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Casseurs de codes secrets de la Seconde Guerre Mondiale

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Casseurs de codes secrets de la Seconde Guerre Mondiale

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de fbonnus  Nouveau message 28 Juil 2013, 16:22

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Bletchley Park 1940-1945. À 80 kilomètres de Londres, une concentration extraordinaire d’intellectuels travaille à abréger la guerre en cassant les codes secrets des armées allemandes.

Au nord-ouest de Londres se trouve un petit comté, le Buckinghamshire. Dans sa partie nord, une ville nouvelle, Milton Keynes. Créée en 1967, elle dépasse les 200 000 habitants et a absorbé Bletchley, une petite ville d’une banalité absolue animée par le chemin de fer et une briqueterie. Le seul bâtiment important est un manoir du XIXe siècle qui s’ouvre sur un lac et un parc de 22 hectares. C’est dans ce bâtiment-là que, pendant la Seconde Guerre mondiale, près de dix mille hommes et femmes, en général sans uniforme et jeunes pour la plupart, souvent sortis d’Oxford ou de Cambridge, écourtèrent probablement le conflit de deux ou trois ans.

Jusqu’à la fin des années 1970, aucun d’entre eux ne dévoila le secret de ces travaux, secret auquel ils s’étaient engagés lors de leur recrutement. Une ancienne analyste du lieu, Jane Fawcett, née en 1921, explique pourquoi : « Nous savions que notre action était capitale. Nous étions conscients que beaucoup de choses reposaient sur nous. » Le père de John Herivel, excellent mathématicien puis historien réputé, ne savait rien des activités de son fils passé par Bletchley Park : il mourut en 1951, lui reprochant de n’avoir rien fait pendant la guerre !

À quoi travaillaient-ils tous ? À la cryptologie, plus exactement à la cryptanalyse : ils analysaient et déchiffraient les messages secrets envoyés par les sous-marins allemands, les U-Boote, ou par les divisions de Panzers, prenaient connaissance des cibles des bombardements de la Luftwaffe, cassaient les codes et accédaient ainsi au coeur du dispositif ennemi en lisant les communications du haut commandement allemand. Un travail invisible, mais capital : de la bataille d’Angleterre à la campagne du Pacifique, en passant par le Blitz, la bataille navale du cap Matapan, au sud du Péloponnèse, El-Alamein, Koursk, les bombes planantes V1 et le Jour J, les chercheurs de Bletchley Park furent toujours présents dans l’ombre.

Depuis 1919, un petit service britannique, la Government Code and Cypher School (GC&CS), traitait les messages étrangers. Situé à St James’s Park, à Londres, il partageait ses bureaux avec le MI6, le service de renseignements extérieurs du ministère des Affaires étrangères. Très vite, il fut à l’étroit. Sur le continent, les tensions s’affirmaient. Laisser le GC&CS à Londres était considéré comme périlleux à cause d’éventuels bombardements. La campagne semblait préférable et le manoir de Bletchley Park était à vendre. Le déménagement s’effectua en 1938, sous la forme d’un exercice portant le nom de code “La partie de chasse du capitaine Ridley”.

Même aménagé, le manoir se révéla encore trop petit. Dans le parc, des bâtiments de brique aux fonctions spécialisées et des baraquements en bois, les “huttes”, poussaient comme des champignons, tandis que les dépendances et les écuries étaient transformées en bureaux. Au sein de chaque bâtiment, des activités, cloisonnées pour des raisons de sécurité, pilotées par le responsable local, suivaient le rythme des trois-huit. L’ensemble, ni entièrement militaire, ni complètement civil, était placé sous le commandement d’Alastair Denniston, trilingue, mathématicien, médaillé olympique de hockey qui, depuis 1919, dirigeait le GC&CS. En février 1942, il sera remplacé par son adjoint, Edward Travis, qui restera à ce poste jusqu’en 1952.

Peu ou pas d’exercices militaires, une grande liberté. Entre militaires masculins, militaires féminins et civils, nul problème de coexistence. Très rares sont ceux qui logent dans « la monstruosité victorienne », comme ils nomment le manoir. Quand les hôtels et les auberges locaux sont saturés, les habitants de Bletchley et des environs hébergent ces jeunes gens sans chercher à savoir ce qu’ils font, se doutant néanmoins qu’il s’agit d’une institution secrète grouillant d’experts. Certains pensent même qu’ils ont affaire à des objecteurs de conscience !

À l’image des universités britanniques de l’époque, la population de Bletchley regorge d’excentriques venus de toutes les disciplines, mathématiques, lettres classiques, égyptologie, linguistique, art des échecs, mots croisés, histoire de l’art. Tel le futur romancier Angus Wilson, bibliothécaire au British Museum, célèbre pour ses airs de grande folle, ses crises et ses noeuds papillons. Ou Josh Cooper, dit “L’ours” qui répond par un « Heil Hitler ! » au salut du pilote allemand capturé. Ou Alan Turing, de Cambridge, marathonien, mathématicien de génie, fondateur de l’informatique, d’une originalité déconcertante, qui pédale dans la campagne sur une bicyclette que lui seul peut utiliser, avec un masque à gaz intégral à cause du rhume des foins…

Dans ce recrutement hors norme sont avant tout recherchées la « vivacité d’esprit, la capacité à étudier et à résoudre les problèmes en optant pour une approche inédite », note Sinclair McKay, l’auteur des Casseurs de codes de la Seconde Guerre mondiale. L’administration classe, archive et consigne les documents décryptés et traduits afin de pouvoir les lier à de futurs messages ennemis. Les informations arrivent en continu et sont à exploiter immédiatement, d’autant que les Allemands parviennent à pénétrer le système de chiffrement britannique : informé des plans secrets britanniques concernant la Norvège, Hitler en accéléra l’invasion.

L’une des premières priorités consistait à casser le code Enigma. Mis au point en 1918, utilisé depuis 1926 par la Marine allemande, rendu plus complexe encore en 1939, puis adopté avec des aménagements par la Luftwaffe et plus tard par l’Afrika Korps, cet appareil de 12 kilos, qui ressemble à une banale machine à écrire, donnait à l’armée allemande le système de transmission le plus sûr au monde. Dotée de trois rotors brouilleurs dont le chiffre change chaque jour, fabriquée à 40 000 exemplaires, Enigma pouvait modifier en cours d’encodage la règle de chiffrement, ce qui rendait les messages limités à 250 caractères impénétrables, avec des millions de combinaisons possibles.

Malgré des répliques de cette machine acquises par les Polonais et les Français, malgré une réunion entre cryptographes alliés, malgré quelques progrès infimes, ce code demeurait impossible à casser. Le percer devint une obsession. Les hommes et les femmes de Bletchley Park se lancèrent dans ce défi. L’exploitation d’infimes erreurs allemandes (l’opérateur qui oublie de configurer sa machine avec la clé du jour, celui qui termine son message par « Heil Hitler ! », le bulletin météo commençant toujours par le mot crypté correspondant à Wetter, “temps”) ouvrirent des pistes fructueuses, mais lentes.

Avec Alan Turing, assisté par les chercheurs Dilly Knox et Peter Twinn, une étape est franchie dès 1940. Le principe de base est que tous les calculs réalisés par un être humain sont à la portée d’une machine. Et si Enigma est capable de chiffrer des messages, une autre machine et un système électrique peuvent les déchiffrer. Au mois de mars 1940, il met au point ce qu’il appelle une « bombe » cryptographique nommée Victory, machine d’une tonne, sorte de meuble de 2,50 mètres de haut et 2 mètres de large. Améliorée au fil des mois, copiée (il y en eut 211), elle permet de décrypter de plus en plus vite les communications allemandes : dès juin 1940, les Britanniques savent qu’une campagne de bombardements contre eux est imminente. Les secrets d’Enigma sont cassés, mais les Allemands ne doivent pas s’en douter : est-ce la raison pour laquelle Churchill laisse bombarder Coventry ? Peu à peu, les différents codes allemands sont dévoilés. À partir de 1942, une section de Bletchley Park parvient à déchiffrer les rapports de la SS sur le nombre de personnes internées et mourant dans les camps.

En février 1943, Dilly Knox, l’un des pionniers du chiffre britannique, meurt d’un cancer. Avec lui, un certain style disparaît. Il supportait mal que Bletchley Park soit passé de l’artisanat à une entreprise professionnelle et que la cryptographie, jusque-là réservée aux spécialistes des lettres classiques dont il était, soit devenue le terrain de mathématiciens faisant la part belle aux technologies. Cette même année, une nouvelle section baptisée Newmanry voit le jour, dirigée par Max Newman, de Cambridge. Y fut mis au point, à la fin de 1943, Colossus, une “machine à valves électroniques” qui pouvait lire 5 000 caractères à la seconde et fonctionnait sur un système binaire. Ce fut le premier calculateur électronique.

Les secrets de Bletchley Park ne devaient pas être connus du Kremlin durant la guerre froide. Ils ne furent dévoilés qu’après. En 1991, les bâtiments annexes du parc étaient promis à la destruction pour un projet immobilier ; les anciens de Bletchley se dressèrent comme un mur, le projet fut abandonné et l’on créa en 1994 un musée où l’on devait reconstruire Enigma, les bombes cryptographiques et la Colossus. Deux cent mille visiteurs tentent chaque année d’y retrouver l’esprit des casseurs de codes.

Source : Frédéric Valloire - V.A.
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Re: Casseurs de codes secrets de la Seconde Guerre Mondiale

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Mahfoud06  Nouveau message 31 Juil 2013, 22:58

Merci Fred !

Je possède ce livre :

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Je n'en suis qu'à l'introduction mais il m'a l'air prometteur
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Re: Casseurs de codes secrets de la Seconde Guerre Mondiale

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de fbonnus  Nouveau message 31 Juil 2013, 23:01

Très Très intéressant ... Je l'ai lu, y'a de la matière !

J'attends avec impatience tes impressions

Amitiés
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Re: Casseurs de codes secrets de la Seconde Guerre Mondiale

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de pierma  Nouveau message 31 Juil 2013, 23:05

L'Angleterre vient de présenter des excuses pour la mort de Alan Turing, qui a été condamné après guerre pour son homosexualité et s'est suicidé.

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Re: Casseurs de codes secrets de la Seconde Guerre Mondiale

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Mahfoud06  Nouveau message 31 Juil 2013, 23:17

pierma a écrit:L'Angleterre vient de présenter des excuses pour la mort de Alan Turing, qui a été condamné après guerre pour son homosexualité et s'est suicidé.


Très juste ! :(

Un extrait d'une de ses biographies que j'ai eu l'occasion de bouquiner .


" Turing pense que les machines pensent .

Turing ment aux hommes

Donc les machines ne pensent pas :" .

* En anglais , le verbe lie signifie à la fois mentir et s'allonger . La phrase originale :" Turing lies with men" peut donc se traduire par :" Turing s'allonge avec des hommes" .

Parenthèse close revenons au sujet :cheers:
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Re: Casseurs de codes secrets de la Seconde Guerre Mondiale

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de pierma  Nouveau message 01 Aoû 2013, 11:14

Ses recherches sur les calculateurs automatisés pour le déchiffrement d'Enigma faisaient de lui un des précurseurs de l'ordinateur. Il a d'ailleurs aidé les casseurs de code américains à créer l'ENIAC, le premier ordinateur.
Il disait :"Je veux créer une machine qui fonctionne comme un cerveau. Oh, pas un cerveau de génie, juste un cerveau limité, comme celui du patron d'American Telegraph and Telephon. (ATT)"

Il s'est beaucoup dit que le nom et le logo d'Apple étaient un hommage non dit à Alan Turing, qui s'est empoisonné avec une pomme imbibée de cyanure.

Ce qu'il y a d'intéressant dans cette affaire, c'est que ce sont les militaires, malgré les mérites indiscutables d'Alan Turing, qui ont lancé la persécution contre lui. Dans leurs cerveaux militaires, un homosexuel était un "sécurity risk" parce qu'il pouvait risquer le chantage. Et Alan Turing savait absolument tout sur les moyens les plus avancés de cryptage et de décryptage. L'idée que la révélation de son homosexualité le laissait parfaitement indifférent ne les a jamais effleuré.

On parle souvent du rôle essentiel du décryptage d'Enigma dans la bataille de l'Atlantique, mais en fait ce décryptage a eu une influence sur tous les fronts, y compris celui de l'Est.

A noter que malgré les précautions anglaises les Soviétiques savaient parfaitement que les Anglais déchiffraient Enigma, grâce à leurs agents infiltrés dans l'Intelligence Service. (Philby et consorts.) Dommage : les Anglais espéraient que les Soviétiques utilisent à leur tour Enigma après la fin de la guerre... :-)

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