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La figure du traitre dans la Résistance

Répondant à l'appel du Général de Gaulle, des milliers de combattants français se lèvent en Europe et en Afrique. Retrouvez ici la 1ère DFL, la 2ème DB, les FAFL, FNFL... Mais aussi celles et ceux qui ont résisté à l'occupant en entrant dans la clandestinité pour rejoindre le maquis ou les groupes de résistants.
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La figure du traitre dans la Résistance

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de landevenneg  Nouveau message 12 Jan 2023, 20:24

La figure du traîte est une figure obligée dans les récits de la Résistance. Pourtant cela recouvre des cas de figure très différents:
Il ya les agents infiltrés. L'espionnage ce n'est pas la chevalerie, mais cela reste un "métier"
Les agents retournés qui essayent (, ou non,) d'échapper à ceux qui ont emprise sur eux
Les membres de réseaux qui ont parlé sous (plus ou moins) la contrainte, la torture
des personnes qui ont joué double jeu par conviction
Ceux qui ont trahi pour des motifs purement d'intérêt personnel.
Derrière ces figures "haïssables" se cache des histoires beaucoup plus complexes. La façon dont ils ont été considérés mérite réflexion.

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Re: La figure du traitre dans la Résistance

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de landevenneg  Nouveau message 12 Jan 2023, 21:40

Depuis près de 80 ans l'arrestation de Jean Moulin passionne. Plusieurs thèses ont été avancées.
-René Hardy avait trahi Jean Moulin après avoir été arrêté par Klaus Barbie
-Henri Frenay a été accusé d'avoir envoyé René Hardy à la réunion de Caluire tout en sachant que cuili-ci avait été arrêté par Klaus Barbie, pour faire intentionnellement tomber Jean Moulin
-Selon Klaus Barbie, les époux Aubrac auraient trahi pour obtenir la libération de Raymond Aubrac. Cette accusation avait mis à jour les variations et parfois les incohérences de leurs récits sans pour autant que cela constitue une base de preuve de trahison.
-Lidye Bastien, selon Claude Pean, maîtresse de René Hardy, aurait "livré" René Hardy à Klaus Barbie, ce qui aurait entrainé l'arrestation de Jean Moulin (sans qu'on puisse déterminer quel a été le rôle exact de Hardy).
-Enfin beaucoup d'historiens soulignent qu'une multitudes de causes, d'imprudences volontaires ou non, avaient rendu "inévitable" l'arrestation des dirigeants de la Résistance.

Plusieurs jugements ont été rendus par la justice française:
-Deux verdicts d'acquittement pour René Hardy soupçonné d'avoir trahi Jean Moulin.
-Une condamnation pour diffamation de l'historien Gérard Chauvy le 2 avril 1998, qui avait accusé les époux Aubrac de trahison sur les bases de déclarations de Klaus Barbie. Le tribunal avait souligné que selon "les historiens" et "malgré deux décisions d'acquittement", Hardy avait bien trahi Jean Moulin."
-Le 9 juin 1999 la Justice française condamnait Claude Berry pour diffamation de René Hardy. Le producteur du film "Lucie Aubrac" avait repris la thèse du livre 'Ils partiront dans l'ivresse" écrit par Lucie Aubrac, accusant René Hardy de trahison sans mentionner que la Justice française l'avait définitivement acquitté.

Du point de vue judiciaire René Hardy est innocent, cependant la thèse qui s'impose, la plus souvent reprise, c'est la culpabilité seule de René Hardy, par trahison et non par imprudence, et sans tenir compte du rôle qu'aurait pu jouer Lydie Bastien.

La "vérité" judiciaire diffère de la "vérité" des historiens. Ni l'une, ni l'autre, ne sont satisfaisantes. Les faits sont largement connus mais nous ne saurons jamais quelles étaient les réelles intentions des uns et des autres, quelle était
la connaissance exacte de la situation par les différents protagonistes de l'affaire.
D'ici quelques décennies, si ce n'est déjà le cas, les Français ne retiendront qu'une hypothèse qui fera figure de "vérité historique". Il existera en marge des avis plus nuancés par quelques spécialistes.

Que retenez vous après ces 80 ans de controverses? Les questions politiques et les querelles de personnes n'ont elles pas pris le pas sur la recherche, voire brouillé définitivement les cartes? Ou bien s'agit il d'une affaire qui ne pouvait que rester sans réponse?

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Re: La figure du traitre dans la Résistance

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de landevenneg  Nouveau message 11 Juin 2024, 21:03

Sans refaire une énième fois l'enquête sur l'arrestation de Jean Moulin, ifférentes thèses ont été avancées, il y a plusieurs procès en rapport avec cette affaire. Le public, à travers les livres, fait porter la responsabilité principale à René Hardy (innocent du point de vue de la Justice). D'autres thèses ou affirmations ont été avancées, plus ou moins étayées: Bénouville envoyant sciement Hardy à la réunion de Caluire, Lydie Bastien livrant Hardy aux Allemands, Edmée Deletraz agent double ou triple jusqu'à la mise en cause de Raymond Aubrac(Aubrac, Lyon 1943). Le public voudrait à tout prix un véritable traître ce qui permettrait de continuer à dire que la Résistance était parfaite, ses hommes des héros infaillibles, et s'il n'y avait pas eu UN traître, etc, etc... Ce n'est pas la réalité. Il y a eu des hommes qui ont commis des imprudences, des erreurs, des mauvaises décisions, des agents retournés, des agents forcés de travailler pour les Allemands qui n'ont pas pu, pas su ou pas pris les décisions pour sortir de cette situation. Mais aussi des espions infiltrés.
A ce titre le documentaire de LCP présente un éventail des cas de figure possible.
Un article de Gérard Chauvy dans Historia fait un rappel de l'infiltration des réseaux de Résistance par les Allemands. Comment dans ces conditions Jean Moulin ne risquait il pas de tomber?
https://www.historia.fr/guerres-conflit ... es-2049015
Il est difficile de voir clair à cause du manque d'archives indiscutables, des témoignages fluctuants (que ce soit la défaillance de la mémoire, des solidarités entre anciens d'un même réseau, des arrières-pensées politiques. De plus se rajoute le problème de ceux qui portent un jugement moral, une volonté de ne pas porter atteinte à l'image de la Résistance, comptant davantage que la recherche de la vérité. On peut le constater dans la façon dont s'est faite la défense de Raymond Aubrac ou Edmée Deletraz.
https://www.estrepublicain.fr/actualite ... re-demeure
Barbie avait déclaré lors de son procès que R Aubrac aurait "travaillé pour lui". Cela faisait partie de la Stratégie de rupture de son système de défense pour instigier le doute. Il n'apportait aucune preuve sinon de mettre en évidence les incohérences ou les contradictions entre les différents témoignages de R Aubrac. En l'absence de preuve dans un sens comme dans l'autre, ce n'était pas la meilleure solution d'affirmer que R Aubrac ne pouvait pas avoir trahi, commis une imprudence ou donné une information qu'il pensait sans valeur.
On voit également à quel point la position et l'attitude d'Edmée Deletraz, agent double, était délicate et pouvait prêter à la suspicion.
http://certitudes.eklablog.com/juin-194 ... a191477642
Sur le Forum Nicolas Bernard avait défendu Edmée Deletraz en adoptant une position catégorique
viewtopic.php?f=24&t=14097#p142750
"La vérité est toute autre. Edmée Delettraz a été une grande Résistante. Arrêtée par le S.D., elle n'en restera pas moins fidèle à son réseau, et, au lieu de se cacher, obéira aux ordres de ses supérieurs lui imposant de rester au service des nazis pour mieux les piéger." Nicolas Bernard semble estimer que Edmée Deletraz a toujours agi sans faillir, sans se tromper et conscientes de la portée de ses actes ou des actes qu'on lui faisait faire. Le jugement aurait méritée d'être nuancée. On peut au moins dire qu'Edmée Deletraz n'avais pas l'étoffe pour jouer les agents doubles. A minima elle s'est laissée dépasser par les évènements. Vu la tournure des évènements ses chefs, ou de son initiative personnelle, auraient dû la retirer du circuit bien avant Caluire. Les occasions ne manquaient pas puisqu'elle se rendait régulièrement en Suisse.
Les Résistants n'étaient pas des professionnels, ils n'étaient pas préparés à affronter psychologiquement un interrogatoire ou à avoir la présence d'esprit de répondre le plus judicieusement. Parler sous la pression, sous la torture faisait partie du "jeu". C'est d'ailleurs pour cela que les réseaux professionnels ou les FTP essayaient de pratiquer le cloisonnement le plus strict. La question n'est pas de savoir si quelqu'un va craquer mais au bout de combien de temps et qu'est-ce qu'il peut révéler.
Les anciens Résistants ont également été pris au piège de la légende de la Résistance, si parfaite qu'elle les "obligeait" à faire des écarts avec les faits. Jacques Gelin ("L'Affaire Jean Moulin - Trahison ou complot ?") considère le témoignage d'Edmée Deletraz " comme fiable même si, par ailleurs, elle n’avait pas tout dit et si elle avait minimisé, sur certains points, le rôle qu’elle avait joué". Quant à Lucie Aubrac, elle aurait reconnu au moins en une occasion que Raymond Aubrac n'avait pas été déporté ni torturé comme les autres et était resté en prison à Lyon suite à un arrangement financier avec Barbie.
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Re: La figure du traitre dans la Résistance

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de pierma  Nouveau message 11 Juin 2024, 21:26

landevenneg a écrit:Quant à Lucie Aubrac, elle aurait reconnu au moins en une occasion que Raymond Aubrac n'avait pas été déporté ni torturé comme les autres et était resté en prison à Lyon suite à un arrangement financier avec Barbie.

Elle l'aurait reconnu auprès de qui ?
Où avez-vous trouvé cette information ?

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Re: La figure du traitre dans la Résistance

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de landevenneg  Nouveau message 11 Juin 2024, 21:58

C'est Jacques Gelin qui le dit (une somme de 375000 francs, la moitié promise à Klaus Barbie sur les 750000 francs)
Mais selon moi il n'y a pas de culpabilité, seulement de la complexité qui dépasse ceux qui ne veulent ni entendre, ni voir.
Laissons parler Jacques Gelin.

J. Gelin : Hardy est censé avoir été arrêté par Moog, un agent de l’Abwehr, le service secret de l’armée allemande et par Multon un résistant de Combat passé au service de la Gestapo, dans le train Lyon-Paris, dans nuit du 7 au 8 juin 1943 et avoir été retourné par Barbie. Moi, j’amène une information inédite : Hardy était en contact avec les services secrets allemands à la fin de 1942, contact attesté par plusieurs sources en particulier par Marcel Degliame, chef national de l’action immédiate de Combat, qui l’accompagnait à au moins deux reprises.
Ensuite, il est resté en contact avec les services allemands jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Quand je l’ai rencontré, il a reconnu lui-même qu’il avait bien quitté la mission interalliée dans les Ardennes au début de décembre 1944 et qu’il avait essayé de retrouver son contact à l’Abwehr. Ce garçon était donc en contact avec les Allemands bien avant son arrestation de juin 1943 et bien après sa deuxième évasion d’août 1943. Cela, déjà, c’est énorme et ça n’avait jamais été raconté.

J. Gelin : Donc pas de doute, Hardy est coupable. Mais coupable de quoi ? Là, j’émets une hypothèse complexe. Par un de ses aspects, elle est liée au fait que Hardy a exécuté une mission de contre-espionnage au profit des alliés qui l’a mis au contact des services allemands, ce qui a mal fini. Même si Hardy a eu une formation d’agent secret en Corse au début de la guerre, ce n’était pas un agent professionnel. Ce point est totalement nouveau. Le fait qu’il était en contact avec l’armée allemande dès la fin de 1942 et jusqu’en 1944, c’est aussi totalement nouveau. Et surtout n’oubliez pas que tous ces éléments m’ont été confirmés par Hardy lui-même.

Groussard avait des liens personnels avec le chef du contre-espionnage de l’Abwehr en France : Oscar Reile. Celui-ci a sauvé son fils Serge Groussard – devenu écrivain après la guerre – des griffes de la Gestapo et on ne peut exclure qu’il ait favorisé en même temps, c’est à dire en août 1943, l’évasion du Général Devigny héros du film Un condamné à mort s’est échappé de Bresson et du fils aîné du Colonel : Georges Groussard, jusque-là en prison en Allemagne.

...Mais elle permet de comprendre comment ce couple de résistants hautement emblématique, a pu donner des témoignages tellement variables qu’ils en sont devenus suspects et qu’ils ont éveillé les soupçons de telle façon, qu’ils n’ont pu, ensuite, revenir en arrière.
Le fait qu’elle ait eu à payer pour que Raymond Aubrac reste à Lyon et ne parte pas à Paris avec les autres prisonniers de Caluire, Lucie ne l’a reconnu très vite et qu’une seule fois devant Anne Sinclair, sur TF1. Plus tard, lors de sa participation à la table ronde organisée par le quotidien Libération, elle ne l’a pas concédé. Elle l’a même quasiment contesté. Pourquoi ne pas le reconnaître quand Daniel Cordier lui tend la perche et lui parle d’une somme d’argent destinée la libération de son mari ? Cela ajoute encore au soupçon qu’il y a quelque chose d’inavouable dans cette affaire. Ce qui continue à titiller les historiens, et Cordier en particulier, c’est qu’après l’évasion de Raymond Aubrac, les Allemands sont venus très vite mettre en place une souricière dans leur appartement qu’ils occupaient sous le vrai patronyme d’Aubrac, à savoir Samuel. Cela semble attester que les Allemands savaient qu’il s’appelait Samuel et donc qu’il était Juif

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Re: La figure du traitre dans la Résistance

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Christine17  Nouveau message 12 Juin 2024, 10:14

Au lieu de parler de traître, pourquoi ne pas utiliser le mot transfuge (personne qui abandonne un parti, une doctrine pour se rallier à un ou une autre)

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Re: La figure du traitre dans la Résistance

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de landevenneg  Nouveau message 12 Juin 2024, 10:29

Le traître est rarement le terme adéquat car il a une connotation morale qui souvent n'a pas lieu.
Il y a justement une multitude de cas de figure qui méritent chacun un terme approprié.
Le mot transfuge est plus approprié mais ne concerne que ceux qui ont changé de camp de leur propre choix et volonté.

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Re: La figure du traitre dans la Résistance

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de landevenneg  Nouveau message 12 Juin 2024, 18:49

LE MAITRON pas très glorieux

Le Puy de Dôme est un exemple de l'activité du SIPO SD et des moyens qu'il employait pour s'attaquer aux réseaux de Résistance.

[b]2 Septembre 1943
Attaque du maquis de Ceyssat
Leurs grandes actions offensives commencent (même s'ils n'ont pas attendu cette date) par l'attaque du maquis de Ceyssat le 2 septembre 1943. Ce maquis regroupait sous l'impulsion du mouvement Les Ardents des réfractaires du STO, en vue de leur intégration aux autres mouvements de Résistance qui étaient nombreux dans la région (action ou renseignement): FTP, MUR, Combat, Mithridate...
"Les membres de ce mouvement participent à diverses manifestations mais leur action la plus « visible » se situe en février-mars 1943, lorsqu’ils créent et installent un maquis-refuge sur la commune de Ceyssat. Prévu pour accueillir des réfractaires du STO, ce maquis sert aussi à la préparation militaire des hommes. Sous couvert de travaux de bûcheronnage, une quarantaine de maquisards vit clandestinement au milieu des bois. Néanmoins, le 2 septembre 1943, le maquis de Ceyssat est attaqué par un détachement allemand. Surpris, les maquisards n’eurent pas tous le temps de s’échapper. Le bilan de cette première attaque allemande dirigée contre un maquis dans le Puy-de-Dôme est lourd : trois maquisards sont tués, trois autres blessés et deux meurent en déportation. La destruction du maquis-refuge de Ceyssat met pendant quelques temps l’activité des Ardents en sourdine. Bientôt, le maquis de Brousse le remplace mais il est lui aussi détruit par l’ennemi en février 1944."[/b]

Le SIPO SD va rapidement passer à des opérations d'envergure:

1er Octobre 1943
La Rafle de l'état-major

"Sous l’Occupation, la Résistance se structure au sein de l’armée avec la création de l’O.R.A. (Organisation de résistance de l’armée).
L’hôtel des États-Majors, situé cours Sablon à Clermont-Ferrand, abrite de nombreux officiers appartenant à cette organisation clandestine. Nommé à la tête de l’organisation pour la région Auvergne par le général Frère, le lieutenant-colonel Boutet est assisté par le commandant Madeline. Après l’infiltration du réseau de renseignement militaire Mithridate, les membres de l’O.R.A. sont découverts. Le 1er octobre 1943, des agents du Sipo-SD (Gestapo) et des soldats allemands, commandés par Hugo Gessler, chef du Sipo-SD de Vichy, font irruption cours Sablon munis d’une liste de résistants. De nombreux militaires sont arrêtés et interrogés au siège du Sipo-SD de Chamalières, puis déportés. Le commandant Henri Madeline meurt à la suite des interrogatoires."


25 Novembre 1943
Rafle de l'Unversité de Strabourg installée à Clermont-Ferrand


" La rafle du 25 novembre 1943 est une opération menée pendant la Seconde Guerre mondiale par la Gestapo assistée de l'armée allemande dans les locaux que l'Université de Strasbourg occupait 34 avenue Carnot à Clermont-Ferrand, où, le 3 septembre 1939, celle ci s'était repliée. La rafle a mené à l'arrestation et à la déportation d'une centaine d'étudiants catégorisés juifs ou étrangers et de résistants.
Circonstances de l'opération
À la suite de la déclaration de guerre de 1939, Strasbourg est déclarée zone militaire par l'État-major français. Une grande partie de la population doit alors évacuer la ville. L'administration de l'Université de Strasbourg est déplacée à Clermont-Ferrand, où s'installent également étudiants et professeurs. Après l'armistice du 22 juin 1940, les Allemands créent la Reichsuniversität Straßburg et l'hébergement de l'Université de Strasbourg à Clermont-Ferrand n'a en principe plus lieu d'être, mais de nombreux professeurs et étudiants ne souhaitent pas rejoindre l'université allemande.
En 1941 naissent au sein de l'université les premiers mouvements de Résistance, mêlant étudiants et professeurs venant de Strasbourg et de Clermont-Ferrand. En particulier, Jean-Paul Cauchi, un étudiant en histoire venu de Strasbourg, fonde le groupe Combat Étudiant, lié au réseau Combat. Ces mouvements s'unissent au sein des Mouvements unis de la Résistance en 1942, à la suite de l'occupation militaire de la zone sud par les Allemands.
Plusieurs opérations sont lancées contre l'université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, dans le but de contrer les activités anti-nazies, mais également de fermer l'université et de faire rapatrier à Strasbourg quelque 500 Alsaciens considérés comme « Allemands de souche ». Plusieurs rafles sont ainsi menées au cours de l'année 1943, à Clermont-Ferrand comme à Strasbourg2. Dans la nuit du 24 au 25 juin 1943, Jakob Ottmann fait ainsi arrêter 37 étudiants dans le foyer universitaire Gallia replié à Clermont-Ferrand, à la suite de trois attentats contre les Allemands, dont l'exécution le 24 juin de deux membres de la Gestapo dans la maison d'un résistant, le professeur Jean-Michel Flandin. Les juifs seront déportés à Auschwitz, les autres à Buchenwald. Sur les 37 déportés, 7 réussirent à s'échapper en route mais 12 vont trouver la mort en Allemagne."


Souvent dans les récits on parle de dénonciation et de trahison sans vraiment nommer qui a parlé et dans quelles circonstances. Cela donne à penser que la Résistance aurait été donnée par une population qui compterait des traîtres. Sans nier la part des dénonciations (par idéologie ou par intérêt personnel) on lui donne peut être une trop grande importance. Toutes ces opérations ne sont pas le fruit du hasard mais du travail du SD qui infiltre arrête et fait parler des Résistants, en retourne lorsque c'est possible. (Lors d'une opération contre les MUR il mettront la main sur une liste des membres du réseau avec noms véritables et pseudo). Arrestations, retournements et ralliement ont un effet boule de neige.

Fin 1943 un Sonderkommando est formé comptant les éléments français les plus actifs, Georges Matthieu, Jean Vernières, Louis Bresson et Paul Sautarel. Ce groupe offre une large palette de cas:
Le 23 octobre 1943, le second de Jean-Paul Cauchi fondateur de Combat Etudiant à Clermont Ferrand, Georges Mathieu, est arrêté. Un mois plus tard il participera activement à la rafle du 25 novembre 1943. Il fera le tri pour le SD pour identifier les Résistants parmi les étudiants. En raison de son caractère "autoritaire" il va se sentir plus à l'aise au sein du SIPO-SD. Cependant, probablement conscient du vent qui tourne il saura épargner quelques chefs résistants et leur communiquera des informations. Cela ne suffira pas à le sauver à la Libération.
Jean Vernière est un cas très différent. Envoyé à Auschwitz au titre du STO il va rapidement se mettre au service des Allemands en dénonçant les saboteurs parmi "ses collègues". De retour en France il va de lui-même contacter le SIPO SD faisant valoir ses états de service en Allemagne pour proposer ses services. Même les membres du SIPO-SD seront "gênés" par l'extrême-volontarisme de ce Français pour "questionner" ses compatriotes. Il assumera jusqu'au bout son engagement pro-nazi.
Il existe probablement d'autres noms de collaborateurs dont on ne retrouve pas les noms mais aussi des situations plus complexes. (Parler de traîtes c'est aussi reconnaître qu' "ils étaient des nôtres " , d'où, certainement l'emploi du terme plus vage de "dénonciation".)

C'est le cas de Toussaint Jacob. Le Maitron le présente comme "lieutenant à la base aérienne d’Aulnat et ancien résistant devenu agent du SD, qui demeurait impasse Bonnabaud à Clermont-Ferrand... Il aurait plusieurs dizaines de dénonciations à son actif." L'emploi du conditionnel révèle un manque de sources et peut être une volonté de trouver des traîtres à tout prix. Effectivement Toussaint Jacob a été condamné à mort par contumace en mai 1945 pour trahison (la contumace en France implique l'automaticité de la peine maximale avant un véritable jugement. Arrêté en juin 1945 il sera condamné à 10 ans de prison.)
En 1945 10 ans de prison pour un agent français du SD c'est plutôt clément. Souvent derrière ce type de peine se trouve un Résistant qui a parlé, pas un collaborateur pro-nazi. Quelles ont été les circonstances? Violences, menaces, pressions? Il est facile lorsque l'on se cache derrière une vision d'une Résistance "pure et parfaite" de faire la morale. La fin de la guerre n'a eu rien d'idyllique. Des Résistants libérés en 1944/ 1945 sont revenus avec un désir de vengeance, d'une manière générale les anciens Résistants ont fait la chasse aux "traites" parmi eux. L'heure n'était pas à la compassion.
Ce fût le cas pour T. Jacob.
Que nous dit les archives en ligne à son sujet.

[size=150]https://monument-mauthausen.org/61228.html
JACOB Toussaint, dit Jacob TOUSSAINT
né le 01/11/1916 à St-Caradec-Trégomel (56) - France
Matricule : 61228

AVANT LA DÉPORTATION
Lieu de résidence : Clermont-Ferrand (63) - France
Profession : Chef de groupe adjoint au sous-directeur commercial

DÉPORTATION
Lieu de départ : COMPIÈGNE, le 13/03/1944
Déportation : SARREBRUCK NEUE BREMM, le 14/03/1944
Déportation : MAUTHAUSEN, le 01/04/1944
Les déportés sous le sigle Nuit et Brouillard
PARCOURS AU SEIN DU COMPLEXE CONCENTRATIONNAIRE :
AFFECTATION AU CAMP CENTRAL ET KOMMANDOS EXTÉRIEURS
Affectation : GUSEN, le 07/05/1944
Affectation : GUSEN II
CAMP CENTRAL, le 20/04/1945

LIBÉRATION ET RAPATRIEMENT
Lieu de libération : MAUTHAUSEN, le 05/05/1945
Lieu de rapatriement : LUTÉTIA, le 19/05/1945
[/size]

Au moment où le SIPO-SD de Clermont-Ferand forme un Sonderkommando avec ses agents français T. Jacob est déporté à Mauthausen. Il est probable que ce que rapporte le Maîtron à son propos ne soit que des bruits qui circulent parmi les anciens Résistants. Comme les autres rumeurs: T. Jacob aurait été "noyé, jeté dans la Saône" à la Libération, pour d'autres "il n'aurait pas accompli entièrement sa peine de prison."

T. Jacob est " rentré de Déportation le 19 mai 1945 (Hôtel Lutetia), arrêté ensuite à Vannes à son retour vers le 20 juin 1945. "
Le Maîtron précise que T. Jacob " est en réalité décédé à Plérin (Côtes-du-Nord, aujourd’hui Côtes-d’Armor), le 28 avril 1976, après s’y être remarié en 1962 "
C'est une information que chacun peut trouver sur internet. Outre que les sites de génealogie en ligne doivent servir exclusivement à des recherches personnelles était il nécessaire de "traquer" un ancien Déporté pour le stigmatiser, lui et sa probable descendance en précisant où il a refait sa vie?
Pas très glorieux.

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Re: La figure du traitre dans la Résistance

Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de JARDIN DAVID  Nouveau message 12 Juin 2024, 22:04

Un un mot, les policiers professionnels ont fait le job face à des amateurs enthousiaste, brouillons et aussi peu discrets.
Le traitre à bon dos ...
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"Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi" (Le Cid)

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Re: La figure du traitre dans la Résistance

Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de Christine17  Nouveau message 13 Juin 2024, 12:55

Pour répondre à Landevenneg au sujet de T. Jacob, si des descendants existent, ils ne sont pas responsables des faits et gestes de leur ancêtre…

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