En Suisse le 27 septembre, nous voterons une initiative ayant pour objectif de sceller définitivement la neutralité dans notre Constitution. Le principal but étant d’empêcher une adhésion à l’OTAN.
Je ne vais pas discuter ici des arguments pour ou contre, je vais seulement montrer à quel point il est compliqué de parler de la neutralité suisse pendant la Seconde Guerre mondiale.
D’abord beaucoup de Suisses et particulièrement dans l’enseignement, sont convaincus que le commerce avec l’Allemagne rangeait la Suisse dans le camp de l’Axe, et de fait les élèves n’ont qu’une référence et c’est le livre condensé du Rapport Bergier dont le titre est Les Suisses et les nazis. Donc ces élèves ne connaissent absolument rien d’autre, même s’il existe probablement quelques enseignants plus curieux élargissant les connaissances.
Par contre on doit revenir sur un aspect important du rôle de l’armée et particulièrement des Services de renseignements. Lorsqu’en 1966 fut édité le livre des journalistes français Pierre Accoce et Pierre Quet La guerre a été gagnée en Suisse dont le but était de montrer le rôle important du réseau soviétique en Suisse, maintenu en vie grâce à l’armée, dès sa parution et sans aucune recherche on déclara en Suisse qu’il s’agissait d’affabulations. Pourtant déjà en 1961 l’historien anglais Jon Kimche avait écrit Un général suisse contre Hitler.
A titre personnel j’ai toujours été clair, n’importe qui se battant contre le nazisme était un héros, soldats, résistants qu’ils furent français, belges, italiens ou allemands. Le nazisme est une telle abomination que je considère que les Allemands, officiers ou civils, qui ont transmis des renseignements essentiels aux Alliés, y compris soviétiques, sont des héros qui n’ont pas trahi l’Allemagne mais dénoncé et lutté contre le nazisme. De fait en premier lieu c’est le nazisme qui a trahi l’Allemagne, le peuple et sa culture et qui a commis les crimes les plus abominables, tel que l’Holocauste. En aidant généreusement les résistances, le SR suisse et son chef Roger Masson ont participé à cette lutte et ce n’est pas pour rien que l’historien français, Robert Belot déclara que si Masson avait été français il aurait eu droit à une statue. Il est vrai que la lutte contre le nazisme passait bel et bien en premier par combattre l’armée allemande, c’est pour cette raison que les résistants allemands ont été considérés comme des traîtres.
Guisan, donc a lutté à sa façon contre le nazisme en permettant le fonctionnement du réseau soviétique. Mais manifestement, tout en reconnaissant l’importance de ces renseignements, les Soviétiques et surtout Staline ont toujours considéré la Suisse comme un ennemi qu’ils auraient volontiers détruit, ceci pour plusieurs raisons. Mais la Suisse avait un ami qui s’appelait Churchill.
Conclusion : chercher une totale neutralité dans une guerre est mission impossible. Par contre définir la neutralité comme une interdiction d’appartenance à une organisation militaire et comme un système favorisant la diplomatie cela oui c’est possible.

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