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Carl Jung et Allen Dulles


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Carl Jung et Allen Dulles

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Christian27  Nouveau message 16 Mar 2025, 18:49

En dehors des batailles la guerre se joue beaucoup au niveau psychologique et surtout du pouvoir hypnotique. Lorsque ce pouvoir est pour le bien on peut parler de charisme, en tout cas je ne parlerais pas de charisme en ce qui concerne Hitler

Le psychiatre suisse Carl Jung, pour diverses raisons, est beaucoup moins connu que Freud qui était autrichien


Devenu l'agent 488, Jung coachait des espions

Les détails les plus croustillants de la vie secrète de Carl Gustav Jung remontent lentement à la surface. Il aura fallu près de cinquante ans pour que son fameux «Livre rouge», le guide détaillé de ses fantasmes, sorte de la banque où ses héritiers l'avaient abrité. Et ses expériences d'avant-garde dans le domaine de l'espionnage restent largement méconnues.
Dommage, car cet explorateur de la psychologie des profondeurs est aussi entré dans l'histoire des services secrets. Sous le nom de code d'agent 488, Jung est devenu l'un des plus sérieux informateurs du maître espion américain Allen Dulles, qui a passé une bonne partie de la Deuxième Guerre mondiale en Suisse *.
Ensemble, Carl Gustav Jung et Allen Dulles ont posé les bases du profilage psychologique, mariage encore expérimental de l'espionnage et de la psychanalyse pratiqués au plus haut niveau. C'était à Küsnacht, sur les rives du lac de Zurich, où le psychanalyste recevait le chef européen de l'OSS(ancêtre de la CIA américaine).
Arrivé en Suisse en février 1943, Dulles débarque très vite chez Jung qu'il vient régulièrement interroger. En témoigne ce télégramme, expédié de Berne le même moi: «J'ai pris contact avec le célèbre professeur C. J. Jung. Ses analyses des réactions de leaders allemands, spécialement de Hitler à cause de ses tendances psychopathes, ne devraient pas être sous-estimées. Jung est persuadé que Hitler va recourir jusqu'au bout à toutes les mesures désespérées, mais il n'exclut pas la possibilité d'un suicide dans un moment de crise.»
Si la majeure partie des archives américaines concernant Jung reste secrète, on peut imaginer la teneur de ces discussions grâce à diverses interviews de C. J. Jung. Elles nous apprennent que le psychanalyste rangeait les leaders fascistes en deux tribus.
Il y avait des chefs de clans (Mussolini et Staline), qui étaient « physiquement plus puissants, plus solides que leurs adversaires». Et il y avait les hommes-médecine (Hitler), qui n'étaient pas forts en eux-mêmes, « mais en raison du pouvoir que les autres projetaient sur eux ».
Pour Jung, Hitler est un miroir «de l'inconscient allemand (...) Son pouvoir n'est pas politique, il est magique (...) Hitler affirme ce que tout Allemand pense et sent inconsciemment au sujet du destin national (...) Il a ce pouvoir inquiétant d'être sensible à l'inconscient collectif ».
Patiente et espionne
Ces visions jungiennes ont clairement influencé Dulles, et, avec lui, les services secrets américains. Le psychanalyste suisse « a compris les traits de caractère de ces chefs, ô combien sinistres, qui ont gouverné l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste. Le jugement qu'il portait sur eux et sur leurs possibles réactions aux événements m'a réellement aidé à jauger la situation politique », écrit Dulles après-guerre.
L'Américain n'était pas le seul espion à bénéficier de ses conseils. Sa collaboratrice Mary Bancroft était, elle aussi, une proche de Jung. Patiente du psychanalyste, cette femme divorcée de 39 ans vivait une forme d'union libre avec un citoyen suisse.
Avec son rouge à lèvres éclatant, la grande Américaine à l'allure imposante s'habillait plus court que la moyenne, et se décrivait comme une femme « à la hauteur de ses prouesses sexuelles et toujours en chasse ». Bavarde, elle parlait de tout avec Jung, y compris de ses missions secrètes. Allen Dulles, qui lui avait donné le nom de code de « Mrs Pestalozzi lui a notamment demandé de prendre contact avec un certain Hans-Bernd Gisevius, officier de renseignements allemand en Suisse. A charge pour Mary Bancroft de lui tirer les vers du nez.
Pour réussir cet exercice, l'Américaine se faisait coacher par C. J. Jung, promu consultant en interrogatoires. Le psychanalyste, que l'exercice amusait visiblement, conseillait l'Américaine sur le ton à adopter. « Ne lui demandez jamais un fait! Il est du même type psychologique que vous : ce genre de question le mettrait hors de lui et ce serait la fin de la discussion libre, associative, qui vous permet d'apprendre des choses. »
Espionne et télépathe
Jung était également fasciné par les expériences psychiques imaginées par « Mrs. Pestalozzi », qui se croyait capable de télépathie. A l'entendre, il lui suffisait de penser à Gisevius pour que l'espion allemand l'appelle dans les dix minutes. L'anecdote passionnait le psychanalyste autant qu'elle énervait Dulles. « J'aimerais que tu cesses ces enfantillages ! a-t-il lancé un jour à Mary Bancroft. Je ne tiens pas à entrer dans l'histoire parce que je suis cité dans une note au bas d'une page détaillant les cas étudiés par Jung. »
Cet objectif a été parfaitement atteint, puisque la collaboration révolutionnaire initiée par Dulles et le psychanalyste est restée secrète durant un demi-siècle. « Personne ne saura probablement jamais à quel point Jung a contribué à défendre la cause alliée durant la guerre : les gens sont trop occupés à croire le contraire », confiait l'espion à un ami, après guerre.
Seulement voilà. Le temps passe et les souvenirs remontent à la surface. Y compris les mieux et les plus profondément enfouis. De quoi offrir un épilogue très psychanalytique à cette vie secrète de Carl Gustav Jung.

* L'activité principale d'Allen Dulles a consisté à soutenir les différentes résistances à l'Allemagne nazie, ceci essentiellement par des moyens financiers. Il y eut aussi les négociations de la reddition de l'Armée allemande en Italie. Il

Il y eut une polémique concernant Jung lors de son séjour en Allemagne, ceci est bien décrit ici:
https://www.lafontainedepierre.net/accu ... ification/

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Re: Carl Jung et Allen Dulles

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Christian27  Nouveau message 25 Mar 2025, 09:45

Encore aujourd'hui l'action de l'ancienne CIA, l'OSS (Office of Strategic Services) à Berne est mal connue.
Voici la description de son arrivée en Suisse. Lorsque j'en parlais à un ami belge, celui-ci s'étonna, croyant que le trafic aérien international fonctionnait normalement en Suisse......

L'agent sans doute le plus important qui s'est établi en Suisse est l'Américain Allen Dulles. Il avait été chargé par Donovan, le chef des renseignements américains, de monter un bureau OSS (ancienne CIA) en Suisse. Sa première mission était d'appuyer les divers mouvements de résistance, financièrement, par des renseignements ainsi que par tout moyen secret, exploitation des points faibles dans les empires d’Hitler et Mussolini. Dulles connaissait déjà la Suisse en tant que diplomate pour y avoir séjourné lors de la Première Guerre mondiale, il réussit donc facilement à persuader son chef de s'installer plutôt en Suisse qu'en Grande-Bretagne. Le 2 novembre 1942, Dulles s'envola pour Lisbonne et de là il prit le train. Mais c'était juste au moment où les Américains débarquèrent en Algérie, rendant ainsi des plus dangereuses la traversée de la France. Arrivé en Espagne Dulles aurait pu renoncer mais il prit le risque de continuer en espérant ne pas être découvert, par chance ce fut le cas. A Annemasse cependant, il fallait encore passer la frontière, tous les voyageurs devaient descendre du train. A Washington on l'avait averti qu'un agent de la Gestapo vérifiait les papiers. Selon ses déclarations, un gendarme français intervint et lui déclara que suivant de nouvelles directives il devait en référer au maréchal Pétain. Dulles alors lui tint un discours patriotique enflammé qui finalement eut pour effet de réussir à prendre le train pour Genève. Quant à l'agent de la Gestapo il n'était plus à son poste, c'était le moment où il avait l'habitude de prendre une bière. Son arrivée en Suisse fut loin d'être discrète, en effet un journaliste publia un article à son sujet ce qui alerta de nombreux agents et autres espions qui cherchèrent son contact. En fait cet événement entrait parfaitement dans la stratégie de son chef selon laquelle il était préférable d'entrer officiellement dans ce genre d'action. Ainsi Dulles s'installa à Berne et commença son activité. Comme elle prit de l'ampleur il engagea du personnel parmi les Américains établis plus ou moins volontairement dans notre pays, ce qui était le cas pour certains d'entre eux qui n’étaient pas parvenus à sortir de Suisse lors de la fermeture des frontières. Pas moins de cent cinquante personnes travaillèrent avec Allen Dulles.
Des adversaires d'Hitler en Suisse collaborèrent avec Dulles, citons Gaevernitz, Allemand de naissance, naturalisé américain, il avait de nombreux contacts avec les opposants au nazisme ; Hoegner qui avait été le procureur lors du procès à l'encontre d'Hitler en 1923 ; ainsi que Givesius vice consul d'Allemagne à Zurich. Dulles cite les informations qui lui sont parvenues d'Allemagne au sujet des fusées V1 et V2 à Peenemünde dans la Baltique. Mais tous ces renseignements devaient parvenir aux Alliés, pour ce faire Dulles mentionne l'aimable collaboration de la radio commerciale suisse. La guerre secrète a ceci de particulier qu'elle met en avant des astuces, Dulles sachant que toutes ses conversations étaient écoutées par les SR suisses, s'arrangeait quelquefois au cours d'une conversation téléphonique de faire une réflexion à l'intention des SR.
Après l'échec de l'attentat contre Hitler, le 20 juillet 1944, la pression à l'encontre des hauts officiers allemands augmenta considérablement. La plupart de ceux-ci savaient pourtant que la défaite était inéluctable mais Hitler avait ordonné à l'armée de pratiquer la "terre brûlée" en cas de retrait. La terre brûlée signifiait détruire et tuer. Hitler espérait entraîner toute l'Europe dans sa chute. Pourtant Dulles et Gaevernitz étaient convaincus que nombreux étaient les Allemands qui désiraient en finir avec le nazisme. Les Alliés exigeaient des Allemands une "reddition sans condition" ce qui ne facilita pas la fin de la guerre, mais cette exigence avait une raison qu'il faut aller chercher à la fin de la Première Guerre mondiale. En 1918 les Allemands s'étaient rendus alors que leur armée n'était pas détruite et l'acceptation des exigences de la reddition par les responsables allemands avait été qualifiée de "coup de poignard dans le dos". Ainsi les Alliés ne voulaient pas répéter l'histoire en laissant la moindre chance de survie à l'armée et à l'idéologie nazie. Remarquons tout de même en passant qu'il n'y eut aucune commune mesure entre l'Allemagne de 1918 et le nazisme. Dès lors on comprend toutes les difficultés que purent avoir certains hauts officiers allemands dans de telles conditions, pris entre le rêve et la suspicion, d'en finir. Il ne faut pas négliger non plus le poids qu'avait pour ces officiers le serment qui les liait à Hitler, même si cela rappelait des faits d'un autre âge. En plus ils étaient continuellement surveillés par les SS qui étaient amenés à prendre leur pouvoir. Si Hitler pouvait sans pitié abattre un Rommel, un Witzleben et un Canaris, qui donc pouvait se sentir à l'abri ?
Dulles avait aussi comme mission d'établir des contacts directs ou indirects avec les armées allemandes en vue de leur reddition. De tels contacts eurent lieu par exemple avec des industriels ou des hommes d'églises italiens, certains envoyés en Suisse par un chef SS.


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