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L'entrée du RICM en Alsace

Dans cet espace, sont rassemblés sous forme de fiches l'ensemble des biographies, résumés de bataille, thèmes importants concernant la seconde guerre mondiale.
MODÉRATEUR: Vincent Dupont

L'entrée du RICM en Alsace

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de hilarion  Nouveau message 18 Sep 2006, 21:04

Extrait du journal de marche du marsouin André Meunier

Dimanche 19 novembre 1944

Je m'endors jusqu'à cinq heures du matin. Oh ! que d'un oeil car on ne sait jamais. A cinq heures, départ ! Il fait noir et pas de lumière bien entendu. Je frôle les murs et les talus plus d'une fois. Nous allons jusqu'à DELLE qui a été pris la veille. Nous y arrivons au petit jour, refaisons les pleins d'essence et d'huile et buvons du café.
Nous partons en direction de l'ALSACE, passons à COURTELEVENT, le prochain pays sera en ALSACE. Nous avons pour mission de reconnaître jusqu'à SEPPOIS mais il y a une résistance. Alors, le troisième peloton, le mien doit prendre ce pays de flanc. En reconnaissant un autre village, nous passons la frontière, prenons une petite route et tombons sur un fort barrage anti-char. Après une reconnaissance par une patrouille dont je suis, le barrage n'est pas défendu mais il empêche le passage. Toujours à pied avec la patrouille, nous essayons de trouver un autre chemin. Pour cela, nous suivons derrière un char car nous sommes en plein bois. Le chemin reconnu, les jeeps passent mais les Scouts s'y enlisent. Il faut le char de CAROL pour les sortir. Toujours avec le char, nous démolissons le barrage avec précaution car il pourrait être miné. La route libre, nous passons et arrivons en vue de UEBERSTRASSE, le village que nous devons reconnaître. En approchant, un camarade se fait tuer net par une rafale de treize balles (1) de mitraillleuses mais un autre copain le venge en abattant à la mitraillette cinq boches qui servaient ce nid de mitrailleuse. Comme nous ne pouvons pas passer, nous repartons pour SEPPOIS par un chemin de traverse. En cours de route, une mitrailleuse allemande est détruite par un coup de canon .
SEPPOIS venait d'être pris quand nous y sommes arrivés, malgré qu'un 88 ait démoli un char de chez nous et tué deux hommes de l'équipage. Nous avons ordre de pousser jusquà LARGITZEN, un village deux kilomètres plus haut que SEPPOIS. En traversant SEPPOIS, nous voyons le 88 que les boches ont abandonné , puis des maisons qui brûlent, des cadavres allemands, des voitures qui brûlent aussi.
Ici, toutes les inscriptions sont en allemand, nous passons par-dessus un immense fossé antichar fait par TODT. Nous arrivons à LARGITZEN un village où il y a encore du boche, dans la nuit tombante, nous les voyons qui se sauvent à demi-courbés vers les bois. mon mitrailleur les arrose ce qui les fait disparaître, dans le village. Des camarades ont fait une vingtaine de prisonniers, nous ne dormirons pas cette nuit encore ! Il faut surveiller.

1) Maurice CHAPUT (son frère jumeau, Roger, était au PAC du 4ème escadron du lieutenant Hilliquin).


Lundi 20 novembre 1944

Nuit sans histoire, départ à cinq heures, direction SEPPOIS. Nous sommes dans la plaine d'ALSACE, il n'y a pas de neige, mais il pleut et la nuit il fait froid, je ne mange presque pas, je maigris. Nous fonçons vers le nord, passons BISEL, SCHINSOULTZ, JETTINGEN,HERFANZKIREN, MAGSTATT, RANZWILLER, STEINBRUNN, BRUEBACH. A BRUEBACH,
je passe la nuit dans la paille et pour la première fois, je dors bien.


Mardi 21 novembre 1944

Départ le matin vers dix heures, direction MULHOUSE, nous redescendons un peu vers RANZWILLER, passons à VALTEINHEIM, SIERENTZ, HABSHEIM, RIXHEIM, Ile NAPOLEON à proximité de MULHOUSE.
Là, la bataille fait rage, on voit les maisons voler en éclats ou brûler, nous sommes bombardés. Le soir je monte avec mon Scout la surveillance à un carrefour qui mène à MULHOUSE, j'arrête trois civils qui ne comprennent pas un mot de français, je les laisse partir. Au lieu de répondre au poste suivant, ils disparaissent. Plus tard j'arrête un autre civil je le fouille : il n'a pas d'armes et je le laisse partir puis je somnole à mon volant toute la journée. Nous avons remonté le long de la forêt de la HARDT.


Mercredi 22 novembre 1944

C'est la fête de ma soeur, seulement je ne puis lui souhaiter, à quatre heures il faut descendre toutes les armes du Scout car les boches contre- attaquent. Je suis envoyé avec le Scout en arrière. Les hommes de l'équipage vont faire les fantassins. Je suis en surveillance à un carrefour il n'y a que des habitations de cheminots: les gens sont chics, ils nous apportent du café, exécrable d'ailleurs, de la soupe. Je me lave et me rase. A midi, je déjeune chez un civil. Le soir, le Scout est garé dans une cour et je monte la garde jusqu'à huit heures. Je vais dîner où j'ai déjeuné à midi puis me couche dans mon Scout.
Il pleut toute la nuit ce ne sont que des coups de canons et des rafales de mitrailleuses mais je dors bien quand même.


Jeudi 23 novembre 1944

Le matin un violent tir d'artillerie me réveille. Les mitrailleuses claquent sèchement. ce sont les boches qui contre attaquent, on reconnaît l'aboiement du mortier, la veille déjà, des groupes ennemis laissés derrière nous avaient coupé la route de PELLE et réoccupé SEPPOIS mais ils ont été tout de suite repoussés. Dans MULHOUSE les casernes résistent elles sont tenues par des gendarmes et des S.S français, aussi comme ils savent qu'ils seront fusillés ils se défendent jusqu'au bout. Vers dix heures du matin ça se calme. Les boches ont dû être repoussés. Nous veillons maintenant sur la lisière de la HARDT qui se trouve en face de nous car ils s'y sont réfugiés.
De temps en temps il part des rafales qui passent au-dessus du Scout. En ce moment, il est quatre heures de l'après-midi le canon tonne, deux balles de fusils viennent de me passer au-dessus de la tête ce qui me fait instinctivement baisser, j'ai le casque de radio sur les oreilles et je note les besoins en munitions de nos armes qui sont en ligne, puis je transmets au lieutenant dépanneur qui se charge de faire ce qu'il faut.
Le soir nous nous formons en carré pour passer la nuit, je ne mange pas, je n'ai pas faim. Je me couche avec toujours l'orchestre du canon et des mitrailleuses pour me bercer et m'endormir.


Vendredi 24 novembre 1944

De deux heures à quatre heures je suis de garde il faut ouvrir l'oeil car la lisière du bois n'est qu'à quarante mètres et les boches sont derrière. Toute la nuit c'est un tir ininterrompu de part et d'autre. Dans la matinée passent les cadavres de trois de mes camarades qu'un camion emmène vers l'arrière. ils se sont fait tués dans une maison à coups de rocket gun. Je bois du chocolat avec quelques biscuits. Nous nous apercevons que dans la nuit un obus a pris toute la rue où nous sommes en enfilade et est allé défoncer une maison dans le bout ! ça tonnait tellement que nous ne nous en sommes pas aperçu. Juste au moment où j'écris, il arrive un arrosage d'obus, quelque chose de soigné. Je me suis mis à plat dans mon Scout, le blindage me protégera des éclats et par les fentes de visées je vois les éclatements à quarante mètres, des types se couchent rapidement enfin, après une douzaine d'obus ça s'arrête, il n'y a eu personne d'atteint c'est de la veine.
Le soir nous regroupons les véhicules face à la lisière du bois qui est plein de fritz.
Je suis de garde de six à huit heures, il fait nuit depuis une demi-heure déjà quand dans le bois, je vois une lumière qui se déplace.
Les autres sentinelles ont vu en même temps car d'un seul coup toutes les mitrailleuses se mettent à cracher, les autres ripostent un peu, quant à moi le ventre dans la boue, j'appuie sur la détente tac, tac, tac, tac, les balles traceuses font de jolies gerbes d'artifice, dommage qu'il y ait autre chose à faire que de l'admirer, petit à petit les rafales cessent, mais je n'y comprends rien la lumière est toujours là qui bouge et tant que j'ai été de garde elle a bougé Je ne bouge pas et j'entends les éclats qui fouettent le blindage ça cesse et je m'endors.


Samedi 25 novembre 1944

Je m'éveille tout mouillé car la bâche du Scout est trouée et il a plu toute la nuit, je change mon Scout de place, je fais mon café, me rase, me débarbouille, dans la matinée quatre allemands sont faits prisonniers dans le bois, ce sont de jeunes S. S.
Le soir à sept heures je vais chercher les armes en ligne car les types de l'équipage vont être relevés, je reviendrai à onze heures chercher la dernière mitrailleuse de sept à une heure du matin je monte la garde.


Dimanche 26 novembre 1944

A une heure du matin il faut aller reprendre les dernières mitrailleuses, les boches sont à deux cent mètres, il faut faire attention, en passant sur un pont en plein clair de lune, je reçois un coup de quatre vingt huit juste à côté, le Scout s'ébroue sous le souffle, les éclats claquent sur le blindage, il y en a même un qui est rentré dedans il est tombé juste derrière moi en claquant contre le blindage, instinctivement j'ai rentré la tête dans les épaules mais cette fois encore j'en ai été quitte pour des égratignures sur mon blindage. Là où je reprends les copains, ils ont le premier jour où ils y étaient, anéanti deux cent six boches: ils venaient tranquillement et nos quatre mitrailleuses les ont tiré à bout portant les survivants se sont entassés dans une maison où ils ont été descendus à coups de soixante quinze par les tanks distroyers, un prisonnier a déclaré deux cent six hors de combat sur deux cent quarante. Une fois la relève finie nous repartons, direction inconnue, nous arrivons dans un village à deux heures du matin, je m'endors presque de suite, et ne me réveille qu'à neuf heures quand je m'entends appeler pour les lettres : une de ma mère et trois de ma fiancée. Nous sommes à MAGSTATT, je nettoie mon Scout puis vers trois heures bon déjeuner dans une maison alsacienne, la plupart des gens ne parlent pas français, c'est ennuyeux. Le soir je me couche à six heures car je n'ai presque pas dormi la nuit dernière.
Rédacteur Pierre Chaput
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