ses pantoufles ?

C'est vrai, nous sommes dans la spéculation, et elle a sa valeur pour peu qu'on ne la transforme pas, sans faits nouveaux, en certitude. Mais toutes les spéculations ne se valent pas. "Sous-entendez le moins de choses possible", disait mon professeur de version latine. Le fait est que Himmler et Heydrich ne se marchent guère sur les pieds car ils ont chacun un rôle aussi distinct que fondamental. Himmler forge l'instrument SS, Heydrich, sur un large secteur, l'anime.

Une question : en France n'y aurait-il pas la même répartition des rôles entre le bureaucrate Oberg et l'activiste Knochen ?

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Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 05 Sep 2007, 13:33

François Delpla a écrit:Si on prend le chose à la lettre, Hitler est encore plus un surhomme que chez les intentionnalistes les plus extrêmes. L'autodicdacte maîtrise non seulement un grand Etat moderne, mais il en fait une jungle et la domine souverainement !


On ne peut nier sérieusement, d'une part le désordre régnant au sein des hautes instances, d'autre part la maîtrise du jeu par Hitler. Car malgré les divisions qui ravageaient sa hiérarchie, le III. Reich a fonctionné jusqu'au bout. Hitler était le premier à profiter de ces rivalités, qui lui permettaient de diluer ses propres responsabilités. Il les laissait agir tant qu'elles ne gênaient pas sa politique. Et aucun de ses subordonnés n'a jamais eu une vision complète de ladite politique, tout étant cloisonné.



Il faut faire la part, certes pas évidente, entre une certaine dose de rivalités réelles et beaucoup de répartition consciente des rôles... avec entre les deux des situations intermédiaires diverses. Ainsi lors des contacts de février-avril 45 entre le Suédois Bernadotte et la direction SS, Schellenberg joue les gentils, Kaltenbrunner les méchants et Himmler les arbitres, annonçant de surcroît qu'il est suspendu à la décision de Hitler qui n'a pas encore tranché. Et de temps en temps on fait donner Ribbentrop, qui raconte encore autre chose. Cela ressemble beaucoup à des rôles appris, même si, comme tout bon metteur en scène, l'ordonnateur joue des marottes et du caractère de ses comédiens.


Je ne nie pas qu'en certains cas, comme celui des approches diplomatiques nazies à destination des Occidentaux, les hiérarques jouent consciemment une partition rédigée par le Führer. Mais nous causons, ce me semble, des relations Himmler-Heydrich, et j'ai montré qu'il existait des éléments propres à établir que l'information dont ils bénéficiaient de la part de Hitler était différenciée (Heydrich a, le premier, appris de ce dernier que les Juifs seraient exterminés) et que l'ascension de Heydrich avait fini par inquiéter Himmler.



Et pour sortir de la mauvaise histoire, il ne suffit pas de se méfier du fonctionnalisme, il convient aussi de répudier un fatalisme facile qui prend sa source dans le goût ancestral du public pour l'épopée : Heydrich, cet archange du mal fauché en pleine ascension, est un nid à fantasmes. Jusqu'où n'allait-il pas monter ? Ne débordait-il pas irrésistiblement, par son virage de Prague et bientôt de Paris, le bureaucrate Himmler resté dans ses pantoufles ?


C'est pourtant le cas, non ? Vous oubliez également sa participation aux projets architecturaux de Speer. Cela dit, Hitler était peut-être soucieux de ne point aller trop loin pour le moment, d'où les autorisations accordées à Himmler pour rogner le domaine de compétences du R.S.H.A..


C'est vrai, nous sommes dans la spéculation, et elle a sa valeur pour peu qu'on ne la transforme pas, sans faits nouveaux, en certitude. Mais toutes les spéculations ne se valent pas. "Sous-entendez le moins de choses possible", disait mon professeur de version latine. Le fait est que Himmler et Heydrich ne se marchent guère sur les pieds car ils ont chacun un rôle aussi distinct que fondamental. Himmler forge l'instrument SS, Heydrich, sur un large secteur, l'anime.


Ce qui, concrètement, signifie quoi, au juste ?



Une question : en France n'y aurait-il pas la même répartition des rôles entre le bureaucrate Oberg et l'activiste Knochen ?


Possible. Oberg était l'homme de Himmler, Knochen celui de Heydrich.
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Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 05 Sep 2007, 14:07

Ce que je veux dire, c'est qu'il y a bien peu d'éléments pour étayer l'idée d'une brouille ou d'une rivalité entre Himmler et Heydrich. Tu la supposes à partir de généralités sur le fonctionnement de l'Etat nazi, mais ne l'étayes guère. Je suis porté, de mon côté, à la mettre en doute, également à partir de ma conception d'ensemble du pouvoir et des méthodes de Hitler. Il laisse de vraies rivalités se développer dans une certaine mesure, mais le groupe dirigeant nazi a sans doute plus de cohérence qu'on ne le dit d'ordinaire. Ces gens montrent au total beaucoup d'abnégation, de souci de favoriser les desseins de ce magicien qu'ils ont décidé un jour de suivre parce que tout lui réussissait et que l'Allemagne, accablée en 1918, devait redoubler de ruse, de discipline et de rapidité pour remonter la pente. Ils suivent, donc, même s'ils savent qu'ils ne connaissent ni ne comprennent entièrement ce qui se passe. Cela me paraît encore plus vrai de la SS, un organisme où le culte du chef, de la discipline, de l'obéissance sans discussion et, le cas échéant, sans réflexion, est particulièrement développé.

Himmler forge l'instrument, Heydrich l'anime : je veux dire que l'un s'occupe avant tout d'organisation, de formation, d'idéologie, etc, tandis que l'autre prend en main les leviers de l'action. Cela me paraît une répartition des rôles assez durable et satisfaisante pour l'ego des deux. Et cela justifie un lien direct au Führer de celui qui agit, sans que l'autre ait à s'en vexer -et tout suggère que rien d'essentiel ne lui est jamais caché.

A cet égard, qu'est-ce au juste qui te permet de dire que Heydrich est au courant plus tôt de la décision du massacre exhaustif des Juifs européens que le Reichsführer ?

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Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 05 Sep 2007, 18:20

Je cause de rivalité davantage que de brouille. Si vraiment Heydrich ne gênait pas Himmler, pourquoi ce dernier a-t-il tenu à conserver la haute main sur l'Orpo et le W.V.H.A., via Daluege et Pohl ? Pourquoi attiser des rumeurs sur le prétendu sang juif de Heydrich, au point qu'on lui prêtera ce mot tenu aux funérailles, s'agissant des enfants du Reichsprotektor : "J'étais là, tenant par la main ces deux bâtards juifs" ? Ce n'est pas agir en Kamerad, encore moins en ami. A en croire une source émanant de la conjuration allemande, un des émissaires de cette dernière, Langbehn, avait averti Himmler que Heydrich avait prévu de le remplacer, ce que Heydrich aurait lui-même confirmé, à en croire un ponte S.S., Wilhelm Höttl - voir Peter Padfield, op. cit., p. 379.

Quant à l'information différenciée s'agissant du génocide juif, nous en avons déjà causé. En 1940, Himmler avoue son hostilité claire et nette à un massacre de masse : jamais Heydrich, qui planchera sur la déportation des Juifs européens sur une terre aussi inhospitalière pour eux que Madagascar, n'ira jusque là, bien au contraire. Au début de l'année 1941, Himmler en est encore à causer stérilisation progressive alors que Heydrich a pour mission d'organiser une déportation massive de ces mêmes Juifs dans les futurs territoires soviétiques occupés. Le projet de Himmler est, à cette date, manifestement périmé, car Hitler et Heydrich concoctent alors l'extermination immédiate des Juifs soviétiques. Les deux comparses vont d'ailleurs jouer toute une comédie à l'usage de la Wehrmacht, pour lui faire avaler l'amère potion de la nouvelle "Solution finale" sous couvert de lutte contre les partisans.

En 1941, il fallait préparer les esprits, militaires aussi bien que S.S., civils aussi bien que religieux. Et Himmler, si peu désireux d'anéantir physiquement les Juifs, avait également besoin d'une telle préparation, à la différence du sanguinaire Heydrich. C'est pourquoi c'est Himmler qui est envoyé en inspection sur le Front de l'Est en août 1941, et pas Heydrich. D'une part, il faut l'impliquer plus avant dans le massacre, le plonger dans le bruit et l'odeur. D'autre part, c'est lui qui transmettra l'ordre hitlérien d'étendre l'extermination aux femmes et aux enfants juifs soviétiques. A mon sens, la faiblesse de caractère de Himmler imposait à Hitler d'utiliser son brillant second, et de mettre Heinrich le dos au mur en invoquant la nécessité d'anéantir tout espoir juif d'une vengeance pour les meurtres accomplis dès le 22 juin 1941. Au regard d'un crime aussi énorme, Hitler ne pouvait manifestement pas se permettre de se limiter à la transmission d'un ordre au Reichsführer. Il fallait au contraire persuader tous les agents du génocide que cette solution était la seule possible. Heydrich, lui, n'avait pas besoin d'une telle persuasion. Il était aux ordres, et n'avait pas la moindre parcelle de conscience.
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