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Des millions d'œuvres d'art volées sous l'occupation : le grand pillage nazi

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Des millions d'œuvres d'art volées sous l'occupation : le grand pillage nazi

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de fbonnus  Nouveau message 08 Mar 2014, 12:34

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Le Maréchal Goering offrant à Hitler "La Fauconnière" d'Hans Makart - Photo : Scherl


ENQUÊTE - Entre 1941 et 1945,Hitler ordonna le vol à grande échelle des richesses artistiques privées et publiques en France. Non sans résistances. Récit.

Eté 1940. Après sa victoire foudroyante, à l'ouest, Hitler, qui a déjà successivement annexé, au cours des années précédentes, l'Autriche, la Tchécoslovaquie et la Pologne, occupe la Hollande, la Belgique, le Luxembourg et le nord de la France, en attendant la zone sud du pays. Sans doute l'Angleterre n'a-t-elle pas déposé les armes, mais l'Italie étant alliée au Reich, on peut dire que l'Europe vit à l'heure allemande. Il faudra l'entrée en guerre des Etats-Unis, en 1941, puis le débarquement allié en Afrique du Nord, en 1942, et les premiers échecs de la Wehrmacht en Russie, en 1943, pour que le vent tourne. En France, plusieurs mois et même plusieurs années seront ­nécessaires pour que de Gaulle et la Résistance pèsent sur les événements. Tandis que le gouvernement de Vichy, selon les moments, les hommes et les niveaux de pouvoir, alterne la collaboration avec ­l'occupant et l'opposition à ses exigences, le pays subit la férule du vainqueur.
En vertu de la convention d'armistice, 400 millions de francs sont versés chaque jour aux Allemands. Mais les premières ­réquisitions ont déjà eu lieu pendant la campagne de mai-juin: stocks militaires français, matières premières et machines-outils ont franchi le Rhin. Après l'armistice se met en place un mécanisme d'achats ou de commandes forcées qui sont payés, en réalité, par le trésor français. Des quantités industrielles de produits de toute nature partent pour l'Allemagne: blé, céréales, viande, beurre, fer, cuivre, bauxite, locomotives, wagons, voitures, camions, ­ciment, textile, chaussures, réveils et montres… Sans parler de la déportation raciale, viendra, en 1942-1943, le drame du travail forcé dans le Reich. En plein XXe siècle, on retrouve la vieille finalité des guerres ­médiévales: rançonner et piller le vaincu.

Cette entreprise de pillage sera menée à grande échelle dans le domaine de l'art. Hitler, peintre raté, voulait créer un grand musée de l'art européen, l'art véritable, ­celui qu'il opposait à l'art «dégénéré». Lancé officiellement en mars 1939, le projet devait se concrétiser par la construction, à Linz, en Autriche, non loin de sa ville natale, du Führermuseum, un vaste complexe ­architectural de style IIIe Reich. La guerre, finalement, l'empêchera de voir le jour. En préparant son offensive à l'ouest, Hitler avait pensé à tout: la Wehrmacht possédait la liste des œuvres dont elle devait s'emparer à Amsterdam, à Bruxelles ou à Paris.
Chaque pays, toutefois, avait pris ses précautions dans la mesure de ses moyens: au Louvre ou à Versailles, dès la déclaration de guerre, en août 1939, les œuvres les plus précieuses avaient été emballées et transportées vers des musées ou des châteaux privés de l'ouest et du sud-ouest du pays. Non sans difficulté: le transport du Radeau de la Méduse, tableau de 5 m x 7 m, impossible à rouler parce que Géricault avait utilisé du bitume pour rigidifier la toile, a tenu à lui seul d'une aventure, a fortiori quand, en mai 1940, devant l'avancée allemande, le tableau a dû quitter son premier abri au milieu du flot chaotique de l'exode.
En juillet 1940, quinze jours après l'armistice, le pillage des œuvres d'art commence. Mais les nazis, reportant à plus tard la récupération de ce qu'ils convoitent dans les collections publiques, s'en prennent aux collections privées et aux galeries dont les propriétaires sont juifs. Otto Abetz, ­ambassadeur du Reich en France et fin connaisseur de la vie artistique parisienne, adresse à la Gestapo une liste de premières cibles: Alphonse Kann, Bernheim-Jeune, Paul Rosenberg, Seligmann, Wildenstein, Edouard de Rothschild. Perquisitions (souvent nocturnes), saisies: les œuvres s'entassent à l'ambassade d'Allemagne, rue de Lille, dont les locaux s'avèrent bientôt trop petits. Des salles du Louvre sont alors réquisitionnées, puis le musée du Jeu de paume, place de la Concorde.

A partir de l'automne 1940, la machine tourne à plein. Alfred Rosenberg, théoricien nazi, est placé à la tête d'une émanation du parti national-socialiste, l'Einsatz-stab Reichsleiter Rosenberg für die besetzten Gebiete (ERR), organisme chargé de rafler les œuvres d'art dans les pays occupés par le Reich. A Paris, le ­musée du Jeu de paume lui sert de dépôt central: les œuvres spoliées y sont classées et réparties en fonction de leur destination dans le Reich. Beaucoup sont préemptées pour le futur Führermuseum, mais de grands services de l'Etat nazi sont également servis, sans compter tous les hauts dignitaires du régime, à commencer par le maréchal Göring, collectionneur compulsif, qui se rendra plusieurs fois en personne au Jeu de paume. Pour être des voleurs, les nazis ne sont pas fous: ils s'emparent sans gêne des œuvres que leur discours officiel traite de «dégénérées» (Picasso, Matisse, Van Gogh…), et les stockent au Jeu de paume où elles servent de monnaie d'échange avec des marchands français ou étrangers dénués de scrupules, qui font ainsi des affaires en or.
La législation antisémite de Vichy prévoyait que les biens juifs placés sous ­séquestre seraient vendus au bénéfice du Secours national. Une sordide course de vitesse se tient alors entre le commissariat aux questions juives, organisme vichyste, et l'administration allemande en vue de la saisie des œuvres d'art, l'occupant rejetant toutes les protestations qui lui sont présentées par les Français.

4 000 œuvres appartenant aux Rothschild sont saisies
Le plus gros des saisies se déroule jusqu'en 1941, même si le système se maintiendra jusqu'en 1944. En quelques mois, la plupart des collections appartenant à des Juifs ont été spoliées, mais parfois aussi des biens dont les propriétaires n'étaient pas juifs, et parfois encore des collections ­publiques (comme celles desœœœœ départements d'Alsace). Quelquefois encore, la ­situation se complique du fait que les ­musées nationaux, en 1939, ont accepté, afin de les protéger, de prendre la garde d'œuvres privées appartenant à des Juifs, ce qui est le cas avec les Rothschild.

La fabuleuse collection de ces derniers, propriétaires de tableaux signés Vermeer, Vélasquez, Rembrandt, Goya ou Rubens, est évidemment emblématique des tribulations des œuvres d'art sous l'Occupation. En 1939, les Rothschild ont dispersé leurs tableaux en province, en ont caché une partie dans leurs propriétés, en ont fait passer une autre partie en Espagne et en ont confié encore une autre au Louvre sous couvert d'une donation. Vichy ayant ­annoncé que les biens des Rothschild ­allaient être saisis et mis en vente, les Allemands de l'ERR se mettent en chasse et s'emparent de 4 000 œuvres appartenant à la célèbre famille. En février 1941, le butin quitte la France pour l'Allemagne: 19 caisses marquées H pour le Führer et 23 caisses marquées G pour Göring.

Collection David-Weill, collection Bernheim, collection Schloss… Plus de 200 collections et près de 30 000 objets sont ainsi volés (tableaux, dessins, gravures, meubles, bijoux, argenterie, objets de valeur), 38 000 appartements privés ayant été ­visités. Entre 1941 et 1944, 29 convois quittent Paris pour le Reich, représentant un total de 138 wagons remplis de 4 170 caisses: le plus grand pillage d'œuvres d'art de tous les temps.
Au Louvre, Jacques Jaujard, directeur des Musées nationaux, déjoue autant que faire se peut les ordres de Vichy et la convoitise des hommes de Rosenberg. Au Jeu de paume, Rose Valland, une attachée de conservation, dresse secrètement un inventaire des collections qui passent par le musée et s'efforce de connaître leur destination: son travail, après-guerre, s'avérera sans prix quand il faudra récupérer les œuvres. Dans le monde de l'art aussi, on trouve des hommes et des ­femmes qui ont dit non.

A lire:
- Hector Feliciano, Le Musée disparu. Enquête sur le pillage d'œuvres d'art en France par les nazis, Folio, 2012.
- Michel Rayssac, L'Exode des musées. Histoire des œuvres d'art sous l'Occupation, Payot, 2007.
- Rose Valland, Le Front de l'art. Défense des collections françaises, 1939-1945, RMN, rééd. 2014.

Artcile et enquête de Jean Sévilla paru dans le Figaro Magazine de ce Week End

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Re: Des millions d'œuvres d'art volées sous l'occupation : le grand pillage nazi

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de pili  Nouveau message 08 Mar 2014, 18:23

N'oublions pas les pillages du Buonaparte en Italie et ailleurs ! L'objectivité est le devoir de l'historien.
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Re: Des millions d'œuvres d'art volées sous l'occupation : le grand pillage nazi

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de dominord  Nouveau message 09 Mar 2014, 09:22

pili a écrit:N'oublions pas les pillages du Buonaparte en Italie et ailleurs ! L'objectivité est le devoir de l'historien.



bonjour,bien sûr et on peut aussi parler du pillage des temples du Cambodge, et du pillage en général qui était un mode de guerre depuis la nuit des temps...

cela n'atténue en rien le sujet ici présent, ou alors j'ai mal interprété le sens de ton propos et je te prie par avance de m'en excuser
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