En dehors des batailles la guerre se joue beaucoup au niveau psychologique et surtout du pouvoir hypnotique. Lorsque ce pouvoir est pour le bien on peut parler de charisme, en tout cas je ne parlerais pas de charisme en ce qui concerne Hitler
Le psychiatre suisse Carl Jung, pour diverses raisons, est beaucoup moins connu que Freud qui était autrichien
Devenu l'agent 488, Jung coachait des espions
Les détails les plus croustillants de la vie secrète de Carl Gustav Jung remontent lentement à la surface. Il aura fallu près de cinquante ans pour que son fameux «Livre rouge», le guide détaillé de ses fantasmes, sorte de la banque où ses héritiers l'avaient abrité. Et ses expériences d'avant-garde dans le domaine de l'espionnage restent largement méconnues.
Dommage, car cet explorateur de la psychologie des profondeurs est aussi entré dans l'histoire des services secrets. Sous le nom de code d'agent 488, Jung est devenu l'un des plus sérieux informateurs du maître espion américain Allen Dulles, qui a passé une bonne partie de la Deuxième Guerre mondiale en Suisse *.
Ensemble, Carl Gustav Jung et Allen Dulles ont posé les bases du profilage psychologique, mariage encore expérimental de l'espionnage et de la psychanalyse pratiqués au plus haut niveau. C'était à Küsnacht, sur les rives du lac de Zurich, où le psychanalyste recevait le chef européen de l'OSS(ancêtre de la CIA américaine).
Arrivé en Suisse en février 1943, Dulles débarque très vite chez Jung qu'il vient régulièrement interroger. En témoigne ce télégramme, expédié de Berne le même moi: «J'ai pris contact avec le célèbre professeur C. J. Jung. Ses analyses des réactions de leaders allemands, spécialement de Hitler à cause de ses tendances psychopathes, ne devraient pas être sous-estimées. Jung est persuadé que Hitler va recourir jusqu'au bout à toutes les mesures désespérées, mais il n'exclut pas la possibilité d'un suicide dans un moment de crise.»
Si la majeure partie des archives américaines concernant Jung reste secrète, on peut imaginer la teneur de ces discussions grâce à diverses interviews de C. J. Jung. Elles nous apprennent que le psychanalyste rangeait les leaders fascistes en deux tribus.
Il y avait des chefs de clans (Mussolini et Staline), qui étaient « physiquement plus puissants, plus solides que leurs adversaires». Et il y avait les hommes-médecine (Hitler), qui n'étaient pas forts en eux-mêmes, « mais en raison du pouvoir que les autres projetaient sur eux ».
Pour Jung, Hitler est un miroir «de l'inconscient allemand (...) Son pouvoir n'est pas politique, il est magique (...) Hitler affirme ce que tout Allemand pense et sent inconsciemment au sujet du destin national (...) Il a ce pouvoir inquiétant d'être sensible à l'inconscient collectif ».
Patiente et espionne
Ces visions jungiennes ont clairement influencé Dulles, et, avec lui, les services secrets américains. Le psychanalyste suisse « a compris les traits de caractère de ces chefs, ô combien sinistres, qui ont gouverné l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste. Le jugement qu'il portait sur eux et sur leurs possibles réactions aux événements m'a réellement aidé à jauger la situation politique », écrit Dulles après-guerre.
L'Américain n'était pas le seul espion à bénéficier de ses conseils. Sa collaboratrice Mary Bancroft était, elle aussi, une proche de Jung. Patiente du psychanalyste, cette femme divorcée de 39 ans vivait une forme d'union libre avec un citoyen suisse.
Avec son rouge à lèvres éclatant, la grande Américaine à l'allure imposante s'habillait plus court que la moyenne, et se décrivait comme une femme « à la hauteur de ses prouesses sexuelles et toujours en chasse ». Bavarde, elle parlait de tout avec Jung, y compris de ses missions secrètes. Allen Dulles, qui lui avait donné le nom de code de « Mrs Pestalozzi lui a notamment demandé de prendre contact avec un certain Hans-Bernd Gisevius, officier de renseignements allemand en Suisse. A charge pour Mary Bancroft de lui tirer les vers du nez.
Pour réussir cet exercice, l'Américaine se faisait coacher par C. J. Jung, promu consultant en interrogatoires. Le psychanalyste, que l'exercice amusait visiblement, conseillait l'Américaine sur le ton à adopter. « Ne lui demandez jamais un fait! Il est du même type psychologique que vous : ce genre de question le mettrait hors de lui et ce serait la fin de la discussion libre, associative, qui vous permet d'apprendre des choses. »
Espionne et télépathe
Jung était également fasciné par les expériences psychiques imaginées par « Mrs. Pestalozzi », qui se croyait capable de télépathie. A l'entendre, il lui suffisait de penser à Gisevius pour que l'espion allemand l'appelle dans les dix minutes. L'anecdote passionnait le psychanalyste autant qu'elle énervait Dulles. « J'aimerais que tu cesses ces enfantillages ! a-t-il lancé un jour à Mary Bancroft. Je ne tiens pas à entrer dans l'histoire parce que je suis cité dans une note au bas d'une page détaillant les cas étudiés par Jung. »
Cet objectif a été parfaitement atteint, puisque la collaboration révolutionnaire initiée par Dulles et le psychanalyste est restée secrète durant un demi-siècle. « Personne ne saura probablement jamais à quel point Jung a contribué à défendre la cause alliée durant la guerre : les gens sont trop occupés à croire le contraire », confiait l'espion à un ami, après guerre.
Seulement voilà. Le temps passe et les souvenirs remontent à la surface. Y compris les mieux et les plus profondément enfouis. De quoi offrir un épilogue très psychanalytique à cette vie secrète de Carl Gustav Jung.
* L'activité principale d'Allen Dulles a consisté à soutenir les différentes résistances à l'Allemagne nazie, ceci essentiellement par des moyens financiers. Il y eut aussi les négociations de la reddition de l'Armée allemande en Italie. Il
Il y eut une polémique concernant Jung lors de son séjour en Allemagne, ceci est bien décrit ici:
https://www.lafontainedepierre.net/accu ... ification/

Se Connecter








dans: