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Quand les Goumiers libèrent la Corse

Tout ce qui concerne la libération de l'Europe et qui n'est pas développé au sein des sections ci-dessus.
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Quand les Goumiers libèrent la Corse

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de fbonnus  Nouveau message 05 Oct 2013, 18:11

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Ali NAdi (au centre avec la barrettes de médailles) alias "Le Lion de l'Atlas" et d'autres goumiers, à Bastia,
lors des cérémonies du 70° anniversaire de la libération de la Corse ces 3 et 4 octobre 2013
Crédits Photo : Pascal Pochard - Casabianca/AFP


Il y a soixante-dix ans, le lieutenant-colonel Pierre Boyer de Latour, futur général d'armée, dirigeait les goumiers, les soldats marocains de l'Armée d'Afrique, qui ont participé à la libération de l'île de Beauté. Sa petite-fille, Patricia, raconte aujourd'hui, dans Le Figaro, ce haut fait d'armes.

Ils avaient vingt ans, quelquefois moins, souvent à peine plus. Ils s'appelaient Ali Nadi, Saïd Mehlaoui, Hamou Moussik… Beaucoup de leurs camarades sont morts dans les combats de la Seconde Guerre mondiale, en Corse mais aussi en Tunisie, à l'île d'Elbe, en Italie, en métropole et en Allemagne. En Corse, le carré militaire de Bastia et le cimetière marin de Saint-Florent, avec ses tombes musulmanes tournées vers La Mecque ainsi que celle du lieutenant Couffrant qui demanda à être enterré auprès de ses hommes, portent le témoignage de leur sacrifice.
On les appelait les goumiers: «Ces soldats, qui ne sont pas des supplétifs ainsi qu'il est souvent dit à tort, dépendaient comme les autres unités de l'Armée d'Afrique», précise Daniel Sornat, historien des goums. Leur nom vient de l'arabe «goum», qui signifie «levée». Mais ces troupes ne ressemblaient à aucune autre. Vêtus de leurs djellabas couleur d'écorce, coiffés de rezzas (turbans de laine) sur leur crâne rasé à l'exception d'une petite natte de cheveux, chaussés de nahallas (sandales), ils portaient un barda hétéroclite et marchaient en colonne tirant leurs mulets, suscitant la curiosité des Français sur leur passage et l'effroi de l'adversaire sur le terrain.

Leur devise: «Rira bien qui rira le dernier»

Ils débarquent à Ajaccio le 23 septembre 1943. Tous font partie du 2e groupement de tabors marocains (GTM), 3000 hommes environ, commandés par le lieutenant-colonel Pierre Boyer de Latour, qui deviendra général d'armée, résident général de France en Tunisie, puis au Maroc. Leur devise: «Rira bien qui rira le dernier.» Entraînés clandestinement dans les montagnes du Moyen-Atlas, d'où ils sont en majorité originaires, ces hommes issus de tribus berbères guerrières, comme celle des Aït Seghrouchen, sont prêts à en découdre. Ils ne sont pas les seuls. Dans la nuit du 16 au 17, le 1er régiment de tirailleurs marocains (RTM), sous les ordres du colonel de Butler, a débarqué. Il fera la conquête du col de San Stefano le 30 septembre. Dès le 13 septembre, les hommes du 1er bataillon parachutiste de choc embarqués sur le Casabianca du commandant L'Herminier entrent en avant-garde à Ajaccio.
Les premiers détachements sont sur le sol corse: spahis du 4e RSM, tirailleurs du 1er RTM, commandos du bataillon de choc, et donc goumiers du 2e GTM. Tous appartiennent au corps de débarquement constitué en toute hâte en Afrique du Nord, qui rassemble 6000 hommes sous les ordres du général Martin. Juste auparavant, début septembre, les maquisards corses aux ordres du commandant Colonna d'Istria déclenchent l'insurrection. Fred Scamaroni, qui deviendra Compagnon de la Libération, torturé par les fascistes italiens, s'est déjà suicidé en prison sans avoir parlé. Jean Nicoli, héros de la Corse, a été décapité sauvagement le 30 août 1943.
Ils entrent dans Bastia le 4, sous les bombardements des Américains, qui n'étaient pas au courant de la victoire
Cette insurrection est préparée en accord avec les services du général Giraud à Alger, qui ravitaillent les résistants de l'île en armes et en munitions depuis des mois. Les Italiens, force d'occupation en Corse, ne résistent pas. La majorité se rallie à l'Armée d'Afrique. On se bat à Bastia. Giraud donne l'ordre de déclencher l'opération Vésuve. Au terme de trois semaines de combats très rudes contre des unités SS redoutables - la brigade Reichsführer SS en particulier -, au col de Teghime, enlevé de haute lutte par les goumiers le 3 octobre 1943. Ils entrent dans Bastia le 4, sous les bombardements des Américains, qui n'étaient pas au courant de la victoire. La Corse est le premier département français libéré. C'était il y a soixante-dix ans.
Ce vendredi, Ali Nadi, Saïd Mehlaoui, Hamou Moussik et quatre de leurs frères d'armes ont refait le voyage. Cette fois-ci, dans l'avion du président de la République française. À son bord, Kader Arif, ministre des Anciens Combattants, venu les chercher à Rabat. Ils sont beaux et dignes dans leurs djellabas immaculées, avec leur impressionnante barrette de médailles. Le doyen a 104 ans, le plus jeune 89. Un fils ou une fille les accompagnent. Dans l'avion, des élèves du lycée Lyautey de Casablanca se rendent sur les traces de ces héros anonymes, à peine plus âgés qu'eux au début des années 1940…
Ces goumiers avaient répondu à l'appel de Mohammed V, Compagnon de la Libération, qui, le 3 septembre 1939, avait fait lire dans toutes les mosquées du Maroc un dahir dans lequel il proclamait que les forces du Maroc devaient s'employer à aider la France dans les combats qu'elle mènerait aux côtés des Alliés contre la peste brune. On sent ces jeunes Marocains impressionnés par leurs aînés et émus. Le président François Hollande et Son Altesse Royale le prince Moulay Rachid, frère du roi Mohammed VI, leur ont rendu hommage à Bastia ce vendredi. Ils ont été décorés de la croix d'officier de la Légion d'honneur, aux côtés de Résistants de la première heure, comme Léo Micheli, et d'anciens du bataillon de choc, comme François Geronimi et le général Roland Glavany.

«Les Marocains ont fait le sacrifice de leur vie pour la France, prêts à donner leur sang et leur jeunesse pour un pays dont ils partageaient les valeurs»
Le ministre des Anciens combattants a, quant à lui, présidé les cérémonies du col de Teghime la veille. Devant le monument sur lequel est gravé un extrait de l'émouvante «Prière pour nos frères marocains», écrite par le commandant Hubert, du 2e GTM, Kader Arif a rappelé que «les Marocains ont fait le sacrifice de leur vie pour la France (plus des deux tiers des pertes de l'armée en Corse, NDLR), prêts à donner leur sang et leur jeunesse pour un pays dont ils partageaient les valeurs.»
Longtemps, ils furent méconnus. Il aura fallu un film documentaire d'Alain de Sédouy et d'Ahmed El Maanouni, sur «L'histoire des goumiers oubliés», en 1992, programmé sur France 3 et la chaîne marocaine 2M, afin que leur difficulté à faire valoir leurs droits pour la revalorisation de leurs pensions militaires fût connue. Il y eut ensuite le filmIndigènes qui leur rendit justice auprès du grand public. Aujourd'hui, ils touchent des pensions honorables. «Avec la France, dit Saïd Mehlaoui, les choses ont été réparées». Ali Nadi, alias «le Lion de l'Atlas», qui a baroudé jusqu'en Indochine, a été blessé trois fois. Il a reçu la première de ses six citations en Corse pour «son sang-froid et son courage».
Les Corses ne les ont pas oubliés. Et surtout pas Ernest Bonacoscia, surnommé «le Moutchou» par les goumiers. C'est lui qui leur servit de guide au col de Teghime. «Tu sais lire la carte?», lui demande le lieutenant-colonel de Latour. «Non», répond Ernest. Le lieutenant-colonel déplie la carte, montre Saint-Florent. «Là, je connais par cœur. La plage est minée, mais je connais aussi le passage», précise Ernest.

«Troupe au moral élevé, à l'endurance inégalable, au cran magnifique»
Dans Les Combattants de la liberté, le très beau livre paru récemment aux éditions Albiana-DMPA et illustré par les photos de Roberto Battistini, Marie Ferranti écrit l'épopée de tous les héros qui ont participé à la libération de la Corse. Ernest Bonacoscia, alias «Arnerio, l'enfant aux semelles de vent», est l'un deux. «Ce serait trop long à vous raconter. Les obus, les attaques, les blessés, les morts. On me criait: “Couche-toi, petit con!” Mais le petit con ne se couchait pas! Il y avait du brouillard. Ils se perdaient. Je les ramenais. Je courais partout. Je faisais la liaison. J'étais inconscient…»
Au poste de secours dans le village de Barbaggio, les blessés arrivaient. L'un d'eux, dans le souvenir du général Le Diberder - qui avait participé aux combats de la Corse comme jeune officier de spahis -, sentant ses forces l'abandonner demanda son capitaine, toujours avec lui dans les combats. Arrivé à son chevet, le goumier lui demanda de soutenir son doigt levé en direction de La Mecque. Il récita la «chahada». Les larmes aux yeux, le capitaine reprit son poste de combat. Des morts, il y en avait tout le long de la rue principale de Barbaggio, des goumiers fauchés en pleine jeunesse. Ernest Bonacoscia les a vus, il ne les a jamais oubliés.
«Qu'on écoute la leçon que nous ont donnée ces hommes qui hier ont combattu tous ensemble contre la barbarie nazie et pour la liberté de la France»

Claude Sornat, président de la Koumia
Le 4 octobre au matin, il entre avec les goumiers dans Bastia, bombardée et évacuée en toute hâte par les Allemands, tandis que des commandos du bataillon de choc hissent le drapeau tricolore sur la mairie. Le 2e GTM est récompensé par une citation à l'ordre de l'armée: «Splendide unité marocaine formée à l'image de son chef. Troupe au moral élevé, à l'endurance inégalable, au cran magnifique et à l'allant irrésistible. A donné toute la mesure de sa valeur guerrière en lourdes pertes en hommes et en matériel. Bien que soumise à des feux violents d'artillerie et d'aviation, a conservé toute son ardeur agressive et est entrée victorieusement dans Bastia le 4 octobre, contribuant pour une large part au succès de la campagne engagée pour la libération de la Corse.»
Ernest Bonacoscia a été décoré de la Croix de guerre. Il avait quatorze ans. Au col de Teghime, le contrôleur général Claude Sornat, président de la Koumia (association des anciens des goums marocains et des affaires indigènes en France) a demandé «qu'on écoute la leçon que nous ont donnée ces hommes qui hier ont combattu tous ensemble contre la barbarie nazie et pour la liberté de la France sans distinction de race, d'origine ou de religion, et qu'on retienne aujourd'hui cette leçon en luttant ensemble pour la fraternité et le respect mutuel». Puisse-t-il être entendu…

Le figaro.fr - http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2013/ ... -corse.php
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Re: Quand les Goumiers libèrent la Corse

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 05 Oct 2013, 18:13

Grand merci pour l'info Fred.
Amicalement
Prosper ;)
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Re: Quand les Goumiers libèrent la Corse

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Mahfoud06  Nouveau message 06 Oct 2013, 20:54

Merci pour les informations Fred !
Ma passion est pareille à leur engagement à tous . Tant inexplicable qu'extraordinaire .

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