Post Numéro: 35
de foxbat
Aujourd’hui, 17:28
Une anecdote récente me revient en mémoire : chargé d'encadrer le dispositif "Devoirs Faits", je reçois un jour un groupe de 5e qui avaient à calculer, à partir d’un énoncé, le côté d’un carré. L’un d’eux m’annonce, après 2 minutes , que c’est fait. Je contrôle, et là, surprise, la largeur et la longueur de la figure sont différentes. Je lui dis de vérifier, et de dessiner le résultat. En grommelant – de quel droit un autre prof me demande un boulot supplémentaire ? – il s’exécute, et je lui demande « Est ce un carré ? ». Il doit se rendre à l’évidence, non, c’est pas un carré. Je lui dis qu’il s’est trompé et qu’il faut recommencer.
- Mais, Monsieur, j’ai fait l’exercice,
- Oui, mais il est faux, tu le vois. Ça ne va pas.
- Mais j’ai fait comme il a dit, le prof de maths ! Et vous, vous êtes pas prof de maths !
Là, effort sérieux pour garder mon calme, et le contraindre, sous ma supervision, à tout refaire jusqu’à tomber juste.
Et je ne parle pas d’un collège « difficile », mais d’un de ces établissements où les parents font des pieds et des mains pour caser leur progéniture. Je n’ose imaginer la situation ailleurs. Et je suis en colère, non contre ces jeunes mais contre l’institution qui les prive de leur avenir. Au nom de Saint Bourdieu, et de l’égalité des chances, nous avons cassé l’outil qui permettait à un enfant de franchir les étapes pour parvenir à l’âge adulte. Et je comprends leur colère légitime – car je les dissocie des casseurs qui f...ent la m...de dans nos centres-villes. Un youtubeur dominicain – si, si ça existe ! – disait que personne ne posait la question la plus évidente : Qui, mais qui, a encore envie d’avoir 17 ans en France ? Des études supérieures débouchant sur un avenir obstrué par l’IA, des années collèges sous l’emprise du COVID, l’alarmisme climatique et les guerres qui se répandent, comment peut-on rester serein quand on a 17 ans et se projeter dans l’avenir ?
Et il a raison, je partage totalement son avis ; Et je pense que, pour moi du moins, la question de l’école sera un sujet prioritaire. Il y a un candidat qui s’est penché sur la question, et parle de renverser la table, et je vais le prendre au mot. Ses propositions ne sont pas éloignées de ce qui est nécessaire pour sauver notre école. A mon sens :
- abaisser l’obligation scolaire à 14 ans, pour libérer les jeunes qui n’ont pas un profil scolaire, et leur permettre d’entrer en apprentissage, ou au LP dans un CAP 3 ans restauré.
- mettre un terme au collège unique, remettre des filières dès la 6e, une pour préparer à la sortie à 14 ans, une autre pour préparer à une orientation en Bac Pro, la dernière vers les études longues en lycée général ou technologique.
- remettre la lecture, le français, et le calcul au centre du premier cycle, le matin, quand les enfants ne sont pas fatigués, et restreindre les activités dites « d’éveil » à l’après midi.
- limiter le nombre d’étudiants en faculté, et recentrer sur les filières professionnalisantes, en réduisant la voilure dans les formations exotiques qui ont proliféré.
- et ne plus avoir peur de la sélection. Ce n’est pas un tabou. Sans sélection, jusqu’à la terminale et parfois même après, les classes sont encombrées d’élèves inadaptés qui ne peuvent suivre et vampirisent le temps et l’attention de l’enseignant au détriment des autres. Le programme ne peut être suivi jusqu’au bout, et au bout du compte, les lacunes s’accumulent d’une année sur l’autre pour l’essentiel d’une classe d’âge. L’abaissement à 14 ans de l’obligation scolaire permettrait de soulager la situation au lycée.