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Relations entre Hitler et le patronat

Le traité de Versailles donne lieu à l'instauration de la République de Weimar puis à la montée du National Socialisme. Quelques années plus tard, l'annexion des Sudètes et de l'Autriche annonce les prémices de la seconde guerre mondiale.
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Relations entre Hitler et le patronat

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Igor  Nouveau message 17 Déc 2006, 14:51

Le sujet avait déja été abordé il me semble, mais je n'arrive pas à le retrouver. Je vous indique donc de nouveau deux articles:

http://www.delpla.org/article.php3?id_article=58

Peut-être François Delpla aura-t-il des précisions à nous apporter.
Cordialement

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Re: Relations entre Hitler et le patronat

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 19 Déc 2006, 10:38

Igor a écrit:Le sujet avait déja été abordé il me semble, mais je n'arrive pas à le retrouver. Je vous indique donc de nouveau deux articles:

http://www.lcr-rouge.org/article.php3?id_article=1394

http://www.delpla.org/article.php3?id_article=58

Peut-être François Delpla aura-t-il des précisions à nous apporter.


non; j'ai entendu dire que le travail de Turner avait été contesté mais je n'en sais pas plus; en tout cas, beaucoup d'éléments continuent de plaider pour montrer que la patronat n'était pas spécialement séduit par les nazis avant février 33.

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Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de sgtarno  Nouveau message 19 Déc 2006, 18:21

Salut,


Est-ce que c'etait le même patronnat qui allait "employer" des prisonniers ?


 

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Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 19 Déc 2006, 18:48

sgtarno a écrit:Salut,


Est-ce que c'etait le même patronat qui allait "employer" des prisonniers ?


évidemment... mais je crois que votre question n'est pas innocente.

Hitler est un chef habile, qui excelle à mettre aux gens le doigt dans des engrenages. Ils ne savent pas où on les mène, et ils y vont progressivement.

Cela dit, ce serait une chose excellente si ce précédent pouvait faire réfléchir tout chef d'entreprise sur ses responsabilités, qui ne se limitent pas à ses bilans de fin d'année.

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Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 20 Déc 2006, 14:29

Bonjour,
Le patronat allemand, comme les cadres de l'armee et les dirigeants des partis conservateurs, ont longtemps pense qu'ils allaient pouvoir "maitriser" les Nazis auxquels ils etaient, globalement, hostiles.

Ils esperaient, en laissant les Nazis acceder "a moitie" au pouvoir en 1933 se donner un outil pour reduire au silence les communistes et les syndicalistes puis, ensuite, reactionner en paix avec un Hitler en museliere.

Leurs illusions sont partis en fumees avec le Reichstag.

Apres, trop tard pour reagir. Et, comme le dit Francois, trop de doigts dans trop d'engrenages.


 

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Re: Relations entre Hitler et le patronat

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de tietie007  Nouveau message 05 Fév 2007, 19:01

Igor a écrit:Le sujet avait déja été abordé il me semble, mais je n'arrive pas à le retrouver. Je vous indique donc de nouveau deux articles:

http://www.lcr-rouge.org/article.php3?id_article=1394

http://www.delpla.org/article.php3?id_article=58

Peut-être François Delpla aura-t-il des précisions à nous apporter.


Lien très intéressant, notamment l'article sur les rapports entre les Nazis et le Patronat allemand. Ca confirme ma thèse de la supériorité du Politique sur l'Economique, sous le régime nazi et infirme la théorie, simplificatrice, défendue par beaucoup d'intellectuels de gauche, qui faisait d'Hitler la marionnette du Grand Capital ! Il me semble que c'est la thèse de Nikos Poulantzas dans livre Fascisme et Dictature.
D'ailleurs, je conseille de revoir le magnifique film de Visconti, Les Damnés, sur la décomposition d'une famille d'industriel allemand durant le nazisme et la nazification des conseils d'administration (et Visconti était d'obédience communiste !).
Le fait que cet article soit sur le site de la LCR, ne fait que renforcer cette thèse !


 

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Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de tietie007  Nouveau message 25 Avr 2007, 10:06

Pendant très longtemps, la thèse du nazisme, créature du grand capital a été dominante, et relayée par les intellectuels marxistes. Je pense à l'essai de Nikos Poulantzas, "Fascisme et Dictature".
Mais depuis la multiplication des recherches sur les relations entre le grand capital allemand et les Nazis, la réalité est en fait beaucoup plus complexe !

Source: Alan Bullock, Hitler et Staline, Vies parallèles, Abin Michel/Robert Laffont, 1994.
p. 470-490.



1) Hitler et le monde de l'industrie et de la banque.

Comme il réussit à se concilier les militaires, Hitler oeuvra pour avoir une bonne entente avec l'industrie et la banque pour favoriser le réarmement. Il supprima d'ailleurs les syndicats et les négociations collectives et jusqu'en 1936, l'économie allemande fonctionna dans le cadre du capitalisme industriel d'antan.
Le réarmement fut une priorité pour les nazis. Harold James donne le chiffre de 10,4 milliards de marks comme minimum des sommes dépensées pour le réarmement jusqu'en mars 1936, soit 5,2% du PNB, sur la période 1933-1935.
On peut constater, aussi, un fort accroissement de l'investissement dans l'administration, ce qui reflète le nombre d'emplois crées dans les bureaucraties de l'Etat et du Parti (*le nazisme est aussi un étatisme bureaucratique). Comparé aux 19,3% du total des investissements allemands en 1928 et aux 25,9% en 1932, celui-ci atteignit 35,7% en 1934.
Du fait des remplacements des négociations collectives par le contrôle étatique, les salaires évoluèrent à peine après 1932, et la part des salaires dans le revenu national tomba de 56 % en 1933 à 51,8% en 1939. Si il y avait de l'agitation au sujet des salaires, comme ce fut le cas sur certains chantiers de construction, on faisait appel à la Gestapo, "La première cause de stabilité de notre monnaie", dit un jour Hitler au banquier Schacht, "c'est le camp de concentration".
La même remarque s'appliquait au prix. "Je veillerai à ce que les prix restent stables", garantit Hitler à Rauchschning. "Pour cela j'ai les SA. Malheur à l'homme qui augmente les prix ! Nous n'avons pas besoin de mesures légales, nous pouvons faire cela avec le Parti seulement."

2) La nazification de l'économie.

a) La défaite de Schacht.

Maître de la manipulation financière et fiscale, Schacht s'estimait indispensable. Les querelles de 1936, qui conduisirent à sa défaite et à la mise en place du Plan quadriennal, commencèrent avec la pénurie de viande et de matière grasse à la fin 1935. Le banquier mit la crise sur le dos de la mauvaise planification du ministère de l'Agriculture de Darré, et réclama que la politique agricole soit ramenée sous le contrôle du ministère de l'Economie. La réaction d'Hitler fut de charger Goering de jouer les arbitres. A la surprise générale, le gros Maréchal prit parti pour Darré contre Schacht.
Avec le plein emploi, les grandes entreprise et le ministre de l'Economie étaient partisans d'ouvrir l'économie pour exporter. Hitler ne l'entendit pas de cette oreille. Pour lui, le réarmement était l'objectif numéro un, et l'augmentation des dépenses de l'Etat était indispensable. Pour moins dépendre des approvisionnements étrangers, les nazis vont dévolepper une politique d'autarcie.
Parmi les proches d'Hitler, le plus enthousiaste partisan des idées d'autarcie et d'autosuffisance économique était Wilhelm Keppler. Originaire d'une famille de petits industriels, il était entré au Parti nazi à la fin des années 20. Nommé conseiller économique du Führer au début de 1932. Il défendit opiniâtrement ses idées d'autarcie économique. Pareille politique flattait le reste d'hostilité du parti nazi à l'égard de la grande entreprise, et des liens avec la finance internationale et le marché mondial qui étaient les fonds de commerce de Schacht.
Au congrès du Parti nazi à Nuremberg de 1935, alors que Schacht déversa son mépris sur la notion d'autarcie, qu'il jugeait impraticable, Hitler prit fait et cause pour elle. (p477).
Les accrochages entre le financier et les nazis se multiplièrent début 1936. L'idée de nommer quelqu'un à la tête d'une commission spéciale chargée d'enquêter sur les questions de devises et de matières premières était déjà dans l'air. Le choix de Goering, fut facilité par les recommandations de Schacht et de Von Blomberg. Ce fut quand même une surprise dans la mesure où le Maréchal allemand avait affirmé qu'il ne comprenait goute en économie ! Schacht et Blomberg avait joué un jeu dangereux en pariant sur l'incompétence de Goering, croyant que le Maréchal, satisfaisant le Parti, ferait la potiche alors qu'il manoeuvrerait dans l'ombre !
Goering était un des rares nazis à avoir une éducation, et à pouvoir évoluer sans problème dans les milieux conservateurs. Son entregent et sa faconde était utile au Führer pour faire le lien avec l'établishment.

b) Le réarmement et la Luftwaffe.

Goering avait pour ambition de doubler l'aviation. Dépenses très lourdes à laquelle s'opposait Schacht. L'arbitrage d'Hitler fut en sa faveur. Les dépenses militaires totales de l'allemagne passèrent de 1 953 milliards de marks en 1934-35 à 8 273 milliards en 1937-38, et la part de la Luftwaffe dans ce quadruplement des dépenses passa de 32,9 % à 39, 4 %..
A longue échéance, la nomination de Goering se révéla désastreuse tant pour l'économie que pour laLuftwaffe. Mais sur le moment elle promettait à Hitler d'atteindre trois de ses principaux objectifs :
- la politisation des prises de décisions économiques.
- la préparation de la transition vers une économie de guerre.
- début de la nazification des forces armées.

Sur ce dernier point, Hitler, voyait dans la nouvelle arme aérienne, une possibilité de casser le moule de la tradition militaire prussienne et de créer une éthique de la Luftwaffe (comme plus tard avec la Waffen SS) plus proche de celle du national-socialisme.
Schacht, représentant de l'industrie et de la finance allemande était contre un réarmement massif qui pourrait provoquer de l'inflation et plomberait les comptes de l'Etat, tout en freinant les exportations.
L'armée était contre Goering pour des raisons différentes. Elle était pour le réarmement mais elle voulait que celui-ci se fasse sous le contrôle militaire unifié du ministère de la Défense.

c) La montée de Goering.

Après l'éclatement de la guerre civile en Espagne, Hitler charge Goering de mettre sur pied, à Séville, une commission aux matières premières et au commerce, connue sous le nom de Hisma-Rowak, chargée des relations économiques avec l'Espagne nationaliste de Franco et de garantir l'accès de l'Allemagne au minerai de fer espagnol.
Il décida peu après, de donner la charge de son nouveau plan quadriennal à Goering, lui laissant le soin de contrôler Schacht et Blomberg. (*Un vrai camouflet pour le monde de l'industrie et l'armée !)
Le 4 septembre 1936, Goering informa le cabinet de la nouvelle tâche dont il était chargé et lut le mémorandum de Hitler, qui donnait la priorité absolue au réarmement et à l'autosuffisance.
Un décret conférant à Goering le pouvoir de promulguer lui-même des décrets et "de donner des instructions à toutes les autorités" fut publié le 18 octobre 1936, et 10 jours plus tard, il déclarait à une foule de nazis en liesse, au Sportpalast de Berlin :

"Le Führer m'a confié de lourdes fonctions ...je ne les assume pas en tant que spécialiste (...) mais en tant que national-socialiste."

3) Le plan quadriennal.

L'adoption du plan quadriennal marqua plus qu'un changement de politique économique : elle marqua aussi un déplacement de l'équilibre du pouvoir en Allemagne.
Le fait qu'un Alter Kämpfer autoproclamé fût mis aux commandes de l'économie et du réarmement à la place d'un banquier, d'un industriel ou d'un représentant de l'armée indiquait que les termes de l'alliance entre les chefs nazis et les élites traditionnelles allemandes, réaffirmée en 1934, avaient changé, non à la suite d'un accord mais sous l'effet de l'action unilatérale d'Hitler, sans consultation préalalable.
L'attitude qu'il eut envers le mémorandum, exprimant le point de vue de l'armée, que lui adressa von Blomberg, en 1937, illustre la froideur du Führer envers les revendications des élites traditionnelles. L'armée posait 3 conditions :
- en tant que ministre de la Défense, il revendiquait la charge des préparatifs de guerre et du fonctionnement de l'économie de guerre.
- Schacht et non Goering devait être responsable des préparatifs de guerre en tant de paix.
- la fonction de Goering devait disparaître si la guerre éclatait. En temps de paix, elle devait être réduite à un nombre de matières premières limitées.
Si ces conditions n'étaient pas remplies, l'armée n'était pas prête à travailler avec Goering. (*Ce mémorandum, en forme d'ultimatum illustre les illusions de l'armée qui se croyait, encore, en position de force. Il scella le sort de Blomberg, qui sera mis à l'écart après une affaire montée de toute pièce par Himmler.)
Hitler ne répondit pas. Il ne tint aucun compte de la protestation et laissa Goering poursuivre son travail.
Pour la première fos dans l'histoire de l'Allemagne moderne, le veto de l'armée n'avait pas produit d'effet.
Le propre Mémorandum d'Hitler, dont, selon Speer, il y eut seulement trois copies et dont le texte resta secret, fournit la confirmation de l'inéluctabilité de la guerre.

4) La nazification de l'économie.

Le plan quinquennal de Staline, réalisé en 4 ans, avait fait grosse impression sur Hitler comme sur Goering. Ce qui suivit en Allemagne n'eut toutefois rien d'aussi net que l'expropriation de l'industrie capitaliste par l'Etat qui avait eu lieu plus tôt en Russie.
On en parlé d'un "capitalisme désorganisé", dans la sphère économique, équivalent au "chaos administratif" de la fonction publique.
Au cours de l'année 1937, les opérations du plan quadriennal furent étendues au commerce, à l'industrie et aux transports ainsi qu'aux investissements. Les 2/3 du total des investissements en capitaux de 1937 et 1938, furent faits par l'intermédiaire du plan quadriennal, du ministère de l'Air et des autres bureaux placés sous l'autorité de Goering (*Schacht et les milieux convervateurs avaient définitivement perdu la partie ...)
Mis devant le fait accompli, Schacht donna sa démission en Novembre 1937. A ce moment là, Goering avait déjà transformé le quatrième plan en un centre de contre-pouvoir économique, non pas en balayant la structure existante (comme en Russie) mais par un continuel transfert des activités et des initiatives vers la nouvelle structure.
Il plaça ses hommes à la tête des 7 divisions du plan quadriennal. Par exemple Herbert Backe, secrétaire d'Etat à l'agriculture, normalement sous l'autorité de Walther Darré, ministre de l'Agriculture, fut nommé à la tête de la production agricole, au Plan, et régentait de fait, le Ministère de l'Agriculture !
Toute différente fut la nomination de Carl Krauch, un des meilleurs chimistes d'IG Farben, à la tête du service de la recherche du Plan, avec la responsabilité de favoriser l'auto-suffisance maximale du Reich pour 25 à 30 produits cruciaux. Cela aboutit à la connexion entre le plan et la plus grande société industrielle d'Europe, IG Farben, qui désormais évita les attaques des nazis contre la citadelle du "capitalisme international juif" (Il y avait 18 juifs dans ses divers conseils d'administrations !)
Si Farben collabora bien avec le plan, les industriels du fer et du charbon de la Ruhr eurent des réticences. Organisé au sein d'institutions telles que le Syndicat du charbon de la Rhénanie-Westphalie, fondé en 1893 est souvent considéré comme le premier cartel industriel moderne, était depuis longtemps un lobby puissant.
Bien disposés à l'égard du gouvernement nazi, au début, les différends apparurent assez rapidement. Les industriels ne voulaient pas augmenter leur capacité de production ni à accepter l'exploitation anti-économique des resources allemandes en minerai de fer à faible teneur.
Tant que Schacht dirigea l'économie, il défendit le droit des industriels de la Ruhr de prendre des décisions correspondant à ce qu'ils considéraient comme leur intérêt, en rejetant toute interférence de l'Etat. Goering, lui, exigea rapidement que les industriels subordonnent leurs intérêts particuliers aux besoins nationaux. Sur les 21 millions de tonnes de minerai de fer fondues en 1935, seulement un quart avait été fourni par les sources domestiques. Le Reichmarshall exigea donc que les industriels de la Ruhr se lancent dans l'exploitation des minerais à faible teneur du centre et du sud de l'Allemagne. Quand ils refusèrent, il déclara que "l'Etat devait se substituer à l'industrie privée quand elle s'avérait défaillante."

Pendant l'été 1937, Goering annonça le projet, approuvé par Hitler, de création d'un complexe industriel, baptisé Hermann Goering Reichswerke, pour l'extraction et la fonte du fer à partir du minerai à faible teneur de Saltzgitter, dans le Brunswick. Quand les industriels de la métallurgie du fer et de l'acier présentèrent un document dans lequel ils rejetaient la politique d'autarcie de Goering, il menaça de les faire arrêter comme saboteurs.
On offrit en même temps un gros contrat d'armement à Krupp afin de briser toute tentative d'opposition de former un Front uni. C'est cet affrontement et la défaite de la Ruhr qui finirent par ruiner la position de Schacht et conduisirent à sa démission.

5) La Herman Goering Reichswerke.

Sa création marqua un nouveau déplacement de l'équilibre du pouvoir économique, déjà modifié par le plan quadriennal. Car non seulement il fit passer l'Etat-Führer du stade contrôle de l'économie à celui de la propriété et de la gestion étatiques de l'industrie.
Au début de 1938, il autorisa l'augmentation des fonds d'Etat destinés à la nouvelle entreprise, en portant le capital de 5 à 400 millions de marks. L'entreprise fut peuplée de militants nazis. Son directeur général, Paul Pleiger, avait été un petit producteur d'acier hostile au grand capital. L'un de ses proches associés, Wilhelm Meinberg, dirigeant paysan nazi depuis les années 20, et Klagges, un autre directeur, vieux membre du parti.
Goering poursuivit l'expansion des Reichswerke en y affectant tout le capital industriel sur lequel il réussissait à mettre la main. Figuraient dans le lot les sociétés juives "aryanisées" sur ordre, les avoirs charbonniers de Thyssen dans la Ruhr, confisqués en décembre 1939, les usines d'armement comme Rheinmetall Borsig et la plus grande partie des industries saisies en Autriche et en Tchécoslovaquie.
Quand la guerre éclata, les Reichswerke avaient remplacéIG Farben en tant que première entreprise industrielle d'Europe et étaient sur le point de devenir l'instrument économique de l'expansion impérialiste nazie.
Peter Hayes, l'historien d'IG Farben, dit que les opérations économiques de Goering consistèrent à "dépouiller l'économie allemande" pour les besoins du réarmement.


 

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Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de tietie007  Nouveau message 17 Oct 2007, 17:03

Je suis en train de parcourir le très intéressant livre de David Schoenbaum, La Révolution brune, une thèse publiée en 1966. L'auteur s'est notamment appuyé sur le journal nazi le Volkischer Beobachter . Je ferai un petit résumé sur le chapitre consacré au Capital.

Image

Je vous mets l'introduction du chapitre :

L'évolution de l'économie allemande de 1933 à 1939 est une illustration classique de la contradiction interne à l'Etat totalitaire : de l'opposition entre ses ambitions illimitées et les limites de sa pratique. Le national-socialisme prétendait à un contrôle intégral de l'économie : des ressources, des salaires, des prix, de la production, du crédit, de la main d'oeuvre, des transports. Mais il n'y parvint qu'avec la guerre totale. Durant les six années de paix, ces aspirations étaient loin d'être satisfaites. Les nazis ne créèrent pas une économie de guerre en temps de pais, mais perpétuèrent une économie de paix en temps de guerre, de bien des façons.
(...)La volonté de contrôle intégral de l'économie conduisit les contemportains à prendre les nationaux-socialistes au mot et à croire qu'ils avaient véritablement instauré une économie de guerre en temps de paix. Réciproquement, après la guerre, l'étude rétrospective de la pratique nazie entraîne une révision radicale des hypothèses antérieures, comme si les données réflétant l'inefficacité de la mobilisation de la main d'oeuvre, la faiblesse de la production d'armes impliquaient une réinterprétation des intentions nazies.
(...) En dépit des idées qu'ont pu répandre une trentaine d'années de mythologie marxiste et néo-marxiste, jamais en temps de paix on ne vit une économie aussi nettement capitaliste prendre des orientations aussi peu capitalistes, et même aussi anticapitalistes que l'économie allemande de 1933 à 1939.
(...) Les étiquettes traditionnelles, les distinctions entre "économie de marché" et "économie planifiée", "propriété privée" et "propriété collective", n'arrivent pas à décrire l'antiéconomie du IIIe Reich ...L'emprise du IIIe Reich sur l'industrie et le capital était d'abord un problème politique, et non économique. "Enrégimentation" et "propagande" sont les deux termes par rapport auxquels il faut définir la position du capital et de l'industrie, comme celle de tous les autres secteurs de la vie allemande.
(...) C'est l'incompatibilité des objectifs, en particulier réarmement et aide à la bourgeoisie, subventions à la reprise et stabilité des prix sur la base déflationniste des budgets de Brüning en 1931-32, prix agricoles élevés et bas prix conciliables avec les bas salaires des consommateurs, le tout devant se combiner encore une fois avec le soutien à la classe moyenne, ce qui explique la bizarre inefficacité de l'économie de guerre allemande pendant 6 ans de paix.
Dans le cadre de ce système, les détenteurs du capital, en admettant que l'on pût considérer comme une classe unique avec des perspectives et des problèmes homogènes, jouaient moins un rôle actif que passif, dans la mesure où ils bénéficiaient d'autant de faveurs qu'ils subissaient de coercitions. L'Etat dualiste, dont Fraenkel a parlé dans son analyse perspicace de la période de 1933-1937 (Ernst Fraenkel, The Dual State, 1941, New York), en suggérant une sorte d'équilibre entre la nouvelle classe politique et les anciens intérêts économiques dominants, exista effectivement, mais ce n'était qu'un passage transitoire dans l'esprit des nazis. Son maintien était une nécessité tactique et non un objectif qui leur tenait à coeur.


 

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Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de tietie007  Nouveau message 04 Jan 2008, 14:10

Je suis tout à fait d'accord avec l'analyse que fait Kershaw :

Source : Qu'est ce que le nazisme de Ian Kershaw, Problèmes et perspectives d'interprétation, Gallimard, Paris, 1992, édition anglaise 1985, cité dans L'Allemagne de 1933 à 1945, d'Alfred Wahl, Armand Colin, 1993, p95.

En dehors du groupe de partisans convaincus de l'installation des nazis au pouvoir, une partie au moins du patronat était prête à le tolérer. C'était le dernier espoir plutôt que le premier choix de la plupart des industriels.
Le régime a-t-il pu, dans ces conditions, faire prévaloir le "primat des objectifs idéologiques et politiques sur les buts et les intérêts économiques " ?
Les historiens libéraux, Hillgruber, Hildebrand, Bracher, s'accordent sur l'existence d'une primauté du politique dans l'orientation économique du IIIe Reich. L'économie aurait été au service du politique.
Les marxistes reconnaissent qu'après 1933, il n'y a pas eu identité entre fascisme et capitalisme et que l'appareil d'Etat nazi n'était pas l'instrument d'exécution du capitalisme. L'un d'eux , Tim Mason, affirme qu'après 1936, la primauté du politique a pu s'affirmer.
En fait, la polarisation du débat sur la concurrence entre le politique et l'économique pour la primauté ne rend pas compte de la complexité des relations entre les deux sphères. On sait que le régime reposait sur 4 piliers: le parti, l'armée, le patronat, et après 1936, la SS. Avec le réarmement, la relation devint de plus en plus positive entre le patronat et le pouvoir nazi. Cependant, la division entre la branche patronale favorable à la présence sur les marchés internationaux (Schacht) et celle qui inclinait à l'autarcie affaiblit le pilier tout entier.
Le changement de 1936, le plan de 4 ans, et la création des H.Göring Werke fournirent la preuve que le régime n'hésitait pas à passer outre à la résistance de l'industrie lourde (Changement que j'avais souligné, Hado, m'appuyant sur l'analyse d'A.Bullock).
Mais il ne faut pas trop exagérer la signification du remplacement de Schacht par Funk et Göring (d'accord mais le remplacement d'un financier comme Schacht, au Ministère de l'Economie, par un dirigeant nazi, est assez symbolique sur la primauté du politique sur l'économique ! ) , car l'I.G.Farben avait préparé puis piloté le changement qui devait l'avantager. De même, le conquête de l'Autriche, puis de la Bohème, allait dans le sens des intérêts des industriels ainsi d'ailleurs que l'arianisation des entreprises en 1938.
Finalement, le patronat demeura à la remorque du pouvoir politique. Même s'il n'a pas vu d'un bon oeil la campagne de Russie, car il existait une tradition d'échanges avec ce pays, il s'est engagé sans vergogne dans l'exploitation des hommes et des ressources. Enfin les industriels absents de tous les complots contre Hitler et comme IG Farben ont fait des profits énormes en acceptant de bon gré la subordination au politique.

En résumé, les industriels allemands ont fait du suivisme et ont accepté leur subordination au pouvoir politique, par intérêt. Mais ce n'est jamais eux qui ont mené la danse !


 

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Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de tietie007  Nouveau message 24 Mai 2008, 08:20

Un article sur Henry Ford, dans le Monde diplomatique :

http://www.monde-diplomatique.fr/2007/04/LOWY/14601

A noter que Ford, furieusement antisémite, qui fit rééditer Les Protocole des Sages de Sion, détestait, aussi, l'etablishment de la côte Est et les financiers de Wall Street. Pendant très longtemps, d'ailleurs, les concessions Ford ne pouvaient faire des crédits, l'industriel étant formellement opposé à la pratique du taux à intérêt ! D'après André Kaspi, Ford incarne cette Amérique rurale des petits blancs, nostalgique de l'époque des pionniers, qui ne se reconnaît pas dans l'Amérique des financiers et qui fournit les gros bataillons des mouvements isolationnistes.
Henry Ford est-il représentatif de la nouvelle classe patronale américaine ? Certainement pas ! Il se distingue, plutôt, par des positions singulières et sa détestation du système en place. A noter, d'ailleurs, que son argent ne put lui permettre d'être élu au Sénat, puisqu'il fut battu deux fois aux élections pour accéder au Congrès américain.
Certaines personnes voudraient nous faire croire le contraire, et se réfèrent à Ford pour démontrer le pro-fascisme du patronat américain. Or, si certains chefs d'entreprises avaient bien des sympathies pour les régimes hitlériens et mussoliniens, comme Ford ou Hearst, il n'en reste pas moins qu'il y en avait d'autres, qui se sont ralliés à la cause alliée, dans le sillage de Roosevelt et du parti démocrate, je pense notamment à certains tycoons hollywoodiens !


 

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