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Les débuts du char en Italie

Une question sur un blindé, une arme, du matériel, un canon, un véhicule, une locomotive de la seconde guerre mondiale?
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MODERATEUR: Marc_91

Les débuts du char en Italie

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Tomcat  Nouveau message 12 Avr 2017, 15:06

Source: http://lautrecotedelacolline.blogspot.f ... eloce.html


Le tank fit son apparition en Italie à la fin de la Première Guerre mondiale. Un premier char Schneider français fut importé au début de l’année 1917, à la suite des recommandations du capitaine Alfredo Bennicelli, qui avait observé les débuts de ces engins sur le front de l’Ouest en septembre 1916. Les essais menés avec cet unique exemplaire s’avérèrent suffisamment concluants pour que le Regio Esercito (armée royale) commande la même année 100 Renault FT-17 et 20 chars Schneider. Cependant, l’ordre fut annulé peu après à la suite du désastre de Caporetto en novembre 1917. De ce fait, l’armée ne reçut que trois FT-17 et un unique Schneider en mai 1918 et ces quatre engins furent attribués à une nouvelle formation, le Reparto speciale di marcia carri d’assalto (détachement spécial de marche de chars d’assaut), qui devint la première unité de tanks italienne. Rebaptisée par la suite, elle fut engagée en Libye dès 1919.

Alors que l’armée commandait ses premiers chars en France, décision fut prise de produire dans le pays une version modifiée du FT-17. En effet, un prototype développé localement par Fiat ne s’était guère montré convaincant : le Fiat 2000 était un monstre de 40 tonnes embarquant neuf hommes d’équipages et armé d’un canon de 65mm et de sept mitrailleuses et dont la vitesse maximale sur route était de 4.5 km/h. La mise au point et la production de la version italianisée du FT-17, baptisée Fiat 3000, furent confiées à l’entreprise Fiat, associée aux firmes Ansaldo et Breda. Le projet initial était ambitieux puisque la commande spécifiait la livraison de 1'400 exemplaires à partir de mai 1919, mais la fin de la guerre réduisit drastiquement cette ambition puisque ce nombre fut réduit à 100, qui furent tous livrés à partir de 1921. Les Fiat 3000 pesaient six tonnes, avaient une vitesse maximale de 24 km/h, emportaient un équipage de deux hommes et étaient armés de deux mitrailleuses. Le développement de l’arme blindée italienne se figea ensuite largement durant une décennie, même si les 100 Fiat 3000 furent regroupés au sein du Reggimento Carri Armato, activé le 1er octobre 1927 et fort de cinq bataillions de chars alignant une vingtaine d’engins et une centaine d’hommes chacun, ainsi qu’un groupe d’automitrailleuses. De fait, le char resta alors perçu uniquement comme une arme de soutien de l’infanterie. Au demeurant, le Regio Esercito considérait l’Allemagne, l’Autriche, la Yougoslavie et la France comme ses adversaires les plus probables, avec pour corollaire qu’un éventuel affrontement interviendrait dans les Alpes. Le budget de 18 millions de lires alloué aux chars en 1928 - contre plus d’un milliard de lires pour la cavalerie – reflétait bien la faible importance accordée à cette arme. Au début de 1933, l’armée n’alignait d’ailleurs toujours qu’un unique régiment de chars, contre 93 régiments d’infanterie et de cavalerie.

Le Regio Esercito s’initia pourtant à un nouveau type de chars légers avec la mise en service en 1929 de 25 tankettes Carden Lloyd Mark VI, désignées localement Carro Veloce 29 (Char rapide ; CV), dont l’acquisition avait fait suite à des essais menés à l’aide d’un unique exemplaire de Carden Lloyd Mark IV. Ce recours à la Grande-Bretagne avait été motivé par le fait que l’industrie anglaise était alors considérée comme à l’avant-garde en termes de développement de chars. Les caractéristiques de ces blindés étaient prometteuses puisque leur très petite taille et leur poids limité permettait de les déployer relativement facilement en terrain montagneux, là où les Fiat 3000 s’étaient montrés jusque-là largement inadaptés – voir inutilisables. Aussi, en 1929, la firme Ansaldo fut chargée de développer un char léger et rapide sur la base du CV-29. Le premier prototype, achevé dans l’année s’avéra décevant, et il fallut plusieurs autres prototypes ainsi que quatre exemplaires de présérie, équipés d’une nouvelle suspension et d’un train de roulement modifiée, avant que l’armée ne puisse tester le nouvel engin en 1931. A la suite de ces essais, le blindé fut officiellement adopté en 1933 - raison pour laquelle il fut désigné CV-33 – et Ansaldo reçut une première commande portant sur 240 exemplaires, au coût de 89'890 Lires par unité.

Le tournant du début des années trente

Alors que le CV-33 avait avant tout été conçu pour répondre au besoin d’un blindé capable d’opérer en terrain montagneux, et apte à mener des missions de reconnaissance, de rapides bouleversements doctrinaux allaient accroître son importance. En effet, si aucune figure semblable à Basil Henry Liddell Hart n’émergea au sein de l’armée italienne durant les années 20, l’idée d’une réhabilitation de la manœuvre émergea peu-à-peu. En 1933, le général Ottavio Zoppi, inspecteur général de l’infanterie, publia I Celeri, un ouvrage préconisant un retour à l’offensive et à la guerre de manœuvre, et qui intégrait les résultats d’expérimentations menées au cours de manœuvres menées les années précédentes et associant l’action de chars CV-29 avec des unités de cavalerie et de cyclistes.

La nouvelle approche ne pouvait que séduire l’establishment fasciste du fait du culte de l’action et des corps-francs faisant intégralement partie de l’idéologie du régime mussolinien, et la nouvelle doctrine – perfectionnée, officialisée et généralisée en 1938 sous le nom de guerra di rapido corso - se concrétisa rapidement par la levée d’un nouveau type d’unités, les divisioni celeri . Trois de ces dernières, soit les divisions rapides Eugeno di Savoia, Emanuel Filiberto Testa di Ferro et Principe Amedeo Duca d’Aosta devinrent actives en 1934. Toutes associaient deux régiments de cavalerie, un régiment de Bersaglieri à bicyclette, un régiment d’artillerie et un groupe blindé. Même si l’armée espérait ainsi se donner les moyens de mener des opérations mobiles, le tank restait avant tout perçu comme un outil devant servir l’infanterie. Il n’était par exemple pas envisagé que des chars puissent affronter des blindés ennemis, dont la destruction continua à relever de la responsabilité de l’artillerie. Dans le même temps, il était évident que les Fiat 3000 ne sauraient répondre au besoin de mobilité des nouvelles divisions rapides, un fait illustré en 1926 déjà lorsqu’une colonne italienne opérant contre les insurgés en Lybie se vit renforcée par des Fiat 3000, qui ne firent que la ralentir. Aussi, et même si une nouvelle variante du Fiat 3000 – équipée d’un moteur plus puissant, et dont certains exemplaires étaient équipée d’un canon de 37mm – fut produite en petite série et entra en service à partir de 1930, ceux-ci restèrent attribués au soutien de l’infanterie traditionnelle, comme l’atteste leur redénomination ultérieure en Carro di rottura (Char de rupture), alors qu’en revanche, le tout nouveau CV-33 offrait une alternative à la fois beaucoup plus adaptée et économique, également parce que ils était capable d’atteindre une vitesse maximale de 40 km/h. Ainsi, les premiers exemplaires de CV-33 de série furent affectés aux 1er Gruppo Carri Veloce « San Giusto », 2e Gruppo Carri Veloci « San Marco », 3e Gruppo Carri Veloci « San Giorgio » , tous levés en 1933 et affectés aux divisions « Eugeno di Savoia », « Emanuel Filiberto Testa di Ferro » et « Principe Amedeo Duca d’Aosta » respectivement. Par la suite, chaque régiment de cavalerie se vit affecter un escadron de tankettes, tout comme les 13 corps d’armée du Regio Esercito.


Anatomie d’une chenillette

Dès 1934, le design du CV-33 fit l’objet de plusieurs modifications qui débouchèrent sur la production en série d’une version améliorée, le CV-35, à partir de 1935, et dont le coût unitaire était légèrement plus élevé avec 93'720 lires. La caisse du blindé était divisée en trois compartiments abritant le radiateur, le moteur, et enfin l’équipage. La propulsion de la machine était assurée par un moteur à pétrole donnant 43 chevaux à 2300 tours/minute qui lui permettait une vitesse maximale sur route de 42 km/h. Un réservoir de 62 litres, installé derrière le pilote, donnait au véhicule une distance franchissable sur route de 150 kilomètres. Alors que les CV-33 étaient équipés d’une unique mitrailleuse Fiat 14 de 6.5 mm approvisionnée à 2'240 coups, le CV-35 emportait deux mitrailleuses de Fiat 35 de 8mm, servies par un des deux hommes d’équipage, alimentées par 2'170 coups stockés à côté de l’affut. Ces dernières, jumelées, avaient une traverse de 24 degrés et une élévation de 27 degrés. Ce champ de tir comparativement réduit était une des faiblesses majeures du blindé. Un réservoir de 62 litres, installé derrière le pilote, donnait au véhicule une distance franchissable sur route de 150 kilomètres.

Le CV-35 avait une longueur de 3.15 mètres, une largeur de 1.50 mètre et sa hauteur atteignait 1.30 mètre, et l’engin pesait 3.2 tonnes. Ce sont ces caractéristiques qui lui donnaient la capacité d’opérer sur des routes de montagne et de franchir des ponts de faible capacité. Les Italiens ne se privèrent pas de mettre à profit ces dimensions réduites pour transporter des CV-35 en les plaçant directement à dos de camions moyens. En outre, la taille et la mobilité des Carro Veloce pouvait leur assurer une certaine protection puisqu’ ils étaient plus difficiles à atteindre que des engins plus grands. De fait, leur doctrine d’emploi préconisant un usage aussi mobile que possible, notamment en menant des contre-attaques plutôt que d’être employés comme simples casemates mobiles. Dans tous les cas, leur blindage était très faible, et apte à stopper des tirs d’arme d’infanterie seulement. Son épaisseur au niveau du glacis était de 13.5 à 15mm – l’avant d’un blindé étant toujours sa partie la mieux protégée – mais se réduisait 9mm sur les flancs et à 6mm sur le toit et le plancher, séparé du sol par 32 centimètres. Le CV-35 pouvait franchir des obstacles verticaux de 60 centimètres, grimper des pentes de 45 degrés au maximum, et franchir des tranchées de 1 mètres 45. Une nouvelle version du blindé fut ensuite développée, le CV-38, mais sans pour autant modifier significativement les performances et les caractéristiques. Avec les années, plusieurs modèles spécialisés furent produits, dont la version lance-flamme fut la plus prolixe. Cette dernière s’avéra cependant une déception car le véhicule emportait les 520 litres de combustible nécessaires au lance-flamme dans un réservoir massif tracté au moyen d’une remorque, avec pour effet d’entraver sa mobilité et de la rendre extrêmement vulnérable aux tirs ennemis. (1)

Les Carri Veloci au combat ; Ethiopie et Espagne

La première guerre de grande envergure lancée par le régime fasciste italien fut l’invasion de l’Ethiopie entre octobre 1935 et mai 1936. Pour mener à bien leur attaque, les Italiens concentrèrent d’importants effectifs dans leur colonie somalienne et surtout, érythréenne. Au total, l’équivalent de six bataillons et 173 CV-33 et CV-35 furent déployés dans les deux colonies durant l’invasion. Dans l’ensemble, les tankettes, assignées à des missions de protection des voies de communication, ou d’appui de l’infanterie lors d’assauts contre les positions ennemies, ne subirent que peu de pertes. Néanmoins, plusieurs incidents inquiétants intervinrent durant la campagne. Le 11 novembre 1935, une colonne incluant 16 CV, dont onze étaient transportés sur des camions, tomba dans une embuscade, et perdit trois chenillettes, dont deux à la suite d’incidents mécaniques. Surtout, un escadron de huit CV-35 dépourvu de soutien d’infanterie tomba le 15 décembre 1935 dans une embuscade alors qu’il traversait la passe de Dembigiona, non loin d’Adoua, afin de secourir une garnison attaquée par une importante force éthiopienne. Les combattants éthiopiens, dépourvus d’armes antichars, parvinrent à anéantir l’escadron en immobilisant les blindés à l’aide de rochers, avant de s’approcher et d’endommager leurs chenilles ainsi que les tubes des mitrailleuses, puis de les achever alors que leurs équipages, privés de la protection prodiguée par la mobilité de leurs machines, restaient impuissants.

La guerre civile espagnole fut le second théâtre d’opération majeur où furent engagés les CV-33 et CV-35. Les premiers exemplaires débarquèrent à Vigo dès le 16 août 1936, et formèrent, après l’arrivée d’autres blindés, le 1er Raggruppamento Italo-Spagnolo carri (regroupement de chars italo-hispanique). Une première rencontre intervint avec des T-26 républicains à la fin du mois d’octobre, mais malgré la supériorité des tanks soviétiques, l’unité ne perdit qu’une unique chenillette. Un renfort de 31 CV-35 arrivés le 26 janvier 1937 permit la formation du Raggruppamento Carri d’Assalto (regroupement de chars d’assaut), qui fut affecté à la division Littorio de l’armée régulière puis engagé dans l’offensive contre Guadalajara du mois de mars 1937. Cette dernière tourna cependant au désastre, principalement à cause de la faible qualité des divisions de chemise noire qui prirent part à la bataille. A l’été 1938, le regroupement de chars, qui reçut plusieurs dénominations successives, incluait deux bataillions de tanks chapeautant chacun quatre compagnies équipées de CV-35 et une compagnie de soutien. In fine, à la fin de la guerre d’Espagne, les Italiens avaient déployés un total de 149 CV-35 dans le pays, et perdu 36 d’entre elles, toutes causes confondues.

L’expérience de ces engagements révéla les nombreuses faiblesses des Carro Veloce. L’embuscade de Dembigiona démontra ainsi l’inconvénient majeur représenté par l’absence d’une tourelle. En outre, et de manière plus générale, il devint évident que le blindage était insuffisant à un point tel qu’il était vulnérable face à des munitions anti-char de 7.62mm, sans même mentionner celles tirées par des armes de calibre plus important. Sur le champs de bataille et écoutilles fermées, l’équipage souffrait d’un champ de vision très réduit du fait de la très faible hauteur du blindé, tandis que des progressions en terrain difficile fragilisaient sa mécanique et conduisaient à de fréquentes pannes. Bref, il était devenu évident que le CV-35 ne répondait déjà plus aux besoins du champ de bataille moderne. Du fait de ces défauts, les équipages attribuèrent au CV-35 des surnoms tels qu’ « Arrigoni », d’après une marque de nourriture en conserve. Sur le plan tactique, la vulnérabilité de blindés opérant sans soutien d’infanterie était devenue particulièrement évidente dès les débuts de la campagne d’Ethiopie. En revanche, une solution à l’inutilité des mitrailleuses des CV-35 face aux tanks républicains fut rapidement trouvée sous la forme d’une étroite coopération entre chenillettes et canons anti-char.


Production en masse

Les chiffres exacts du nombre de CV-33 et 35 produits restent sujets à controverse, mais entre 2'000 et 2'800 exemplaires de la chenillette seraient sortis des chaines d’assemblage, y compris ceux fabriqués pour d’autre pays. En effet, les CV-35 connurent un certain succès à l’exportation, avec une centaine d’exemplaires livrés à la Chine nationaliste, 72 à l’Autriche, 23 au Brésil, 30 à la Bolivie, 14 à la Bulgarie, 13 à l’’Afghanistan et 14 à l’Iraq. Le petit char fut même produit sous licence par la Hongrie à hauteur de 104 exemplaires, tandis que l’Espagne hérita de CV-33 et 35 anciennement italiens après l’effondrement du camp républicain.

Le Regio esercito acquit un très grand nombre de ces chenillettes – dont 1'031 entrèrent en service en deux années seulement, de 1934 à 1936, et alignait 1'337 Carro Veloce à la fin de 1938. Cet afflux de véhicules blindés permit une expansion massive de l’arme blindée italienne. Outre la création des 1er Gruppo Carri Veloce « San Giusto », 2e Gruppo Carri Veloci « San Marco », et 3e Gruppo Carri Veloci « San Giorgio », qui à terme comprirent chacun un état-major avec neuf chars et quatre escadrons de 13 chars, ces livraisons permirent l’activation de 2e, 3e et 4e régiments de tanks. A la fin de 1936, l’armée alignait un total de 19 bataillions équipés de CV-35 qui s’étaient ajoutés aux cinq bataillons de Fiat 3000. L’expansion se poursuivit alors que l’arme blindée italienne traversait une mutation parallèle à l’évolution doctrinale qui déboucha, en 1939, sur la création des divisions blindées Ariete, Centauro et Littorio et dont l’écrasante majorité du parc blindé était constituée de CV-35.

Conclusion

Les enseignements tirés de leur déploiement en Ethiopie et en Espagne avaient clairement démontrés les insuffisances des CV-33 et 35, rebaptisés L 3/33 et L 3/35 en 1938, alors que les évolutions touchant la doctrine de l’armée italienne rendaient évidentes la nécessité d’aligner un nombre beaucoup plus importants de chars moyens. Aussi, dès novembre 1935, le prototype d’un nouveau char léger deux fois plus lourd et pourvu d’une tourelle armée d’un canon de 37mm fit son apparition. Cependant, après un long développement et bien des péripéties liées aux hésitations de l’armée, dorénavant plus intéressée par l’acquisition d’un char moyen, ce projet n’aboutit à une commande ferme de 583 exemplaires qu’en mars 1940, le successeur direct des L33 et 35 recevant la désignation de L6/40. Ce fut aussi dès 1935 que le Regio Esercito confia à Ansaldo la mise au point d’un nouveau modèle de char moyen. Baptisé M11/39, le nouveau blindé fut commandé à 100 exemplaires dès le mois de janvier 1938, mais le premier exemplaire de présérie ne fut achevé qu’en juillet 1939. A ce moment, la configuration de l’armement du tank, avec un canon de 37mm en caisse, était déjà devenue obsolète, et rendit nécessaire le développement d’une nouvelle version du char, le M13/40, dont l’armement principal était installé en tourelle. Il apparaît ainsi que le fait que les obsolètes L3/33 et L3/35 constituaient la très grande majorité du parc de blindés du Regio Esercito au moment où l’Italie entre en guerre contre la France et la Grande-Bretagne ne résultait pas d’un conservatisme propre aux militaires italiens qui auraient refusé de reconnaître les limites du concept à l’origine de leur développement. Au contraire, la doctrine de l’armée avait connu d’importants changements entre 1930 et 1940, alors que de nouveaux modèles de blindés avaient été commandés dès 1935, et de fait, la responsabilité du retard italien en matière de blindés repose largement sur d’autres facteurs.

Il est en effet possible d’arguer qu’il existait une contradiction majeure dans la fabrique doctrinale italienne ; la politique de motorisation de l’armée était tout simplement hors de portée des capacités économiques du pays. En premier lieu, les aventures militaires en Ethiopie et en Espagne s’étaient avérées extrêmement coûteuses, et avaient donc réduit considérablement les budgets alloués à la modernisation de l’armée. Surtout, la base industrielle du pays restait très limitée et le pays ne comptait que 372'000 véhicules de tous types enregistrés en 1939. Les limites structurelles de l’économie italienne deviennent apparentes lorsque l’on prend en compte le fait que le pays ne représentait en 1939 que 2.5 % du Warmaking potential mondial, contre 4.2 % pour la France, 10.2 % pour la Grande-Bretagne et 14.4 % pour l’Allemagne (2). Aussi, et malgré une production globale de 71'000 véhicules la même année, l’Italie ne comptait alors qu’une voiture enregistrée pour 112 habitants, et ce malgré un triplement du parc existant au cours de la décennie écoulée. De plus, l’armée ne devait pas seulement remplacer ses chars, mais avait besoin de renouveler les équipements de son artillerie par de nouveaux matériels. Pire encore, le Regio Esercito devait rivaliser avec la Regia Aeronautica – qui devait également remplacer la majeure partie de ses parcs d’aéronefs - et la Regia Marina, aux besoins tout aussi gargantuesques, et dimensionnée pour pouvoir affronter la flotte française sur un pieds d’égalité.

Dans ce contexte, il n’est guère surprenant que l’armée se soit dotée d’un blindé qu’elle savait en voie d’obsolescence depuis 1935 en aussi grande quantité. Malgré tous ses défauts, seul un véhicule de la classe du CV-35 pouvait être acquis en masse pour un coût abordable, permettant ainsi de réaliser à moindre frais la levée des unités mobiles induites par l’adoption d’une nouvelle doctrine, mais avec pour effet pervers que le Regio Esercito entra en guerre avec un inventaire de tanks quasi-inutilisables dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale et que l’industrie nationale ne serait pas en mesure de remplacer rapidement faute de capacités de production et d’approvisionnement en matières premières stratégiques suffisante. Cette situation était commune dans l’ensemble des forces armées, et la Regia Aeronautica était confrontée à des difficultés semblables pour remplacer totalement son parc de chasseurs Fiat CR-32 désuets. C’est bien à cette aune qu’il convient de jauger les prises de positions des militaires italiens, qui, en 1940 encore, jugeaient que l’Italie ne serait pas prête à entrer en guerre avant plusieurs années.

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Re: Les débuts du char en Italie

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de frontovik 14  Nouveau message 12 Avr 2017, 17:52

Merci pour cet historique très intéressant. L'Italie est souvent oubliée et négligée par rapport à l'Allemagne.
"Je ne vous apporte pas la liberté, je l'ai trouvée ici, parmi vous". Skënderbeg.

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Re: Les débuts du char en Italie

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de alfa1965  Nouveau message 13 Avr 2017, 17:05

Les Italiens n'avaient pas prévu une guerre à l'échelle européenne, juste pour des conflits locaux où la chenillette était selon les "experts" suffisante comme en Ethiopie ou en Libye. Une unité blindée avait même été envoyée avec le CSIR en URSS, le Gruppo Carri Veloce San Giorgio;
http://hongrie2gm.creer-forums-gratuit.fr/forum.htm
La Hongrie, du traité de Trianon au siège de Budapest, son histoire, ses forces armées.

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